Il tient son fils par la main et avance vers les grilles du Canonnier. Le môme est tout en rouge. Mouscron joue à domicile, et pour lui, c'est soir de ducasse. Le père salive aussi et nous dit : " Tout le monde nous avait condamnés à la dernière place, regarde où on est aujourd'hui. " Il nous cite alors plusieurs médias qui avaient réincarné le RMP en oiseau pour le chat dès le soir de la montée.
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Il tient son fils par la main et avance vers les grilles du Canonnier. Le môme est tout en rouge. Mouscron joue à domicile, et pour lui, c'est soir de ducasse. Le père salive aussi et nous dit : " Tout le monde nous avait condamnés à la dernière place, regarde où on est aujourd'hui. " Il nous cite alors plusieurs médias qui avaient réincarné le RMP en oiseau pour le chat dès le soir de la montée. " Vous aussi, hein ! Et dans nos sept premiers matches, on a déjà eu Anderlecht, le Standard et Gand, hein ! Qu'on ne vienne pas dire que Mouscron a profité d'un bon calendrier pour se caler dans le Top 6. Il arrive un moment où il faut que tout le monde ouvre les yeux : on est là ! On va encore dire : -Ouais, c'est l'euphorie de la montée, c'est l'effet de surprise, c'est une équipe française dans le championnat de Belgique, et tchic et tchac... On en a marre des grincheux. On est là, point ! " Contre Genk, le RMP n'est pas tout à fait là. Premiers points perdus à domicile après les trois premiers matches en mode artillerie : 10 buts pour, 2 contre. Pas grave docteur. Après huit journées, le petit poucet est bien calé dans la première moitié du tableau, aux portes du Top 6. Mouscron est un club pas tout à fait comme les autres. Un club qui change, qui grandit, qui suscite la sympathie. Voici pourquoi. Une présence à LaTribune sur la RTBF, avec RachidChihab : ça c'est fait. Depuis ce lundi. Une visite de journalistes de Rue 89, le site français d'information un peu provoc, très populaire et faisant partie du groupe du NouvelObservateur : check. Une interview de Chihab pour De Voetbaltrainer, un magazine hollandais pointu et fort apprécié des coaches : dans la boîte. Et ça ne s'arrête plus. Après la montée, le RMP a engagé une responsable presse et communication : Anne-Charlotte Beatse. " Les sollicitations sont de plus en plus nombreuses ", explique-t-elle. " Depuis quelques semaines, il y a aussi chaque lundi une émission parlant du club sur la chaîne régionale Notélé. Le Soir nous a déjà consacré trois fois sa grande interview du samedi. Nous tenons un point presse à Luchin chaque mercredi. Traditionnellement, il y a un représentant de chaque quotidien francophone important. Récemment, la RTBF et la chaîne flamande Telenet sont aussi venues, c'est révélateur. " Maintenant, pourquoi Rue 89 (qui a quand même plus l'habitude de traiter de sujets sur la politique française, la Syrie, l'Irak ou l'Ukraine) se préoccupe d'un club du championnat de Belgique ? " Une équipe composée d'une grande majorité de joueurs français, qui joue dans une ville où certaines rues commencent en Belgique et se terminent en France, ça les interpelle ", répond Anne-Charlotte Beatse. 3.500 spectateurs contre Genk, dont quelques cars venus du Limbourg, ce n'est pas top. Mais Mouscron a une moyenne de plus de 5.000 personnes depuis le début du championnat ; on a connu pire là-bas (voir encadré). Et finalement, c'est à peine 300 spectateurs en moins que Charleroi dans le championnat en cours. Au Canonnier, on se concentre sur les raisons d'espérer une nouvelle histoire d'amour entre le club et le public. " La sauce prend ", signale la responsable presse. " L'assistance moyenne était très très basse en D2 et le RMP n'avait que quelques dizaines de supporters en déplacement, même dans les gros matches, notamment pendant le tour final. Aujourd'hui, près de 400 personnes nous suivent quand nous nous déplaçons. Il ne faut pas se mentir : le 5-2 contre le Standard a été notre meilleure opération charme, ça a boosté notre nombre d'abonnés. Il y en a maintenant près de 2.000. Et le Canonnier vibre à nouveau. " De nouveaux clubs de supporters se sont ouverts depuis l'été, on en compte à présent une quinzaine. Et le RMP est occupé à combler une lacune technique : il sera bientôt possible de commander des places en ligne, ce qui n'obligera plus les supporters à se déplacer à Mouscron en semaine ou à faire la file le jour des matches. Le nombre de points de vente à l'extérieur de la ville devrait aussi augmenter. Il y en a par exemple un à Tournai, le club vise désormais Mons. On en parlait depuis le début de l'été, c'est fait : déjà sponsor maillot, MarcCoucke, propriétaire d'Ostende, est entré dans le capital de Lille à concurrence de 5 %. Un vingtième de l'actionnariat, une broutille. Qui n'en est pas une pour le RMP. En plus, on annonce déjà que Coucke-le-boulimique pourrait augmenter son implication au LOSC dès l'année prochaine. Edward Van Daele, le président de Mouscron, calme le jeu ou veut en tout cas faire croire qu'il est tranquille. Il dit par exemple : " On était au courant depuis le mois d'août que ça allait se faire, donc pour nous, c'est un non-événement. " Il lance aussi que " pour nous, ça ne change rien. Notre stratégie commune avec le LOSC est basée sur le long terme. La situation du RMP ne devrait pas connaître de bouleversement avant la fin de la saison. " Pour le moment, l'investissement lillois de Coucke ne pose pas de souci juridique. Il n'y aura un problème que s'il détient un jour au moins 50 % des parts de Lille. Parce qu'il deviendrait alors propriétaire de deux clubs (Ostende et le RMP, détenu par le LOSC) jouant dans la même division. Interdit. " Nous avons bien analysé les règlements FIFA, UEFA, français et belge ", rassure Van Daele. " Dans son état actuel, la situation n'enfreint aucune réglementation. " Coucke veut lui aussi rassurer : " Je ne veux pas qu'il arrive de mauvaises choses à Mouscron et je ne veux pas qu'il y ait la moindre décision prise à court terme qui aille à l'encontre de ce club. Je ne voudrais pas que les meilleurs joueurs de Mouscron aillent à Ostende en décembre, par exemple. Ce sont deux super projets. Lille devra faire des choix naturellement et c'est clair qu'Ostende a des atouts, mais j'espère qu'ils trouveront une solution pour que Mouscron puisse continuer à exister tel qu'aujourd'hui. " Résumons les cas de figure. Coucke devient actionnaire majoritaire au LOSC : le club français doit lâcher Mouscron - à moins que Coucke abandonne Ostende mais personne n'imagine ce scénario. Autre option, le président MichelSeydoux reste propriétaire et patron du LOSC : ça ne s'annonce pas nécessairement mieux. Il avoue : " On ne pourra pas garder deux clubs amis en Belgique. " Conclusion : ça sent quand même la fin de l'aventure. Van Daele : " Si la convention devait être cassée, cela ne se ferait pas du jour au lendemain. " Et la direction de Lille, quelle que soit sa composition, ne pourra pas lâcher le RMP sur un claquement de doigts. Le président mouscronnois nous l'expliquait il y a quelques semaines : " Le LOSC est actionnaire chez nous, pas sponsor, c'est différent. Il ne peut pas se retirer quand il le veut. Il faut trouver quelqu'un à qui remettre les 51 % des parts de notre club. " Il ajoute que le RMP est " sans dettes ", que " son budget est en équilibre " et aussi qu'en fin de saison passée, " quand la séparation avec le LOSC a déjà été évoquée, plusieurs clubs européens nous avaient approché. Avec nos infrastructures, le centre de formation et le bilan sportif, nous avons des atouts et nous intéressons. " PAR PIERRE DANVOYE