John Bico a la taille d'un peuplier, la carrure d'un frigo, un charisme XXL et quelques formules qui vont droit vers la cible. On n'a rien compris quand il a arrêté d'être l'agent de Thorgan et Eden Hazard pour devenir patron du White Star Bruxelles. On a un peu rigolé quand il s'est ensuite auto-bombardé entraîneur principal.
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John Bico a la taille d'un peuplier, la carrure d'un frigo, un charisme XXL et quelques formules qui vont droit vers la cible. On n'a rien compris quand il a arrêté d'être l'agent de Thorgan et Eden Hazard pour devenir patron du White Star Bruxelles. On a un peu rigolé quand il s'est ensuite auto-bombardé entraîneur principal. Le point à sept matches de la fin du championnat de D2 : le WS s'est calé dans la roue de l'Antwerp et, vu sa série en cours et son calendrier restant, devient carrément un candidat à la montée. Interview décoiffante de l'unique coach manager général du football belge. JOHN BICO : On vient de tellement loin que les seules étoiles qu'on voit sont celles de notre blason... Tout le monde garde les pieds sur terre. Ce qu'on fait aujourd'hui, ce n'est pas le fruit du hasard mais le résultat d'un travail de trois ans. BICO : Pas du tout. Le but est de finir dans les huit premiers pour être en D1B la saison prochaine. Avec la réforme, il ne restera que 24 clubs professionnels en Belgique. La D1B sera une D1. BICO : Je ne pense pas que ce sera aussi génial que certains le disent mais ce sera toujours mieux que le néant d'aujourd'hui. Ça ne peut pas être pire. Beaucoup d'équipes ont investi pour finir dans le top 8, ça va augmenter le niveau. J'ai été le premier à me moquer du nom " D1B ", je trouvais ça ridicule. Plus maintenant. C'est une façon de montrer le rapprochement avec la vraie D1. Il y aura un côté élitiste en D1B, ce ne sera plus le cimetière ou le mouroir que la D2 est depuis longtemps. BICO : Appelez des entraîneurs et des dirigeants d'équipes adverses, vous n'aurez que des éloges sur notre jeu. Donc, on n'est pas surpris d'être là. Mais je conçois que ça puisse paraître surprenant, de l'extérieur. S'il y a une chose qui m'étonne, c'est que l'Antwerp ne soit pas encore champion début mars ! Désolé, mais quand on a autant de joueurs qui ont un passé en D1, peut-être 2.000 au total, quand on a Dufer, Fauré, Kudimbana, Colpaert, Biset, on ne doit pas être à portée de fusil de ses adversaires. Surtout quand on a la chance de jouer tous ses matches à domicile devant 10.000 personnes. Contre nous, il n'y en avait que 9.000, parce qu'il pleuvait... Maintenant, on nous met favoris. Ça ne nous met pas la pression, ça nous fait plaisir. Mais on considère que si on finit à la deuxième place, c'est comme si on finissait premiers ! Comme en France où il y a un championnat derrière le PSG. C'est la même chose en D2 avec l'Antwerp, qui est censé être intouchable, hors concours. BICO : Largement. En termes de compétences, on a tout. Au niveau des infrastructures, pas de souci, on a la licence pour la D1. On fait partie des clubs de D2 qui ont les meilleures conditions de travail. Au besoin, on pourrait aller s'entraîner de temps en temps à Tubize. Et on peut envisager de construire notre propre centre d'entraînement. BICO : Bien sûr. La D1, on sait qu'on y sera un jour. L'agriculteur vous dira : " Vous récoltez ce que vous avez semé. " Si vous plantez une graine, si vous l'entretenez correctement, si vous l'arrosez, vous récolterez. BICO : Vous allez me forcer à devenir un peu prétentieux... mais ça dépend des compétences. Je connais beaucoup de gens qui ont semé et récolté, j'en connais aussi qui croyaient avoir bien semé mais avaient mal semé. Quand vous voyez d'où on vient... L'interview dont vous parlez a été faite quand on jouait encore au Stade Fallon. On avait repris le club à deux jours de la liquidation. Vous voyez le chemin parcouru ? On a été deux fois champions en Réserve de D2, on a joué une demi-finale de Coupe de Belgique U21, on est encore en quarts cette année, on a beaucoup de joueurs formés chez nous qui ont intégré l'équipe Première. Ce n'est pas de la prétention de dire que c'est le résultat d'un travail en profondeur. Il n'y a rien de magique là-dedans. Même si on est humbles, on a le droit d'être fiers et ambitieux. Oui, on reste humbles, c'est pour ça que je rêve de devenir l'Espanyol et pas le Barça. On sait qu'on ne sera jamais dans la cour d'Anderlecht. BICO : Comme il y en a qui croient toujours aujourd'hui qu'ils peuvent boxer dans la même cour que nous. Vous voyez que l'histoire est un éternel recommencement. La grenouille qui s'imagine plus grosse que le boeuf, vous connaissez ? Certains ne se souviennent visiblement pas de la façon dont ça s'est terminé. Si on arrive à devenir le deuxième club bruxellois, ça voudra dire qu'on a vraiment bien travaillé. On est arrivés dans un stade vide, le stade d'un club mort plusieurs fois, un squat. On a fait revivre cet endroit et on propose un football de haut niveau. La seule chance pour les gens de Molenbeek d'avoir un club de haut niveau, c'est nous ! Dès cet été, il n'y aura plus que 24 communes en Belgique qui auront la chance d'avoir un club professionnel, c'est un privilège exceptionnel en termes de rayonnement. Certains n'ont pas conscience de ça. Peut-être qu'un jour, la réalité les rattrapera. BICO : C'est comme si vous vouliez comparer le chanteur qui vient de gagner The Voice à Michel Sardou ou Gérard Lenorman. Vous ne pouvez quand même pas lui reprocher d'avoir moins de spectateurs ? Il faut comparer ce qui est comparable. On aurait aussi pu récupérer le nom d'un club illustre pour surfer dessus, sur le mérite des anciens. J'appelle ça de l'opportunisme. On aurait pu choisir de s'appeler Hertha Berlin, Real Madrid ou RWDM : on aurait eu quel mérite ? Au White Star, on est partis de zéro. Même pas... De moins mille. De moins un milliard. Du néant. On ne va pas reprocher à un enfant de deux ans de ne pas savoir courir le 100 mètres en moins de dix secondes. Ce qu'on a fait en deux ans a bien plus de mérite que la reprise de l'identité d'un club qui a été populaire. On a une des meilleures écoles de jeunes de Belgique, je suis bien plus fier de ça, de nos titres en Réserve et de notre deuxième place en D2 que d'un stade où on aurait mille spectateurs en plus. Ce ne sont pas les supporters qui font les résultats. Le public de l'Antwerp est un des meilleurs d'Europe, il faut avoir la foi pour continuer à encourager un club qui est depuis autant d'années en D2. Mais ce club n'est toujours pas remonté. Nos voisins du RWDM ont du monde à chaque match. Est-ce que ça a une incidence sur leurs résultats ? Non. BICO : J'inverse ce que vous me dites... Le RWDM a toujours eu du monde mais il est mort trois fois. Vendre du rêve, surfer sur un nom, ça ne tient qu'un temps. Chez nous, il y a des bases solides. On ne voit pas l'avenir avec grandiloquence mais avec optimisme ! On construit, on ne travaille pas sur les succès des anciens. Ce que je vois dans ce stade me fait penser aux gars qu'on voit dans des émissions de télé, des gars qui se lèvent en parlant comme Johnny, qui mangent à midi comme Johnny, qui commandent une bière en parlant avec l'accent de Johnny, qui se couchent comme Johnny. A la fin, ils croient qu'ils sont Johnny. Plutôt que d'être un faux Johnny Hallyday, il vaut mieux être un vrai soi-même. BICO : Ben voilà, je suis très content, vous avez tout dit... Vous avez dit ce qu'il fallait dire... BICO : Mais si, il y a des gens qui ont dit les choses autrement ! Des gens qui ne comprennent apparemment pas le français. Qui avaient dit que, quelle que soit la décision du tribunal, ils ne partiraient pas. C'est le pire aveu. Une preuve supplémentaire qu'il y a un mépris de tout, y compris de la justice. Je mens si je vous dis que la décision en appel nous satisfait, mais on la respecte, évidemment. Mais attention, ce n'est qu'une mesure transitoire. L'affaire doit encore être jugée sur le fond. Pour ménager la chèvre et le chou, le juge a décidé que le RWDM pouvait rester ici jusqu'à la fin de cette saison, à condition que le White Star soit prioritaire et que le RWDM ne perturbe pas notre fonctionnement. Certains là-bas essaient de faire croire que c'est une victoire sur le long terme. C'est faux. On est ici les 99 % du temps, ils peuvent juste venir pour jouer leurs matches et doivent respecter des conditions bien précises. BICO : Oui, ça fait partie de toutes les bêtises qu'on a racontées. Comme ces abrutis qui ont dit qu'on avait saboté l'éclairage le soir d'un match du RWDM dans ce stade. Alors qu'on jouait au même moment de l'autre côté de la Belgique. Cette panne a été provoquée par une mauvaise manipulation de leur part, il y a eu le feu dans le coffret électrique d'un pylône, les fils ont fondu, ça a éteint toutes les lampes. Ils nous ont accusés, on s'en fout. Des gens ont besoin d'exister, d'attiser les passions pour faire venir des supporters. Et pour cacher des choses. C'est toute l'histoire de l'arbre qui cache la forêt. Quand on se concentre sur un ennemi, on n'est plus obligé de parler de ses résultats. C'est la technique du bouc émissaire, elle est vieille comme le monde. BICO : Posez la question à n'importe quel dirigeant ou entraîneur en D2 ou en D1. Demandez à Herman pourquoi il ne partage pas son stade avec l'Union... Demandez à Charleroi pourquoi ils n'accueillent pas l'Olympic. Demandez à Genk s'ils sont d'accord pour partager leur stade avec l'association des nostalgiques de Waterschei. Demandez à Bruges si Coxyde peut aller jouer chez eux. BICO : Bravo, vous le dites vous-même... Ça ne vous a quand même pas échappé qu'on a là deux clubs professionnels, régis par les mêmes règles ? A partir du moment où vous avez les mêmes contraintes, vous pouvez vous entendre. La saison prochaine, le RWDM sera en sixième division nationale... Donnez-moi un seul exemple dans le monde d'un club professionnel qui partage ses installations avec un club amateur. Il ne faut juste pas péter plus haut que son cul. Pardonnez-moi l'expression mais je l'assume. Il ne faut pas se prendre pour les champions du monde. Après, il y a des gens qui sont dotés d'intelligence et d'humilité, et des gens qui ne le sont pas. Quand votre présence n'est pas souhaitée quelque part, vous partez, c'est une preuve d'intelligence. Si j'essaie de venir m'installer chez vous, vous allez vous laisser faire ? Vous louez un appartement, et après un moment, le propriétaire vient vous dire : -J'ai décidé qu'à partir de demain, vous ne serez plus seul dedans. Vous l'acceptez ? BICO : Ah Monsieur, je suis très content de savoir que quand vous quittez votre maison le week-end, vous acceptez que d'autres personnes viennent s'y installer... Sous prétexte que vous n'êtes pas là, d'autres ont le droit de venir ? Moi je dis non. Ou alors, il fallait nous l'expliquer au moment où on a signé le bail. Quand on a signé, il n'a jamais, jamais, jamais été question de partager. Jamais, jamais, jamais ! Aujourd'hui, vous voyez l'état de notre pelouse, avec un match chaque week-end ? On a du mal à croire que c'est autre chose qu'un terrain vague. Mais la technique de certains, de certaines, c'est d'essayer de passer pour des sauveurs. De créer un ennemi, de le diaboliser et ensuite d'arriver telle Jeanne d'Arc sur son cheval blanc en voulant passer pour celle qui sauve un club. Si vous analysez les faits, vous voyez que le méchant n'est pas celui qu'on croit. Au départ, quand on me demande si le RWDM peut venir, je dis que je suis d'accord. Je signale qu'ils sont les bienvenus à condition qu'ils ne perturbent pas le fonctionnement de notre école de jeunes. Imaginez... Vous avez bon coeur. Je suis dehors, je ne sais pas où dormir. Vous acceptez de m'accueillir. Puis, je vous dis que votre canapé ne m'intéresse pas. Et votre chambre d'ami non plus. Je veux dormir dans le lit conjugal. Un moment donné, vous allez dire stop. C'est ce qu'on a fait. Si c'est ça, être méchant, on assume. On s'est trouvé face à des envahisseurs. On n'a fait que résister, en fait. Ce club a estimé qu'il pouvait venir sous prétexte qu'il porte le même nom que le club qui a autrefois joué ici. On est dans le temple du RWDM mais, désolé, ils ne sont pas le RWDM. Si demain, je décide de m'appeler FC Waterschei, je vais voir le président de Genk et je lui dis : -Gaston, fais-moi de la place parce que je suis le FC Waterschei et j'étais là avant le Racing Genk. Vous croyez que ça va bien se passer ? Je vais à la Rue de la Loi, je dis : -Poussez-vous, laissez-moi entrer, je m'appelle Charles Michel. Ça va bien se finir ? Ils sont allés chercher un matricule à l'autre bout du pays et disent qu'ils sont chez eux parce qu'ils ont repris le nom d'un club qui existait ici il y a vingt ans : c'est tellement basique comme raisonnement que des gens objectifs et dépassionnés comprennent que c'est un abus de droit. Mais on joue sur la passion des gens, on exacerbe cette passion pour des calculs purement politiques, on leur fait croire qu'on les soutient contre les méchants. Au White Star, on n'a pas de problème avec les nostalgiques du RWDM, on n'a pas de problèmes avec les supporters (sauf avec ceux qui nous insultent), on n'a rien contre le RWDM, on a seulement un problème avec ceux qui se servent de cette nostalgie pour servir leurs intérêts. BICO : C'est du baratin. Si elle croit au Père Noël, ça la regarde. Pardonnez-moi mais je trouve tellement ridicule quand des gens du foot parlent de politique. Si vous êtes compétent pour faire de la politique, faites de la politique, pas du foot. Alors, quand la bourgmestre parle du White Star et du RWDM, j'ai envie de lui dire : -Il n'y a pas autre chose à faire en tant que bourgmestre de Molenbeek ? Il n'y a pas des problèmes plus sérieux ici ? Un élu ne doit pas s'abaisser à mettre les mains dans le cambouis, à parler de foot, de stade, de pelouse. Il le fait seulement s'il y trouve un intérêt. Et si certains font les choses avec autant d'énergie, c'est qu'ils y ont de l'intérêt. J'aimerais juste qu'on nous foute la paix. Si on avait laissé les gens du White Star et du RWDM se débrouiller, tout serait réglé depuis longtemps. C'est le politique qui a tout perturbé. Certains se sont subitement découvert une âme sociale alors qu'on ne les a jamais entendus du temps de Johan Vermeersch. Quand le Brussels est mort, combien de gamins se sont retrouvés à la rue ? Heureusement que le White Star était là pour sauver l'école de jeunes. On permet à 600 gosses de jouer au foot. Mais certains continuent à nous stigmatiser, c'est pathétique. BICO : Une résiliation de la convention n'a jamais été à l'ordre du jour du conseil communal. Jusqu'à preuve du contraire, ce n'est pas la bourgmestre qui commande. On n'est plus au temps de Cléopâtre. Il y a moins de chances d'assister à une résiliation de la convention que de voir la lune tomber sur terre. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" Donnez-moi un seul exemple dans le monde d'un club professionnel qui partage ses installations avec un club amateur. " - JOHN BICO " Si Françoise Schepmans croit au Père Noël, ça la regarde. " - JOHN BICO