Mons se sauvera ou basculera avec Christophe Dessy (43 ans en mars). Le club l'a nommé T1 en dépannage en décembre dernier, mais le Carolo a pris goût à son nouveau job. Ce week-end, il retourne sur les terres du Sporting, l'un des deux clubs avec lesquels il a joué en D1.
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Mons se sauvera ou basculera avec Christophe Dessy (43 ans en mars). Le club l'a nommé T1 en dépannage en décembre dernier, mais le Carolo a pris goût à son nouveau job. Ce week-end, il retourne sur les terres du Sporting, l'un des deux clubs avec lesquels il a joué en D1. Qui est vraiment Christophe Dessy ? Pour le grand public : un homme ambitieux, sérieux, distant, rarement souriant et bardé de diplômes. Des gens du foot qui l'ont bien connu où qui le côtoient encore au quotidien donnent un autre éclairage sur sa personnalité et reviennent sur son parcours. " C'est mon fils ", lâche André Remy. " Je le connais depuis l'âge de 10 ans, quand il jouait avec mon propre fils. Ils sont restés ensemble jusqu'en D2 avec Wavre. Christophe Dessy est carrément entré dans la famille. Dès la première rencontre, j'ai été frappé par sa ténacité, sa volonté d'apprendre et d'arriver. C'est un bosseur inimaginable. Il n'a jamais rien lâché, il a toujours visé plus haut. Il est le seul Belge qui possède tous les diplômes français de Clairefontaine : cela veut tout dire. Se croiser les pouces, il a toujours détesté cela. Après sa carrière de joueur pro, il est par exemple entré à Canal+, d'abord comme téléphoniste, puis comme comptable. Je le compare à Philippe Albert, qui refusait l'idée de rester sagement à la maison et était prêt à accepter n'importe quel genre de boulot. Tu peux mettre Christophe Dessy n'importe où : il progressera toujours. " Le côté froid de Dessy a des explications, selon Remy : " On ne lui a jamais rien donné, sauf son intelligence naturelle. Il n'a jamais été pistonné par personne. Il provient d'un milieu éduqué mais extrêmement simple. Il a une grande sensibilité mais il sait s'asseoir dessus et il peut même être têtu. Il ne jouera jamais un rôle, il se comportera toujours de la même façon avec ses supérieurs et ses inférieurs. Il ne jouera pas la comédie pour essayer de plaire à un président de club. Ce n'est pas son genre de rire pour te faire sourire. Je peux comprendre que la presse le perçoive comme un homme distant. Il estime que les journalistes ont la mission de faire la lumière sur les choses et il ne se retrouve pas toujours dans leurs articles. Il leur reproche aussi de ne pas être suffisamment modérés. Et s'il a l'impression d'avoir été manipulé, il se raidit. C'est typique de son caractère : il est extrêmement droit et fidèle, et il attend la même chose des autres. Quand il te donne une poignée de main, il n'y a pas une bombe derrière. Son départ du Standard ne m'a pas étonné. Son contrat n'était plus respecté, on mettait Tomislav Ivic à sa place et on le rétrogradait : ce n'était pas conforme à sa philosophie et il a préféré s'en aller. Quand Laszlo Bölöni a signé au Standard, la direction l'a recontacté pour qu'il devienne adjoint : il a refusé parce qu'il n'avait rien oublié. " Dessy fait ses débuts en D1 avec le Racing Jet Bruxelles. " J'ai gardé le souvenir d'un gars extrêmement curieux ", dit Daniel Renders, aujourd'hui adjoint à Anderlecht et à l'époque entraîneur du RJB en duo avec Raymond Goethals. Dessy était alors le coéquipier de quelques stars internationales : Bölöni mais aussi les internationaux tchécoslovaques Jozef Barmos et Petr Janecka. " Beaucoup de joueurs se contentent d'être des exécutants, ils font simplement ce qu'on leur demande de faire. Christophe était différent : il n'arrêtait pas de poser des questions, il voulait toujours connaître le pourquoi du comment. C'est peut-être facile à dire avec le recul, mais j'ai l'impression qu'il avait déjà une vocation d'entraîneur. Il était toujours à l'écoute et il retenait tout. Ce n'était pas un titulaire indiscutable, il était souvent le cinquième homme de la ligne arrière. Mais on pouvait toujours le lancer dans la bagarre en défense centrale. On lui confiait la garde d'un attaquant et il ne le lâchait pas d'une semelle. C'était un battant, un rugueux, et il était bien aidé par sa pointe de vitesse. " C'est Goethals qui conseille à Charleroi d'offrir un contrat à Dessy, vers la fin des années 80. Luka Peruzovic se souvient de la découverte du joueur : " J'ai débarqué pendant le premier tour du championnat 1991-1992, quand l'équipe était au plus mal. Pour mon premier match, nous sommes allés à Courtrai et j'ai fait confiance à Tew Mamadou en défense centrale. Il est passé complètement passé à travers. Je ne reconnaissais plus du tout le Mamadou qui avait brillé avec le Club Bruges, il ne savait plus suivre. J'en ai vite tiré mes conclusions et je l'ai remplacé par Christophe Dessy pour le match suivant : la visite d'Anderlecht à Charleroi. Pour contrer les stars offensives mauves ( Johnny Bosman, Luc Nilis, Luis Oliveira, Marc Degryse), j'ai mis Fabrice Silvagni au libero, Atty Affo et Dessy comme stoppeurs. Je lui ai demandé de s'occuper spécifiquement de Bosman : il l'a tenu hors du match. Et nous avons fait un bon 0-0. Par la suite, il n'a pas joué chaque semaine mais il était toujours dans le groupe. Et il bossait autant quand il était réserviste que quand il jouait. Nous sommes toujours restés en contact. Il m'a aidé quand j'ai passé ma Licence Pro parce que j'avais des difficultés pour écrire en français. " Eric Van Meir fut équipier de Dessy à Charleroi : " Il ne prenait pas la parole devant tout le groupe mais on voyait en permanence que ça travaillait à l'intérieur. Il réfléchissait énormément. Il pensait pour les autres et était toujours disponible pour donner un conseil. Tous les joueurs montaient dans leur voiture et rentraient à la maison dès que l'entraînement était terminé. Dessy était différent : il restait encore un peu, il pensait au lendemain et au surlendemain. Il planifiait, il réfléchissait à son futur. Il était déjà un peu entraîneur. Quand ça n'allait pas, il cherchait des solutions. " " Sa première qualité était de connaître parfaitement ses défauts ", se souvient un autre coéquipier de l'époque carolo, Dante Brogno. " Il exploitait à fond ses qualités et avait l'intelligence de camoufler ses points faibles. Il disait par exemple aux médians offensifs et aux attaquants : -Il faut un équilibre dans l'équipe, vous êtes les créateurs, je fais le sale boulot. Il était très lucide. Il écoutait les consignes de l'entraîneur puis les appliquait à la lettre. Il nous expliquait qu'il ne tenterait jamais de dribbler un attaquant dans notre rectangle et qu'il ne se risquerait pas devant le but d'en face parce qu'il avait peu de chances de mettre lui-même un ballon au fond. Sa prise de risques était minimale, son seul apport offensif se limitait à donner des ballons propres à des coéquipiers. Et il ne réclamait jamais rien. Quand il était sur le banc, il reconnaissait que l'entraîneur avait sûrement de bonnes raisons pour faire confiance à un autre joueur. " Nancy est une page importante de la vie de Dessy après la fin de sa carrière de joueur. Il y reste cinq ans (1999-2004) et y occupe deux postes importants : responsable du centre de formation et adjoint de Bölöni. Quand il dirige le centre de formation, il contacte l'un ou l'autre jeune Belge, comme Christopher Fernandez et David Vandenbroeck, aujourd'hui au Sporting Charleroi. " Il m'a pris sous son aile car j'étais loin de chez moi et je n'avais que 16 ans ", se rappelle Vandenbroeck. " C'était un terrible formateur. Il nous enseignait le foot mais aussi tous ses à-côtés. Il accordait beaucoup d'importance à l'approche mentale. Il était très pointilleux. Il expliquait à un gars de 15 ans que le foot n'était plus un loisir mais un futur métier. Il ne laissait rien passer. Il nous enseignait toutes les petites ficelles et voulait que tous les gestes soient parfaits. Dès le premier contrôle, il fallait être bon. Pour lui, c'était le premier ingrédient pour avoir une bonne chance de réussir la suite de l'action. Il pouvait nous obliger à taper le ballon pendant deux heures contre un mur si un mouvement ne lui plaisait pas. Il jouait aussi beaucoup avec nous et nous invitait à rentrer dedans. Et il dégageait une grande sérénité. On s'installait avec lui et on discutait calmement. Son langage était simple et posé, il envoyait des ondes positives. Je n'ai que des bons souvenirs de notre collaboration à Nancy. Il m'avait repéré quand j'étais à Braine-l'Alleud et j'avais le choix entre Nancy et Mouscron. Je n'ai pas regretté ma décision. "Vandenbroeck : un ancien élève de Dessy qui fait doucement son chemin avec Charleroi. Marouane Fellaini : un autre ex-gamin de Dessy qui a complètement explosé. " Est-ce que je serais aujourd'hui dans le championnat d'Angleterre si je n'avais pas croisé sa route ?", s'interroge le frisé d'Everton. " Pas sûr. Il a complètement boosté ma trajectoire. J'étais chez les jeunes de Charleroi, je n'étais pas malheureux là-bas. Il m'a repéré lors d'un match contre le Standard et m'a proposé de le rejoindre à l'Académie. Il m'a convaincu que je pourrais y apprendre beaucoup de choses. J'ai joué un match test, il m'a trouvé bon et a fait encore un peu plus le forcing pour que je passe à Liège. Il avait aussi les bons arguments, il m'a expliqué que le Standard avait un vrai centre de formation, des installations qui n'existaient dans aucun autre club belge. Ma réussite est une preuve de ses qualités de formateur, mais il y en a d'autres, comme l'éclosion d' AxelWitsel et la progression de Réginal Goreux. S'il savait discuter calmement avec les joueurs, il pouvait aussi être très dur. Je me souviens d'un match que nous avons joué contre une équipe allemande. Le lendemain, quatre Espoirs étaient invités à aller s'entraîner avec le noyau A. Je faisais partie des heureux élus. Mais j'ai fait une bêtise dans ce match : j'ai été exclu alors que nous menions et nous avons finalement été rejoints. Christophe Dessy ne me l'a pas pardonné : il m'a interdit d'aller avec les pros le lendemain... " Pour faire le bilan de la première expérience de Dessy comme entraîneur, il faudra attendre la fin de la saison. Pour le moment, si on s'en tient purement aux chiffres, ce n'est pas génial. " On le sent énervé, frustré, parce que les résultats ne suivent pas ", dit Frédéric Jay. " C'est normal. Sa culture de la gagne colle mal avec notre classement. Il essaye toujours de positiver, il répète que rien n'est perdu, mais une ambiance de groupe est automatiquement difficile à gérer quand les défaites s'accumulent. Il discute beaucoup et met l'accent sur les séances vidéo : le vendredi pour apprendre à connaître l'adversaire du week-end et le mardi pour un debriefing détaillé. " " Dès le premier jour, Christophe Dessy a voulu transmettre ses grands principes au groupe car il voulait que tout change très vite ", explique son adjoint, Rudi Cossey. " Mais il a rapidement compris que ce ne serait pas simple. Il faut une volonté du côté de l'entraîneur, mais aussi chez les joueurs. Et à Mons, tout cela ne coule pas de source. Il veut évacuer tout effet de surprise : c'est dans ce but-là que ses séances vidéo sont poussées. Dès que le match commence, tout le monde sait normalement à quoi s'en tenir. Et il explique tout ce qu'il fait, l'objectif spécifique de chaque exercice. Je suis persuadé qu'il voit plus loin qu'un simple dépannage. Maintenant qu'il est dedans, on voit que c'est son truc et qu'il veut continuer. Il dit souvent que ce n'est pas facile mais il ne se plaint jamais de son job et il me signale que ce n'est sans doute pas mieux ailleurs. Reprendre une équipe aussi malade en pleine saison, c'est la meilleure école pour un entraîneur qui débute. Il a un peu débarqué comme sur un territoire en pleine guerre, dans un groupe instable où l'esprit positif n'était pas présent chez tous les joueurs. " par pierre danvoye- photos: belga