Cyril Théréau (24 ans) est l'un des footballeurs les plus contestés de la saison. Prêté par Anderlecht à Charleroi jusqu'au terme de ce championnat, il reste parfaitement serein face aux critiques et questions sensibles.
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Cyril Théréau (24 ans) est l'un des footballeurs les plus contestés de la saison. Prêté par Anderlecht à Charleroi jusqu'au terme de ce championnat, il reste parfaitement serein face aux critiques et questions sensibles. Cyril Théréau : Cela fait beaucoup d'argent mais ce n'est pas moi qui ai fixé ce prix, hein ! C'est Anderlecht qui a décidé de faire une dépense pareille. De mon côté, il n'y a aucun problème : j'assume les 2 millions et demi, même si je ne suis évidemment pas satisfait de ce que j'ai apporté jusqu'à présent. Oui, et d'ailleurs, il y avait d'autres clubs prêts à les débourser. L'été dernier, j'avais plusieurs belles possibilités : Auxerre, Sochaux, l'Angleterre et d'autres pays comme la Russie. J'aurais même valu plus d'argent si je n'avais pas été blessé à ce moment-là. Mais j'ai opté pour Anderlecht parce que j'étais convaincu que c'était le choix idéal. C'était l'équipe championne de Belgique, j'avais remarqué que tous les joueurs se connaissaient déjà et ma fiancée est bruxelloise. Je pensais que tout cela rendrait les choses plus faciles. Très tôt, oui. Quelques minutes après ma conférence de presse de présentation, quand Frankie Vercauteren est venu me parler... J'ai compris que j'étais un transfert de la direction, pas un choix du coach. Il m'a dit que je lui avais été imposé par la direction et que c'était à moi de prouver que je pouvais jouer dans son équipe. Il m'a montré des schémas de jeu en m'expliquant ce qu'il attendait de moi. Mais l'attaquant qui figurait sur ces schémas était à l'opposé de mon profil. Il voulait un gars puissant et rapide, ce que je ne suis justement pas. J'ai des qualités spécifiques (par exemple la faculté de décrocher facilement) mais ce n'étaient pas celles que Vercauteren réclamait. Dès le premier entraînement, il m'a interdit de décrocher. Chaque fois que je le faisais, il arrêtait le jeu et donnait le ballon à l'adversaire. Les mois d'octobre et novembre. A ce moment-là, ça n'allait vraiment pas. Je prenais plein de critiques alors qu'on ne me faisait jouer que 10 ou 15 minutes dans des matches à l'extérieur, quand Anderlecht était mené et que l'adversaire était recroquevillé dans son camp. Je ne comprenais pas ces attaques médiatiques. Entre-temps, j'ai tout capté : on voulait me faire porter le chapeau. Il fallait désigner un coupable, un responsable de tous les maux d'Anderlecht. Si l'équipe avait tourné comme elle tourne aujourd'hui, je serais passé inaperçu. Oui. Il y en avait deux, en fait : Walter Baseggio et moi. Certaines personnes trouvaient que c'était une chouette idée de tailler Anderlecht et nous sommes devenus deux cibles privilégiées. Je lisais que je n'avais pas le niveau d'un club pareil. Les supporters prenaient tout à la lettre, des lecteurs de l'extérieur aussi : je l'ai très mal vécu. A moi d'abord. Je m'en veux à fond d'avoir signé là-bas avant d'avoir eu une discussion avec l'entraîneur. A la presse ensuite car elle n'a pas été correcte. Elle a du pouvoir et elle en a abusé. A la direction, enfin, parce qu'elle ne m'a pas soutenu quand j'étais dans le trou. Ce trophée virtuel est tellement ridicule qu'il m'a plus fait rigoler qu'autre chose. Ce qui m'a touché, ce sont les critiques sur mon passé. Des journalistes m'ont démoli sans se renseigner. Certains ont écrit que je n'avais pas touché un ballon en Ligue des Champions avec le Steaua Bucarest : je les invite à visionner les cassettes. Ce sont justement ces matches-là qui m'ont permis de recevoir de très bonnes propositions de très bons clubs. Je n'ai pas digéré non plus les critiques sur le championnat de Roumanie : il est certainement aussi bon que le championnat de Belgique. Si j'avais joué 15 matches complets avec Anderlecht et si je n'avais pas marqué une seule fois, je me la serais décernée moi-même. Mais là, on m'a tué alors que j'ai peut-être entamé cinq rencontres et joué pour le reste des petits bouts de matches. Partout, la presse peut être dure. Je n'ai aucune ranc£ur par rapport à ça. Le plus difficile à avaler, c'est qu'on a probablement voulu déstabiliser Anderlecht, et que pour y parvenir, on s'est servi de moi. On visait des personnes qui ont un pouvoir de transfert dans ce club et j'ai servi d'objet. Finalement, je ne suis même pas sûr que les critiques étaient dirigées contre moi. Mais je n'ai jamais ressenti de pression à Anderlecht ! Je l'aurais ressentie seulement si j'avais joué. La pression au Steaua est six ou sept fois plus forte qu'à Bruxelles parce que 80 % des Roumains sont fans de ce club. Et la presse y est bien plus méchante. La différence entre Bucarest et Anderlecht, c'est que j'étais arrivé en Roumanie en pleine possession de mes moyens physiques. Si j'avais dû craquer, je l'aurais fait quand il y avait une attention infernale avant nos matches contre Lyon ou le Real Madrid. Je suis allé jouer à Lyon comme titulaire, toutes les télés françaises m'avaient consacré des reportages, tout le monde m'attendait mais ça ne m'a posé aucun problème. Je sais que je peux supporter sans souci une pression très forte et c'est pour ça que j'ai toujours bon espoir de réussir à Anderlecht. Je n'ai rien prouvé à personne pendant mon passage là-bas, mais je me suis au moins prouvé à moi-même, en Roumanie, que j'étais très fort mentalement. Les meilleurs dans l'esprit de l'entraîneur, en tout cas. Mais sans penser à moi-même, il y avait des moments où je n'avais vraiment pas l'impression que Vercauteren alignait les plus forts. J'ai vécu ça dans tous les clubs où je suis passé, mais à Anderlecht, quelques joueurs avaient vraiment un crédit énorme. Malgré les mauvais résultats. C'était catastrophique ! J'avais commencé à souffrir d'une fissure du cinquième métatarse en février, en Roumanie, mais on m'a fait reprendre trop tôt au lieu de me laisser du repos. Parce qu'il y avait un gros derby. La fissure a dégénéré en fracture et j'ai dû être opéré, mais seulement en avril. On a perdu beaucoup de temps. Au moins 30 %. J'ai encore fait des tests aujourd'hui et il reste un déficit de 20 % à certains endroits. J'avais perdu 6 kg et je n'ai pas encore tout récupéré. C'est pour ça que je suis vite fatigué. C'était ma première blessure sérieuse mais elle m'a beaucoup appris : à l'avenir, je me soignerai à fond et prendrai des initiatives si on ne les prend pas pour moi. J'ai passé les tests, ils savaient que j'étais blessé, Raymond Mommens le leur avait d'ailleurs bien dit et le Steaua aurait demandé encore plus d'argent si j'avais été totalement apte. J'aurais eu besoin d'un programme de musculation adapté mais c'était impossible car il fallait enchaîner les entraînements et les matches amicaux. En fin de période de préparation, j'étais prêt physiquement au niveau du souffle, mais pas du tout au niveau musculaire. Ce qui m'a beaucoup desservi, c'est la blessure de Nicolas Frutos. Au départ, Anderlecht était prêt à me laisser du temps. Je devais achever de me soigner, puis on aurait seulement fait appel à moi. Mais cela n'a pas été possible à cause de la blessure de Frutos. Je n'en sais rien et ce n'est pas mon problème. Je pense qu'Anderlecht a vu des cassettes et a pris des renseignements auprès de personnes qui étaient venues me voir pour d'autres clubs. (Il coupe)... C'est la presse qui lui a fait jouer un rôle important. On lui a simplement demandé son avis, il a dit que j'étais comme ça, comme ça et comme ça. Je ne pense pas qu'un club comme Anderlecht se contente d'une seule opinion pour décider de mettre 2,5 millions sur un joueur. On a fait porter le chapeau à Mommens. Pas du tout. Il m'a expliqué les raisons qui l'ont poussé à quitter Anderlecht. Je ne les répéterai pas, mais à aucun moment, il ne m'a parlé de mon transfert. Si, il me faisait plus confiance. Mais il voyait que j'étais dans une situation difficile et il préférait aligner des joueurs qui étaient bien dans leur tête, ou des transferts comme Luigi Pieroni. De mon côté, j'avais envie de me relancer ailleurs et Charleroi était le bon choix car en quelques semaines, en 2006, j'avais appris à être amoureux de ce maillot. J'aime le club, j'aime ses supporters et j'ai une grande complicité avec la famille Bayat. Je n'en sais rien. En ce moment, je ne suis sûr que d'une chose : je serai là-bas pour la reprise des entraînements, avec l'ambition de m'y imposer. Je sais aussi que mon état physique se sera encore amélioré par rapport à ce qu'il est aujourd'hui. Mais de là à dire que ça suffira pour qu'on m'y fasse confiance... Je serai dans une position d'écoute mais je ne suis pas prêt à revivre ce que j'y ai vécu au premier tour. D'abord, je signale que si j'ai un bon contrat à Anderlecht, c'est parce que je l'ai mérité sur la base de ce que j'ai montré avec le Steaua. Bruges m'offrait plus ou moins la même chose, d'autres clubs aussi. Mais à 24 ans, je refuse l'idée de me remplir les poches en ne jouant pas. Ce n'est pas comme ça que j'imagine une carrière de footballeur. J'ai gardé de trop mauvais souvenirs de l'état mental dans lequel j'étais en fin d'année passée. J'aurais pu regarder mes fiches de paie et me dire que c'était extraordinaire, mais je n'avais vraiment pas l'esprit à faire la fête. Si j'avais dû diminuer mon salaire par deux pour rejouer du jour au lendemain, je l'aurais fait. Ah, c'est bien qu'on en parle... J'espère qu'il a dit ça pour mettre la pression sur ses joueurs, pour les exciter. Par contre, s'il pense vraiment ce qu'il a dit, c'est dommage. J'ai quitté le stade en début de deuxième mi-temps parce qu'on m'attendait ailleurs. C'était seulement 0-2, Anderlecht jouait à 10, et en face, il y avait quand même le Bayern. Donc, ce n'était pas si catastrophique et je n'aurais eu aucune raison de rigoler. A aucun moment, je ne me suis amusé de ce qui se passait sur la pelouse. Mais on m'a peut-être vu rire pendant la mi-temps, quand je discutais avec des potes que je n'avais plus vus depuis un moment : Olivier Deschacht et Jonathan Legear. Désolé, mais j'étais à un match de foot, pas à un enterrement. Il n'y a même pas à en parler parce que c'est entre les clubs que ça a coincé. Moi, j'avais un accord avec Bruges, mais le Steaua demandait trop d'argent. Non, si c'était à refaire, il n'y a qu'une chose que je changerais : j'exigerais une discussion avec Vercauteren avant de signer à Anderlecht. J'avais parlé avec Jacky Mathijssen, pas avec Vercauteren. Certainement pas. C'est ce qui s'est passé avec François Sterchele : il ne se retrouvait pas dans la conception de Vercauteren et il a refusé le contrat. Une direction se doit d'être cohérente, crédible. C'est plus facile de dépenser 2,5 millions pour le meilleur buteur du championnat de Belgique que pour un joueur exilé en Roumanie. C'est exactement ça. Nous sommes bien installés dans le ventre mou et ça nous enlève un peu la motivation de regarder toujours plus haut. Je ne sais pas... Même si c'est un sport collectif, chacun a tendance par moments à vouloir s'en sortir seul. Mais si on veut que chacun y trouve son compte à la fin, c'est par le collectif qu'il faut passer. On ne se met jamais en valeur tout seul. Tout le monde doit être assez adulte pour le comprendre et ne pas laisser les problèmes individuels empiéter sur la performance du week-end. Ce qui me frappe, c'est le rajeunissement. Quand j'étais arrivé ici, j'étais un des gamins du groupe. Aujourd'hui, je fais pour ainsi dire partie des anciens. Forcément, la mentalité de travail est beaucoup plus jeune et je remarque un manque de professionnalisme à certains moments. Je sais que c'est un passage obligé : quand on est jeune, on a moins tendance à considérer le foot comme un vrai métier, on est un peu insouciant. C'est clair que j'ai eu une ascension atypique. Mais j'ai pris plein de plaisir et tout ce que j'ai vécu me servira. par pierre danvoye - photos : reporters / hamers