" Je n'ai pas l'intention d'imiter Jacques Brel et d'évoquer le temps où Anderlecht anderlechtait mais les Mauves fêtaient plus joyeusement le titre autrefois. J'ai eu le bonheur de vivre sept sacres (1962, 1964, 1965, 1966, 1967, 1968 et 1972), comme Jean Cornélis et Jef Mermans, et j'en veux toujours à Urbain Braems car en 1973-1974, alors que je m'étais remis de la fracture de la jambe encourue en finale de la Coupe 1973 contre le Standard, il ne m'aligna pas une minute en championnat. Avec huit titres, j'aurais fait aussi bien que Paul VanHimst, derrière les recordmen, Pierre Hanon et Jef Jurion (neuf). Aujourd'hui, les joueurs empochent une prime de 100.000 euros quand ils gagnent un championnat. Il y a 50 ans, en 1962, j'ai dû recevoir un chèque de 50.000 francs (1.250 euros). Une autre fois, on m'a donné des bons d'achats, de quoi acquérir une télé ou un frigo. La marque Rodania nous offrait chaque fois une belle montre gravée : Georges Heylens, Champion de Belgique. J'en ai gardé une, je crois.

Mais il y avait plus émouvant. Le secrétaire général de l'époque, EugèneSteppé, avait l'art de mettre les petits plats dans les grands. Nous avons souvent fêté le titre dans de bons restaurants bruxellois, dont le Comme chez soi. Steppé tenait aussi à la réception offerte par le bourgmestre d'Anderlecht. Nous nous rendions chez lui en cortège. Et, du Parc Astrid à la Maison communale, via la Place de la Vaillance et la Rue Wayez, il fallait se taper une heure de marche ! Les rues étaient noires de monde. C'était une interminable haie d'honneur : le peuple d'Anderlecht rendait hommage à son équipe. Et à cette époque-là, il y avait chez nous, des gars qui savaient partager leur succès avec les simples amateurs. Le cortège passait devant mon magasin de sports et mon père, ému, applaudissait sur le pas de la porte.

C'était le cortège de la fête, de la fierté, de la communion entre les joueurs et les supporters dont beaucoup étaient leurs amis. Je suppose qu'un tel défilé est désormais impossible à mettre sur pied, peut-être pour des raisons de sécurité. Je me demande d'ailleurs si tous les joueurs actuels savent où se trouve la rue Wayez. Au c£ur des années 60, on comptait régulièrement 38.000 spectateurs au Parc Astrid : il est temps que ce stade retrouve l'ambiance enfiévrée d'autrefois. "

PIERRE BILIC

" Je n'ai pas l'intention d'imiter Jacques Brel et d'évoquer le temps où Anderlecht anderlechtait mais les Mauves fêtaient plus joyeusement le titre autrefois. J'ai eu le bonheur de vivre sept sacres (1962, 1964, 1965, 1966, 1967, 1968 et 1972), comme Jean Cornélis et Jef Mermans, et j'en veux toujours à Urbain Braems car en 1973-1974, alors que je m'étais remis de la fracture de la jambe encourue en finale de la Coupe 1973 contre le Standard, il ne m'aligna pas une minute en championnat. Avec huit titres, j'aurais fait aussi bien que Paul VanHimst, derrière les recordmen, Pierre Hanon et Jef Jurion (neuf). Aujourd'hui, les joueurs empochent une prime de 100.000 euros quand ils gagnent un championnat. Il y a 50 ans, en 1962, j'ai dû recevoir un chèque de 50.000 francs (1.250 euros). Une autre fois, on m'a donné des bons d'achats, de quoi acquérir une télé ou un frigo. La marque Rodania nous offrait chaque fois une belle montre gravée : Georges Heylens, Champion de Belgique. J'en ai gardé une, je crois. Mais il y avait plus émouvant. Le secrétaire général de l'époque, EugèneSteppé, avait l'art de mettre les petits plats dans les grands. Nous avons souvent fêté le titre dans de bons restaurants bruxellois, dont le Comme chez soi. Steppé tenait aussi à la réception offerte par le bourgmestre d'Anderlecht. Nous nous rendions chez lui en cortège. Et, du Parc Astrid à la Maison communale, via la Place de la Vaillance et la Rue Wayez, il fallait se taper une heure de marche ! Les rues étaient noires de monde. C'était une interminable haie d'honneur : le peuple d'Anderlecht rendait hommage à son équipe. Et à cette époque-là, il y avait chez nous, des gars qui savaient partager leur succès avec les simples amateurs. Le cortège passait devant mon magasin de sports et mon père, ému, applaudissait sur le pas de la porte. C'était le cortège de la fête, de la fierté, de la communion entre les joueurs et les supporters dont beaucoup étaient leurs amis. Je suppose qu'un tel défilé est désormais impossible à mettre sur pied, peut-être pour des raisons de sécurité. Je me demande d'ailleurs si tous les joueurs actuels savent où se trouve la rue Wayez. Au c£ur des années 60, on comptait régulièrement 38.000 spectateurs au Parc Astrid : il est temps que ce stade retrouve l'ambiance enfiévrée d'autrefois. "PIERRE BILIC