Mercredi dernier, ils étaient quelque 700 à faire la file dès sept heures du matin dans l'espoir d'obtenir un des 300 derniers sésames pour le match contre le Zenit, alors que la vente ne débutait qu'à treize heures. Cet engouement est récent : avant son déménagement à la Ghelamco Arena, Gand ne jouait devant un stade comble que face à Anderlecht ou le Club Bruges. Trond Sollied l'avait prédit mais Patrick Lips, le directeur commercial, ne l'a cru qu'en juillet 2013, en découvrant un stade plein à craquer pour la visite du VfB Stuttgart. " Nous récoltons ce que nous avons semé. Des pères gantois m'écrivent : ils sont supporters du Club mais leurs fils sont Buffalos et ils doivent l'accompagner. "
...

Mercredi dernier, ils étaient quelque 700 à faire la file dès sept heures du matin dans l'espoir d'obtenir un des 300 derniers sésames pour le match contre le Zenit, alors que la vente ne débutait qu'à treize heures. Cet engouement est récent : avant son déménagement à la Ghelamco Arena, Gand ne jouait devant un stade comble que face à Anderlecht ou le Club Bruges. Trond Sollied l'avait prédit mais Patrick Lips, le directeur commercial, ne l'a cru qu'en juillet 2013, en découvrant un stade plein à craquer pour la visite du VfB Stuttgart. " Nous récoltons ce que nous avons semé. Des pères gantois m'écrivent : ils sont supporters du Club mais leurs fils sont Buffalos et ils doivent l'accompagner. " Le lendemain du titre, DirkPiens, directeur de la sécurité, a demandé la visite de deux spécialistes de ce département à l'UEFA. " Heureusement, le club a toujours tenu compte des normes les plus élevées en construisant le stade ", dit-il. " Toutefois, Ghelamco s'est occupé seul d'une partie des travaux, en fin de chantier, quand le temps pressait, et l'UEFA a émis quelques remarques, trouvant le vestiaire des visiteurs trop petit, par exemple. " Le cahier des charges de la Ligue des Champions compte 80 pages. Le moindre détail est pris en compte. La machine se met en route à 16 heures et tourne jusqu'au debriefing de minuit. Pour un match de championnat, Gand fait appel à 130 stewards locaux plus une vingtaine de visiteurs. Ce soir, contre le Zenit, ils seront 220 plus de 30 agents de sécurité et 150 étudiants. Les stewards supplémentaires viennent d'autres clubs belges. Gand emploie aussi deux chiens-renifleurs. Piens : " Un feu de Bengale nous coûte 25.000 euros à la première infraction, 75.000 à la deuxième... " Mieux vaut être prudent dans ces conditions et ne rien laisser au hasard... La pelouse est le principal souci, même après l'embauche du responsable de Lokeren. " Un tiers du terrain n'est jamais exposé à la lumière du jour. Nous sommes le premier club belge à avoir acheté des lampes qui éclairent cette partie de la pelouse. " Comme tous les clubs évoluant en Ligue des Champions, Gand envoie tous les trois jours à Nyon une photo de la pelouse et, une fois par semaine, un bulletin météo. " L'UEFA observe les photos de tous les terrains, le jour des matches, ils doivent être tous pareils. On nous dit même comment tondre le gazon. En fait, nous apprenons beaucoup. " Piens n'a jamais été gêné. Quand ses collègues russes lui ont montré leur chambre de contrôle, qui relaie les images de 40 caméras, il a pu leur annoncer que Gand en avait 140. Si les joueurs tremblent, ils ne le montrent pas. Danijel Milicevic fait un clin d'oeil à une caméra. Avant leur entrée sur la scène européenne, les joueurs avaient par exemple décidé de ne pas échanger leurs vareuses avec les Lyonnais. Non pas parce qu'il s'agissait de leur premier match à ce niveau mais pour se motiver : " Nous sommes meilleurs. Ils ne sont pas assez bons pour qu'on échange nos maillots " était leur explication. Gand n'a gagné son premier match que le 4 novembre (1-0 contre Valence), qui s'en tirait bien à cette occasion. Pour Hein Vanhaezebrouck, le plus beau moment, ce soir-là, reste la rentrée aux vestiaires, à 0-0. Car l'équipe a été ovationnée. " Ça l'a boostée. Qui ose dire qu'il n'y a pas d'ambiance à Gand ? " Patrick Lips : " Qui l'aurait cru quand nous jouions au stade Jules Otten ? On pensait alors que Reykjavik était notre limite. " En trois mois, le regard des adversaires de Gand a changé. Pendant le tirage au sort, il ressentait un certain dédain. " Ils pensaient disputer une compétition à trois mais bon, il fallait bien compléter la poule et nous étions là pour ça. " Ça a vite changé. Pour commencer, les dirigeants ne sont plus gênés de leur stade. " L'AS Rome avait qualifié l'ancien stade d'horrible. Nous essayions de compenser son état par la qualité de notre accueil, un excellent repas et... le bagout du président. " Jean-Michel Aulas, le président de Lyon, n'a pas tari d'éloges : " Tout est soigneusement pensé. " Chan Lay Hoon, la présidente singapourienne de Valence, a jugé que le stade répondait parfaitement aux besoins des supporters et des annonceurs. Patrick Lips a eu la chair de poule en entendant l'hymne de la Ligue des Champions la première fois, contre Lyon. " J'ai tout vécu ici depuis 35 ans. En entendant l'hymne, je me suis rappelé des déplacements en D3, à Lauwe et à Menin, au match raté pour la promotion en D2 contre le Sporting Hasselt. " Il est fier de l'organisation de Gand. " Savez-vous que le Zenit, qui est quand même un habitué de l'épreuve, doit ajouter des sièges dans la tribune principale avant le coup d'envoi de ses matches à domicile ? Nous n'avons plus à être gênés. " En Belgique aussi, Gand devient sexy. Des entreprises d'Anvers ou de Campine demandent des places et se contentent même de matches contre Westerlo ou Waasland-Beveren. " Alors qu'avant, tout était trop cher, un dîner coûte 90 euros pour un match de championnat, 140 pour la CL et personne ne se plaint. " De même, les étrangers ne confondent plus Gand et Genk... Les premiers baux de trois ans pour les loges arrivent à terme en juin. Le club ne redoute pas ce moment, même si les prix vont augmenter. " La liste d'attente est énorme ", observe Lips. Normalement, 2.800 fans auraient dû accompagner Gand à Lyon, un record. Ils étaient déjà 2.500 à Valence. Jadis ? Ils étaient 600 au Werder Brême, 750 à l'AS Rome, 1.000 à Feyenoord - le record de l'ancienne Gantoise. Les joueurs ont élaboré un plan extrasportif. Un supporter leur demande, via les réseaux sociaux, pourquoi ils n'iraient pas saluer le bloc vide, à Lyon. Ils décident de le faire, quel que soit le résultat. L'image fait le tour du continent. L'assurance des joueurs durant cette campagne rappelle à Lips une phrase de Sollied. " Gagner est un tout art. Il s'apprend. Il ne faut pas entamer les matches en chiens battus. " Que retient Michel Louwagie, le directeur général, de cette première campagne ? " Par moments, nous avons égalé, voire surpassé les trois autres équipes. " Et sur le plan financier ? " La différence salariale est énorme en fonction du pays et des droits TV qu'on y verse. Les grands pays, à commencer par l'Angleterre, perçoivent des sommes énormes. Même des participants banals comme Leverkusen ou Wolfsburg ont une énorme machine à sous. C'est lié au stade, au nombre de supporters et d'habitants. " Gand était heureux de percevoir douze millions dès le début de la campagne. " Pour nous, c'est le jackpot car nos salaires sont acceptables, sans plus, selon les normes belges. Mais cette somme ne représente rien pour les grands clubs étrangers. Que représente une somme de douze millions sur un budget de 500 millions ? Pour nous, c'est beaucoup, car nous percevons peu de droits TV et que le nombre restreint d'habitants limite nos rentrées commerciales. " Parce que le club verse des salaires inférieurs à ceux qu'ils auraient chez leurs adversaires européens et qu'il ne veut pas hypothéquer son avenir, Gand a opté pour le versement de primes spéciales. " Aligner nos salaires sur ceux de l'adversaire nous mettrait dans le rouge si nous ne nous qualifions pas pour la prochaine Ligue des Champions ", observe Louwagie. " Dès lors, une partie des recettes engrangées dans cette épreuve leur a été versée. " Louwagie a été impressionné par le professionnalisme de l'UEFA, il a fait de grands yeux en découvrant l'Europe mais est revenu sans la moindre honte en Belgique. " C'est différent mais ce n'est pas mieux pour autant. Valence emploie 150 personnes à temps plein et 200 à temps partiel. Faites le compte, à 1.500 euros bruts par tête... Il y a trois entraîneurs par équipe d'âge : le principal, un qui s'occupe de la technique et un préparateur physique, tous salariés. Mais 50 % des moins de 25 ans n'ont pas de travail. Ici, en comptant nos restaurants, nous employons environ 50 personnes. Aucune ne gagne seulement 1.500 euros bruts. Nos rentrées sont nettement inférieures mais nous dépensons beaucoup plus en salaires. En plus, Valence est aux mains d'un groupe d'investisseurs de Singapour. Il a déboursé 450 millions d'euros pour reprendre le club et y a ensuite injecté 100 millions. " Les écarts salariaux dans le football européen l'ont surpris. " Je ne peux pas imaginer que des journalistes étrangers gagnent dix fois plus pour le même travail mais en football, c'est possible. C'est effrayant, quelque part, car si demain, ces clubs convoitent mes joueurs, nous ne pourrons pas surenchérir. Ce serait une grave erreur. Le dernier de Premier League touche 150 millions d'euros en droits TV, Lyon touche 45 millions et nous, champions de Belgique en titre, 6,8 millions. Vous saisissez ? " Louwagie aussi a senti qu'au début, on ne prenait pas Gand au sérieux. " Mais avec tout mon respect, le stade actuel du Zenit est à peine mieux que notre ancienne arène. " Louwagie ne s'autorise qu'un bref moment de relâche : les six à sept minutes qui précèdent le coup d'envoi à Gand, pendant l'hymne. La première fois, il redoutait une raclée. " Mais, sans vouloir paraître arrogant, nous avons gagné en assurance depuis le titre. Nous nous sommes débarrassés de nos complexes. J'ai toujours dit que nous ne serions concurrentiels que quand nous nous produirions dans un stade acceptable et avec les mêmes moyens financiers. " L'approche de Hein Vanhaezebrouck surprend Louwagie : " Par le calme qu'il respire et qu'il transmet au noyau. J'ai été étonné quand, au début de la campagne, il a évoqué la qualification pour le tour suivant. " Il ne craint pas qu'après avoir goûté à la potion magique, ses footballeurs quittent massivement le club. " Nous allons nous renforcer cet hiver, personne ne partira et en été, nous verrons bien. Vendre notre équipe ? Oubliez ça. Peut-être un ou deux joueurs-clefs partiront-ils mais il n'y aura pas d'exode. Le cas échéant, nous contraindrons certains joueurs à honorer leur contrat jusqu'à son terme. Les équipes belges ne doivent pas non plus s'imaginer que nous allons débourser des sommes folles sous prétexte que nous jouons en Ligue des Champions. Sinon, nous effectuerons nos achats à l'étranger. Ce serait regrettable car l'argent quitterait le pays. Nous ne sommes plus fragiles. Nous respectons les règles du fair-play financier et nous resterons toujours le club de notre communauté. Nous n'allons pas vendre notre matricule pour 50 à 100 millions. Pas question. La pire erreur serait de ne pas rester nous-mêmes. Nous continuons à chercher des jeunes talents financièrement abordables. " A long terme, Gand oeuvre à une formation de qualité, intitulée ChaqueTalentCompte, qui réunit douze clubs et la ville. " Tous ces enfants peuvent rester à Gand. Ils ne doivent plus faire la navette vers Anderlecht, Genk ou Bruges. Je vous jure que le club qui me piquera un bon jeune joueur en perdra un aussi. Nous n'avons pas eu les moyens de conserver Kevin De Bruyne mais nous ne devrons pas céder le prochain. " Michel Louwagie doit parfois se pincer pour y croire. " Nous étions un géant en hibernation. La moitié de notre public est nouvelle. A l'occasion de notre première finale de Coupe contre Anderlecht, avec Sollied, nous avions écoulé 20.000 billets en l'espace de trois jours. C'était inespéré, comme les 125.000 personnes qui ont fêté le titre dans la ville. J'ai surtout été surpris que nos supporters s'attachent si vite au club après notre déménagement, malgré notre décevante septième place la première saison. " Il pense qu'il est possible de rejoindre les trois grands. " Nous commençons à dépasser les frontières de notre province, en matière de sponsors et de supporters. Notre image a changé. Gantoise est devenu serein, solide. Et sexy. " PAR FREDERIC VANHEULE ET GEERT FOUTRÉ - PHOTOS BELGAIMAGE" En entendant l'hymne, à Lyon, je me suis rappelé nos déplacements en D3. " PATRICK LIPS, LE DIRECTEUR COMMERCIAL " Nous ne devrons plus vendre le prochain Kevin De Bruyne. " MICHEL LOUWAGIE