Il est le numéro deux, par ordre d'importance, au RSCA, après Roger Vanden Stock. Mais contrairement au président ou au manager, Herman Van Holsbeeck, le secrétaire général, Philippe Collin, ne se livre pas facilement. Non pas qu'il n'ait rien à dire, au contraire. Pour beaucoup, il passe d'ailleurs pour LE connaisseur-ès-football au Parc Astrid. Homme de terrain davantage que grand communicateur, comme il se définit lui-même, le neveu de Constant Vanden Stock et cousin de Roger a bien voulu jouer le jeu.
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Il est le numéro deux, par ordre d'importance, au RSCA, après Roger Vanden Stock. Mais contrairement au président ou au manager, Herman Van Holsbeeck, le secrétaire général, Philippe Collin, ne se livre pas facilement. Non pas qu'il n'ait rien à dire, au contraire. Pour beaucoup, il passe d'ailleurs pour LE connaisseur-ès-football au Parc Astrid. Homme de terrain davantage que grand communicateur, comme il se définit lui-même, le neveu de Constant Vanden Stock et cousin de Roger a bien voulu jouer le jeu. Philippe Collin : En ma double qualité de secrétaire général du club et de président de son école des jeunes, j'ai toujours été branché sur le football anderlechtois à tous ses niveaux. A la requête d'Herman, je me suis effectivement investi dans un autre domaine, le scouting international, et j'y ai incontestablement pris goût. En outre, pour avoir été un touche-à-tout dans le monde du football - joueur, entraîneur, dirigeant -, Herman constitue évidemment un interlocuteur de choix. J'ai joué à La Forestoise jusqu'à l'âge de 13 ans et, bien des années plus tard, à l'ABSSA. Je me suis également adonné au futsal durant trois bonnes décennies. Mais le sommet de ma carrière sportive, je l'ai vécu en participant avec les meilleurs hockeyeurs belges aux Jeux Olympiques de Munich en 1972. J'étais polyvalent, dans la mesure où je jouais avec un égal bonheur aux postes de back droit ou d'attaquant. J'avais une condition de fer. Il est vrai que je m'entraînais en conséquence avec un partenaire absolument hors-pair : le kayakiste Jean-Pierre Burny. Une bête ( il rit). Deux images me reviennent instantanément en mémoire : la cérémonie d'ouverture, à la faveur de laquelle mes coéquipiers et moi ne nous produisions plus devant un parterre feutré, mais devant 75.000 personnes et deux milliards de téléspectateurs. Et, sur un plan plus personnel, je citerai ma rencontre avec le nageur américain Mark Spitz, véritable star de l'épreuve avec 7 médailles d'or. Un tout grand sportif, d'une simplicité désarmante de surcroît. Mon oncle, Constant Vanden Stock, avait accédé à la présidence un an plus tôt et avait à c£ur de restructurer le club. Il a dès lors fait appel à moi, comme il l'avait déjà fait dix ans plus tôt à la brasserie. Belle-Vue était alors en pleine restructuration et tonton avait incité son fils, Roger, et moi-même à stopper nos études pour lui donner un coup de main. Pendant 30 ans, mon cousin et moi avons partagé le même bureau. Il va sans dire qu'il y a eu une grande complicité entre nous, même si certains ont voulu nous opposer dans un passé récent au Sporting. Mon oncle a eu une influence énorme sur moi, vu qu'il s'est occupé de mon éducation dès la mort de mon père à l'âge de 15 ans. Au tout début, le contraste était des plus saisissants. A la maison, j'avais toujours été l'enfant gâté et voilà que du jour au lendemain j'étais soumis à un régime spartiate : debout au lever du jour afin de commencer le travail à 6 h 45 précises. Et pas question de somnoler à ce moment car comme Constant Vanden Stock le répétait toujours, les 15 premières minutes impriment le rythme. Il fallait donc donner dès le départ le bon exemple aux autres. Roger et moi sommes passés par tous les échelons avant d'aboutir à la direction. Nous avons commencé par laver des bouteilles, puis à les entreposer dans des casiers, de nos propres mains : rien n'était encore automatisé à cette époque. J'ai eu plus d'une fois les mains en sang, en raison de contacts répétés avec les capsules. J'ai régulièrement pesté mais mon oncle ne voulait rien entendre. Non mais, dehors !, c'étaient toujours ses paroles lors de nos récriminations. L'entrevue avait beau durer 5 minutes ou 2 heures, il était exclu de s'asseoir pendant tout ce temps. Ce n'est qu'après une dizaine d'années de travail que Roger et moi avons enfin reçu cette autorisation ( il rit). A l'image d'Herman, Constant était un homme de football aussi, puisqu'il y avait tour à tour joué, à Anderlecht et à l'Union Saint-Gilloise, avant d'embrasser la trajectoire de sélectionneur et de dirigeant. Il aura été le premier à me former, tactiquement parlant. Par la suite, j'ai encore beaucoup appris dans ce domaine au contact d'entraîneurs, aussi bien chez les jeunes qu'au niveau professionnel. En classes d'âge, Pierre Hanon, par exemple, était un véritable génie en matière de stratégie. Idem, chez les pros cette fois, en ce qui concerne Raymond Goethals et Jean Dockx. J'ai emmagasiné énormément à leurs côtés. Depuis mon arrivée au club, en 1972, je dois avoir assisté à près de 7.000 rencontres, toutes tranches d'âge confondues. Durant ce temps, j'ai été confronté tous les lundis aux rapports d'une demi-douzaine d'entraîneurs de jeunes sur des matches auxquels j'avais assisté la veille ou l'avant-veille. A force d'engranger toutes ces données, on finit par avoir soi-même un avis autorisé. Je ne prétends pas être un spécialiste mais je sais de quoi il retourne dans le monde du football, Jan Koller. Il n'avait sans doute pas l'aisance technique d'un Zet ou d'un Enzo Scifo. Mais quel rendement ! Le Tchèque était à la fois une aubaine pour l'entraîneur et pour ses coéquipiers. A l'attaque, il faisait valoir son indéniable sens du but. Au besoin, il n'hésitait jamais non plus à descendre d'un cran pour soulager ses partenaires au sein de la ligne médiane. Sans compter qu'il n'avait pas son pareil, non plus, pour prêter main forte à la défense sur les phases arrêtées. Son acquisition aura été un coup dans le mille. Tomislav Ivic. Il est arrivé avec un système sur la base duquel il a finalement fait ses preuves partout. Non seulement chez nous mais auparavant déjà à l'Hajduk Split et à l'Ajax puis, plus tard, dans des clubs comme le PSG ou le FC Porto. Le problème, c'est qu'une fois l'effet de surprise passé, il n'avait rien d'autre à proposer. C'est la raison pour laquelle il ne demeurait jamais plus de deux ou trois ans dans le même club. Ce qui s'est d'ailleurs vérifié chez nous puisque la troisième saison lui a été fatale. Guus Hiddink. Le Hollandais possède la particularité de forger des résultats enviables partout, qu'il officie dans son propre pays, en Corée du Sud, en Australie ou encore en Russie, comme c'est le cas actuellement. A mes yeux, un grand coach est avant tout un fin tacticien, qui se double de qualités évidentes en matière d'organisation et de psychologie. C'est vous qui le dites. J'ai toujours eu du respect pour lui, aussi bien en tant que joueur que comme entraîneur. Et je lui souhaite de tout c£ur de rebondir au plus tôt. Chez nous, comme directeur technique, qui sait ? Ou ailleurs, dans une autre fonction si telle est sa réelle envie. Zet a sous-estimé le rôle de scout. Il pensait pouvoir s'acquitter en semaine de missions de repérage à l'étranger tout en étant en Belgique le week-end, histoire de voir à l'£uvre le Sporting, un de ses adversaires ou, tout simplement, son fils, Erik. Il n'y a évidemment pas toujours moyen de programmer son agenda en conséquence et Pär s'est rapidement rendu compte qu'il avait moins de temps à consacrer à sa famille qu'à l'époque où il était joueur. Nous allons dès lors essayer de trouver un terrain d'entente avec lui pour qu'il continue à prospecter en Scandinavie, au départ de la Suède, où il retournera s'installer en fin de saison. Cela limitera les trajets, tout en constituant un gain de temps car le scouting, c'est harassant. Je ne sais pas à combien j'en suis cette année mais, en 2006, j'ai couvert 220.000 kilomètres en avion. Parfois, le jeu en vaut vraiment la chandelle. Je ne regrette pas mes déplacements en Argentine, par exemple, puisqu'ils auront permis l'engagement de Nicolas Frutos, Lucas Biglia et Nicolas Pareja qui sont titulaires à part entière chez nous. D'autres voyages se résument malheureusement à des coups d'épée dans l'eau comme ce fut le cas dernièrement avec le Sud-Coréen Cho Jae Lin. Quoique l'affaire ne soit pas définitivement classée, car je lui ai fait une dernière contre-proposition après qu'il m'eut formulé ses propres exigences. Je l'assume. Encore heureux que ce soit moi, d'ailleurs, sans quoi je me serais demandé quel con avait bien pu signer le Brésilien ( il rit). Mea culpa, donc, je l'avoue. Je n'ai toutefois pas pris un risque énorme avec lui, en ce sens que j'ai obtenu son concours sur base locative. Mais, à l'analyse, je me rends compte que je me suis tout à fait blousé. Le garçon a des qualités, c'est sûr, sans quoi Botafogo ne se serait pas mis sur les rangs pour l'attirer en janvier prochain. J'aurais toutefois dû me douter que d'autres facteurs étaient susceptibles de freiner son intégration. Sa bonté naturelle et son côté introverti, notamment. Et là, je râle, car d'autres ont échoué chez nous précisément parce qu'ils étaient renfermés. Je songe à tous les jeunes joueurs de l'ancienne URSS que nous avons comptés un jour au Parc Astrid comme Raphaël Zanguionov, Gica Luchenko, Stanislas Lebedentsev ou encore Max Bodrenko et Anatoli Gerk. Tous ceux-là n'ont jamais répondu à l'attente et ont été renvoyés. Raymond Mommens, qui fut à la base de la finalisation de ce dossier dès son arrivée au club, l'été passé, a probablement manqué du recul nécessaire. Je suis convaincu que s'il avait été actif plus longtemps chez nous, il aurait remarqué que le niveau d'exigence, à Anderlecht, n'était pas du tout le même qu'à Charleroi. Il nous faut absolument un voleur de buts susceptible de remplacer Mémé Tchité. Le puncheur africain a laissé un vide qui n'a jamais été comblé cette saison. En outre, la venue d'un joueur qui met le pied ne serait pas superflue non plus. L'équipe, dans son ensemble, manque d'agressivité. Dans ces conditions, un salopard s'impose ( il rit). Vous avez partiellement raison. On s'est par exemple investi tant et plus en Afrique alors que les meilleurs Ivoiriens militaient à 50 km de chez nous, à Beveren. Quand je vois un Yaya Touré à l'£uvre avec le FC Barcelone ou un Emmanuel Eboué avec Arsenal, j'ai des regrets. Et je ne parle même pas des autres, comme Arthur Boka, Marco Né ou Kolo Touré. C'est incroyable qu'on les ait tous loupés. Je peux concevoir qu'elle dérange mais au moment où Jacques s'est lancé dans ce métier, d'autres agents étaient déjà à pied d'£uvre au Sporting. Jamais un de nos jeunes joueurs n'a été récupéré et jamais, non plus, les joueurs libres n'ont été incités à se lier à mon beau-fils, sous prétexte que c'était tout profit pour leur avenir. A ce niveau-là, ce n'est pas le coup de pouce qui fait la différence mais le seul talent. Vincent Kompany et Anthony Vanden Borre, qui avaient confié leurs intérêts à Jacques, y sont parvenus. D'autres ont été heureux, grâce à son intervention, de pouvoir rebondir ailleurs. Je songe à un garçon comme Guy Veldeman, qui a été transféré aux Pays-Bas alors qu'il n'avait pas le moindre match en D1 à son compteur. Tout le monde en a profité : le joueur, le manager et le club aussi, qui a reçu pas mal d'argent en échange de sa liberté. Des deals pareils se sont également vérifiés pour Kurt Van de Paar ou Kris De Witte, deux joueurs dont l'avenir était entouré d'un point d'interrogation au RSCA. Eux aussi ont fait entrer de l'argent dans les caisses grâce à mon beau-fils. Cela doit être dit également. J'aimerais d'emblée préciser que je ne suis pas salarié au Sporting. Le club, c'est 90 % de mon temps et une bonne partie de mon argent. C'est le prix que je paie à ma passion. Tout bien considéré, le RSCA est comme une maîtresse pour moi. Quant à mes rapports avec Roger et la famille, ils sont au beau fixe, quoi qu'on en dise. Lui et moi, nous nous complétons fort bien. Roger est diplomate alors que moi, je suis de nature plus impulsive. Pour utiliser une métaphore, je dirai que pour conduire un troupeau de moutons, il faut un berger mais aussi un chien. Roger est le gentil berger et moi, je suis le chien de berger, au caractère bien trempé, hargneux parfois, qui ramène le mouton en train de s'égarer. Que demander de plus ?par bruno govers - photos: reporters/ gouverneur