En quittant le stade de Lokeren, Miklos Lendvai a le masque. Charleroi vient de réaliser une superbe opération au classement en surclassant l'équipe de Franky Van der Elst. L'ambiance va être bonne dans le bus.
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En quittant le stade de Lokeren, Miklos Lendvai a le masque. Charleroi vient de réaliser une superbe opération au classement en surclassant l'équipe de Franky Van der Elst. L'ambiance va être bonne dans le bus. Mais le Hongrois va vivre le trajet du retour avec un gros souci en tête. Quelques heures plus tôt, il a appris que sa mère souffrait d'un grave problème de santé. " C'est terrible ", explique Miklos Lendvai (28 ans). " Je prie pour que les examens complémentaires ne révèlent rien de tragique ". Une tuile de plus pour cet homme entier : attachant, parfois colérique, toujours lui-même. Depuis son arrivée à Charleroi, durant l'été 2001, il a été opéré deux fois aux ligaments croisés du genou. Et, au début de cette saison, il eut de gros problèmes relationnels avec la direction. Il est de retour dans l'équipe de base depuis quelques semaines et aimerait pouvoir profiter à fond de ce bonheur. Miklos Lendvai : On verra. On ne peut pas oublier nos problèmes du jour au lendemain. Il faut analyser toute la situation, tout ce qui n'a pas marché depuis le début du championnat. Lors des premiers matches, tout le monde disait que Charleroi ne jouait pas mal mais n'avait pas de chance. Après cela, le problème est devenu différent. C'est surtout la mentalité d'une partie du noyau qui nous a empêchés de décoller. Il y a eu plusieurs grosses erreurs défensives qui nous ont privés de points importants, mais le vrai problème était ailleurs : ce groupe manquait de caractère, de joueurs prêts à tout donner pour le club. Robert Waseige n'est pas aveugle : il a constaté le problème dès son premier entraînement. Il y a encore beaucoup de travail à ce niveau-là. Charleroi doit retrouver une vraie solidarité, et pas seulement dans l'un ou l'autre match, pour s'en sortir. Des crapules ! Des gars qui rentrent dedans. C'est un phénomène contagieux. S'il y en a trois ou quatre dans le noyau, les autres joueurs cherchent à les imiter et ça profite à toute l'équipe. Il a raison. Si on aligne des jeunes parce qu'il n'y a rien d'autre de disponible, je suis très sceptique. On a quand même déjà suffisamment constaté, depuis le début de la saison, qu'il manquait de l'expérience dans cette équipe. Ce ne sont pas les gamins qui vont nous l'apporter. Ils n'ont pas les bases pour faire sortir Charleroi du trou. Quelques jeunes, c'est bien, mais il faut que l'ossature de l'équipe possède de l'expérience. Oui... A 28 ans, je suis pour ainsi dire le plus âgé de l'équipe. Il n'y a pas de miracle. Peut-être pas. Ils ont aussi une part de responsabilités en ne criant pas assez sur le terrain. C'est un travail que l'entraîneur ne devrait même pas nous demander : si vous êtes assez mûr, vous le faites de vous-même. Encore faut-il que les jeunes acceptent les remarques. Chez nous, ce n'est pas toujours le cas. C'est la génération 2000 qui veut ça, le Sporting n'est pas un cas isolé. Quand j'ai commencé le foot professionnel, je nettoyais les chaussures des anciens du noyau et je me tapais deux ou trois voyages vers le car avec les valises du groupe. J'imagine mal ça aujourd'hui. Je me suis déjà battu pour ne pas descendre en D2, avec Geel. Nous avions finalement échoué, mais le travail au quotidien était moins pénible là-bas parce que le groupe avait une mentalité flamande, plus proche de la mienne : on s'y retroussait plus volontiers les manches qu'à Charleroi. Tout à fait. Defays est le capitaine, il devrait être en première ligne pour guider les jeunes. Mais quand vous n'êtes pas bon vous-même, vous pensez d'abord à votre propre jeu. Conseiller, replacer ses coéquipiers ne peut se faire que quand on est parfaitement bien dans sa tête. J'imagine ce que Defays peut ressentir. Moi aussi, j'ai eu l'impression, en début de saison, qu'on ne comptait plus sur moi. C'est très dur à vivre. Je traînais un vieux problème relationnel avec la direction. Je tournais en rond, ça me cassait le moral. Un jour, j'ai demandé une bonne mise au point. Tout a été réglé en une demi-heure. J'ai compris qu'il pouvait être dangereux, même mortel, pour un footballeur, de laisser pourrir une situation. Complètement, même si je ne suis pas encore revenu à 100 %. C'est normal, après ce qui m'est arrivé. J'ai été opéré trois fois des ligaments croisés du même genou au total. Mais je suis toujours en D1. Je suis peut-être un cas unique dans le football mondial ! Oui. J'ai réfléchi pendant quelques jours, je me suis demandé ce que j'allais faire dans la vie. Le plus grave, c'est qu'on ne connaissait pas, à ce moment-là, la nature exacte de mon mal. On m'avait refait les ligaments croisés, tout aurait dû être en ordre. Mais mon genou n'était pas stable du tout. J'ai alors fait un petit tour d'Europe, j'ai vu des médecins un peu partout : en Belgique, en France, en Hongrie. Le Docteur Willem, du Sporting, a appelé ses contacts dans plusieurs pays. Finalement, ils avaient tous le même avis : je devais repasser sur le billard, à nouveau pour intervenir sur les ligaments. Oui, à Paris. Il m'a dit que, sa spécialité, c'étaient plutôt les tendons. J'aurais pu me faire opérer dans son hôpital, mais ce n'est de toute façon pas lui qui serait intervenu. Je suis donc allé à Anvers et ce fut une réussite totale. Aujourd'hui, mon genou est stable comme du béton. Mais je dois faire attention à la gestion de mon travail. Je me donne à fond physiquement en début de semaine, mais à partir du mercredi, je commence à écouter les signaux que m'envoie mon corps. C'est indispensable si je veux être opérationnel pour le match du week-end. Là aussi, j'ai pas mal voyagé. Je suis allé à Capbreton, et ensuite six semaines chez Lieven Maesschalk. J'ai eu de terribles moments de découragement. Plus d'une fois, je me suis effondré en quittant le cabinet du kiné parce que, ce travail, je n'en voyais pas la fin. Je ne compte pas les fois où j'ai pleuré, où je me disais que ça ne servait de toute façon à rien. Je sais... Mais ce que je vis depuis mon retour, en fin de saison dernière, m'aide à oublier tous les moments tristes. Ce qui me fait le plus plaisir, ce sont les marques de soutien et de respect venant de personnes qui n'y ont aucun intérêt. Etre applaudi par les supporters adverses ou encouragé par des arbitres conscients des efforts que j'ai faits pour revenir, c'est une sensation magnifique. Le match à domicile contre Lokeren, tout en fin de saison passée, je ne l'oublierai jamais : je rejouais enfin en équipe Première, après 18 mois dans les cabinets médicaux. Mais mon retour en Réserve, quelques semaines plus tôt, avait été encore plus chargé émotionnellement. Dante Brogno s'était arrangé pour que ce match ait lieu au Mambourg, spécialement pour fêter mon come-back. Il y avait des drapeaux hongrois dans une tribune, les gens ont chanté pour moi. Après la rencontre, je suis monté dans ma voiture et je suis parti rouler seul pendant deux heures : je pleurais comme un gamin. Avec deux joueurs de caractère comme nous, c'est normal ! Omelianovitch voulait prouver des choses à Charleroi, et moi, en tant qu'ancien de Geel, j'avais aussi une motivation supplémentaire. Pour le Sporting, c'était une soirée pourrie. Il y avait plein d'absents, c'était une espèce d'équipe B et rien n'allait. Je me suis vraiment énervé quand un club de D2 a commencé à nous ridiculiser. Des trucs pareils, ça me bouffe... Je n'étais plus moi-même, j'ai fait des fautes vicieuses quand le ballon était de l'autre côté du terrain. Il y a longtemps que je n'avais plus explosé comme ça. Je ne suis pas fier de moi. Oui, mais aussi de montrer dans mon pays que je ne suis pas mort. J'ai réussi à prouver à Charleroi que ma blessure était oubliée, mais je dois, parallèlement, faire la même chose en Hongrie. Pour moi, ce n'est que normal. J'avais joué contre Geel le samedi et j'aurais déjà pu prendre l'avion le dimanche matin, mais j'avais préféré ne partir que le dimanche soir pour avoir une bonne nuit de sommeil. La récupération, c'est important pour un pro. Et j'ai demandé au coach national de ne jouer qu'une mi-temps parce que ma première priorité est à Charleroi, pas à Budapest. Le lendemain de notre match contre l'Estonie, je prenais l'avion à 6 heures du matin. Je voulais revenir le plus vite possible pour me soigner. Certainement. Quand j'ai été appelé pour affronter l'Estonie, Robert Waseige m'a appelé dans son bureau. Il m'a félicité et m'a demandé si je tenais à y aller. Je lui ai expliqué que je devais aussi prouver aux Hongrois que j'étais revenu à mon meilleur niveau, mais que j'étais prêt à faire une croix sur ce match s'il souhaitait que je reste ici. Il m'a donné son accord : -Vas-y, mais fais attention aux blessures. (Il réfléchit). Je ne sais pas... Si tout le monde est conscient que chaque match doit être un combat, ça doit être possible. Chacun doit savoir, aussi, que les clubs n'engagent pas facilement des joueurs qui viennent de chuter en D2. L'offre est tellement importante qu'on ne tient même plus compte des losers. Jusqu'ici, je n'ai toutefois pas encore eu l'impression que les gars de Charleroi avaient compris cette réalité. Nous devons nous battre avec nos armes, savoir que nous n'avons pas un noyau extraordinaire et que la différence doit se faire au niveau du mental. Si je compare ce groupe avec celui qu'Enzo Scifo entraînait quand je suis arrivé à Charleroi, il n'y a pas photo. Eduardo, Christian Negouai, Sergio Rojas, Tony Herreman, c'était quand même autre chose. Peut-être. Mais ils m'ont tous les trois apporté quelque chose de différent. Enzo Scifo avait les atouts d'un gars qui avait connu le plus haut niveau, ça se reflétait dans chacun de ses entraînements. Etienne Delangre était un crack dans l'analyse du jeu. Et Dante Brogno donnait chaque jour des leçons de caractère au noyau. Aujourd'hui, c'est Robert Waseige qui nous apporte tout son vécu. J'ai été gâté au niveau des coaches depuis que je suis à Charleroi. Mais bon, un entraîneur est toujours dépendant de son matériel : d'année en année, il y a eu de moins en moins de joueurs expérimentés et de qualités dans le groupe. Finalement, c'est normal que le Sporting souffre de plus en plus ! Il voit clair... " C'est normal que Charleroi souffre de plus en plus chaque année "