Genk champion

Daniel Tözser : " Nous avons commencé la saison en visant les PO1 et je te jure que le titre n'est jamais abordé dans notre vestiaire, ou presque jamais. Nos conversations se limitent à parler du match qui vient de se terminer et de celui qui va suivre. Ce n'est pas un manque d'ambition : nous en avons à revendre mais nous l'intériorisons. Nous avons nos certitudes : que ce soit par le jeu ou les résultats, Genk est un des deux gros cubes de cette saison. Nous savons qu'Anderlecht a des points forts par rapport à nous : un plus grand nombre d'individualités, au moins un homme très fort dans chaque ligne. Il y a Silvio Proto, Roland Juhasz, Lucas Biglia, Mbark Boussoufa, Romelu Lukaku. Mais chez nous, le bloc est plus fort. Je ne vois pas un collectif aussi performant à Anderlecht, qui dépend plus de l'un ou l'autre joueur. Mais le Sporting reste favori pour le titre. C'est normal, c'est là qu'il y a la plus belle histoire et le plus d'argent. Nous ne faisons pas les malins en disant que nous allons les griller car nous savons que ça se retournerait contre nous en cas d'échec. Notre match là-bas sera peut-être LE rendez-vous de la saison : si une équipe gagne, elle ne prendra pas seulement des points mais aussi un bel avantage psychologique. "
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Daniel Tözser : " Nous avons commencé la saison en visant les PO1 et je te jure que le titre n'est jamais abordé dans notre vestiaire, ou presque jamais. Nos conversations se limitent à parler du match qui vient de se terminer et de celui qui va suivre. Ce n'est pas un manque d'ambition : nous en avons à revendre mais nous l'intériorisons. Nous avons nos certitudes : que ce soit par le jeu ou les résultats, Genk est un des deux gros cubes de cette saison. Nous savons qu'Anderlecht a des points forts par rapport à nous : un plus grand nombre d'individualités, au moins un homme très fort dans chaque ligne. Il y a Silvio Proto, Roland Juhasz, Lucas Biglia, Mbark Boussoufa, Romelu Lukaku. Mais chez nous, le bloc est plus fort. Je ne vois pas un collectif aussi performant à Anderlecht, qui dépend plus de l'un ou l'autre joueur. Mais le Sporting reste favori pour le titre. C'est normal, c'est là qu'il y a la plus belle histoire et le plus d'argent. Nous ne faisons pas les malins en disant que nous allons les griller car nous savons que ça se retournerait contre nous en cas d'échec. Notre match là-bas sera peut-être LE rendez-vous de la saison : si une équipe gagne, elle ne prendra pas seulement des points mais aussi un bel avantage psychologique. " " Je marque plus de buts à Genk que partout ailleurs où j'ai joué. Parce que j'évolue dans un rôle qu'on ne m'avait jamais confié. Je reste un médian défensif mais Frankie Vercauteren me demande de foncer vers l'avant dès qu'il y a une possibilité. David Hubert reste alors sagement en place, lui a un rôle presque purement défensif. A Athènes, je devais me replier sans arrêt, ce n'était pas amusant. Je vois qu'à Anderlecht, Biglia est chargé d'organiser le jeu, mais assez bas : trop bas pour moi, pour que je m'éclate... Il doit aller rechercher plein de ballons derrière, comme je le faisais en Grèce. Mon total de buts s'explique aussi par tous les coups francs qu'on me confie. Je les ai toujours beaucoup travaillés. Quand j'étais gamin, je passais des heures à tirer au but avec mon père. Il a été footballeur professionnel, essentiellement en D2 hongroise et même une saison en D1. Je n'étais qu'un gosse mais il me répétait souvent que les phases arrêtées étaient un ingrédient essentiel du foot, il me montrait que plein de buts étaient marqués sur coups francs et sur corners. Ce travail paie aujourd'hui. J'ai acquis la technique quand j'étais jeune, ce n'est plus à 25 ans qu'on progresse vraiment dans ce domaine-là. Pour moi, ce n'est pas une question de talent, seulement de répétitions. "" Il n'y avait plus qu'un joueur qui pouvait menacer Jelle Vossen pour le titre de meilleur buteur : Ronald Vargas. Il est out, et chez nous, tout le monde est désolé pour lui. Avec le meilleur buteur dans notre équipe, notre saison sera encore un peu plus réussie. C'est un honneur pour tout le monde de jouer avec le gars qui va entrer dans l'histoire du championnat de Belgique. Toute l'équipe se sent concernée par ce qu'il fait cette saison. " " Mon duo avec Hubert dans l'axe de l'entrejeu est à l'image de toute l'équipe : discret mais efficace. Vercauteren nous fait parfois remarquer que nous sommes des hommes de l'ombre et que c'est très bien comme ça. On nous voit peu dans les journaux, beaucoup d'attention va à Vossen et Marvin Ogunjimi. C'est normal qu'on parle énormément d'eux : ce sont des jeunes qui marquent, qui montent, des gars qui peuvent rapporter beaucoup d'argent au club. Moi, j'ai 25 ans et je ne serai donc plus jamais un gros poisson sur le marché des transferts. On cite des sommes folles pour Romelu Lukaku parce que c'est encore un gamin, mais s'il avait dix ans de plus, on ne ferait pas un foin pareil autour de son possible transfert. S'il avait 30 ans, il ne vaudrait plus la moitié des montants qu'on avance aujourd'hui. Je sais de toute façon que ça ne suffit pas d'être tous les jours dans le journal pour obtenir un bon transfert. Les recruteurs viennent pour voir des profils précis, et si le joueur les séduit, leur club fait une offre. Ils se moquent complètement que le gars soit médiatisé ou pas. En étant moins sous les spots, Hubert et moi sommes aussi peut-être moins surveillés et cela nous permet de faire notre travail calmement : fermer les espaces, organiser le jeu défensif et offensif. Nous sommes dans la zone la plus importante du terrain, celle où se prennent beaucoup de décisions importantes. Nous sommes en quelque sorte le cerveau de l'équipe. " " Je joue chaque semaine ou presque depuis que je suis à Genk. Je ne suis jamais blessé, je suis très rarement suspendu et mon coach me fait confiance. Et je me sens heureux ici. Mon contrat se termine en 2012 et je pourrais prolonger : nous avons déjà commencé à discuter. Mon premier objectif est de rester mais je ne suis pas idiot non plus, je sais qu'une seule offre incroyable, tombée du ciel, peut faire basculer le destin d'un footballeur. Personne ne s'attendait à ce que Joao Carlos parte subitement en Russie. Lui non plus. Mais il y a des trucs que tu ne peux pas refuser. Surtout quand tu approches de la trentaine. En signant là-bas, il a assuré le bien-être de plusieurs générations ! " " Je déteste l'improvisation, je suis incapable de vivre de minute en minute, d'être insouciant. Tout doit toujours être parfaitement planifié, programmé, nickel. Si je pars en week-end, je contrôle tout : l'état de ma voiture, la météo sur place et plein d'autres choses. Je pars du principe que quand on a des surprises, elles sont plus souvent mauvaises que bonnes, alors je fais tout pour les éviter. Et je réfléchis continuellement à des plans B : qu'est-ce que je ferai si le scénario A se passe mal ?... J'imagine à l'avance des solutions à tous les problèmes qui pourraient se présenter, j'anticipe. Depuis que je joue au foot, je ne suis arrivé qu'une seule fois en retard à un entraînement. Je calcule l'heure à laquelle je dois me lever et je règle la sonnerie de mon réveil une heure plus tôt pour être à temps sans devoir courir... Le soir, je fais mon sac et je l'accroche à la clinche de la porte de sortie... Dans le vestiaire, je respecte les gars bordéliques mais ils ont aussi du respect pour ma façon de tout organiser... "" J'adore les animaux et je ne tuerai une mouche que si elle m'ennuie vraiment, au point que ça en devient insupportable. Par contre, je n'écraserai jamais une araignée. Dans ma région en Hongrie, on dit que ça porte malheur. Si j'en vois une, je la fais sortir. Bon vent à elle, mais pas chez moi. "" Quand j'étais adolescent, j'ai pratiqué plusieurs sports de combat : la boxe, le kung-fu, le karaté. Je n'ai pas le gabarit pour être un bon boxeur mais j'aimais beaucoup ça. Mes parents aussi car ils voyaient que ça me calmait. J'étais un hyperactif, il fallait que toute cette énergie sorte d'une façon ou d'une autre. Parfois, ils devenaient fous en me voyant gesticuler tout le temps. Ils m'avaient acheté un sac de frappe qu'ils avaient pendu au plafond de ma chambre : je frappais, je frappais, je frappais encore. Et ça allait un peu mieux après cette défonce. Je referai de la boxe quand je ne jouerai plus au foot. "" Ma mère est folle de cette croyance chinoise. Pour résumer : c'est une médecine de l'habitat, qui tient compte notamment du yin et du yang. Il faut aménager sa maison de façon à avoir du bonheur dans sa vie. Faire circuler l'énergie d'une certaine manière, placer certains objets aux bons endroits pour qu'il y ait de l'harmonie dans toute la maison. Et chaque année, il faut bouger certains trucs. J'y crois aussi, donc j'aménage en conséquence. J'achète le matériel dans des magasins chinois : des boules de cristal, des bouddhas, des statues de dragons et de tortues, des chandeliers, etc. Dès que je déménage, j'envoie à ma mère, par fax, le plan de ma nouvelle maison. Elle l'étudie puis m'appelle pour me dire tout ce que je dois faire. Une boule de cristal sur une tablette de fenêtre plutôt que sur un meuble, un chandelier dans tel coin de telle pièce. Toute la maison est divisée en zones qui ont une fonction bien spécifique : la santé, la carrière, les loisirs, etc. "" Juhasz est le meilleur joueur hongrois du championnat. Il est le grand patron de la meilleure défense du pays, tout est dit. Nous nous voyons souvent. Mon meilleur pote dans le foot, c'est Tibor Tisza : il vient de signer à Saint-Trond. Nous avons grandi dans le même quartier. Mais nous n'avons jamais joué ensemble : quand j'étais à Ferençvaros, il était à Ujpest, le grand rival, à Budapest. Et quand je parle de rivalité, c'est bien autre chose que ce qu'on voit ici entre Anderlecht et le Standard. Chaque match entre les deux équipes tournait mal. Les supporters se lançaient dans les bagarres terribles et l'organisation des services d'ordre en Hongrie n'a rien à voir avec ce qu'on trouve ici. Ça commençait en rue, avant le match : ils cassaient tout ce qu'ils pouvaient casser. C'était extrêmement violent ! Les bagarres continuaient dans le stade, et parfois, les gars se retrouvaient carrément sur le terrain pour la baston. " " Le niveau de la compétition hongroise est très, très bas. Il n'y a rien là-bas : pas d'argent, pas de vrai professionnalisme, pas d'organisation, pas de complexes d'entraînement, pas de salaires valables, pas de public (les petits matches se jouent devant 500 personnes), pas de stades. On joue toujours dans les installations où Ferenc Puskas a brillé dans les années 40, c'est à peine si on les a modernisées... Quelques clubs commencent à reconstruire, mais pas des équipes de Budapest. Debrecen peut s'en sortir et faire quelque chose grâce à une participation à la Ligue des Champions qui lui a rapporté 15 millions. Les dirigeants ont fait le pari de tout réinvestir directement. Mais c'est la seule exception. " " La dernière fois que j'ai été appelé en équipe de Hongrie... oh la la... Ça remonte à des années. Je n'ai pas été sélectionné une seule fois depuis que je suis à Genk. Tout cela à cause d'un seul match, contre la Slovénie. Toute l'équipe avait été lamentable mais j'ai tout pris dans la tronche. La presse a été dégoûtante, comme si j'étais le seul responsable du naufrage, je suis devenu un homme haï. Quand Erwin Koeman est devenu sélectionneur, j'ai cru que la porte allait se rouvrir pour moi. On a raconté qu'il était venu me voir une fois ou deux à Genk, moi je n'ai rien remarqué et je ne suis même pas sûr que ce soit exact. J'ai vite compris qu'il ne comptait pas sur moi. Si tu n'as pas envie de retenir un joueur, tu trouves facilement un prétexte. Quand tu veux frapper ton chien, tu trouves sans problème un bâton, hein ! Pendant ce temps-là, je fais des bons matches avec Genk et je suis reconnu en Belgique, mais le coach actuel de la Hongrie, Sandor Egervari, appelle un gars qui ne joue pas dans son club. C'est comme ça. " " J'aime travailler avec des coaches très durs comme Fatih Terim. A Athènes, j'ai eu Lorenzo Serra Ferrer, qui avait entraîné le FC Barcelone : aussi un caractère. Pour moi, un entraîneur ne peut avoir aucune relation d'amitié avec ses joueurs. On travaille et on vit ensemble mais on n'est pas des potes. C'est comme ça avec Vercauteren. C'était différent avec Ronny Van Geneugden et Hein Vanhaezebrouck. C'étaient des entraîneurs souriants : au plus haut niveau, ça ne fonctionne pas. Le joueur pro a besoin d'un dur, d'un gars qui le pousse, qui ne lui pardonne rien, qui l'oblige à être concentré 100 % du temps. Les problèmes dans un noyau commencent souvent quand certains joueurs sont proches du coach. Ils reçoivent presque inévitablement l'un ou l'autre privilège et ça foire. " " L'accueil du public est rarement folichon quand les footballeurs hongrois expatriés retournent au pays. On nous regarde de travers parce que nous avons un beau salaire et une belle voiture. On nous voit dans les restaurants et les magazines, on nous traite de stupid guys. Dans beaucoup de cultures, les gens essaieraient de faire des efforts pour arriver à la même réussite et rouler un jour avec la même voiture. En Hongrie, c'est différent, on est surtout jaloux : -Pourquoi lui et pas moi ? La presse pense un peu de la même façon. On nous encense facilement si nous faisons un bon match, on nous place très vite très haut, mais le bâton est déjà prêt pour nous donner un bon coup sur la nuque dès que nous passerons à travers. Par contre, les footballeurs qui sont toujours là-bas raisonnent différemment : eux, ils ont l'ambition, ils savent qu'ils n'arriveront pas à grand-chose s'ils ne quittent pas leur championnat, ils essaient de nous copier plutôt que de nous critiquer ou nous envier. Ici, le salaire minimum tourne autour de 1.200 euros par mois ; en Hongrie, c'est 250 ou 300 euros. La vie y est moins chère qu'ici mais le prix de l'essence n'est pas tellement différent, par exemple. " " J'ai grandi à une demi-heure de la frontière roumaine. Je ne ressentais pas de rivalité entre les gens de ma région et ceux des premiers villages situés en Roumanie, parce qu'il y avait pas mal de Hongrois là-bas. Mais dès qu'on s'enfonçait au-delà de la frontière, c'était différent. Le Hongrois de souche et le vrai Roumain se détestent. Le problème est que les Roumains sont encore plus pauvres que les gens de mon pays, ils sont jaloux de nous comme le sont les Hongrois par rapport aux populations de pays environnants où il y a plus d'argent... "" Si je regarde les joueurs de l'équipe belge, je me dis que c'est une des plus belles sélections du monde. Elle devrait être sans problème au top en Europe. Le problème, c'est qu'il y a quelques gars fantastiques mais pas d'équipe. Pour moi, c'est une bonne chose d'avoir arrêté d'appeler des anciens, des gars de la génération précédente car il y avait clairement un problème relationnel entre les plus âgés et les jeunes. Cette rivalité empêchait de former un collectif. Les mentalités étaient bien trop différentes, ça sautait aux yeux, on voyait un manque réciproque de respect. Les jeunes se demandaient ce que les vieux racontaient, les vieux ne comprenaient pas l'état d'esprit des jeunes. "PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS: REPORTERS" J'étais un hyperactif et mes parents avaient pendu un sac de boxe dans ma chambre. "" A la place de Biglia, je ne m'éclaterais pas. On l'oblige à jouer trop bas. "" Je suis grillé en équipe de Hongrie depuis un match où tout le monde avait été mauvais. Dégoûtant. "