La sono du restaurant intensifie l'atmosphère intime en laissant flotter dans l'air les notes de l'indémodable " Fly me to the moon " cher à Frank Sinatra. Les différents murs ne sont pas en reste en termes de références jazzy : des photos en noir et blanc laissent deviner un saxophoniste, la sourdine d'une trompette et l'ombre d'une contrebasse.

Le décor lounge est complété par la présence d'un piano noir à queue en plein centre de la pièce. " J'en ai joué quand j'étais petit ", précise Dodi Lukebakio en frôlant le clavier. " Je n'ai pas pu m'y tenir avec le foot, mais de toute façon personne n'aurait pu reconnaître les mélodies que je faisais ", poursuit-il dans un grand éclat de rire.

Le N°20 enfile ensuite la longue veste noire des Flingeraners qui lui tombe jusqu'à la moitié des tibias et se dirige vers la terrasse. Comme dans de nombreux stades allemands, l'hôtel de la Merkur Spiel-Arena du Fortuna Düsseldorf dispose d'une plateforme qui donne directement sur le stade.

À peine sorti, Dodi y est interpellé par un Anglais qui se présente comme supporter de Manchester United. " Tu es prêté par Watford, c'est bien ça ? ", interroge-t-il. L'attaquant répond par l'affirmative. Satisfait par ses connaissances, le touriste britannique tourne les talons.

Ce qu'il ignore sûrement, c'est que le prénom du joueur belge est un hommage à celui du compagnon d'une de ses célèbres compatriotes. " Ma mère a été fort affectée par l'accident de la Princesse Diana et de Dodi Al-Fayed qui s'est produit quelques semaines avant ma naissance ", précise Lukebakio.

" Mais bon, mon père affirme de son côté que mon prénom vient plutôt de " DOn de DIeu. " D'influences royalistes ou religieuses, ces quatre lettres résonnent en tout cas souvent dans les travées des stades de Bundesliga depuis quelques mois. Une réussite en plusieurs actes.

" Je suis encore en pleine phase d'apprentissage "

Le Fortuna Düsseldorf t'a découvert lors d'un match amical avec Charleroi. Ce jour-là, tu leur avais envoyé un retourné acrobatique...

Dodi Lukebakio: Ce genre de geste, je le tente partout, pas uniquement quand c'est pour du beurre. Je ne me pose pas de question, je le fais d'instinct. Je n'ai pas eu de contact direct avec le club de Düsseldorf dans la foulée, mais quand je suis arrivé en Allemagne, les gens m'ont directement reconnu. Certains étaient surpris de se dire : " C'est lui qui nous a mis le but ? " Ils ne s'attendaient peut-être pas à ce que je me retrouve chez eux ( sourire).

Après avoir vécu toutes ces souffrances, ce que je veux, c'est jouer. Aujourd'hui j'ai retrouvé ce plaisir. " Dodi Lukebakio

La Bundesliga est ton quatrième championnat. Qu'est-ce qu'il t'a fallu emmagasiner de nouveau pour t'y acclimater ?

LUKEBAKIO : En Allemagne, ça court tout le temps, mais ça ne me pose pas de problème. C'est l'expérience acquise dans mes autres clubs qui m'a permis de répondre présent. J'ai pu montrer que j'avais appris, même si j'ai encore beaucoup à découvrir. Les gens ont tendance à me parler comme si j'avais déjà dix ans de carrière derrière moi alors que je n'ai que 21 ans ! C'est parfois perturbant, surtout que je suis encore en pleine phase d'apprentissage.

Un prix comme le " Rookie du mois ", reçu en décembre, est donc un cadeau empoisonné ?

LUKEBAKIO : Ce genre de récompense me fait repenser aux souffrances que j'ai vécues par le passé, et ça me motive encore plus à m'éloigner de cette période. Je ne dirais pas que ça ne représente rien pour moi, mais je relativise : je sais que ça peut aller très vite dans l'autre sens.

Tu sais que, proportionnellement au nombre de matchs joués, tu es le Belge le plus efficace en 2018 (un but toutes les 93 minutes) ?

LUKEBAKIO : ( Surpris) Aaah ok ! Je suis un attaquant, donc j'adore les stats, mais ça je ne savais pas. Je ne peux qu'être que content parce qu'en face, c'est des Mertens, Hazard, Lukaku, etc. Des gars qui marquent 30 buts par saison. Ça ne peut que me booster. Par le passé, avec une réussite de ce genre, j'avais tendance à me mettre dans des situations négatives : je travaillais moins, je me croyais arrivé. Je ne suis plus comme ça aujourd'hui.

" J'avais le talent mais j'ai dû me faire un mental "

Tu as des souvenirs précis de l'époque où tu te croyais arrivé ?

LUKEBAKIO : Le meilleur exemple, c'est à Anderlecht.

Après tes débuts contre Bruges à 18 ans ou suite à ton but au Standard quelques mois plus tard ?

LUKEBAKIO : Je ne sais plus exactement. Ça a été rapide : j'ai commencé à m'entraîner avec la Première à 17 ans. Du jour au lendemain, on m'annonce que je vais me retrouver sur le banc. Sauf que, dès mon premier match, je rentre une dizaine de minutes sur le terrain. L'équipe-fanion, c'est une autre réalité que les jeunes. C'est à ce moment-là que tu dois te poser beaucoup de questions, que tu dois travailler encore plus... Et si tu ne le fais pas, ça devient vite très difficile. Si tu n'es pas prêt mentalement au moment où l'entraîneur pose ses choix, tu ne tiens pas le coup. Sans me vanter, j'avais le talent et il n'allait pas partir. Ce que je devais apprendre, c'est le mental. Aujourd'hui, je suis sur le bon chemin.

Est-ce que le côté sélectif et donc moins familial du club bruxellois a pu freiner ton évolution ?

LUKEBAKIO : Quand tu es jeune, tu as besoin d'être entouré. Il y a beaucoup d'argent, donc si tu te montres faible par rapport à ça, tu peux vite croire que tu es arrivé.

Tu penses que c'est cet aspect-là qui aurait pu te perdre ?

LUKEBAKIO : Bien sûr, parce que c'est aussi avec l'argent que tu comprends que tu es arrivé à quelque chose. Seul, tu ne t'en sors pas. Et il faut des personnes sincères, qui osent te dire la vérité : quand t'as été nul, t'as été nul, point. C'est pas de la faute des autres ou du coach. C'est comme ça que tu t'en sors, que tu te réveilles, que tu progresses.

Après ton passage à Anderlecht, tu as reconnu que tes conneries venaient aussi d'en dehors du terrain. Tu pensais à quoi ?

LUKEBAKIO : La ponctualité. Ça faisait partie de moi et c'était une habitude difficile à faire partir, c'est vrai. Mais on ne peut pas dire pour autant que je n'étais pas discipliné. Au lieu de me coller une étiquette, il aurait fallu m'aider. J'étais jeune, je ne pouvais pas avoir l'expérience. C'est aussi au club de protéger ses joueurs. Je sais que je n'étais pas entièrement fautif dans l'histoire, mais j'ai pris mes responsabilités, j'ai pris tout sur moi et j'ai appris de tout ça.

" Charleroi, pour moi, ce n'était pas un échec "

Après quelques mois à Anderlecht et surtout lors de ton passage à Toulouse, le surnom d'" enfant terrible " t'a collé aux basques. Par la suite, tu as toi-même reconnu que tu n'avais pas aimé ce Dodi de l'époque. Que s'est-il passé ?

LUKEBAKIO : C'est surtout le problème de ponctualité qui m'a collé l'étiquette d'" enfant terrible " ( Dodi confirme qu'à Toulouse, des conseillers n'étaient jamais loin de lui pour s'assurer qu'il se réveille à l'heure, ndlr). Maintenant, je mets quatre réveils pour être sûr d'être debout au bon moment ( rires).

Dodi Lukebakio en lutte avec Abdou Diallo, le défenseur du Borussia Dortmund., BELGAIMAGE
Dodi Lukebakio en lutte avec Abdou Diallo, le défenseur du Borussia Dortmund. © BELGAIMAGE

Après le Téfécé, tu as pu ensuite te relancer à Charleroi, même si, six mois après ton arrivée, tu es déjà parti à Watford. Après coup, Felice Mazzù a reconnu que tu étais un des joueurs les plus doués qu'il ait connus et qu'il considérait ton départ comme un échec personnel parce qu'il n'avait pas réussi à faire de toi le joueur qu'il voulait. Qu'en penses-tu ?

LUKEBAKIO : Pour moi ce n'est pas un échec. J'aimerais tout simplement répondre que j'ai énormément appris auprès de Mazzù, dont les qualités de tacticien sont reconnues à travers toute la Belgique. Pour mon évolution personnelle, mon passage à Charleroi n'est donc pas vraiment un échec.

Ton grand pote Landry Dimata a récemment déclaré : " La réussite actuelle de Dodi, c'est une source de motivation pour beaucoup de jeunes d'Anderlecht et de tout Bruxelles. " Pourquoi pense-t-il à toi précisément ?

LUKEBAKIO : Comme j'ai grandi à Bruxelles, je sais qu'on a vite tendance à rêver en tant que jeune. Et puis, comme espoir d'Anderlecht qui arrive en équipe première, tu as automatiquement un petit quelque chose. Les journalistes sont donc encore plus à l'affût et attendent beaucoup de toi. Au début, ça m'a énormément touché, ce n'était pas facile d'entendre à gauche à droite ce qu'on disait de moi alors que je n'étais pas comme ça. Maintenant, je passe au-dessus. Et puis c'est aussi beaucoup plus facile d'avancer quand tu sais ce que tu veux.

" Mon avenir ? Aujourd'hui, c'est focus Düsseldorf ! "

Et qu'est-ce que tu veux ?

LUKEBAKIO : Quand j'étais en Angleterre, il y a eu plusieurs entraînements au bout desquels mes coéquipiers me félicitaient et étaient sûrs que j'allais jouer le lendemain. Au final, je n'étais même pas dans la sélection de Watford. Quelle frustration ! J'avais terriblement envie, mais je ne recevais pas ma chance. Dans ce cas-là, tu craques : tu n'as plus envie de travailler. C'était trop pour moi. Heureusement, c'est aussi là que je me suis dit : " Peu importe où je me retrouve l'an prochain, je vais prouver ma valeur. " C'est cette direction que j'ai suivie depuis, après avoir vécu toutes ces souffrances. Ce que je veux, c'est jouer. Aujourd'hui j'ai retrouvé ce plaisir, ça faisait super longtemps que je ne l'avais plus connu.

Tu es actuellement en prêt au Fortuna. Théoriquement, tu retourneras donc à Watford en juin prochain. Quels sont tes contacts avec le staff anglais ? Tu es plutôt optimiste quant à recevoir une deuxième chance en Premier League ?

LUKEBAKIO : Je vis au jour le jour. Je ne pense donc pas à ce qui va se passer à la fin de la saison. J'essaie juste de profiter de mes moments à Düsseldorf. Bien sûr que j'ai eu des contacts avec Watford, mais on verra ce qui sera le mieux pour moi à l'issue de l'année. Ce serait présomptueux et de toute façon complexe pour moi de déjà me projeter sur la saison suivante. Aujourd'hui, c'est focus sur Düsseldorf.

Qu'est-ce que tu ressens au fond de toi quand tu es sur le terrain du Bayern Munich et que tu enchaînes les buts ?

LUKEBAKIO : Pas grand-chose... Peut-être que j'ai un problème avec ça ( rires). Je suis arrivé au Bayern, j'ai vu le stade et les références à la meilleure équipe d'Allemagne... C'était beau, mais très vite après le coup d'envoi, c'était comme si je jouais dans un autre stade. Bien sûr que ça me faisait du bien et que j'étais curieux de me frotter à des gars qui jouent la Ligue des Champions, mais je ne me rendais pas spécialement compte du standing de l'adversaire. Je n'étais pas du genre à me dire " Waaaw, j'ai mis trois buts au Bayern ! "

Dodi Lukebakio, BELGAIMAGE
Dodi Lukebakio © BELGAIMAGE

" L'Euro, je vais le faire "

En octobre 2016, tu as joué quelques minutes en match amical avec la République Démocratique du Congo face au Kenya. À l'approche de la Coupe d'Afrique (pour laquelle la RDC n'est pas encore qualifiée), as-tu déjà pris une décision si le sélectionneur t'appelle ?

Dodi Lukebakio: ( Il réfléchit) Ce n'est pas facile de répondre. C'était merveilleux de voir le Congo pour la première fois de ma vie, il y a deux ans. Ma famille m'a visité tous les jours, j'ai pu voir mes grands-parents, j'ai reçu un soutien énorme. L'expérience dans le stade le jour du match était totalement différente de l'ambiance européenne. C'est vrai que du coup, suite à mon passage au pays, beaucoup attendent mon retour. Mais je ne suis pas encore capable de faire un choix. Je suis en réserve...

Surtout qu'il y a aussi l'EURO U21 avec la Belgique qui se profile en Italie en juin prochain...

LUKEBAKIO : ( Il réfléchit encore) L'EURO, je vais le faire, c'est sûr. C'est l'achèvement d'une belle histoire qu'on a vécue ensemble : on a souffert pour en arriver là, autant vivre l'aventure jusqu'au bout.

C'est le premier EURO des U21 belges depuis 12 ans et il arrive un an après le meilleur résultat de l'Histoire des Diables Rouges en Coupe du monde. Est-ce une pression de se dire qu'il va falloir prendre la relève ?

LUKEBAKIO : ( Il rit) Oui et non. On n'a rien à perdre. Les gens ont pu voir les sacrifices que l'on a faits et je sens que personne dans le groupe n'a envie de lâcher. Notre force, c'est l'entraide. Si on continue à se baser là-dessus, on pourra aller loin. Maintenant et plus tard.

La sono du restaurant intensifie l'atmosphère intime en laissant flotter dans l'air les notes de l'indémodable " Fly me to the moon " cher à Frank Sinatra. Les différents murs ne sont pas en reste en termes de références jazzy : des photos en noir et blanc laissent deviner un saxophoniste, la sourdine d'une trompette et l'ombre d'une contrebasse. Le décor lounge est complété par la présence d'un piano noir à queue en plein centre de la pièce. " J'en ai joué quand j'étais petit ", précise Dodi Lukebakio en frôlant le clavier. " Je n'ai pas pu m'y tenir avec le foot, mais de toute façon personne n'aurait pu reconnaître les mélodies que je faisais ", poursuit-il dans un grand éclat de rire. Le N°20 enfile ensuite la longue veste noire des Flingeraners qui lui tombe jusqu'à la moitié des tibias et se dirige vers la terrasse. Comme dans de nombreux stades allemands, l'hôtel de la Merkur Spiel-Arena du Fortuna Düsseldorf dispose d'une plateforme qui donne directement sur le stade. À peine sorti, Dodi y est interpellé par un Anglais qui se présente comme supporter de Manchester United. " Tu es prêté par Watford, c'est bien ça ? ", interroge-t-il. L'attaquant répond par l'affirmative. Satisfait par ses connaissances, le touriste britannique tourne les talons. Ce qu'il ignore sûrement, c'est que le prénom du joueur belge est un hommage à celui du compagnon d'une de ses célèbres compatriotes. " Ma mère a été fort affectée par l'accident de la Princesse Diana et de Dodi Al-Fayed qui s'est produit quelques semaines avant ma naissance ", précise Lukebakio. " Mais bon, mon père affirme de son côté que mon prénom vient plutôt de " DOn de DIeu. " D'influences royalistes ou religieuses, ces quatre lettres résonnent en tout cas souvent dans les travées des stades de Bundesliga depuis quelques mois. Une réussite en plusieurs actes. Le Fortuna Düsseldorf t'a découvert lors d'un match amical avec Charleroi. Ce jour-là, tu leur avais envoyé un retourné acrobatique... Dodi Lukebakio: Ce genre de geste, je le tente partout, pas uniquement quand c'est pour du beurre. Je ne me pose pas de question, je le fais d'instinct. Je n'ai pas eu de contact direct avec le club de Düsseldorf dans la foulée, mais quand je suis arrivé en Allemagne, les gens m'ont directement reconnu. Certains étaient surpris de se dire : " C'est lui qui nous a mis le but ? " Ils ne s'attendaient peut-être pas à ce que je me retrouve chez eux ( sourire). La Bundesliga est ton quatrième championnat. Qu'est-ce qu'il t'a fallu emmagasiner de nouveau pour t'y acclimater ? LUKEBAKIO : En Allemagne, ça court tout le temps, mais ça ne me pose pas de problème. C'est l'expérience acquise dans mes autres clubs qui m'a permis de répondre présent. J'ai pu montrer que j'avais appris, même si j'ai encore beaucoup à découvrir. Les gens ont tendance à me parler comme si j'avais déjà dix ans de carrière derrière moi alors que je n'ai que 21 ans ! C'est parfois perturbant, surtout que je suis encore en pleine phase d'apprentissage. Un prix comme le " Rookie du mois ", reçu en décembre, est donc un cadeau empoisonné ? LUKEBAKIO : Ce genre de récompense me fait repenser aux souffrances que j'ai vécues par le passé, et ça me motive encore plus à m'éloigner de cette période. Je ne dirais pas que ça ne représente rien pour moi, mais je relativise : je sais que ça peut aller très vite dans l'autre sens. Tu sais que, proportionnellement au nombre de matchs joués, tu es le Belge le plus efficace en 2018 (un but toutes les 93 minutes) ? LUKEBAKIO : ( Surpris) Aaah ok ! Je suis un attaquant, donc j'adore les stats, mais ça je ne savais pas. Je ne peux qu'être que content parce qu'en face, c'est des Mertens, Hazard, Lukaku, etc. Des gars qui marquent 30 buts par saison. Ça ne peut que me booster. Par le passé, avec une réussite de ce genre, j'avais tendance à me mettre dans des situations négatives : je travaillais moins, je me croyais arrivé. Je ne suis plus comme ça aujourd'hui. Tu as des souvenirs précis de l'époque où tu te croyais arrivé ? LUKEBAKIO : Le meilleur exemple, c'est à Anderlecht. Après tes débuts contre Bruges à 18 ans ou suite à ton but au Standard quelques mois plus tard ? LUKEBAKIO : Je ne sais plus exactement. Ça a été rapide : j'ai commencé à m'entraîner avec la Première à 17 ans. Du jour au lendemain, on m'annonce que je vais me retrouver sur le banc. Sauf que, dès mon premier match, je rentre une dizaine de minutes sur le terrain. L'équipe-fanion, c'est une autre réalité que les jeunes. C'est à ce moment-là que tu dois te poser beaucoup de questions, que tu dois travailler encore plus... Et si tu ne le fais pas, ça devient vite très difficile. Si tu n'es pas prêt mentalement au moment où l'entraîneur pose ses choix, tu ne tiens pas le coup. Sans me vanter, j'avais le talent et il n'allait pas partir. Ce que je devais apprendre, c'est le mental. Aujourd'hui, je suis sur le bon chemin. Est-ce que le côté sélectif et donc moins familial du club bruxellois a pu freiner ton évolution ? LUKEBAKIO : Quand tu es jeune, tu as besoin d'être entouré. Il y a beaucoup d'argent, donc si tu te montres faible par rapport à ça, tu peux vite croire que tu es arrivé. Tu penses que c'est cet aspect-là qui aurait pu te perdre ? LUKEBAKIO : Bien sûr, parce que c'est aussi avec l'argent que tu comprends que tu es arrivé à quelque chose. Seul, tu ne t'en sors pas. Et il faut des personnes sincères, qui osent te dire la vérité : quand t'as été nul, t'as été nul, point. C'est pas de la faute des autres ou du coach. C'est comme ça que tu t'en sors, que tu te réveilles, que tu progresses. Après ton passage à Anderlecht, tu as reconnu que tes conneries venaient aussi d'en dehors du terrain. Tu pensais à quoi ? LUKEBAKIO : La ponctualité. Ça faisait partie de moi et c'était une habitude difficile à faire partir, c'est vrai. Mais on ne peut pas dire pour autant que je n'étais pas discipliné. Au lieu de me coller une étiquette, il aurait fallu m'aider. J'étais jeune, je ne pouvais pas avoir l'expérience. C'est aussi au club de protéger ses joueurs. Je sais que je n'étais pas entièrement fautif dans l'histoire, mais j'ai pris mes responsabilités, j'ai pris tout sur moi et j'ai appris de tout ça. Après quelques mois à Anderlecht et surtout lors de ton passage à Toulouse, le surnom d'" enfant terrible " t'a collé aux basques. Par la suite, tu as toi-même reconnu que tu n'avais pas aimé ce Dodi de l'époque. Que s'est-il passé ? LUKEBAKIO : C'est surtout le problème de ponctualité qui m'a collé l'étiquette d'" enfant terrible " ( Dodi confirme qu'à Toulouse, des conseillers n'étaient jamais loin de lui pour s'assurer qu'il se réveille à l'heure, ndlr). Maintenant, je mets quatre réveils pour être sûr d'être debout au bon moment ( rires). Après le Téfécé, tu as pu ensuite te relancer à Charleroi, même si, six mois après ton arrivée, tu es déjà parti à Watford. Après coup, Felice Mazzù a reconnu que tu étais un des joueurs les plus doués qu'il ait connus et qu'il considérait ton départ comme un échec personnel parce qu'il n'avait pas réussi à faire de toi le joueur qu'il voulait. Qu'en penses-tu ? LUKEBAKIO : Pour moi ce n'est pas un échec. J'aimerais tout simplement répondre que j'ai énormément appris auprès de Mazzù, dont les qualités de tacticien sont reconnues à travers toute la Belgique. Pour mon évolution personnelle, mon passage à Charleroi n'est donc pas vraiment un échec. Ton grand pote Landry Dimata a récemment déclaré : " La réussite actuelle de Dodi, c'est une source de motivation pour beaucoup de jeunes d'Anderlecht et de tout Bruxelles. " Pourquoi pense-t-il à toi précisément ? LUKEBAKIO : Comme j'ai grandi à Bruxelles, je sais qu'on a vite tendance à rêver en tant que jeune. Et puis, comme espoir d'Anderlecht qui arrive en équipe première, tu as automatiquement un petit quelque chose. Les journalistes sont donc encore plus à l'affût et attendent beaucoup de toi. Au début, ça m'a énormément touché, ce n'était pas facile d'entendre à gauche à droite ce qu'on disait de moi alors que je n'étais pas comme ça. Maintenant, je passe au-dessus. Et puis c'est aussi beaucoup plus facile d'avancer quand tu sais ce que tu veux. Et qu'est-ce que tu veux ? LUKEBAKIO : Quand j'étais en Angleterre, il y a eu plusieurs entraînements au bout desquels mes coéquipiers me félicitaient et étaient sûrs que j'allais jouer le lendemain. Au final, je n'étais même pas dans la sélection de Watford. Quelle frustration ! J'avais terriblement envie, mais je ne recevais pas ma chance. Dans ce cas-là, tu craques : tu n'as plus envie de travailler. C'était trop pour moi. Heureusement, c'est aussi là que je me suis dit : " Peu importe où je me retrouve l'an prochain, je vais prouver ma valeur. " C'est cette direction que j'ai suivie depuis, après avoir vécu toutes ces souffrances. Ce que je veux, c'est jouer. Aujourd'hui j'ai retrouvé ce plaisir, ça faisait super longtemps que je ne l'avais plus connu. Tu es actuellement en prêt au Fortuna. Théoriquement, tu retourneras donc à Watford en juin prochain. Quels sont tes contacts avec le staff anglais ? Tu es plutôt optimiste quant à recevoir une deuxième chance en Premier League ? LUKEBAKIO : Je vis au jour le jour. Je ne pense donc pas à ce qui va se passer à la fin de la saison. J'essaie juste de profiter de mes moments à Düsseldorf. Bien sûr que j'ai eu des contacts avec Watford, mais on verra ce qui sera le mieux pour moi à l'issue de l'année. Ce serait présomptueux et de toute façon complexe pour moi de déjà me projeter sur la saison suivante. Aujourd'hui, c'est focus sur Düsseldorf. Qu'est-ce que tu ressens au fond de toi quand tu es sur le terrain du Bayern Munich et que tu enchaînes les buts ? LUKEBAKIO : Pas grand-chose... Peut-être que j'ai un problème avec ça ( rires). Je suis arrivé au Bayern, j'ai vu le stade et les références à la meilleure équipe d'Allemagne... C'était beau, mais très vite après le coup d'envoi, c'était comme si je jouais dans un autre stade. Bien sûr que ça me faisait du bien et que j'étais curieux de me frotter à des gars qui jouent la Ligue des Champions, mais je ne me rendais pas spécialement compte du standing de l'adversaire. Je n'étais pas du genre à me dire " Waaaw, j'ai mis trois buts au Bayern ! "