Les valoches sous les yeux rappellent qu'Abbas Bayat (57 ans) est un citoyen du monde, un businessman habitué à jongler avec les décalages horaires. Nous le cueillons quelques heures après son retour de Boston. Il a fêté le passage à l'an neuf avec ses deux filles qui étudient dans cette ville.
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Les valoches sous les yeux rappellent qu'Abbas Bayat (57 ans) est un citoyen du monde, un businessman habitué à jongler avec les décalages horaires. Nous le cueillons quelques heures après son retour de Boston. Il a fêté le passage à l'an neuf avec ses deux filles qui étudient dans cette ville. Pour la première fois depuis qu'il a repris le Sporting de Charleroi, en juillet 2000, le patriarche irano-américain connaît un mois de janvier sans soucis (extra)sportifs. Aucune intrigue n'a terni le premier tour, ses Zèbres ont passé les fêtes sur le podium et trois gros matches s'annoncent en l'espace d'une semaine : La Louvière en championnat (15 janvier), le Standard en Coupe de Belgique (19), et à nouveau les Rouches en compétition (22). Trois affiches û dont deux seront télévisées en direct û qui vont bien garnir les stades et faire parler de Charleroi dans toute la Wallonie. Bref, ça roule pour les Carolos. Abbas Bayat : Je suis très serein. Notre saison est déjà réussie. Charleroi vient de signer sa meilleure moitié de championnat depuis sa création, il y a un siècle. Je ne peux pas jurer que notre deuxième tour sera aussi bon que le premier, mais je ne crains vraiment pas l'effondrement de l'équipe. Il y a encore, dans le noyau, plusieurs joueurs clés qui en ont bavé durant les deux dernières saisons : c'est positif car ces gars-là savent ce que c'est de souffrir, de devoir se battre quand tout va mal. De ces expériences difficiles, ils ont retiré un esprit combatif, rageur, vengeur. Cet esprit leur viendrait en aide si le Sporting devait connaître un passage à vide au deuxième tour. Ces joueurs ont trop souffert pour se mettre à planer sous prétexte qu'ils occupent la troisième place. L'équipe actuelle fonctionne avec la logique d'une armée : dans les grandes batailles, il y a un vrai esprit de groupe. Des liens très solides se créent entre les soldats quand l'adversaire menace de tout faire exploser. Une chose a sauté aux yeux de tout le monde durant le premier tour : Charleroi jouait en bloc, avec 11 défenseurs en phase défensive et 11 attaquants en phase offensive. Je ne vois pas pourquoi cette vertu-là nous abandonnerait dans les prochaines semaines. Pour moi, ce n'est sûrement pas une question de nationalités. Je préfère de toute façon des joueurs qui rapportent des points que des joueurs qui amènent du public... Sachez aussi que le réservoir régional n'est pas si large. La masse flottante de nos supporters a surtout besoin de preuves dans la durée. J'avoue que j'espérais avoir plus de monde dans notre stade en étant dans le haut du classement, mais il y a des explications : nous avons entamé le championnat contre La Louvière : trop tôt pour un derby pareil qui était censé attirer beaucoup de gens. Bruges est aussi venu très tôt dans la saison, quand nous n'avions pas encore trouvé notre rythme de croisière. Je constate par ailleurs que Genk, Bruges et Anderlecht nous ont amené beaucoup moins de supporters que les autres années. Ne me demandez pas pourquoi. Finalement, le prochain match contre le Standard sera notre premier gros test : s'il n'y a pas énormément de monde ce soir-là, je me poserai vraiment des questions. Ce sera un match très, très important pour les deux équipes. Un match pour l'Europe. Mais attention, on ne peut pas être trop négatif non plus en analysant les assistances : nous sommes toujours très bien positionnés dans ce classement particulier et des présidents de D1 m'avouent régulièrement qu'ils rêvent d'attirer autant de monde que Charleroi. C'est faux. J'aurais voulu arranger les choses mais ce n'était pas possible. A partir de ce moment-là, j'ai tout mis en £uvre pour que Sama puisse poursuivre sa carrière dans de bonnes conditions et continuer à gagner sa vie. Nous collaborons avec lui dans sa recherche d'un club. D'ailleurs, sa femme et son enfant occupent toujours un appartement du club. Nous tenons à rester très humains dans cette histoire. Que voulez-vous que je vous dise ? Toni Brogno est content, Charleroi y trouve son compte aussi. Et ce sont quand même les dirigeants de Westerlo qui avaient décidé de ne plus faire confiance à ce joueur. Ils avaient misé sur le duo Tosin Dosunmu û David Paas : c'était leur choix, pas le nôtre. Je ne me permettrai jamais de conserver contre son gré un joueur qui pourrait s'améliorer sportivement et financièrement ailleurs. Je ne serai jamais un obstacle à l'épanouissement personnel d'un de mes employés. Même s'il m'est très utile, comme Laquait. Il faut aussi savoir que Charleroi est obligé de vendre au moins un joueur par an pour survivre. Mais Laquait n'est pas encore parti. Nous n'avons même pas reçu d'offre concrète. Et il parle d'ailleurs de prolonger son contrat chez nous. Trop bon, non. Très, très bon, oui ! Mathijssen peut réussir dans n'importe quel championnat. Même en Angleterre. C'est là-bas qu'on trouve, selon moi, les trois meilleurs entraîneurs du monde : Alex Ferguson, José Mourinho et Arsène Wenger. Ces gens-là ont fait des résultats partout où ils sont passés. Mourinho a par exemple offert la Ligue des Champions au Portugal, un pays semblable à la Belgique en termes de population. Mathijssen n'a pas grand-chose à envier aux coaches de la Premier League. Je l'avais à l'£il depuis plusieurs années. Je suivais son travail à St-Trond : je connaissais assez bien ce club et son environnement puisque je travaillais dans la région. St-Trond était un club yo-yo, qui enchaînait les bons résultats et les déceptions. Dès que Mathijssen y est devenu entraîneur, ce club a commencé à être régulier. C'est surtout cela qui m'a frappé. Mathijssen a pris tout ce qu'il y a de meilleur chez les Limbourgeois : l'honnêteté, l'ambition, la force de travail, l'efficacité. Il est au-dessus du lot dans un championnat de Belgique dont le gros problème est d'abord un manque de bons entraîneurs, pas un manque de bons joueurs. Le premier, Manu Ferrera, j'en avais hérité en reprenant le Sporting. Ensuite, il y a eu Enzo Scifo : son arrivée à ce poste s'inscrivait simplement dans la logique des choses. Etienne Delangre, ce n'était pas un mauvais coach mais il n'a pas su s'adapter : il a voulu travailler en D1 comme il le faisait en Promotion, où c'est l'amour du jeu qui prime, pas les résultats. Quand on travaille avec des pros, des vedettes, il faut pouvoir s'adapter, être plus sérieux dans la façon de donner les entraînements. Dante Brogno est un bon adjoint qui était devenu entraîneur principal par nécessité. Il nous a sauvés, mais son manque d'expérience était un trop gros handicap pour que l'on continue avec lui. Aujourd'hui, il prouve à nouveau qu'il est un excellent numéro 2 et je suppose qu'il pourra repasser dans le camp des numéros 1 quand il aura terminé son écolage. Robert Waseige nous a fait du bien, jusqu'au moment où on a appris son départ pour l'Algérie. Dès ce jour-là, c'est devenu ingérable avec lui. Nous avons tout fait dans les règles et le juge fixera le montant à payer éventuellement à Namur en fonction du niveau d'Akgül en juin 2004, pas en janvier 2005. Qu'est-ce que c'est, le spectacle ? Attaquer, attaquer, et encore attaquer ? Les supporters vont aimer cela, mais ils vont râler si le résultat est négatif après une heure et demie. Pour moi, un bloc qui bouge parfaitement, c'est aussi beau à voir qu'une équipe qui ne fait que presser et foncer vers l'avant mais multiplie les mauvaises passes en cours de route. Regardez ce qu'ont fait Porto et l'équipe nationale grecque, la saison dernière : ce n'était pas toujours beau à voir, mais les résultats ont suivi. Et c'est bien le plus important. C'est un dossier que je ne suis plus de très près. J'ai consacré beaucoup de temps à la Ligue Pro et j'y ai fait beaucoup de bruit, mais cela n'a pas fait avancer les choses. Alors, j'ai abdiqué. Mais quand je vois ce que Canal+ propose aujourd'hui pour le football français, je me demande ce qu'on fabrique en Belgique. Toutes les chaînes belges sont candidates pour acquérir les droits du championnat : comment se fait-il que la Ligue Pro ne parvienne pas à obtenir plus d'argent dans ces conditions ? Il faut arrêter de se voiler la face : les chaînes ont absolument besoin du foot pour survivre. Surtout les chaînes payantes. Qu'est-ce que Be tv pourra encore proposer d'intéressant à ses abonnés s'il n'y a plus de football dans sa grille ? Elle perdrait deux tiers de ses abonnés et pourrait mettre la clé sous le paillasson. Si Canal+ France a donné autant d'argent, c'était simplement par instinct de survie. Aux Etats-Unis, les chaînes payantes qui ne proposent pas les sports les plus populaires sont condamnées à court terme. Et c'est la même chose en Angleterre, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas, etc. Malgré ce raisonnement implacable, le foot belge se contente de peu. Je prévois une augmentation des droits par rapport au contrat qui expire en fin de saison, mais on sera encore très loin de ce qu'il serait possible de recevoir. (Il fronce les sourcils). Un cadeau ? J'ai beaucoup de sympathie pour les gens de Mons, mais notre victoire dans ce match était tout à fait méritée et nous n'avons eu besoin d'aucun coup de main. Aujourd'hui, Mons fait son championnat et nous faisons le nôtre. Honnêtement, ce ne serait d'ailleurs pas plus mal pour le Sporting s'il y avait un club de D1 en moins dans la région. L'idée n'est pas oubliée, mais il est impossible de la faire avancer pour le moment. Nous n'en avons pas les moyens, et la Ville, qui devra nous aider pour concrétiser ce projet, a aussi ses soucis financiers. Donc, on attend. Mais nous avons pris l'habitude de faire monter chaque année dans le noyau A des jeunes formés au club, et c'est un premier pas dans la bonne direction. Les six premiers mois de l'année ont été tellement difficiles que nous n'avons pas eu le temps de penser à organiser des festivités. Aujourd'hui, nous avons 33 points à la trêve : je pense que c'est le plus beau cadeau du centenaire pour nos supporters. Qui vivra, verra... Une chose est sûre : ce match est plus important pour le Standard que pour Charleroi. Une qualification européenne est une obligation pour les Liégeois (surtout d'un point de vue financier), pas pour nous. Non. Il y a beaucoup de primes à payer, mais les rentrées suivent la même progression. Nos deux prochains matches de championnat, à La Louvière et contre le Standard, seront retransmis en direct : c'est financièrement intéressant. Notre match de Coupe au Standard va attirer du monde : c'est bien aussi. Et je prévois une hausse de notre moyenne de spectateurs durant le dernier quart de la saison si nous sommes toujours mêlés à la lutte pour l'Europe à ce moment-là. Les supporters de Charleroi se déplacent quand il y a un gros enjeu sportif : ils l'ont encore prouvé lors du dernier rendez-vous de la saison dernière contre Mons, quand le Sporting jouait son maintien. Ce sera difficile, mais possible si nous vendons en moyenne un joueur par saison. Nous avons déjà bien assaini notre politique financière. Il n'y a plus de gros contrats chez nous. Plusieurs clubs ont tardé à le faire et ils connaissent aujourd'hui les problèmes que nous avons rencontrés il y a deux ou trois ans : le Lierse et Mouscron notamment. Ce sont ceux-là qui vont maintenant souffrir, alors que chez nous, le plus dur est passé. (Il fronce les sourcils). Si j'ai choisi de travailler avec mes deux neveux, c'est parce que je ressentais le besoin de m'entourer de gens de confiance. Ne confondez pas la politique, qui est une question de pouvoir, et le football, qui est d'abord une question de gestion. Le plus important, aujourd'hui, c'est d'acheter, de vendre et de faire signer les contrats. C'est sur ce terrain-là qu'on gagne ou qu'on perd. Mogi y est très habile : c'est l'homme qu'il me fallait dans ce rôle. L'argent du pétrole iranien ? (NDLA : le père d'Abbas Bayat fut Premier ministre, ministre du Pétrole et PDG d'une compagnie pétrolière. ) L'argent que j'ai mis dans le club ne vient pas de là : je l'ai gagné en m'imposant dans les affaires. Pierre Danvoye " Charleroi-Standard sera notre PREMIER GROS TEST DE POPULARITÉ "