Scène de fin de calvaire à Bruges. Mercredi dernier, trois jours avant le déplacement au Standard. Il fait froid, il fait gris, un vilain vent balaye la région. Une météo à l'image de toute la saison du Club. Jacky Mathijssen est l'un des premiers à quitter le stade après l'entraînement, un bon moment avant la plupart des joueurs. Ce n'est pas dans les habitudes d'un coach de s'éclipser avant ses hommes. En général, il ferme la porte du vestiaire. Ce départ rapide confirme que Jack en a plus que ras-la-casquette. Il n'est pas bavard. Mais surprenant quand on l'interroge sur son avenir : " Le football, pour moi, c'est fini. " Une blague ? " Non, même pas. " Encore un coup de bluff ?
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Scène de fin de calvaire à Bruges. Mercredi dernier, trois jours avant le déplacement au Standard. Il fait froid, il fait gris, un vilain vent balaye la région. Une météo à l'image de toute la saison du Club. Jacky Mathijssen est l'un des premiers à quitter le stade après l'entraînement, un bon moment avant la plupart des joueurs. Ce n'est pas dans les habitudes d'un coach de s'éclipser avant ses hommes. En général, il ferme la porte du vestiaire. Ce départ rapide confirme que Jack en a plus que ras-la-casquette. Il n'est pas bavard. Mais surprenant quand on l'interroge sur son avenir : " Le football, pour moi, c'est fini. " Une blague ? " Non, même pas. " Encore un coup de bluff ? Qu'il est triste, ce Club ! Michel D'Hooghe a été opéré quelques heures plus tôt d'une tumeur au cerveau. Les cyclistes qui croisent des joueurs sur le parking sont presque indifférents. Wesley Sonck file vers sa voiture et lâche : " Je ne parle plus à la presse avant la fin du championnat. " On est en plein dans les heures d'ouverture théoriques du fan-shop mais il est fermé. Et on prépare l'hommage à François Sterchele, programmé le lendemain, un an après son crash mortel. Ambiance ! Y a-t-il encore des Brugeois qui y croient ? Un joueur se lâche un peu : " La situation actuelle n'est pas saine du tout. Mathijssen est viré mais il est toujours là. Sans être vraiment là. Il lui arrive de rester dans son vestiaire pendant presque tout l'entraînement. Il délègue à ses adjoints. Et quand il est sur le terrain, il se cale le plus souvent dans un coin et se contente de nous observer. Il va mal et cela nous fait mal pour lui. "Arrivé de Charleroi en juin 2008 avec son étiquette de meilleur buteur du championnat, l'attaquant nigérian Joseph Akpala (22 ans) s'attable et fait le point sur sa saison. Et celle du Club. Drôle de saison : pas vrai ? Joseph Akpala : J'y croirai jusqu'à la dernière minute de la dernière rencontre. Je voulais d'abord faire mieux que la saison dernière. Pas nécessairement marquer plus de buts mais être meilleur dans le jeu. Si je peux finir meilleur buteur, ce sera une petite cerise sur mon gâteau. Meilleur buteur, c'est meilleur buteur, point à la ligne. Je me suis installé pour toujours dans les statistiques du championnat de Belgique. Peu importe que ce soit avec 18 buts, plus, ou moins. Je suis content d'être dans l'histoire du foot de ce pays après avoir marqué le championnat du Nigeria, où j'avais déjà terminé meilleur buteur de la D1. Je savais dès le départ que ce ne serait pas simple car je franchissais un cap : Bruges est évidemment un plus grand club que Charleroi. Ici, on attend quelque chose de chaque rencontre : il faut toujours gagner, de la première à la dernière journée. Cela te met un gros challenge sur le dos, tu ne peux jamais rien lâcher. Mais j'ai très bien supporté cette pression et c'est ce qui me fait dire que j'ai progressé depuis un an. Je suis très satisfait de ma saison. Sur le plan individuel, en tout cas... J'ai joué presque tous les matches, cela veut sûrement dire que je ne suis pas le seul à penser que j'étais bon. Je n'en sais rien. C'est aussi une des satisfactions de ma saison. Nous nous sommes trouvés directement. Wesley sait à tout moment de quel côté je vais partir. C'est une grosse déception. Nous visions très haut, l'objectif était carrément le titre, et aujourd'hui, il faut se raccrocher à l'espoir d'un prix de consolation : la troisième place. Cela fait une grosse différence. Je comprends que tout le monde soit déçu ici. Quand tous nos joueurs sont au top, nous n'avons rien à envier à ces deux équipes. Le gros problème, c'est que nous n'avons pas toujours été au top. Anderlecht n'était nulle part au premier tour et Bruges jouait la première place : cela voulait quand même bien dire que nous avions autant de qualités. On peut perdre contre un concurrent direct, même à domicile. Mais se faire balayer 1-4, ça fait mal, ça fait des dégâts terribles dans les têtes. Et le score était vraiment forcé, ce qui a encore aggravé notre déception. Ce résultat-là a influencé tout le reste de notre saison. Nous avons fait un match nul chez nous contre Anderlecht et ils ne nous ont battus que 1-0 chez eux. Il n'y a rien de honteux à perdre par un but d'écart là-bas. Ce n'est pas face au Standard et à Anderlecht que nous avons foiré. Plutôt dans une multitude de petits matches que nous étions censés gagner mais que nous avons mal gérés. 1-4 contre Gand, 0-2 contre Genk, 2-3 contre Lokeren, 3-0 à Gand. Oh là, là... Je n'ai toujours rien compris à ce match. Nous menons rapidement 0-1, tout va bien, ça peut être 0-3 après une demi-heure. Mais dès que Mouscron égalise, toutes les têtes tombent dans notre équipe. Avec l'état d'esprit que nous avons affiché ce soir-là, nous n'aurions pas gagné beaucoup de matches cette saison. Cette saison ne se passe pas bien mais on ne peut pas oublier ce qu'il a réussi ici l'année dernière. Il avait permis à Bruges de se battre longtemps pour le titre, c'était très beau, surtout de la part d'un entraîneur qui venait d'arriver et avait encore tout à découvrir. De Charleroi, je voyais beaucoup de matches du Club : j'étais vraiment impressionné par la façon de jouer de cette équipe. A l'époque, personne ne disait que Mathijssen n'était pas prêt pour le top. Je comprends qu'ils soient fâchés, ils ont le droit d'être frustrés. Mais quand on est un vrai supporter, on encourage ses joueurs jusqu'au bout, quel que soit le résultat. Quand Liverpool se fait balader à domicile par Chelsea, ses fans continuent à chanter jusqu'à la dernière minute. J'ai aussi regardé Real-Barcelone : à 2-6, les supporters du Real ne sifflaient toujours pas. Quand tu es ridicule sur le terrain, tu t'attends à ce que ton public s'énerve. Mais s'il a la réaction inverse, tu te dis : -Ces gars-là sont vraiment magnifiques. Il y a très peu de footballeurs dans le monde qui scorent régulièrement du début à la fin d'une saison. Presque tous les attaquants connaissent un creux. Une mauvaise période peut même être très longue, sans que le joueur ait perdu ses qualités pour autant. Regarde Carlos Tévez : il marque cinq fois moins que l'an dernier alors que Manchester United est toujours aussi bon. Dans mon cas, la fatigue a joué, mais aussi le contexte. J'ai perdu le chemin du but au moment où Bruges accumulait les mauvais résultats. Il y a eu l'élimination européenne, cinq défaites d'affilée : il y a mieux pour être en confiance. Dans ma tête, ça n'allait plus trop bien à ce moment-là. C'est la première fois que je dois enchaîner autant de matches : championnat, Coupe de l'UEFA, équipe nationale. Mais j'ai chaque fois pris le temps de bien me reposer et on ne peut sûrement pas invoquer mes déplacements pour justifier mon passage à vide avec Bruges. C'est trop simple comme explication. Les JO me faisaient vraiment rêver. Et c'est le jour du match Nigeria-Belgique que j'ai le plus souffert. J'aurais donné beaucoup pour être sur le terrain. Mais j'ai fini par oublier ma déception. Aujourd'hui, je suis régulièrement appelé en équipe A, le Nigeria est déjà qualifié pour la prochaine Coupe d'Afrique des Nations et nous nous concentrons sur le Mondial 2010. Je suis Joseph Akpala et je n'ai jamais cherché à ressembler à personne. Amokachi est nigérian et a joué à Bruges : la comparaison s'arrête là. Je vois surtout des différences. Il était encore plus attaquant que moi, il bougeait sans arrêt, il ennuyait encore plus les défenses. Et physiquement, il était encore plus fort. La première fois que je l'ai vu jouer, je me suis dit : -Quel monstre, celui-là. Aucun de sa période à Bruges, j'étais beaucoup trop jeune. Par contre, j'ai vu plusieurs de ses matches avec Everton et Besiktas. Et au Nigeria, il a surtout marqué les esprits en gagnant le tournoi olympique d'Atlanta en 1996. Great ! Je lui dois en partie mon aventure européenne. C'est lui qui avait poussé pour que je participe à un stage avec l'équipe nationale en 2006. Je n'étais pas international à l'époque. C'est là-bas que Charleroi m'a repéré. Et quand je lui ai dit que j'avais une offre d'un club belge, il m'a dit de foncer. C'est un jeu qui me conviendrait. Le football y est très rapide et les attaquants qui courent vite ont tout pour réussir là-bas, vu que les défenseurs sont généralement plus lents qu'eux. Et ça attaque sans arrêt, donc c'est facile pour les avants. Pour moi, quand on a certaines qualités, c'est plus simple de marquer en Angleterre qu'en Belgique. C'est mon grand rêve d'y aller un jour. Ce club est venu me voir plusieurs fois. Mais il n'y a quand même jamais eu d'offre concrète. Je n'en sais rien. Je pense que je pourrais y tenir ma place un jour, mais le moment n'est peut-être pas encore venu. par pierre danvoye - photos: reporters/ hamers