L'ambiance est au beau fixe avenue du Tir, cela se voit, cela s'entend, cela se respire. Les blagues et les bons mots fusent mais, comme Saint-Georges, tout le monde mesure qu'il ne faut pas vendre la peau du Dragon avant de l'avoir tué. " Je ne regarde jamais vers le haut du classement général ", affirme Berthelin. " J'examine l'écart qui nous sépare de la zone dangereuse. Même si cela rigole, l'ambition reste la même : nous sauver le plus vite possible et le reste sera de la joie de vivre. " Par le passé, Mons a souvent eu les yeux plus gros que le ventre et cela s'est terminé par des indigestions...
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L'ambiance est au beau fixe avenue du Tir, cela se voit, cela s'entend, cela se respire. Les blagues et les bons mots fusent mais, comme Saint-Georges, tout le monde mesure qu'il ne faut pas vendre la peau du Dragon avant de l'avoir tué. " Je ne regarde jamais vers le haut du classement général ", affirme Berthelin. " J'examine l'écart qui nous sépare de la zone dangereuse. Même si cela rigole, l'ambition reste la même : nous sauver le plus vite possible et le reste sera de la joie de vivre. " Par le passé, Mons a souvent eu les yeux plus gros que le ventre et cela s'est terminé par des indigestions... Cédric Berthelin : Moi non plus. Non, je n'ai pas été extra durant la campagne de préparation et je me suis même retourné sur un lob de 50 m. C'était pas brillant mais j'ai bossé comme je le fais tout le temps. Je pensais qu'Olivier Werner entamerait la saison contre le Standard. Le coach a tranché à 48 heures du coup d'envoi. Dennis van Wijk m'a tout simplement dit : - Mons est monté avec toi, il est normal que tu entames la saison en D1. J'ai tout de suite pensé à Oli... Bah, non, je ne crois pas. Vous savez, il n'y qu'un gardien qui puisse comprendre un gardien. Le soir même, j'ai envoyé un SMS à Werner en lui disant que son heure viendrait. Il a du temps de jeu en Coupe de Belgique et la saison est longue. Je le connais et je l'apprécie depuis son premier passage à l'Albert. Il a voyagé, joué au Brussels, à Malines et à Eupen avant de revenir : c'est un très bon portier. J'adore les ambiances positives et je me suis toujours bien entendu avec mes concurrents. C'est comme cela. Je ne suis pas mécontent de ma carrière mais, c'est vrai, si j'avais parfois montré les dents, mon parcours aurait probablement été plus brillant. Quand je suis arrivé dans l'effectif professionnel à Lens, j'étais déjà heureux, je gagnais bien ma vie mais... Non, Guillaume Warmuz était très fort et je le respectais mais, dans le fond, j'aurais dû avoir l'ambition de lui piquer sa place. J'ai peut-être manqué de volonté, je me suis contenté d'être là, troisième et parfois deuxième gardien de Lens qui a quand même été Champion de France et auteur d'une belle campagne européenne. C'est exagéré mais on vit des trucs particuliers quand même. Je vais vous expliquer. Rien qu'à l'entraînement, il m'arrive de boire deux litres d'eau. En match, j'ai besoin de deux gourdes d'un demi-litre. Un gardien de but perd souvent deux kilos par rencontre. En plus de la dépense physique, il faut tenir compte de l'épuisante fatigue nerveuse. Un gardien ne peut pas relâcher son attention. Chaque baisse de la garde peut se payer cash. Cette concentration bouffe pas mal d'énergie. Moi, je ne pourrais pas galoper durant 90 minutes comme le font les joueurs de champ, c'est évident. Je ne dis pas que nous pratiquons un autre sport mais tout est tellement différent. J'inviterais volontiers un footballeur à prendre part à nos séances de travail spécifique sous la direction de Philippe Vandewalle. C'est tellement dur et intensif qu'un joueur normal serait ensuite incapable de marcher durant deux jours. Je sais mais je n'aurais pas apprécié qu'il nous quitte en pleine saison. C'est un tout bon entraîneur des gardiens comme son prédécesseur d'ailleurs, Francky Vandendriessche. Pas du tout, mais je sais qu'il possède plusieurs de ces célèbres poissons japonais. Il est plus carré que Philippe qui parle beaucoup, se marre quand il faut. A chacun sa méthode mais il importe qu'un entraîneur fasse progresser ses gardiens chaque saison. A la fin d'un championnat, il faut remarquer ses progrès. Moi, à 35 ans, j'avance et cela s'explique aussi par Francky la saison passée et Philippe maintenant. C'est ce que tout le monde pense et cela correspond à mon style. On dit que mes sorties aériennes en dehors du petit rectangle sont hasardeuses. Je n'ai eu aucun mal à dire que je suis un gardien de l'ancienne école. Pas de problème du moment que ce soit efficace. Moi, je préfère ne pas jouer au pied hors du grand rectangle ; ce n'est pas ma tasse de thé, je laisse cela à d'autres. Quand je vois Silvio Proto et Sinan Bolat balle au pied, j'admire. En D3 ? Carrément en D1, oui. Pour moi, c'est le gardien de Jupiler League qui a fait le plus de progrès. Il était déjà fort en arrivant de Genk au Standard mais pas à ce point-là. Comme à Gand et ce fut impressionnant. Moi, je n'ai pas appris ça jeune. Un vieux comme moi a pris ses habitudes depuis longtemps. Oui, mais je vais vous dire quelque chose : Mons prend encore trop de buts car notre effectif contient pas mal d'éléments offensifs. Perbet, Bourabia, Zola, Ibou bossent à la récupération mais ce sont d'abord des attaquants. Je comprends. Jérémy était la pierre angulaire de notre défense. Il est désormais en forme et son retour enrichit notre arsenal défensif. C'est un secteur qui tient la route. Timmermans est dans la forme de sa vie à droite. A gauche, Monteyne a du métier, c'est stable et solide. Au centre, Franquart revit après avoir traversé les orages comme tout Charleroi. Dia est rapide comme le vent. Je l'avais connu à Mouscron. Quand il tire la couverture, ça gicle. Je ne crois pas. Quand le coach l'a installé dans la ligne médiane pour dépanner, il m'a avoué que cela ne lui plaisait pas. Maël est un stoppeur de formation. Et que constate-t-on maintenant ? Sa taille est utile dans la ligne médiane et il a progressé dans le jeu court, s'entend bien avec Nicaise, Matthys, Mbow, notre armée d'attaquants, etc. En dépannant, Lépicier s'est découvert d'autres qualités, il est désormais polyvalent. Il nous a sorti de la merde dans ce secteur mais il a aussi gagné au change. Perbet ? Ah, Zola, oui c'est vrai. Je sais, mais Zola est très important aussi. La saison passée, le coach l'a écarté après une carte rouge. Là, ce fut galère. Zola est revenu et c'est un des artistes de la D1. Sa couverture de balle est exceptionnelle. Il a déjà affolé pas mal défenses, dont celle d'Anderlecht quand même. Perbet ? Phénoménal. Si on tient compte du ratio buts et matches joués pour Mons, c'est probablement un record d'Europe. Impossible d'affirmer le contraire mais, au risque d'étonner, si notre buteur est évidemment magique, il n'y pas de Perbet dépendance à Mons. Jérémy est important pour nous mais chaque équipier est important pour lui. Si on ne savait pas utiliser Perbet, il n'y aurait pas eu d'effet Perbet comme il n'y en a pas eu à Lokeren. Jéremy est un homme intelligent qui vit sa réussite avec lucidité. Il y a beaucoup de travail derrière cela, notamment sur les phases arrêtées. Van Wijk insiste pour qu'on ne lâche rien sur les balles arrêtées : il faut être les premiers sur le deuxième ballon et Jérémy est un spécialiste, il suit tous les ballons. Quand je vois certains de ses buts, je me dis : - Tiens, cette phase, on l'a répétée 1.000 fois à l'entraînement ; Van Wijk n'est jamais content mais cela paye maintenant. Jérémy se sent bien à Mons et il continue à progresser. Albert Cartier, je crois, a dit que " Perbet avait perdu quelques kilos et que cela lui a fait du bien ". Il est affûté et m'a dit un jour qu'il n'y croyait plus à Lokeren où il s'est même découragé. Jérémy était à la recherche de confiance. Impossible. OK, si quelqu'un offre une mine d'or à Mons, ce sera dur à refuser. Mais Jérémy a un projet de vie à Tubize, va se marier. Il a déjà pas mal bourlingué et a envie de se poser pour de bon ici. J'ai de la chance, j'ai toujours eu de bons coachs. Van Wijk connaît son métier et la D1. La saison passée, on a une bonne discussion tactique. Plusieurs joueurs ont demandé des réglages. En sortant de là, je me suis dit : - Il nous a écouté mais ne changera rien. Au match suivant, il a procédé à de premiers changements et cela prouve son intelligence. Mons est reparti du bon pied et s'est qualifié pour le tour final. On peut dire cela. En première mi-temps, on n'a pas existé : 70 % de possession de balle pour Zulte Waregem et des cacahuètes pour nous. Van Wijk est nerveux et j'ai cru qu'il nous boufferait le bout du nez à la mi-temps. Eh bien non, il a relancé Matthys, a donné des conseils et consignes avant de nous demander calmement de jouer plus haut pour mettre la pression sur les défenseurs. Dix minutes plus tard, c'était 2-0. Exact, il a été prolongé après le retour en D1. L'attente a été longue, ce que je comprends. La direction avait besoin de certitudes. J'avais d'autres offres mais je voulais rester. Ce club a changé, l'outil est bon et nous formons une bande de copains. Je me souviens de mon premier passage au Tondreau. On parlait de l'Europe et on déroulait le tapis rouge pour les nouveaux. Le président Leone a confié la direction sportive à Dimitri Mbuyu qui, en accord avec le coach, a transféré les joueurs qui conviennent pile poil. L'ambiance est aussi sereine dans les corridors et les bureaux que dans le vestiaire. PAR PIERRE BILIC" Si un joueur s'entraînait avec les gardiens, il serait ensuite incapable de marcher durant deux jours " " Si on ne savait pas utiliser Perbet, il n'y aurait pas eu d'effet Perbet comme il n'y en a pas eu à Lokeren "