Michel Louwagie interrompt l'interview : c'est l'heure de son traditionnel tour de stade. Cinq collaborateurs se joignent à lui mais restent soigneusement dans son sillage... à moins que le manager, âgé de 57 ans, ne les sème. L'ancien champion de natation n'accuse pas le poids des ans. Rien n'échappe à son regard : un mégot de cigarette, une trace sur le parquet ou un siège manquant.
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Michel Louwagie interrompt l'interview : c'est l'heure de son traditionnel tour de stade. Cinq collaborateurs se joignent à lui mais restent soigneusement dans son sillage... à moins que le manager, âgé de 57 ans, ne les sème. L'ancien champion de natation n'accuse pas le poids des ans. Rien n'échappe à son regard : un mégot de cigarette, une trace sur le parquet ou un siège manquant. Michel Louwagie : Oui. Je veux que la Ghelamco Arena rutile et je dois encore en découvrir les moindres recoins. Plus tard, je déléguerai cette tâche à une personne de confiance. Vous comprenez pourquoi j'ai eu moins de temps à consacrer à l'aspect sportif ? Voyez-vous, en 1990, deux enseignants à la retraite m'aidaient alors que Gand emploie maintenant 90 personnes et jusqu'à 400 le jour des matches. Nous organisons des événements, nous possédons un bon restaurant, il y a le bistrot... Sécurité, nettoyage, tout doit être supervisé. Nous avons même un responsable de la mobilité. Nous avons dû investir dans les briques et l'année dernière, nous avons rajeuni l'équipe trop brutalement. J'ai toujours demandé qu'on nous juge quand tout le travail serait accompli. Tous nos adversaires se subliment alors que notre équipe a longtemps cherché ses marques. Au début, elle n'a donc pas eu l'avantage du terrain. C'est un trouble de croissance normal. Celui qui croit qu'on peut bâtir un stade et une grande équipe en même temps n'y connaît rien en management du football. Prenez Arsenal : il revient à peine maintenant dans la course au titre. Le pire est passé. Tous les clubs belges ont des projets de construction... À côté des vrais supporters, mordus de foot, beaucoup de gens viennent pour l'ambiance, pour passer une bonne soirée. La promenade est un moyen de les attirer. Même s'ils se sont ennuyés pendant les matches, ils se sont amusés avant et après, à en juger par les rentrées. On n'en est pas encore là car les frais ont augmenté aussi. Une chose est certaine : le prestige de notre stade va se refléter sur nos joueurs. Un El Ghanassy qui casse la baraque à la Ghelamco Arena vaut plus qu'au stade Otten. Ceci dit, nous avons déjà 22 des 25 millions prévus et il reste une marge en publicité et en sponsoring. Parce qu'il reste très aimé des supporters. Avec Boussoufa, il est le meilleur à avoir joué pour nous. Il n'a malheureusement pas pu assister à l'inauguration. Ceci dit, depuis que Bernd Thijs est blessé, nous n'avons plus de vedette. Nous allons donc nous renforcer en janvier. C'est exact mais Preud'homme n'était pas libre l'année dernière. Recruter un tel coach est aussi une question de timing. Mais bon, le président est content de Rednic et il y a de fortes chances qu'il reste. Ils le trouvent superbe mais je ne sais évidemment pas ce qu'ils se disent ensuite en rentrant chez eux. Il faut un million d'habitants, selon les études économiques. C'est pour ça que je ne suis pas opposé à la création de deux premières divisions de douze équipes chacune. Qui doit disparaître ? Je me contenterai de dire ceci : Gand possède un large ban. C'est faux. Il passe souvent et est devenu un peu supporter. C'est tout. Nous lui avions demandé son avis mais il n'était pas à la table des négociations et il ignorait donc le timing exact. Gunther donne son avis sur les transferts et l'école des jeunes mais pas sur les aspects financiers. Il doit observer, écouter, apprendre comme je l'ai fait pendant dix ans. Je vois trop de gens catapultés en haut de l'échelle disparaître très vite de la circulation. Cette présidence n'est pas lourde à assumer. J'ai une réunion par semaine et ça me change les idées. J'effectue trois joggings par semaine dont un à travers le stade le jour du match. C'est donc du travail aussi. J'essaie de consacrer du temps à ma famille mais même les vacances sont rares. Des sorties, une collection ? Je n'en ai pas le temps. En 23 ans de football, j'ai connu peu de moments calmes. Il est impossible de partir en été. Seule la période des fêtes est relativement calme et encore : l'année dernière, aux sports d'hiver, j'ai passé mon temps au téléphone avec le président. On ne peut pas tout avoir dans la vie. Le travail qui m'est confié requiert un engagement quotidien, toute l'année. PAR JENS D'HONDT