Une terrasse ensoleillée au pied de l'Atomium et deux sourires sincères. Camille Laus et Cynthia Bolingo ont le regard espiègle de ces sportives apaisées auquel l'avenir ne fait plus peur. Confortées dans leurs capacités à performer au plus haut niveau à la suite d'un EURO berlinois ponctué par la quatrième place d'un relais dont on ne connaît visiblement pas encore les limites, les deux filles ont prouvé qu'elles avaient eu raison de se battre.
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Une terrasse ensoleillée au pied de l'Atomium et deux sourires sincères. Camille Laus et Cynthia Bolingo ont le regard espiègle de ces sportives apaisées auquel l'avenir ne fait plus peur. Confortées dans leurs capacités à performer au plus haut niveau à la suite d'un EURO berlinois ponctué par la quatrième place d'un relais dont on ne connaît visiblement pas encore les limites, les deux filles ont prouvé qu'elles avaient eu raison de se battre. Des années de galères, pour en arriver-là : dans l'antichambre de l'élite du sport belge. Dans quelques jours, elles seront d'ailleurs présentes à Lanzarote avec l'ensemble du team Belgique. Une première pour Camille Laus, un rebond attendu pour Cynthia Bolingo, deux ans après les Jeux. La preuve, qu'à 25 ans, une carrière ne fait parfois encore que (re)commencer. Comment est-ce qu'on explique que deux athlètes habituées à débouler sur 100 et 200 mètres depuis l'entame de leurs carrières respectives finissent par exploser, à 25 ans, sur le 400 mètres ? CAMILLE LAUS : Je suis même passée par le saut en longueur en 2013. J'ai vraiment eu une période où je stagnais sur 100 et 200 et j'avais envie de découvrir autre chose. Finalement, je pense qu'il est évident que ce qui explique notre pic de performances à toutes cette année, c'est le relais. C'est un projet qui n'a rien avoir avec ceux auxquels on a pu participer dans le passé. On a fait des 4x100 chez les juniors, mais ce n'était pas un projet qui nous appartenait. Ici, comme c'est vraiment un relais qu'on a mis sur pied de A à Z, on a vraiment envie de s'y impliquer. Je crois que c'est ça qui fait notre force. CYNTHIA BOLINGO : Ce qui est certain, c'est que grâce à ce relais, on n'est plus là juste en tant qu'athlète pour courir notre 400 et basta. Ce projet, ça ne se limite pas à ça. Camille a été à l'initiative, mais elle a fait en sorte que toutes les filles puissent s'impliquer autant qu'elle et on est sûr que c'est vraiment ça qui a fait la différence. On avait toutes une expérience en relais, mais il n'y avait jamais eu une envie commune comme cette fois-ci. Ici, très vite, il y a eu une énergie positive qui s'est créé entre nous. Vos résultats cette saison en individuel (demi-finale à Berlin) n'auraient pas été possibles sans le relais ? LAUS : Il y a tout de suite eu cette envie de se battre les unes pour les autres. Donc oui, je pense qu'il n'y a pas de secret : c'est évidemment cette alchimie qui a fait indirectement en sorte qu'on se qualifie toutes ensembles pour la première fois pour un grand championnat en individuel. Je pense aussi que le fait d'avoir d'abord acté notre qualification pour Berlin avec le relais a permis à chacune d'entre nous de se libérer en individuel. Et puis, vu que, même Cynthia qui n'aime pas le 400 à la base, commence à l'apprécier... ( rires) BOLINGO : Ce n'est pas une discipline dans laquelle je débute, mais paradoxalement, je la découvre encore et je commence tout doucement, mais vraiment tout doucement à m'amuser ( rires). J'ai débuté sur 100, je suis passée sur 200, je fais aujourd'hui du 400. Qui sait ? Peut-être que dans quelques années, je serai sur 800 ? ( rires) L'idée de créer ce relais, elle naît où et quand ? LAUS : En janvier dernier, je me trouvais en stage à Tenerife avec Anne Claes et on trouvait dommage qu'il n'y ait plus d'engouement pour le relais, donc on a commencé à imaginer plein de choses pour remettre sur pied un éventuel relais 4x400. Vu les résultats des championnats de Belgique indoor où on était toutes les trois sur le podium, on s'est dit que c'était le moment de lancer ça. Le 4 mars 2018, on a réuni toutes les athlètes ici, à l'Atomium, avec leur coach et on leur a expliqué ce qu'on voulait faire. Le but ce n'était même pas Berlin à l'époque, seulement les Jeux de Tokyo en 2020. BOLINGO : On avait quand-même déjà cet objectif de se qualifier pour Berlin. Mais juste de se qualifier à l'époque... LAUS : Oui, mais moi j'avoue que je n'y croyais pas trop puisqu'il fallait faire 3 : 29, soit le record de Belgique. On avait envie de le faire, mais je pensais qu'il nous faudrait plus de temps. Sauf que sur notre première compétition, on fait 3 : 31, à deux secondes du record. C'est-à-dire qu'il ne fallait plus l'améliorer que d'une demi-seconde par fille. C'est là qu'on s'est toutes dit que c'était vraiment possible. Et finalement, on a franchi toutes les barrières jusqu'à cette 4e place à Berlin. Vous l'avez fêtée, cette 4e place, ou il y avait quand même le regret d'être passé de peu à côté d'une médaille ? BOLINGO : Je suis passée par toutes les émotions. Parce qu'on s'est dépassée, mais qu'en même temps aucune d'entre nous ne s'était déjà retrouvée aussi proche d'une médaille internationale et que ça aurait été juste le coup de poker par excellence d'arriver incognito et de revenir avec la médaille. LAUS : Ok, la 4e place à trois dixièmes du podium, ça a toutes les raisons de nous décevoir, mais quand on voit le chrono ( 3 : 27.69, nouveau record de Belgique, ndlr) on se dit que c'est quand même incroyable. Faire ça en quelques mois, c'est magnifique ! Même si c'est pour finir à la pire des places, je pense qu'on n'avait pas le droit d'être déçues. BOLINGO : On l'était pourtant ! Mais heureusement qu'on l'était. Ça prouve qu'on a envie de faire mieux encore. Camille, tu avais dit avant le Mémorial Van Damme être surprise de l'engouement suscité par les bons résultats du relais 4x400 m féminin. C'est cette année que vous avez réellement pris conscience de votre potentiel ? LAUS : Je suis vraiment passée de l'autre côté, oui. J'allais tout le temps voir Kevin ( Borlée, son compagnon, ndlr) et les autres dans les grands championnats, mais j'étais toujours un peu frustrée dans ces tribunes parce que c'était mon rêve à moi aussi et que je n'avais, jusque-là, pas encore pu le réaliser. Alors qu'à l'inverse, Cynthia, tu avais déjà eu, toi, la chance de disputer les Jeux de Rio, mais sans parvenir à profiter pleinement de la mesure de l'événement. Grâce aux bons résultats de cette saison, la déception est enfin digérée ? BOLINGO : J'ai eu des moments difficiles après les Jeux. J'ai même pensé à arrêter, mais le relais m'a fait découvrir certaines choses. Je n'avais jamais réussi à performer le jour J dans les grands championnats. Je me qualifiais régulièrement, comme pour Rio, mais le jour où il fallait prester, je ne répondais pas présente. À Berlin, j'ai enfin pu donner le meilleur de moi-même ( record personnel sur 400 m en série : 51 : 69, ndlr) au moment où il le fallait. Ça m'a fait un bien fou mentalement. De quoi vous donner envie de viser encore un peu plus haut. Battre le record de Belgique de Kim Gevaert sur 400 m (51 : 45), c'est un passage obligé ? BOLINGO : Ce serait super, oui, mais je crois que l'important, ça reste de ne pas se comparer entre nous parce qu'on a toutes une progression qui nous est propre, toutes aussi des modes de vies différents, des conditions d'entraînement différentes aussi. LAUS : C'est néanmoins un bel objectif. Quand on n'est plus qu'à 4 centièmes d'un chrono ( c'est le cas pour Camille avec un record personnel en 51 : 49, ndlr), on a forcément envie de le battre, mais je ne me focalise pas là-dessus. J'ai peur que si je m'attarde trop sur un chrono, ça me bloque. 2018, c'était la première année ou je m'entraînais à fond sur cette distance, donc je pense encore avoir une belle marge de progression, mais je refuse d'en faire une fixation. Camille, tu t'entraînes depuis 2011 avec le team de Jacques Borlée. Ce n'est pas compliqué de s'entraîner avec les Borlée quand on n'est pas une Borlée ? LAUS : Non, parce que ce sont vraiment des chouettes gars et qu'ils ne vous donnent jamais l'impression d'être de trop. Pour moi, ça a vraiment été un privilège de m'entraîner avec eux. Je devais venir sur Bruxelles pour mes études et Jacques m'a proposé de rejoindre son groupe. C'était des infrastructures très professionnelles avec soins, kinés, psychologues, tout ce que Jacques a mis en place pour ses enfants. C'était parfait pour moi parce que je n'étais pas encore au haut niveau, mais que je me suis entraînée pendant toutes ces années comme une sportive de haut niveau. Les résultats ne sont pas sortis toute de suite, mais c'est toutes ces années de travail qui payent aujourd'hui. Jacques est un excellent entraîneur, mais le fait d'avoir été entouré d'athlètes exceptionnels, m'a permis d'énormément observer. Et d'aujourd'hui tenter de reproduire ces schémas qui mènent aux succès. Vous l'avez dit, l'objectif maintenant, c'est Tokyo 2020. Quelles sont les vraies limites de ce relais ? BOLINGO : Si on veut vraiment performer au plus haut niveau, il faut que chaque fille puisse progresser en individuel. C'est la base, sinon on risque de tourner toujours autour des mêmes chronos. LAUS : Pour passer un cap, il faudra surtout un réservoir plus large. On l'a déjà vu cette année avec la blessure de Margot Van Puyvelde. Si Anne Claes, qui avait sa finale du 400 haies en individuel dans la foulée de notre demi-finale, avait refusé de courir avec nous, il n'y avait plus de relais. Donc, c'est clair qu'il faut encore deux filles d'un bon niveau pour être plus à l'aise à l'avenir. En novembre, l'ensemble du relais de Berlin est convié à participer au stage de Lanzarote. Faire partie du groupe Belgique, c'est une motivation supplémentaire pour se lever le matin ? LAUS : Je vous rassure, je ne vais pas à l'entraînement tous les matins en me disant que je représente la Belgique ( rires). Ce qui me booste chaque matin, c'est de me dire que je fais partie du groupe des Cheetahs ( le surnom du 4x400 féminin, ndlr). BOLINGO : C'est clair. Grâce aux Cheetahs, on est heureuse de faire partie d'une famille. Le groupe que nous avons créé, c'est un cercle vertueux parce qu'on ne progresse plus seulement pour soi, mais pour l'autre aussi. C'est chouette d'avoir réussi à créer une équipe.