RCS JODOIGNE (1980-1985) José Bauwin, son premier coach au RCS Jodoignois.

" MarcWilmots est arrivé chez nous à l'âge de 11 ans et son potentiel a tout de suite fait l'unanimité. On devinait les qualités qui lui ont permis de réaliser la carrière de joueur qu'on connaît : physique, force, volonté, frappe, puissance, sens du but. Nous ne pouvions que l'installer tout de suite dans la catégorie d'âge supérieure, en cadets. Pour progresser et s'épanouir, il était indispensable que Marc se frotte à des joueurs plus âgés que lui. Je me souviens que son père, Léon, affirmait que Marc travaillait déjà bien, et même solidement, à la ferme quand c'était nécessaire. A Jodoigne, tout le monde est fier de lui. II vit désormais à Jeuk, dans la région de son épouse, où, j'en suis sûr, sa réussite suscite aussi le respect, Le gamin de Dongelberg offre à tout le monde une image positive de la Belgique.
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" MarcWilmots est arrivé chez nous à l'âge de 11 ans et son potentiel a tout de suite fait l'unanimité. On devinait les qualités qui lui ont permis de réaliser la carrière de joueur qu'on connaît : physique, force, volonté, frappe, puissance, sens du but. Nous ne pouvions que l'installer tout de suite dans la catégorie d'âge supérieure, en cadets. Pour progresser et s'épanouir, il était indispensable que Marc se frotte à des joueurs plus âgés que lui. Je me souviens que son père, Léon, affirmait que Marc travaillait déjà bien, et même solidement, à la ferme quand c'était nécessaire. A Jodoigne, tout le monde est fier de lui. II vit désormais à Jeuk, dans la région de son épouse, où, j'en suis sûr, sa réussite suscite aussi le respect, Le gamin de Dongelberg offre à tout le monde une image positive de la Belgique. Son bon sens paysan était déjà évident à 12 ans. Marc sait qu'il faut semer avant de récolter. Il y avait probablement des jeunes presque aussi doués que lui à Jodoigne. Mais ils ont bifurqué vers d'autres directions et le football ne constituait pas leur priorité. Marc, lui, était certain d'arriver un jour en D1 et a mis tous les atouts de son côté. Jodoigne disposait alors d'une excellente génération de cadets. Marc formait un magnifique duo avec un autre jeune de la région. Les milieux de terrain leur fournissaient de bons ballons et, à l'occasion, un de nos arrières centraux, très grand, doté d'un dégagement canon, lançait Marc en profondeur. Et même si l'état des pelouses laissait à désirer, il adorait foncer dans les espaces libres. Personne n'était capable de le neutraliser dans ses chevauchées et il marquait comme à la parade. Dans ses interviews, Marc évoque encore avec émotion son premier titre de champion décroché avec les cadets de Jodoigne. Ils ont marqué plus de 200 buts, dont une bonne partie par Marc, évidemment. Quand notre équipe de cadets avait creusé une différence définitive, je lui demandais de décrocher dans le jeu ou d'évoluer sur les ailes. C'était parfois trop facile pour lui à la finition et il était intéressant pour lui d'élargir son espace d'expression, de pouvoir distribuer le jeu, défendre, déborder. Il ne fallait rien lui expliquer deux fois. Un jour, Anderlecht disputa un dernier match chez nous avant de se rendre au célèbre Tournoi de Montaigu. Nos cadets ont pris la mesure des Mauves (3-2) et leur entraîneur, Philippe Van Wilder, piqua une grosse colère et enguirlanda ses jeunes : - Vous avez été battus par une équipe de paysans. " Stef Agten, son coéquipier en attaque à Saint-Trond où Wilmots débarqua l'été 1985. Les Canaris évoluaient en D2. " Je me souviens d'un de ses premiers matches. Il avait joué presque toute l'année avec les jeunes et n'avait rejoint notre groupe qu'en fin de saison. Marc a dû entrer au jeu mais il n'arrivait pas à ôter sa montre. Il a tiré sa manche dessus mais l'arbitre l'a renvoyé sur la touche et le kiné a dû casser le bracelet. Il paraissait banal jusqu'à ce qu'il commence à courir et à jouer. Nous l'appelions la Bête. Il n'avait que seize ans mais il fallait se le farcir lors d'un duel à l'entraînement... Fort comme un cheval. Quand il arrivait à l'entraînement à 17.30 heures, il avait travaillé toute la journée dans la ferme parentale. Il avait encore de la paille sur lui. Il connaissait sa place au sein du groupe et écoutait ses aînés. Saint-Trond était une équipe d'amis. Il a toujours joué pour des clubs populaires, qui lui convenaient parfaitement. Comme il était trop jeune pour conduire, il dormait parfois chez nous. Guy Mangelschots l'a titularisé en 1986, lors de sa deuxième saison. Le club avait remplacé quelques gros contrats par des jeunes : Danny Boffin, Marc, Alain Peetermans... Marc a marqué deux buts dès son premier match, contre THOR Waterschei, 2-2. Il a été meilleur buteur avec 22 buts et le club est remonté. J'ai été élu meilleur joueur, sans doute parce que j'étais plus âgé, car Marc m'était supérieur. A l'époque, le STVV, c'était Wilmots et dix autres mais il n'a jamais plané. Lors de notre première saison en D1, nous avons battu le Club, grâce à deux buts de Marc, et Anderlecht, alors qu'il avait récolté le maïs avant le match. Marc était capable de se sublimer. Guy Lambeets, notre président l'a suspendu quelques matches quand il a appris qu'il allait rejoindre Malines. Ironie du sort, plus tard, Marc a épousé sa fille, Katrien. (Elle a étudié le droit à Namur, où Wilmots s'est retrouvé nez-à-nez avec le président lors d'une visite, ndlr). Il a été très déçu de ne pas être repris pour le match au Standard. Nous étions tous liés au club mais Marc appartenait à son père, Léon, et pouvait donc faire ce qu'il voulait en fin de saison. " " Marc Wilmots est devenu le premier transfert libre. Son père, propriétaire d'une grande ferme, savait ce que négocier voulait dire. Nous lui avons versé une somme appréciable et il a encore obtenu un pourcentage sur une revente éventuelle. J'avais insisté personnellement pour avoir Wilmots. Sa mentalité nous convenait. Malines venait de gagner la Coupe d'Europe mais pas en développant un football artistique, à l'exception d'Eli Ohana. Wilmots a connu une première saison difficile. Il a souvent fait banquette mais il s'est plié à son rôle. Il a ensuite éclos grâce à Fi Vanhoof. Wilmots était arrivé chez nous en temps qu'avant et Fi l'a fait reculer d'un cran, jugeant que sa puissance serait plus utile dans la deuxième ligne. Un jugement parfaitement exact. Je ne suis pas surpris par la réussite de Wilmots au poste de sélectionneur. Il devait attendre sa chance, le bon moment. Son expérience d'entraîneur à Schalke 04 n'a pas été positive : il a été jeté trop vite dans la fosse aux lions. Le manager d'alors, Rudi Assauer, m'a avoué avoir commis une grosse erreur d'appréciation. Wilmots veut apprendre en tout ce qu'il fait. Il a toujours été comme ça. C'est un survivant. Quoi qu'il se passe, on ne parvient pas à l'abattre et on le verra au Brésil si ça va moins bien. Je connais assez bien Dick Advocaat et quand il m'a demandé ce que je pensais de son idée de recruter Marc comme adjoint, je lui ai immédiatement dit que c'était une bonne chose. Pourquoi ai-je cru en la réussite de Wilmots comme entraîneur ? A cause de son intégrité. Il est très honnête et il sait comment gérer des footballeurs de haut niveau. Je remarque qu'il dirige fermement les Diables Rouges, qu'il anticipe bien et qu'il dit ce qu'il a à dire. On l'accepte. C'est un fait marquant : on n'entend aucune plainte à son sujet. Naturellement, il a eu un brin de chance. Que se serait-il passé si Advocaat puis Georges Leekens n'étaient pas partis ? En outre, la Fédération a discuté avec d'autres candidats et tout le monde ne croyait pas en Wilmots en son sein. Mais il en va ainsi, dans la vie : tout ne tient qu'à un fil. " " Quand il est arrivé de Malines, Marc Wilmots s'est vite fondu dans le moule liégeois. Il avait eu l'intelligence de ne pas passer tout de suite de Saint-Trond à l'Enfer de Sclessin. Il a acquis des planches derrière les casernes malinoises et sa maturité, sa gentillesse et sa droiture ont immédiatement fait l'unanimité dans le vestiaire et sur le terrain. Le Standard avait cassé sa tirelire pour se payer Willy. D'autres se seraient octroyés le statut de diva, Marc pas. Il a toujours tout donné pour le collectif et la gagne. Il jouait comme il s'entraînait : à fond la caisse. C'est ce que les supporters exigeaient : Sclessin pardonne une défaite si les joueurs ont mouillé leur maillot. Marc était fait pour le Standard. Arie Haan et Robert Waseige ont parfaitement cerné son potentiel. Willy était évidemment un redoutable buteur qui a formé de bons duos offensifs, surtout avec Michaël Goossens et Aurélio Vidmar. Mais il ne pouvait pas se contenter d'attendre de bons ballons dans les 16 mètres. Wilmots adorait décrocher, aider les médians, surgir en puissance de la deuxième ligne, y aller dans le trafic aérien, tirer à distance. Il m'aidait au centre du terrain et je lui disais parfois amicalement : - Allez gros, on va dans les tranchées. Avec lui près de moi, je n'avais rien à craindre pour terminer le bazar (sic). A force de travail, il est devenu un footballeur universel. Il y a deux sortes de manieurs de ballons qui sortent du lot : les fins techniciens et les bons techniciens. Marc faisait partie de la deuxième catégorie et il savait domestiquer le ballon, servir Mika et Aurélio. Sa technique de frappe était parfaite car il répétait sans cesse ses gammes à l'entraînement. Il avait acquis du bagage à Malines mais c'est à Sclessin que cette bête de travail est devenue un leader. On ne le devient pas d'un claquement de doigts : cela se mérite. Il était toujours prêt à parcourir des dizaines de mètres pour aider un équipier. Quand je vois l'entraîneur qu'il est devenu, exigeant et proche de ses gars, je reconnais le joueur qu'il était. Nous échangeons des sms. Je me souviens lui avoir demandé des places pour le match contre le Pays-de-Galles. Il aurait pu les envoyer par la poste mais me demanda de passer à l'hôtel des joueurs pour les recevoir et, surtout, boire une tasse de café avec lui. C'est Wilmots, du 100 % Wilmots. " " Schalke n'était pas très riche à l'époque, de sorte que notre manager, Rudi Assauer, ne recrutait qu'un joueur par saison. Cet élément devait convenir au club par son football et par son caractère. En 1996, ce joueur a été Marc Wilmots. Assauer m'a demandé de me rendre au SchlossBerg, une taverne dans les environs du stade, pour y faire la connaissance de Willie et de sa femme. Ma première impression ? Un type extraverti qui rit de bon coeur. Le fait qu'il ait payé une partie de l'indemnité de transfert (ndlr, 250.000 euros alors que Schalke en avait offert 750.000 au Standard) en dit long sur son caractère : il croyait en lui tout en restant les pieds sur terre. Il s'est facilement intégré, grâce à sa bonhomie, sans jamais vouloir se pousser au premier plan. Un chouette gars. Nous ne dribblions pas trois hommes avant de marquer. Nous cherchions à combiner. Je pouvais lui passer le ballon et vice-versa. Jouer avec lui était agréable car il était intelligent et la Bundesliga convenait à ses qualités physiques. Par ailleurs, en le surnommant le Kampfschwein, on a un peu oublié ses qualités footballistiques. Il ne retirait jamais le pied mais il jouait très bien. Durant ses premiers mois à Gelsenkirchen, Jörg Berger a été renvoyé, nous avons terminé la saison à la douzième place mais nous avons gagné la Coupe UEFA avec Huub Stevens et notre équipe est devenue légendaire. Marc est rapidement devenu membre du conseil des joueurs. Notre manager lui a appris à rester fidèle à sa ligne de conduite. Ça lui sert maintenant car les joueurs n'aiment pas les coaches qui doutent et ne sont pas clairs. Marc ne se lamente jamais sur son sort : il continue à travailler. Je le voyais bien devenir entraîneur. Je ne puis le juger qu'à distance mais j'ai lu qu'il travaillait beaucoup le jeu de position, les exercices de tirs et de passes, comme Stevens. Huub assurait toujours une bonne organisation, de la discipline. Il s'agissait d'arriver à l'heure et de travailler. Après une saison à Bordeaux, il est revenu à Gelsenkirchen. Il a réglé son transfert avec Stevens et Assauer à mon mariage. Il n'avait pas changé mais sa cheville avait souffert. Il était toujours un chouette collègue, qui offrait des steaks fabuleux. Parfois, nous revenions tard la nuit d'un match en déplacement et je passais la nuit chez Marc. Avant d'aller au lit, nous nous préparions des steaks. Un pour moi, généralement deux pour Marc. De temps en temps, de sa chambre, Katrien criait : " Je ne vous prépare pas de frites à cette heure-ci, hein ! " Des gens incroyablement chaleureux. " " Ah... je garde un souvenir tout à fait extraordinaire de Marc Wilmots comme joueur, évidemment, mais aussi, et c'est le plus important, en tant qu'homme. Je me réjouis de voir la Belgique à l'oeuvre durant la Coupe du Monde au Brésil. Tout le monde sait désormais que cette équipe nationale recèle des talents remarquables. Mais cela ne suffit pas pour former une équipe compétitive. Wilmots a transmis, j'en suis sûr, ses valeurs de travail et de fraternité à toutes ces vedettes. A Bordeaux, je cherchais un joueur puissant pour émerger dans l'axe. Quand la possibilité de recruter Wilmots s'est offerte, nous n'avons pas hésité longtemps : il présentait le profil idéal fait de générosité, de puissance, de travail et de modestie. Wilmots était adulé à Schalke 04, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Ses acquis de la Bundesliga ne pouvaient qu'être intéressants pour les Girondins. Il avait des soucis pour garder la ligne mais il fallait le voir lutter à l'entraînement contre les kilos superflus : c'était tout simplement remarquable. En 2000-2001, les Girondins disposaient d'atouts offensifs intéressants avec Wilmots, Pauleta, Tony Vairelles, Lilian Laslandes, Christophe Dugarry, etc. Nous avons été les premiers à mettre au point un système avec des meneurs de jeu excentrés. Bordeaux évoluait en 4-4-1-1. A un moment, j'ai décalé Wilmots sur la droite. Je savais bien que ce n'était pas sa tasse de thé. C'est d'abord un joueur d'axe mais la vie d'une équipe est ainsi faite qu'il convient parfois d'improviser. Marc n'a jamais rien dit car le collectif primait pour lui et il a accompli sans rechigner toutes les missions que je lui confiais. Pour un entraîneur, travailler avec un joueur réputé doté d'une telle mentalité, c'est du bonheur. Il a choisi de rentrer à Schalke 04 en fin de saison mais est resté très attaché à la région de Bordeaux où il possède une maison. Je suis moi-même originaire des Hautes-Pyrénées et je suis un fils de la campagne. Quand je lui ai dit que j'avais moi aussi grandi et passé toute ma jeunesse dans la ferme familiale, cela nous a encore rapprochés. Nous avons eu de belles conversations sur la vie au grand air, le travail dans les champs. Ses propos respiraient le bon sens. Je me souviens lui avoir dit un jour que nous avions des problèmes de clôtures pour nos chevaux à la ferme. Marc m'a tout de suite parlé d'un type de piquets qu'on trouvait facilement en Belgique, comme tout ce qu'il fallait pour bien clôturer le terrain. Et, quelques jours plus tard, un semi-remorque déposa tout chez moi : Marc s'était occupé de tout. Si vous voyez Marc, n'oubliez pas de lui signaler de ma part que les piquets tiennent toujours le coup. " PAR PIERRE BILIC, JACQUES SYS ET CHRIS TETAERT" Allez gros, on va dans les tranchées. Avec lui près de moi, je n'avais rien à craindre. " Guy Hellers