"J'ai une ligne directrice, c'est la circulation de balle. La possession. Quand tu as la possession, quand tu prives l'adversaire du ballon, aucune chance pour lui d'être efficace. Maintenant, il faut posséder les qualités techniques pour y arriver. Et tu dois toujours garder l'équilibre. Penser à attaquer, c'est bien. Mais tu dois aussi penser à défendre. Quand j'étais adjoint, j'ai eu trois ans pour bien observer tous les joueurs. J'ai vu que mes prédécesseurs faisaient certaines erreurs bien précises. Je n'ai pas envie de les faire. " Ça paraît simple.
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"J'ai une ligne directrice, c'est la circulation de balle. La possession. Quand tu as la possession, quand tu prives l'adversaire du ballon, aucune chance pour lui d'être efficace. Maintenant, il faut posséder les qualités techniques pour y arriver. Et tu dois toujours garder l'équilibre. Penser à attaquer, c'est bien. Mais tu dois aussi penser à défendre. Quand j'étais adjoint, j'ai eu trois ans pour bien observer tous les joueurs. J'ai vu que mes prédécesseurs faisaient certaines erreurs bien précises. Je n'ai pas envie de les faire. " Ça paraît simple. Marc Wilmots et la tactique : deux mondes à part, pour une partie de la presse et de la population. Il clame qu'il n'a d'idées à recevoir de personne dans ce domaine. Le mieux, pour s'en assurer, est de le cuisiner ! Willy l'ingénieur du foot, c'est ici. MARC WILMOTS : On travaille beaucoup en deux touches de balle. On raccourcit les espaces. Le but est que ça aille de plus en plus vite. Et que les joueurs osent. Toujours en pensant vers l'avant. Je prends un exemple : Mousa Dembélé. Il n'allait jamais vers l'avant. Puis il a commencé à le faire avec Tottenham, il s'est aussi mis à frapper au but. Si tu savais le nombre de fois où j'ai pleuré pour qu'il frappe aussi chez nous. Je lui disais : -Tu as une frappe de taureau, utilise-la.WILMOTS : Si tu n'as pas d'espaces, tu dois essayer de passer par les côtés. Mes latéraux y vont. Toby Alderweireld et Jan Vertonghen ont tout compris. Tu as vu les stats de Vertonghen chez les Diables, le nombre d'assists qu'il a déjà donnés, ses bons centres ? Alderweireld et Vertonghen ont l'éducation de l'Ajax, avec des diagonales à 40 mètres. Ils peuvent trouver à tout moment un gars du côté opposé, c'est une qualité extraordinaire. Même pas besoin d'élan, ils te la mettent, boum. WILMOTS : Il y a trois positions idéales pour centrer. Je ne t'en dirai pas plus. Si je te les donne, je t'offre mes armes. Si les adversaires lisent ça, ils vont s'en servir. WILMOTS : C'est ce qu'on faisait à Schalke avec Huub Stevens et c'était la meilleure parade pour avoir un gros bloc équipe. Comme ça, rien ne passe dans l'axe. Mais pour le faire, il faut du coeur, de la condition physique, de la discipline. Si tu n'as pas une grande discipline tactique, oublie. Soit on fait ça, soit on joue la zone comme les Français. Je trouve qu'en choisissant le système homme contre homme dans le milieu en perte de balle, tout est beaucoup plus clair. Et tu mets moins de poids sur la défense. Tu empêches les infiltrations depuis la deuxième ligne de l'adversaire et tu responsabilises tes joueurs. Celui-là est pour toi, celui-là est pour toi, moi je prends celui-là. Au moins, aucun de mes gars n'a un alibi. Après, ils peuvent faire des erreurs, ça peut arriver. WILMOTS : Je ne veux pas. Parce que, de nouveau, c'est l'alibi. C'est pas moi qui ai laissé faire le buteur, c'est lui. Je ne discute même pas de ça, c'est clair et net. Tu vas aux cours d'entraîneurs, on t'explique la zone ceci, la zone cela. Chacun fait comme il veut. Mais sur 25 matches, même s'il y a peut-être eu un tout petit peu de réussite, on n'a pas pris un but sur phase arrêtée. Je crois que c'est un record. WILMOTS : Regarde ce qu'on a fait dans le match amical en France. On a défendu en avançant. Mais pour jouer avec une défense haute, tu as besoin de vitesse derrière. Je ne vais pas le faire avec deux tracteurs. Le pressing collectif, tu le fais si tu ne joues pas en un contre un. Tu as trois gars qui vont sur le porteur du ballon. C'est ce qui se fait beaucoup dans le championnat d'Angleterre. Ils se jettent. Mais si tu as un adversaire très technique, capable de se sortir de la situation avec la balle au pied, tu n'es pas bien. WILMOTS : Oui, même qu'à un moment donné, ils ont commencé à faire n'importe quoi. Tout le monde partait vers l'avant. C'était un match amical, il fallait aussi penser au spectacle, j'ai laissé aller. Mais pour le même prix, tu te prends un contre. Tu l'as vu comme moi : tu as le droit d'être naïf à certains moments mais tu ne dois pas devenir con. C'était beaucoup plus structuré contre la France. WILMOTS : Quand tu regardes Barcelone, c'est tic tac, tic tac. Puis ils ont Lionel Messi, Luis Suarez et Neymar pour finir le boulot parce que les adversaires sont fatigués. C'est encore un autre niveau. Mais mon équipe le fait déjà très bien à certains moments. Ce qui compte, c'est d'avoir de la régularité, d'arriver à reproduire ça dans chaque match. Et il faut oublier sa petite personne. La seule fois où j'ai dû me fâcher, c'était à la mi-temps à Chypre parce qu'ils voulaient forcer. Quand tout le monde se dit qu'il va faire lui-même la décision, tu vois ce que ça donne. WILMOTS : C'est pour ça que j'ai mis Axel Witsel à la place où il est. Il a déjà beaucoup grandi dans ce rôle. WILMOTS : Il n'y a pas de meilleur système au monde. Celui qui raconte ça, il dit des couillonnades. Je regarde tout ce que j'ai en magasin et je m'adapte, c'est quelque chose de fabuleux. J'ai par exemple tous des attaquants qui jouent en 4-3-3 dans leur club, j'en tiens évidemment compte. J'aime mon 4-3-3 avec de la vitesse sur les côtés et un jeu au sol. Il nous permet d'aller toujours vers l'avant. Je donne une impulsion à mes joueurs : -On joue pour gagner. Ça donne confiance. J'ai connu des entraîneurs qui parlaient plus de l'adversaire, on avait à la limite l'impression qu'on était mauvais. J'ai bien appris de ce genre de raisonnement. WILMOTS : Le problème du 9 ne m'intéresse pas, tant qu'on met trois buts dans chaque match. Ce que je vois aussi, ce sont les espaces que mon attaquant de pointe arrive à créer. Ouvrir des espaces pour un autre, c'est extraordinaire aussi. L'être humain aime bien avoir de la visibilité, il veut marquer des buts. Et moi, et moi, et moi... Pas avec moi. On avait des individualités pendant des années, on a vu ce que ça a donné. Aujourd'hui, on a une équipe. WILMOTS : Il ne faut pas qu'ils tombent dans ce piège, c'est ce que je leur explique régulièrement. Je préfère avoir cinq buteurs dans mes joueurs offensifs et deux gars de derrière qui marquent aussi. Le nom de celui qui met la balle au fond n'a absolument aucune importance pour moi. Je joue avec quatre attaquants, c'est normal que ceux qui sont un peu en retrait voient mieux le jeu que l'homme en pointe. Celui-là a peut-être un rôle un peu plus ingrat. Et j'ai de la compréhension pour l'attaquant le plus avancé qui tire la tête au moment où je le sors, s'il n'a pas scoré. C'est humain. Et le problème, c'est qu'en équipe nationale, tous les Belges voient tout. Si le même joueur fait un moins bon match avec son club, il y a déjà moins de monde qui en parle. Avec les Diables, un mauvais match, et parfois c'est parti pour quatre mois. WILMOTS : Quand je le fais patienter un long moment sur le banc, ça peut être bénéfique aussi. Les gens se souviennent de notre match contre les Etats-Unis à la Coupe du Monde ? Tout le monde est fatigué, il monte et il fait exploser le bazar. Quand j'ai 23 gars, ça ne m'intéresse pas de savoir qui met la balle au fond. WILMOTS : Il écoute beaucoup, il a compris, il a bien progressé dans son comportement. Le plus facile, c'est d'éliminer le joueur qui ne convient pas. C'est tout ce que je n'aime pas faire. Mon plaisir, c'est de le remettre au-dessus. Batshuayi nous a apporté quelque chose dans tous les matches où il est entré. Et à l'entraînement, il me fait penser à Yannick Carrasco : ces gars-là sont des morts de faim. J'aime bien les morts de faim. WILMOTS : Ça a été créé. Ils sont dans des clubs du top, ça aide. Tu peux aussi choisir de t'asseoir dans ton fauteuil, tu es tranquille. Mais dans le football de haut niveau, tranquille, tu ne peux jamais l'être. WILMOTS : Il faut se rappeler pourquoi je ne l'ai pas pris plus tôt. Il ne s'était pas encore imposé à Rome, d'ailleurs il n'était pas encore à Rome, j'avais remarqué qu'il était crispé de tous ses muscles quand je l'avais testé, il y avait d'autres joueurs qui avaient participé à la campagne pour le Brésil. Donc suffisamment de bonnes raisons pour justifier ma décision de ne pas encore l'inclure dans le noyau. Et encore une bonne raison : je jouais la plupart du temps avec un seul 6, une seule sentinelle, et j'avais Axel Witsel pour faire ça. Après, je suis passé à deux sentinelles. J'aime bien quand un de ces deux-là y va. Une fois l'un, une fois l'autre. L'adversaire ne sait jamais lequel des deux va y aller. Mais j'ai un credo : je ne veux plus ouvrir l'axe. Et quand il y a en a un de ma ligne arrière qui sort, ça doit à chaque fois être un différent. Sinon l'adversaire sait quel joueur il doit surveiller. Les adversaires ne sont pas cons non plus, ils nous ont vus, ils nous ont scoutés, analysés. Maintenant, ils ne savent plus jamais rien prévoir. Et en remettant Kevin De Bruyne dans l'axe, je peux mettre sur le côté des gars qui vont très vite en un contre un. C'est ce que je recherche avec Yannick Carrasco, Eden Hazard et Dries Mertens. J'ai trois lapins qui vont à deux mille à l'heure. WILMOTS : Mais ce n'est pas un problème ça. On a passé le cap de se demander qui est important. Il y en aura toujours un des deux et je suis content d'avoir les deux dans mon magasin. Tu ajoutes Mousa Dembélé qui est très bien revenu avec Tottenham, ça me fait quatre joueurs pour ces deux places-clés. Je peux même décider d'en mettre trois des quatre, comme en France avec Witsel, Nainggolan et Fellaini. Tout dépend de l'adversaire. Je ne base jamais mon équipe sur l'adversaire. Ma philosophie est toujours d'aller vers l'avant et de marquer mais je ne suis pas fou non plus. J'avais vu la qualité du milieu français. J'avais dit aux joueurs : -C'est là que la guerre va se gagner.WILMOTS : Sur la classe du joueur, il n'y a même plus à discuter. Ça, je le sais depuis longtemps. Mais il est souvent arrivé chez nous avec une petite blessure. La hanche, ceci, cela. C'était embêtant. Si le match contre l'Espagne n'avait pas été annulé, je l'aurais testé derrière l'attaquant. Je sais qu'il peut jouer là aussi. WILMOTS : Pas nécessairement. Si je mets Nainggolan et Dembélé, je sais que ce sera une bonne paire. Fellaini et Dembélé ont déjà joué ensemble, ça s'est bien passé. Les quatre gars se connaissent par coeur, ils savent ce qu'ils ont à faire si je les associe avec untel ou untel. Il n'y a pas de meilleur couple que l'autre. C'est quoi, le plus important pour un 6 ? Récupérer et jouer le plus vite possible vers l'avant. Vertical. Et si tu ne peux pas le faire, latéral. WILMOTS : C'est un très bon infiltreur, il pourrait jouer en soutien d'attaque. On dit qu'il ne va pas assez vite alors que c'est le meilleur 6 de l'histoire du foot belge ! Il faut suivre, de temps en temps. WILMOTS : Je crois que je l'ai fait avancer petit à petit dans la hiérarchie. Il fallait passer par un processus de maturité. Finalement, il n'a pas beaucoup marqué cette saison avec Chelsea mais il marque chez moi, c'est pas mal. Je veux qu'il prenne des responsabilités, qu'il commence à assumer comme Kevin De Bruyne. Il est sur une grosse dynamique, il a super fort envie de jouer un gros EURO. WILMOTS : Pas du tout. Je crois que tous les joueurs de Chelsea ont fait 10 % de moins cette saison. Quand le collectif descend, les individualités descendent. Si le collectif est fort, les individualités seront fortes. WILMOTS : Subitement, on doit être champions d'Europe. Si on l'est, tant mieux hein ! Mais, un moment, il faut rester lucide. Michel Preud'homme résume bien la situation quand il s'étonne que tout le monde s'attend maintenant à ce qu'on gagne tous nos matches 3-0. Il y en a qui ne sont plus sur terre. Moi, j'y suis encore. Mon père est un homme de la terre, ça aide, sans doute. Je sais très bien ce qu'on a fait, je sais très bien ce qu'on a comme qualités. Je sais qu'on peut battre n'importe quel adversaire quand on est là. Et je ne chercherai pas d'excuse. Qu'on gagne ou qu'on perde, j'assumerai. De toute façon, c'est moi qui vais prendre. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE" Si tu savais le nombre de fois où j'ai pleuré pour que Dembélé frappe au but. Je lui disais : -Tu as une frappe de taureau, utilise-la. " MARC WILMOTS " Pour jouer avec une défense haute, tu as besoin de vitesse derrière. Je ne vais pas le faire avec deux tracteurs. " MARC WILMOTS