"J'ai reçu un message de la fédé ce matin, c'est bon, je continue. " On est à la veille de l'Ascension et Johan Walem a la pêche de celui qui vient de recevoir une bonne nouvelle. Son contrat comme coach des Espoirs expire cet été, il va donc être prolongé. " J'adore ce que je fais, c'est parfait. "
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"J'ai reçu un message de la fédé ce matin, c'est bon, je continue. " On est à la veille de l'Ascension et Johan Walem a la pêche de celui qui vient de recevoir une bonne nouvelle. Son contrat comme coach des Espoirs expire cet été, il va donc être prolongé. " J'adore ce que je fais, c'est parfait. " À Malte puis en Hongrie en septembre, en Suède en octobre. Il reste trois matches sur la route de l'EURO 2019 en Italie. Avec cinq victoires et deux nuls, les Belges sont en tête du groupe, avec trois points et un match de plus que les Suédois. Le premier sera qualifié d'office, les meilleurs deuxièmes disputeront des barrages. C'est jouable. Au bas mot. L'ancien Anderlechtois / Standardman / Diable en est à son deuxième bail avec les meilleurs U21 de Belgique. Il passe au gros entretien. Pour l'EURO, c'est très bien emmanché. JOHAN WALEM : Au départ, il y avait quatre équipes potentielles pour les deux premières places. Hongrie, Turquie, Suède et nous. On n'est entre-temps plus qu'à deux pour la première place. Je ne suis pas du tout étonné que ce soit la Suède, je savais dès le départ qu'elle était un cran au-dessus des autres. Ce sont des gars qui jouent ensemble depuis quatre ou cinq ans, ils ont déjà fait des grands résultats. On terminera les qualifications contre eux. Chez eux. Ça ne me tracasse pas que ça se joue en déplacement parce que j'ai une équipe qui s'exprime mieux à l'extérieur. On a des difficultés quand il faut faire le jeu contre un bloc bas. Par contre, ça joue très bien en contre-attaque, ça va très vite. Devant, on a une vitesse impressionnante. Landry Dimata, Aaron Leya-Iseka, Dodi Lukebakio, même Siebe Schrijvers, ça va à du deux cents à l'heure. Mais surtout, je vois une équipe qui a bien évolué. Notre dernier match, ici contre la Hongrie, c'était super. Un peu le couronnement de tout ce qu'on avait mis en place dans les matches précédents. On entend que les Espoirs d'aujourd'hui sont disciplinés et humbles, et qu'ils forment un groupe. Et ça, c'est nouveau non ? WALEM : Pour moi, le plus gros point positif est d'avoir réussi à former un noyau avec des joueurs qui sont contents d'être là. Ils rêvent tous d'aller à cet EURO. Et tu imagines ce que ça représenterait pour moi ? En Italie ! Il y aura même des matches à Udine, là où j'ai une partie de mon histoire de joueur. J'ai fait passer quelques messages en début de campagne, il y avait quelques trucs à mettre au point par rapport à ce qui s'était passé avec les générations précédentes. J'ai dit que j'avais un noyau de 25 à 30 joueurs et que tout le monde partait sur le même pied. Au début, ça a un peu choqué. Quand on jouait deux matches en quelques jours, que je prenais certains joueurs pour le premier puis que je les renvoyais dans leur club pour le deuxième, ce n'était pas toujours bien compris. Par exemple, en début de qualifications, on a fait un bon match nul contre la Suède, et pour partir à Chypre trois jours plus tard, j'ai renvoyé Landry Dimata et Alexis de Sart dans leur club. Ça a fait tout un foin dans la presse : Johan Walem se prive de deux joueurs importants pour aller à Chypre ! Mais je savais très bien ce que je faisais. Dimata était en manque de temps de jeu avec Wolfsburg, il était incapable d'enchaîner deux matches complets en quelques jours. Et j'avais un Aaron Leya-Iseka qui faisait des très bonnes choses avec Zulte Waregem, il était prêt. J'estimais aussi que je ne devais pas demander une succession d'efforts en aussi peu de temps à Alexis de Sart. À sa place, j'avais un Samuël Bastien qui montait en puissance, occupé à faire son trou dans une équipe de Vérone qui est loin d'être la plus facile en Italie. En plus, c'est un gars hyper positif pour un groupe. Bref, je n'ai pas compris certains commentaires. Certains ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. On a l'impression qu'il y avait encore plus de talent dans les générations précédentes, celles qui n'ont pas réussi à aller à un Championnat d'Europe. WALEM : Tout à fait. Mais le talent ne suffira jamais pour faire des résultats. Aujourd'hui, j'ai un noyau de gars qui ont vraiment envie d'être ensemble. Ils ont évolué depuis l'année dernière, ça avance. Et puis ça joue super bien au ballon. Il y a de plus en plus d'intérêt pour eux, je leur ai aussi fait comprendre qu'ils pouvaient se mettre en vitrine dans les matches de l'équipe nationale. Vos matches sont fort suivis ? WALEM : Énormément. Même trop, parfois. C'est aussi pour ça que je te dis qu'on est meilleurs en déplacement. Quand on joue à Louvain, il y a des facteurs extérieurs qui jouent. Des scouts, des agents. À certains moments, j'ai des joueurs qui se laissent un peu distraire par tout ça. Quand tu dis qu'il y avait plus de talent avant, tu penses en priorité à quels joueurs ? WALEM : Dans la première génération que j'ai eue, il y avait Yannick Carrasco, Igor Vetokele, Michy Batshuayi. La deuxième, c'était celle de Dennis Praet, elle aurait dû se qualifier pour l'EURO 2017. On était à ses portes ! Il fallait seulement bien terminer le travail, contre le Monténégro et la Lettonie. Mais ces deux matches, on les a perdus. Je peux te dire que cet échec m'a fait évoluer dans ma manière de manager et de coacher. Je n'ai pas envie de revenir encore là-dessus, les défaites et mes commentaires à l'époque avaient fait assez de bruit. Comprendre que c'est un honneur de jouer pour son équipe nationale Espoir, ça compte aussi. J'en ai encore discuté récemment avec Chris Van Puyvelde et Bart Verhaeghe, on est bien d'accord là-dessus. Aujourd'hui, j'ai un bon mix de talent footballistique et de mentalité. Et j'ai aussi des garçons qui s'acceptent entre eux ! On est bien obligé d'évoquer le cas de Charly Musonda ! Comme Youri Tielemans, il a toujours l'âge pour être appelé. WALEM : Bien sûr. Mais la porte est fermée. WALEM : Ce n'est pas moi qui l'ai fermée. C'est lui. Je l'ai sélectionné, il a préféré ne pas venir, soi-disant parce qu'il préférait se concentrer sur son boulot à Chelsea. Il a fait passer un message. J'ai demandé à la fédération de prendre le dossier en mains, ça a été fait. Tu n'en as pas discuté toi-même avec lui ? WALEM : J'avais passé une journée complète avec lui à Londres, trois ou quatre mois avant qu'il refuse sa sélection. Ça s'était bien passé, je lui avais expliqué le projet que j'avais avec la nouvelle génération d'Espoirs. J'avais aussi discuté avec Antonio Conte, il m'avait dit : - Je crois que je vais pouvoir compter sur lui dans le futur s'il continue à se développer. J'étais reparti de Londres avec une impression positive. Je sentais qu'il y avait de l'envie chez lui. Puis, la sélection est arrivée et il a refusé de revenir. Tu aurais donné un mauvais signal si tu l'avais appelé pour le match suivant ? WALEM : Bien sûr. Musonda était censé être un joueur clé de mon équipe mais il n'avait pas voulu venir. Entre-temps, ceux qui étaient venus avaient fait des bonnes choses. Enfin bon, on voit ce que ça a donné entre-temps pour lui. Il est parti au Celtic en janvier et il n'a pas joué. C'est l'éternel recommencement. Et pourtant, c'est le Celtic... J'ai vu cette équipe en Ligue des Champions contre Anderlecht, normalement un Musonda doit jouer facile là-dedans ! Il n'a pas joué, j'en conclus qu'il y a de nouveau un souci. C'est un mystère ? Un gâchis ? WALEM : Écoute, il a tout. Tout ! Un talent fou. Il est vif, il est rapide techniquement, il voit clair, il résiste bien dans les duels. Il a tout pour jouer au top niveau. Mais on lui a peut-être dit trop souvent qu'il était trop beau, trop fort, trop grand. Est-ce que Musonda n'est pas le symbole des dernières générations d'Espoirs, avec des gars qui se croyaient déjà au sommet alors qu'ils n'avaient encore rien prouvé ? WALEM : Oui, il y en avait dans les deux générations précédentes que j'ai coachées. Des gars qui se croyaient trop forts. Mais ils ont pris des petites claques, et maintenant ils sont repartis. Parfois, ça fait beaucoup de bien de prendre une claque ! Dennis Praet, c'est un des joueurs les plus forts que j'ai eus. Pendant longtemps, j'ai dit que quand il aurait appris à faire une ou deux courses en plus, il serait au top. Regarde maintenant son évolution en Italie. La Sampdoria, c'était un très bon choix pour lui. Un club de milieu de classement, très bien pour continuer à progresser. Il a pris progressivement de la bouteille, il s'est habitué à d'autres méthodes, il a appris une autre culture. Il a eu besoin de quelques mois pour avoir beaucoup de temps de jeu alors qu'à Anderlecht, il était toujours dans l'équipe. Après l'échec dans les qualifications pour l'EURO 2017, quelques joueurs t'ont démoli dans la presse en témoignant anonymement. Dans des moments pareils, on n'a pas envie de passer à autre chose ? Parce qu'on se sent trahi ? WALEM : Non. Ça fait mal, évidemment. Mais ce n'étaient que des mensonges et des choses qui doivent toujours rester en interne. Ils te reprochaient un manque de communication et des entraînements improvisés. WALEM : Oui... (Il rigole). Pour les entraînements, il faut seulement savoir que tout est filmé. Et je remets mes briefings tactiques à la fédération. Tout est transparent. Pendant toute la semaine, je travaille sur quatre ou cinq points précis, en fonction des forces et des faiblesses de mon équipe et de l'adversaire. Dans ma théorie d'avant-match, je précise à nouveau les points forts et les points faibles de l'autre équipe. On va au Monténégro pour un match hyper important pour la qualification, on prend vite deux buts sur des points forts de l'adversaire alors qu'on avait le ballon. Les deux premiers points de ma théorie sont directement oubliés. À partir de là, je me dis que je ne peux plus faire grand-chose comme entraîneur. Le plus râlant, c'est qu'on avait tout en mains pour aller à cet EURO. On avait gagné à Malte en marquant à la dernière minute, on avait battu les Tchèques qui étaient hyper favoris, je pensais que plus rien ne pouvait nous arrêter. Mais ce que j'ai vu dans les deux derniers matches m'a appris beaucoup de choses. Mon mode de fonctionnement a changé. Pour ces deux fameux matches, Roberto Martinez t'a pris Youri Tielemans, ton pilier. Pour des matches de l'équipe A contre la Bosnie et Gibraltar. Et il n'a pas joué une minute. Ça se discute... WALEM : Tu sais à quoi tu sers. L'équipe Espoir est au service de l'équipe A, tout est clair. Il est aussi arrivé que Roberto Martinez vienne chercher Leander Dendoncker chez moi. Tielemans et Dendoncker étaient les rois chez nous il y a un an. Entre-temps, ils ont un peu ramé. WALEM : Les deux cas sont complètement différents. Tielemans a fait le choix d'aller dans un grand club. C'est sa première expérience à l'étranger, il a eu des bons moments, des moins bons aussi. Mais ces moins bons moments n'enlèvent rien à son talent. Il peut mieux faire, c'est sûr, et il fera mieux dans le futur, c'est sûr aussi. Il ne faut pas non plus oublier qu'il est encore très jeune. Dendoncker a souffert aussi cette saison et l'échec de son transfert, en été puis en janvier, y est indirectement pour quelque chose. Mais il partira. Il doit juste avoir un peu de patience. Lui aussi, il est encore jeune. Si Tielemans a pu s'en aller plus tôt, c'est aussi parce qu'il a sans doute, sur le papier, un profil plus attrayant. Comment tu vois la Coupe du Monde ? WALEM : Tout le monde a des rêves, c'est ça le foot. Nous, on rêve d'aller à l'EURO. Les Diables, eux, ils rêvent de faire une grosse Coupe du Monde... Et quand tu compares l'équipe actuelle avec celle de la Coupe du Monde 2002, où tu étais ? WALEM : Rien à voir. Rien à voir... Quand je croise des Diables qui ont joué avec moi, on en parle, on fait des comparaisons, on se dit que l'équipe actuelle est exceptionnelle. Le talent est là, maintenant il faut la mentalité pour gagner. Et c'est ce qui a manqué au Brésil et en France ? WALEM : Peut-être. Peut-être comme ça a manqué chez les Espoirs pour aller au dernier EURO. Il faut trouver le bon équilibre entre qualités, motivation, détermination, résultats. Tu te vois à long terme à la fédération ? WALEM : Oui. J'ai envie de rester coach des Espoirs pendant quelques années encore. J'adore, je me sens vraiment bien dans ce job. C'est une fierté d'être un ambassadeur du football belge. Quand je vais à l'étranger, je fais passer les messages de la fédé, les gens sont contents de me voir, je suis content de les voir. J'ai trouvé mon équilibre. Et peut-être qu'à un certain âge, je penserai à arrêter le terrain pour me recycler dans un autre rôle à l'Union Belge. Tu n'es pas chaud pour retravailler dans un club ? Pour prendre une revanche par rapport à ton expérience difficile à Courtrai ? WALEM : Non. Et ce n'est pas une expérience qui m'a refroidi. Au contraire. Même si ça ne s'est pas très bien terminé, ça m'a rassuré et ça m'a permis d'apprendre à travailler autrement sur certains points. On m'avait prévenu quand j'ai commencé dans le métier : -Tu seras un vrai entraîneur quand tu auras été viré une fois. Aujourd'hui, je suis un vrai entraîneur ! J'avais expliqué la valeur de Courtrai à l'époque, on me l'avait reproché mais je vois que la valeur de ce club est toujours la même entre-temps. C'est un club de play-offs 2, l'équipe était quasi sauvée quand on m'a mis dehors. Peut-être que j'étais trop jeune, peut-être que je n'avais pas les bonnes personnes autour de moi pour me soutenir, il y a eu plein d'éléments. Mais je te répète que ça m'a fait grandir, évoluer. Je n'ai aucune envie de revanche. Je prends maintenant plein de plaisir alors que ce n'est pas automatique dans la vie d'un entraîneur. J'avais déjà ressenti ça quand on avait été champions avec les Espoirs d'Anderlecht.