Ce journaliste du Soir, ancien de la DH, a donc été privé de sa soif de connaissance, d'innombrables pages à remplir sur le foot et ses arcanes, de nombreux matches qu'il regardait avec des yeux critiques et émerveillés. Il ne vivra plus de Coupe du Monde, ne verra plus de buts incroyables, ne débattra plus sur l'arbitrage ou la prédominance de Lionel Messi sur Cristiano Ronaldo. La faute au cancer qui l'a enlevé à la vie à un âge où on a davantage l'habitude de la croquer.
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Ce journaliste du Soir, ancien de la DH, a donc été privé de sa soif de connaissance, d'innombrables pages à remplir sur le foot et ses arcanes, de nombreux matches qu'il regardait avec des yeux critiques et émerveillés. Il ne vivra plus de Coupe du Monde, ne verra plus de buts incroyables, ne débattra plus sur l'arbitrage ou la prédominance de Lionel Messi sur Cristiano Ronaldo. La faute au cancer qui l'a enlevé à la vie à un âge où on a davantage l'habitude de la croquer. Comme si cela n'était pas assez pernicieux de s'attaquer à un homme qui avait encore tant de projets, le cancer s'en est pris à ce qu'il avait de plus remarquable, ce cerveau, dans lequel il stockait statistiques et points de règlements. Car Thomas Busiau était un as pour décoder un dossier compliqué. Il le triturait dans tous les sens pour en extraire la substantifique moëlle et le rendre lisible à ses lecteurs. Enraciné dans sa région du Centre, c'est de là qu'il avait commencé à écumer les stades. D'abord en suivant la RAAL dont il connaissait tous les secrets, puis Anderlecht qu'il suivit pour le compte du Soir. Confronté au nec plus ultra de la division un belge, il ne s'est jamais départi de son sens critique, ni de sa curiosité. Du haut de sa trentaine, il ne se laissait pas marcher sur les pieds. Pendant un an, le monde du football a suivi la progression de sa maladie, s'est enquis de sa santé, a salué sa persévérance face à l'objectif de sa vie (voir les Diables Rouges au Brésil). Cet objectif, il l'a rempli. Non seulement il était du voyage au Brésil, aux côtés de ses deux collègues du Soir, mais il a vachement assuré. Durant son séjour, jamais il n'a montré de signe de faiblesse, servant chaque jour au lecteur sa dose d'information sportive, ne fléchissant pas face à la cadence effrénée d'une compétition majeure, cadence multipliée par les nombreux voyages en bus et en avion et par l'attente d'un pays rendu fou par ses Diables Rouges. Pourtant, une fois les lampes éteintes, le monde du foot a semblé quelque peu l'oublier, alors que sa santé se dégradait. A ses funérailles, seuls quatre représentants de l'Union Belge, fédération souvent moquée mais qui sur ce coup-là a fait preuve de beaucoup d'empathie et d'humanité, étaient présents. Trois anciens de La Louvière. Et c'est tout. Pas un seul représentant d'Anderlecht, le club qu'il suivait quotidiennement depuis quatre ans. Pas un seul joueur qu'il avait coutume d'interviewer depuis plus de dix ans. C'est aussi cela, le monde du foot. Pas nécessairement une grande famille. Ou alors une famille dont sont de plus en plus exclus les journalistes. Heureusement, ces derniers, de tous médias confondus, Wallons comme Flamands, eux ne l'avaient pas oublié... AVEC STÉPHANE VANDE VELDE" Le cancer s'en est pris à ce cerveau dans lequel il stockait statistiques et points de règlement. "