Jeudi dernier, trois jours avant le choc face à Bruges, rendez-vous est pris dans le majestueux Crowne Plaza de Liège. A notre arrivée, Reginal Goreux nous dirige vers l'une des ailes de l'hôtel où est implanté le bureau de son ami, Santiago, patron de la société BMS Belgium, sorte de conciergerie de luxe pour sportifs et hommes d'affaires fortunés. Pendant plus d'une heure, Regi passe en revue les derniers mois brûlants de son club. Un club dont il définit les contours et l'esprit avec une grande justesse. Et pour lequel il n'hésite pas à aller au feu. Quitte à parfois se brûler. Entretien.
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Jeudi dernier, trois jours avant le choc face à Bruges, rendez-vous est pris dans le majestueux Crowne Plaza de Liège. A notre arrivée, Reginal Goreux nous dirige vers l'une des ailes de l'hôtel où est implanté le bureau de son ami, Santiago, patron de la société BMS Belgium, sorte de conciergerie de luxe pour sportifs et hommes d'affaires fortunés. Pendant plus d'une heure, Regi passe en revue les derniers mois brûlants de son club. Un club dont il définit les contours et l'esprit avec une grande justesse. Et pour lequel il n'hésite pas à aller au feu. Quitte à parfois se brûler. Entretien. Rednic était la personne idéale. Pour les supporters d'une part, car c'est un ancien de la maison doté d'une forte personnalité et d'une discipline de fer. En dehors des terrains, ça rigole mais pas pendant l'entraînement. Là, c'est travail tactique, technique, tout est bien pensé. Il est très pro dans son approche. Il est très famille. Il nous répète souvent lors des mises au vert par exemple que ce type de déplacement est un mal pour un bien, que les efforts consentis, on les fait pour la famille, que plus tard elle soit à l'abri... Après avoir connu Bölöni, personne ne vous semble dur... Rednic est prêt à tout pour gagner et donc il est exigeant. Et il attend la même chose de nous. Il s'est adressé à moi et à Jelle en aparté et séparément. Je lui ai dit que le groupe acceptait trop facilement la défaite que ce soit à l'entraînement ou en match. Oui. On sent désormais qu'il y a davantage de rythme, d'enjeu à l'entraînement. Et ça se répercute en match. Dire que l'équipe a changé du tout au tout serait exagéré. Cependant, Rednic a travaillé nos points faibles, nous a piqués dans notre orgueil. Il a corrigé nos problèmes tactiques défensifs, il a amélioré notre reconversion offensive. On courait beaucoup précédemment mais pas de manière intelligente, pas en équipe. Mais il y a surtout eu une prise de conscience des joueurs. Le foot, c'est 10 % dans les pieds, 90 % dans la tête. C'est un coach hollandais dans toute son acceptation. Et ce style ne pouvait pas fonctionner au Standard. S'il s'était retrouvé à Anderlecht, Jans aurait réussi. A Genk, aussi. Mais le Standard, c'est autre chose. Ce qui fonctionne ici, ce sont les tempéraments chauds, comme les Italiens, les Roumains. Ils correspondent mieux à l'esprit de ce club. Au niveau du jeu, c'est aller vers l'avant, être combatif sur un terrain. On doit être une équipe d'ouvriers, à l'image du décor qui entoure ce stade. Oui, il aurait évidemment eu sa place. Mais Axel est aussi un ouvrier... avec des gants. Il sait aller au charbon quand le match l'impose. Cette mentalité, cet esprit " Standard ", c'est ce qui nous a permis, par exemple, de gagner le match face à Anderlecht (2-1) cette saison. Oui, avec un aspect humain, éducatif important avant 16 ans. Mais après, on te fait comprendre que le résultat prime. Oui. Pour son stade, pour l'ambiance. Sur ma courte carrière, je n'ai connu qu'une atmosphère comme la nôtre, à l'Olympiacos, et peut-être à Cracovie. Pour le reste, rien n'égale Sclessin. J'aime quand c'est chaud, quand c'est tendu, que le match est physique, c'est dans ces moments-là que je me sens le mieux sur un terrain. Oui totalement. Mais ça a pu me jouer des tours. Être trop supporter d'un club peut t'aveugler sur certaines situations. On t'utilise, on profite de toi, que ce soit au niveau du contrat, d'un transfert car on sait que je tiens énormément au Standard. Exceptionnels ! Il représentait le club, les joueurs, et les supporters. Je me suis parfois disputé avec lui mais au final, c'était toujours constructif. Dans le foot, il y a certaines règles à respecter pour avancer et François les maîtrisait parfaitement... Si demain un club comme les Grasshoppers de Zurich me propose 800.000 sur une saison mais que le Standard m'en propose 500.000, je préfère rester ici. Ici, j'ai tout : un club que je connais depuis que j'ai six ans et ma ville. Passer à côté de 300.000 euros, ça peut sembler fou, c'est peut-être 10 années de travail pour une personne " normale ", mais ce n'est pas ça qui va m'apporter le bien-être que je retrouve ici. Si je pouvais devenir une figure emblématique de mon club, j'en serais très heureux. C'est différent car ils jouent au top niveau. Si demain un club russe frappe à ma porte, je me dois de réfléchir. Si c'est pour gagner cinq fois plus pendant trois ans, je veux même bien me faire insulter par les supporters sur place (il rit). En signant à Everton, Marouane a ouvert la voie. Et je savais qu'il allait réussir car c'est une machine de guerre. Même chose pour Dante dont je ne suis aucunement surpris de la réussite au Bayern Munich. Ce sont des exemples de travail avant, pendant et après l'entraînement. Ce qui veut dire aller aux soins, te donner à 100 % durant l'entraînement et poursuivre la séance par de la musculation. De cette manière, tu diminues aussi le risque de blessure. Marouane avait par exemple un gros problème sur les premiers mètres. Il a gommé ce défaut par des exercices de corde à sauter. Aujourd'hui, quand on regarde ses enchaînements contrôle-frappe, il peut regarder tout le monde dans les yeux. Et si les gens sont surpris par ses progrès techniques, c'est qu'ils ne l'ont pas connu à son arrivée au club à 16 ans... Ballon au pied, il était catastrophique ! C'est Christophe Dessy qui lui a fait travailler les contrôles-passes à la fin de chaque entraînement seul face à un mur. Depuis environ deux saisons et demie. J'ai été partie prenante lors du premier titre, j'ai profité de la blessure de Wilfried Dalmat pour disputer la Ligue des Champions. J'ai emmagasiné un certain bagage dans ce club même si j'ai connu des passages compliqués. Non, mais je préfère crever l'abcès quand il y a un problème... Je ne suis pas du genre à rester les bras croisés. (il coupe) C'est une partie minime du public lors d'un match où il y avait un silence assourdissant suite au boycott des ultras. Je ne sais pas, j'attends encore que quelqu'un vienne m'expliquer la raison entre quatre yeux. Mais je peux comprendre, chacun a le droit d'avoir son opinion. Et puis on ne peut pas plaire à tout le monde. J'aimerais que ce soit le cas mais je sais que c'est impossible. Oui. D'autant que je suis, avec Poco, celui qui représente le plus ce club. Oui, mais je n'y prête plus attention. Je me concentre uniquement sur mon jeu, mon équipe et pas sur ce qu'il y a autour. Je me dis juste qui si les supporters me connaissaient véritablement, qu'ils savaient mon implication dans l'équipe, ils ne me siffleraient pas. Je pense qu'ils visent la personne et non mon jeu. Ou alors ils ont un sérieux problème. Il était à l'image de toute l'équipe. Mais je ne pense pas que je faisais partie des cancres... Je n'en veux pas aux supporters. Chacun est libre de penser ce qu'il veut. Moi aussi, mais vu que je suis joueur, il ne vaut mieux pas que je dise tout haut ce que je pense... Oui, puisqu'on ne gagnait pas et qu'une dizaine de supporters ont été interdits de stade. Même si c'est vrai qu'ils ont fait des conneries. L'ambiance était incroyablement électrique surtout après le 0-1. Ce sont nos supporters qui nous ont fait gagner le match. Même un aveugle aurait su ce qu'il fallait faire pour marquer ce jour-là (il rit). Si on ne peut pas cautionner les pétards, surtout quand on voit ce qui est arrivé au gardien du CSKA Moscou, je comprends qu'ils manifestent leur mécontentement. Le public de Sclessin est aussi devenu plus exigeant depuis les deux titres. Moi, je suis comme eux : mon club doit toujours être dans les trois premiers. Je suis toujours en contact avec les ultras (ndrl, c'était le cas durant l'interview via sms). Je les ai au téléphone ou je les rencontre après l'entraînement. Je suis une sorte de relais pour eux, surtout depuis le départ de Steven Defour. Après le match face au Cercle, où j'avais été pris en grippe, mais où surtout l'ambiance était mortuaire, j'ai été voir le président pour lui demander de faire quelque chose car la situation était devenue intenable. Il m'a répondu que ce qu'ils avaient fait face à Anderlecht était intolérable, qu'il y avait des enfants dans le stade, etc. J'estimais qu'après avoir sanctionné ceux qui avaient lancé les fumigènes, on devait penser aux autres, ceux pour qui le Standard est leur coeur, leur vie. Pour qui un week-end réussi, c'est un Standard qui gagne. Il fallait que le club revive, l'assistance était en baisse, l'ambiance était absente. Ce n'était plus le Standard. Au fond d'eux, les ultras sont de très bonnes personnes. Ce qu'ils veulent simplement, c'est gagner. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: IMAGEGLOBE/ KETELS" Si c'est pour gagner cinq fois plus pendant trois ans en Russie, je veux même bien me faire insulter par les supporters. " " Ce sont nos supporters qui nous ont fait gagner le match face à Anderlecht. "