Genk, un mercredi froid et pluvieux de décembre. A la une des quotidiens déposés sur le bar et à l'écran télé de la taverne du stade, un gros sujet de conversation : les quarts de finale de Coupe de Belgique, programmés le soir. Les champions ne sont plus dans le coup, ils ont dû se contenter d'un banal entraînement. Jelle Vossen (22 ans) commente cette drôle de saison, son parcours perso et ses envies pour demain.
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Genk, un mercredi froid et pluvieux de décembre. A la une des quotidiens déposés sur le bar et à l'écran télé de la taverne du stade, un gros sujet de conversation : les quarts de finale de Coupe de Belgique, programmés le soir. Les champions ne sont plus dans le coup, ils ont dû se contenter d'un banal entraînement. Jelle Vossen (22 ans) commente cette drôle de saison, son parcours perso et ses envies pour demain. Jelle Vossen : Ouais... Nous savions que ce serait très compliqué de passer l'hiver en Coupe d'Europe. Par contre, nous ne nous attendions pas à quitter la Coupe de Belgique aussi vite. Se faire éliminer à domicile par le Lierse, c'est inacceptable. Cette équipe est venue avec une motivation énorme à un moment où nous étions dans le trou, elle en a bien profité. Mais bon, quand je vois les difficultés que nous avons pour nous installer dans le top 6 du championnat, je me dis que ce n'est peut-être pas plus mal de ne plus avoir que ça dans la tête. C'est trop tôt pour juger. Nous voulions aller au moins en Europa League, si possible en Ligue des Champions : nous l'avons fait. En championnat, le but était de se qualifier pour les play-offs 1 : ça reste toujours parfaitement possible. Vraiment, il n'y a qu'au niveau de la Coupe que nous sommes déçus, parce que ça fait quelque chose de jouer une finale au Heysel. Déjà avant ça. Pour plein de raisons. D'abord les départs de joueurs importants. Il y a aussi le programme surchargé : nous avons déjà joué plus de 30 matches, c'est lourd. Et nous étions conscients que c'est toujours très difficile de confirmer une année d'exception. Nous avons eu très peu de contrecoups la saison dernière, maintenant nous en avons beaucoup. Il y a un an, tout rentrait dans le but ; aujourd'hui, le ballon va plutôt sur la transversale ou sur un poteau. Nous avons aussi eu quelques cartes rouges discutables. Et encaissé des buts improbables. Exact, il ne faut pas se plaindre... Mais l'année passée, quand nous marquions, nous remportions le match sept fois sur dix. Maintenant, nous encaissons et ça complique les choses. Ce n'est que normal. En l'espace de six mois, tu vends Joao Carlos, Thibaut Courtois et Eric Matoukou, et tu perds Torben Joneleit sur blessure. Tu ne refais pas du jour au lendemain ce qui se faisait de mieux en Belgique comme axe défensif. Il y avait trois duos forts qui expliquaient en bonne partie le niveau de l'équipe championne. Trois couples dans l'axe, c'était la vraie colonne vertébrale devant Courtois : Matoukou - Joneleit, David Hubert -Daniel Tözser, Marvin Ogunjimi et moi. Aucun n'est resté in-tact. N'oublie pas que l'an passé, Courtois a aussi sorti plein de bons matches... Nous marquions les yeux fermés, notre gardien avait peu de travail mais le faisait super bien, c'est comme ça que tu deviens champion. Notamment. Quand tu te prends un 5-0 à Chelsea puis un 7-0 à Valence, ta confiance devient un peu malade... On nous a demandé d'oublier très vite, de passer à autre chose, de ne plus penser qu'au championnat : c'est plus facile à dire qu'à faire. Plus maintenant, mais lors des matches de championnat qui ont suivi, elles y étaient encore. Mets-toi à la place d'un défenseur qui s'est pris sept buts devant toute l'Europe ! (Il réfléchit). On ne peut pas dire non plus que tous les gars de Genk soient dans le trou. Mais ce que nous avons fait la saison dernière, tu ne peux pas le réussir deux années de suite. Tout le monde a un peu joué en surrégime. Peut-être pas, et c'est sans doute un de nos problèmes. Je ne parlerais pas d'un manque de motivation, mais quand tu as connu beaucoup de choses, ça peut être difficile de garder le mordant. Je prends mon cas. Avec Genk, j'ai gagné la Coupe de Belgique, j'ai été champion, j'ai raflé la Supercoupe, j'ai joué en Ligue des Champions. Bref, j'ai eu tout ce que je voulais atteindre avec ce club et j'ai l'impression d'avoir fait le tour de la question. Ça joue probablement dans mon esprit. Et d'autres joueurs souffrent du même phénomène. Quand un adversaire commence à dribbler facilement deux, trois ou quatre hommes, ce n'est pas une honte de le tacler. Il faut pouvoir faire la petite faute intelligente. Nous ne l'avons pas assez fait en Coupe d'Europe. Non, pas vraiment, mais la saison passée, nous n'avions pas besoin de ça. Nous dominions la majorité du temps, nous attaquions beaucoup, l'équipe gagnait 70 ou 75 % de ses matches. Dans ce cas-là, tu as moins besoin de salopards ! Aujourd'hui, quand c'est 2-0 après un quart d'heure, il faut être moins brave et oser mettre le pied. Oui, c'est utile. Des gars qui rentrent dedans quand ça chauffe. Il y a plein d'équipes qui le faisaient contre nous la saison passée, pourquoi devrions-nous nous priver maintenant ? Il nous faudrait plus de joueurs du type Jeroen Simaeys. Au Standard, il y a Jelle Van Damme. Et Kanu, qui peut être très dur. A Gand, César Arzo connaît les ficelles du métier. A Bruges, Niki Zimling sait quand il doit faire la faute nécessaire. Tout le monde dit que c'est un sale joueur mais je ne suis pas tout à fait d'accord. Il est simplement dur comme il doit l'être. J'ai moins de problèmes avec Wasilewski qu'avec certaines interventions de Kanu. On est trop soft l'un envers l'autre, ça, c'est sûr aussi. Il faut savoir se crier dessus. Et savoir accepter les remarques. C'est trop peu le cas. Quand un joueur dit quelque chose pour faire avancer le bazar, c'est parfois mal pris. En peu d'années, ça a fort changé. Quand j'ai débarqué dans le noyau pro, on écoutait ce que disaient des gars comme Wouter Vrancken ou Wim De Decker. Ils parlaient, tu obéissais et tu la fermais ! Tout le monde m'avait dit que ce serait impossible de faire deux fois de suite une année pareille. Finalement, je suis très satisfait de ma production. J'ai moins marqué en championnat mais j'en suis déjà à 15 buts au total, dont cinq en Coupe d'Europe. Et si je ne tiens compte que du championnat, j'ai marqué huit fois en 16 matches : ça reste une bonne moyenne. Sûrement pas. C'est clair qu'en début de saison dernière, je rentrais d'un prêt au Cercle et je n'avais pas l'étiquette que j'ai aujourd'hui. On me serre de plus près mais ce n'est pas un problème : ça m'oblige à être plus malin, à réfléchir plus vite, à devenir meilleur. Bien sûr, ça joue. Elle est énorme aussi. Nous formions un duo idéal. Nous avions longtemps joué ensemble chez les jeunes, nous nous connaissions parfaitement. Et nous étions complémentaires : il cherchait toujours la profondeur, je tournais autour de lui. Depuis qu'il est parti, je dois m'adapter à des attaquants qui ont un autre style. Je suis meilleur quand on me poste derrière un gars qui recherche la profondeur, c'est la vérité. J'avais Dominic Foley au Cercle et Ogunjimi ici. Mais il n'y a pas de clone d'Ogunjimi dans le groupe actuel. Si je suis associé à Kennedy, à Elyaniv Barda ou à Christian Benteke, ce sera chaque fois différent. Mais bon, je ne vais pas non plus me plaindre quand le coach me titularise en pointe dans un match de Ligue des Champions, hein ! Je préfère ce rôle de solitaire à une soirée sur le banc. Je l'ai lu. C'est clair que De Sutter s'adapterait parfaitement ici. Avec lui, la profondeur, nous l'aurions. Je m'imagine bien dans son dos. Il est intelligent, il marque facilement, ça pourrait marcher. J'aime bien ce que Gohi Bi Cyriac et Mémé Tchité font au Standard. Ils sont rapides, puissants, complémentaires, dangereux. J'ai joué près de 120 matches mais ce serait intéressant et étonnant de calculer le nombre de rencontres incomplètes... Il m'est souvent arrivé de monter en cours de match et de ne disputer que quelques minutes. Et je ne compte pas les fois où on m'a sorti avant la fin ! Hmmm... Comme par hasard, ce sont trois attaquants qui créent des actions, qui prennent des défenseurs de vitesse puis frappent au but. Et ils sont imprévisibles. C'est clairement plus compliqué de défendre sur des gars pareils. Moi, j'ai plutôt l'art de me retrouver au bon endroit, au bon moment. Je ne dribble pas trois adversaires dans un mouchoir et je ne prends pas toute une défense de vitesse. J'ai mis 20 buts en championnat la saison passée, je sais ce que je vaux, je suis content de moi. Ce que les autres pensent ne me préoccupe pas vraiment. Exactement. Il connaît l'état de grâce que j'ai traversé. Dans la carrière d'un attaquant, il y a des périodes où tout semble facile et naturel. On marque les yeux fermés, on déborde de confiance. Et Perbet a plein de qualités. C'est un tueur dans les 16 mètres. Certainement pas. Nous avons encore fait des tests physiques ce matin, je fais toujours partie du groupe de tête. J'aimerais terminer plus de matches. Quand tu dois quitter le terrain après t'être dépensé pendant une heure, quand tu vois que c'est plus facile pour le gars qui te remplace parce que tu as bien fatigué les défenseurs, ce n'est pas agréable. Mais un choix d'entraîneur, ça se respecte. Le titre a largement compensé ma déception. J'aurais aussi pu ne rien gagner du tout. Important dans le sens où ça se retrouve sur ton palmarès que les gens regarderont encore dans 10, 20, 30 ans. Je ne suis pas sûr. Pour un club étranger, que tu marques 20 ou 22 buts, que tu finisses premier ou deuxième du classement des buteurs, je ne pense pas que ça fasse une différence. On ne saura jamais si son statut de meilleur buteur a joué. Mais un club comme Dortmund doit avoir d'autres critères d'embauche... Parfois, j'y pense, oui. J'ai fait tout ce que je voulais faire ici. Maintenant, j'aimerais aussi découvrir autre chose. En janvier, je n'avais pas envie de partir parce que je voyais la possibilité de jouer le titre. En été, je n'étais pas trop chaud non plus pour un départ, vu la perspective de la Ligue des Champions. Aujourd'hui, c'est différent. Et tous les gars de ma génération qui sont à l'étranger me disent qu'il est temps pour moi de quitter Genk le plus vite possible. Je suis un des seuls Diables encore en Belgique... A tous les points de vue, je suis en retard sur eux : niveau du championnat, infrastructures des clubs, salaire,... Il faut que les dirigeants de Genk le comprennent et soient plus souples qu'ils l'ont été quand des équipes étrangères ont voulu m'acheter. Depuis dix ans, j'ai tout donné pour ce club. J'avais un contrat jusqu'en 2015, ça ne change rien pour un club intéressé. J'ai eu un apport important dans la qualification en marquant lors des deux tours préliminaires, contre Belgrade et Haïfa. Après ça, je mets les deux seuls buts de Genk dans la phase de poules : je ne peux qu'être satisfait. En 2002-2003, j'étais au centre du terrain de Genk avant les matches de Ligue des Champions, j'agitais la grande bâche de l'UEFA avec d'autres jeunes du club, puis j'étais ramasseur de balles pendant les matches. J'ai fait ça contre le Real, l'AS Rome et l'AEK Athènes. Je me vois encore croiser Roberto Carlos, un de mes héros, les yeux dans les yeux. C'était fantastique. Aujourd'hui, je joue moi-même et je marque. C'est encore autre chose. Oui : Wesley Sonck. Mon joueur préféré dans cette équipe. Le duo qu'il formait avec Moumouni Dagano ressemblait fort à mon association avec Ogunjimi. J'espère que mes buts ont aussi interpellé à l'étranger ! Je n'ai pas reçu de trophée mais ça fait plaisir d'être reconnu par des experts. Oui, l'histoire de ce gamin de 9 ans, enterré quelques jours plus tôt... Renversé par une voiture. Je ne le connaissais pas mais on m'a dit qu'il était fou de Genk, que j'étais son joueur préféré et que chaque fois qu'il marquait un but, il disait qu'il avait marqué " à la Vossen ". La veille de son enterrement, j'ai assisté au chapelet et j'ai un peu parlé avec ses parents. Quand j'ai pointé les doigts vers le ciel après avoir marqué, c'était pour lui. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Wasilewski n'est pas un sale joueur. J'ai plus de problèmes avec certaines interventions de Kanu. "