Elyaniv Barda (29 ans ce 15 décembre), c'est un but tous les trois matches depuis qu'il est arrivé à Genk en 2007. Et il ne doit avoir joué que la moitié du temps dans un rôle de pur attaquant. Un très bon bilan perso, donc. Rencontre.
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Elyaniv Barda (29 ans ce 15 décembre), c'est un but tous les trois matches depuis qu'il est arrivé à Genk en 2007. Et il ne doit avoir joué que la moitié du temps dans un rôle de pur attaquant. Un très bon bilan perso, donc. Rencontre. Elyaniv Barda : Il suffit d'analyser nos deux défaites à domicile, contre Anderlecht et la Gantoise, pour se rendre compte que le foot tient vraiment à peu de choses. Si nous gagnons ces deux matches-là, on ne parle pas de passage à vide. Et nous ne méritions pas de les perdre. Mais les adversaires ont su transformer leurs occasions, pas nous. Qu'on ne s'inquiète surtout pas pour Genk. Ici, tout le monde aurait signé pour être presque sur la même ligne que les meilleures équipes au début du mois de décembre. Ce n'est pas du tout mon avis. L'équipe qui est venue gagner chez nous n'est pas du tout l'Anderlecht de la saison dernière. On voit que leurs matches européens leur pompent énormément d'énergie. Je respecte ce grand club mais je ne le crains pas. Nous devons rester positifs, nous avons montré suffisamment de bonnes choses au premier tour. Tous les clubs ont un passage à vide, à un moment ou l'autre. Moi, je préfère craquer un peu en novembre plutôt que dans les play-offs. L'objectif de Genk en été était le top 6. Nous faisons beaucoup mieux, et si personne ne nous a vraiment distancés au moment où les play-offs commencent, nous pourrons peut-être frapper un bon coup sur la tête de tous les favoris. Oui : sa tradition. Là-bas, il y a de l'ambition. Tout le temps. Il faut toujours gagner. Et quand tu sais que ton club exige ça de toi, tu te défonces chaque semaine car tu es conscient que tout autre résultat sera un échec pour ta direction. Ici, on est seulement occupé à installer progressivement cette mentalité-là. Je sens déjà une belle différence depuis notre victoire en Coupe, en 2009. Mais il reste du chemin. Physiquement, personne ne souffre. Dans la tête, c'est autre chose. Moi ça va, mais je pense qu'il y en a qui ont un peu de mal, oui ! Je ne me vois pas comme son remplaçant. Je peux jouer comme lui en tant que deuxième attaquant, mais aussi en pointe, à gauche ou à droite de l'entrejeu. J'ai déjà fait un peu de tout cela depuis que je suis en Belgique. Avant la blessure de Jelle, j'étais condamné au milieu de terrain : j'en suis quand même à sept buts et cinq assists, hein... Ma première saison a été fantastique. J'ai marqué 16 buts dans une équipe de milieu de classement. L'année suivante, Genk a encore ramé en championnat mais en jouant plus loin du but, j'ai quand même scoré cinq fois et donné huit assists. Et nous avons gagné la Coupe de Belgique. Pas si mal, donc. Et la troisième saison a été assez chahutée. En début de championnat, je ne savais plus trop où j'en étais. Hein Vanhaezebrouck et son 3-4-3... Je ne comprenais pas trop bien où il voulait en venir. Je n'étais pas du tout à l'aise dans son système. Mais ça s'est très bien passé ! Je ne le blâme pas. S'il m'a mis sur le banc, c'est parce que je ne méritais pas mieux. Je ne trouvais plus mon football. Autant je suis épanoui en ce moment, autant j'étais à côté de mes pompes à ce moment-là. Never ! Never ! Non, rien à voir. C'est sans doute mon éducation tout court. C'est courant que les réservistes critiquent leur coach : j'espère que je ne tomberai jamais dans ce piège-là. C'est trop facile comme réaction. Et qu'est-ce que j'aurais pu dire de mal sur Vanhaezebrouck ? Qu'il était méchant parce qu'il ne me mettait pas sur le terrain ?... N'importe quoi. J'ai vu qu'il faisait tout pour que ça marche à Genk. Absolument tout. Mais la sauce n'a jamais pris. Il avait un seul gros problème : c'était sa première expérience dans un grand club. Peut-être qu'un jour, il se retrouvera de nouveau à la tête d'une grosse équipe. Mais quand il est arrivé ici, il n'était pas prêt. Euh... pas directement. Souviens-toi que Genk avait transféré Samuel Yeboah au mercato de janvier. C'est lui qu'on a mis dans l'équipe, pas moi. Mais je n'ai pas dû patienter trop longtemps. Je suis entré et j'ai directement trouvé mes repères dans le 4-4-2 de Vercauteren. Oui, j'avais l'impression de revivre. Tout le club, en fait. Là, tu vois que tu travailles avec un coach qui sait comment ça marche dans un grand club. Le leitmotiv, c'est qu'il faut toujours essayer de gagner. A domicile ou en déplacement. Contre Courtrai ou à Anderlecht. Hugo Broos était comme ça aussi. Et même Ronny Van Gengeugden : c'est étonnant mais c'est la vérité. Dortmund me voulait et a négocié avec Genk. Mais j'étais cher : 8 millions... C'était surtout trop de sous pour Dortmund. (Il rigole). Je me plais vraiment bien ici. Et s'il y avait un peu plus de soleil, je pourrais même m'installer définitivement en Belgique après ma carrière. Mais là, non, c'est impossible. Regarde, il neige encore. Ce matin, j'ai appelé ma mère en Israël : elle avait 29 degrés... Ce qui m'a d'abord poussé à prolonger, c'est le discours et la volonté du club. Genk a tout fait pour me garder. Vraiment tout. La direction est allée très loin. J'ai ressenti une grosse pression pendant six mois après avoir signé mon bon contrat, oui. On me critiquait, on citait dès chiffres dès que je faisais un mauvais match. Mais j'estime que je ne vole rien à personne. Quand je suis arrivé, j'ai eu un petit contrat et j'ai marqué 16 buts. C'était normal qu'on m'augmente, non ? De la plupart des Anderlechtois, sans doute, tu le dis bien. Mais je ne suis pas au niveau des stars de ce club-là. Ici, on m'a parfois regardé de travers, vu mon salaire. A Anderlecht, personne ne prendrait la peine de commenter mon contrat ! Non, même pas. Joseph Akpala m'a dépassé dans les dernières journées, c'est la vie. J'ai été plus triste la saison dernière, quand l'équipe n'en touchait pas une alors qu'il y avait plein de potentiel. On le voit cette saison. Je n'hésite pas : la victoire en finale de la Coupe contre Malines. Je ne marque pas mais je suis élu homme du match. C'était la folie ici. Le championnat était fini, il n'y avait plus de matches, plus d'entraînements, mais les étrangers n'avaient même pas envie de rentrer chez eux parce qu'ils voulaient continuer à faire la fête dans la ville. On se fait à tout... C'est clair qu'Israël est en pétard avec plusieurs pays... Bien sûr. Mais ce n'est pas comme ça partout : il y a beaucoup d'endroits où ça se passe très bien. Des détails ? Des dispositifs de sécurité démesurés, des policiers partout : autour du stade où nous nous entraînons, dans notre hôtel, près de notre car,... L'équipe israélienne doit être la mieux protégée du monde. Mais non ! Quand tu as toujours vécu avec cette ambiance-là, tu ne fais même plus trop attention. C'est la vie. Parfois, il y a plein de policiers autour de nous et nous ne les remarquons même pas. Sans doute. Mais je suis hyper fier de mes origines. Absolument. Il était hors de question que je joue ce soir-là. Genk ne peut pas se plaindre : ce n'était que la première fois en quatre saisons ici qu'un match tombait en même temps que le Yom Kippur. Elle nous dit de ne rien faire... Ne pas manger, ne pas boire, ne pas travailler, prier à la synagogue toute la journée. J'ai exposé mon problème à Vercauteren, il m'a directement compris. S'il m'avait forcé à jouer, j'aurais eu un gros problème. Pourtant, je voulais revenir dans l'équipe à ce moment-là car elle gagnait sans moi... Pendant ma première saison avec Genk, Broos avait été très compréhensif, lui aussi. Le Yom Kippur tombait la veille d'un match contre Anderlecht et je lui avais dit que je ne pouvais pas m'entraîner. Il m'a quand même mis dans l'équipe le lendemain et j'ai fait un match de fou ! Sans avoir bu ni mangé la veille, hein ! (Il rigole). Mais le Yom Kippur, ce n'est qu'un jour sur 365. Il m'en reste 364 pour être disponible du matin au soir pour mon club. Normalement, on ne peut pas travailler du vendredi soir au samedi soir. Mais il y a une exception pour les sportifs. Même en Israël, on joue au foot le samedi. Pour les autres, ceux qui ne font pas de sport, le sabbat est comme votre dimanche : on ne fait pas grand-chose... Très souvent, oui. Je vais aux synagogues d'Anvers et de Bruxelles, j'achète ma nourriture dans ces villes. Si je reste encore un long moment à Genk, je m'installerai d'ailleurs là-bas. Mes enfants vont actuellement dans une école chrétienne et ça ne pose pas de problèmes, mais il faudra que je les inscrive bientôt dans une école juive pour qu'ils apprennent la religion et notre écriture. Celle d'une famille juive pas du tout fanatique, qui respecte toutes les religions par exemple. Mon père travaille dans l'administration, ma mère est secrétaire dans une société liée à l'exploitation de la Mer Morte. Et j'ai un frère qui est footballeur professionnel à Beer Sheva, la ville où je suis né. Il a même été international chez les -20. Oui : Dieu offre plus. Quand je suis né, mes parents rêvaient d'avoir très vite un autre garçon. C'est pour ça qu'ils m'ont appelé Elyaniv. Et Dieu les a écoutés. Normal : mes quatre grands-parents sont tunisiens. Ils parlent parfaitement français. Ils ont fui la Tunisie pour Israël, où ils pouvaient vivre leur religion. Ils avaient un passeport français vu que la Tunisie était gérée par la France. On les a obligés à abandonner cette carte d'identité quand ils se sont installés en Israël. Alors que mon grand-père paternel avait carrément servi dans l'armée française. Donc, mes parents parlent français. Moi aussi, un peu. Mais quand je téléphone à ma grand-mère et que je lui parle en français, elle est pliée de rire... Je me débrouille mieux en espagnol : la famille de ma femme vient de ce pays. Elle s'était aussi établie en Israël pour pouvoir pratiquer le judaïsme sans être persécutée. Non, j'évite toujours le sujet quand on m'interroge. La politique n'a pas sa place dans le foot. Le sport est censé apporter du plaisir. La politique n'en offre aucun. Quand tu es né là-dedans, tu ne fais pas attention. Oui. Un jour, je m'entraînais seul parce que le championnat avait été suspendu à cause des problèmes politiques et des violences. Je courais en rue, et tout à coup, les alarmes se sont déclenchées : ça fait un drôle d'effet. J'avais mon polar, j'ai regardé mes pulsations à ce moment-là : j'étais autour de 200... Trois ans. Mais pas des trucs violents. Je n'ai jamais été un fighter, je suis très mauvais quand on met une arme entre les mains. Je suis beaucoup moins adroit devant une cible que devant un but. A l'armée, je travaillais en cuisine, c'était beaucoup mieux pour tout le monde. Enormément parce qu'elle ne correspond pas à la réalité. Ce n'est pas toujours calme en Israël mais ce n'est pas toujours la guerre non plus. En ce moment, par exemple, c'est hyper calme. Mais quels médias parlent d'Israël quand il n'y a pas de scènes d'attentats à montrer ? Le sang fait vendre, pas la sécurité. Je suis souvent effaré quand je vois mon pays à la télévision. D'ici, on a l'impression qu'il y a des policiers et des soldats à tous les carrefours. C'est complètement faux. PAR PIERRE DANVOYE" Quand tu as toujours vécu avec plein de policiers et de soldats autour de toi, tu ne les vois même plus. "" Mes quatre grands-parents sont tunisiens et j'ai un grand-père qui a servi dans l'armée française. "