Il y a des intuitions dont on ne saurait dire comment et pourquoi elles parviennent jusqu' à nous. Celle-là date de 1979 et s'origine via un livre de Werner Herzog, le cinéaste allemand. Lotte Eisner, la grande muse du cinéma d'outre-Rhin était en train de mourir à petit feu dans un hôpital parisien. Historienne, elle avait fui les nazis, traversé le siècle et aidé les diverses générations de cinéastes teutons, de Murnau à RainerFassbinder pour aller vite, soixante ans durant. Toujours prompt aux défis impossibles, le cinéaste de ...

Il y a des intuitions dont on ne saurait dire comment et pourquoi elles parviennent jusqu' à nous. Celle-là date de 1979 et s'origine via un livre de Werner Herzog, le cinéaste allemand. Lotte Eisner, la grande muse du cinéma d'outre-Rhin était en train de mourir à petit feu dans un hôpital parisien. Historienne, elle avait fui les nazis, traversé le siècle et aidé les diverses générations de cinéastes teutons, de Murnau à RainerFassbinder pour aller vite, soixante ans durant. Toujours prompt aux défis impossibles, le cinéaste de Fitzccaraldo qui vivait alors à Munich s'est alors persuadé que s'il ralliait Paris à pieds, Lotte Eisner vivrait. Il l'a fait, à la façon d'Herzog (dormant à la belle étoile ou en rentrant par effraction dans des maisons inoccupées) et l'ex- homegirl de Fritz Lang a survécu. En rentrant de Liège en décembre dernier, où nous étions venus couvrir le derby wallon pour So Foot, on se disait avec Damien Jeannes, mon collègue de bourlingue, qu'on y reviendrait bien dans la Cité ardente. Le chaudron de Sclessin, le Public Hysterik 04, la ligne médiane de minots des Rouches avec Fellaini et Defour comme fers de lance, les Ultras Inferno, la rue truffée de bars qui jouxte le stade, Marcos le back droit frénétique, l'atmosphère festive qui préside aux rencontres à domicile du club principautaire... Les motifs pour revenir ne manqueraient pas... même si " vendre " un papier sur la Jupiler de ce côté-ci de la frontière n'est pas toujours aisé. Quand on évoquait le titre, les plus sages des Inferno et des Hystérik préféraient la prudence et convoquer les fantômes du passé. " Cela se jouera à la dernière journée. " Fin janvier, on a commencé à démarcher les journaux parisiens sur le thème des 25 ans d'attente. Un quart de siècle d'attente et de frustrations, un vrai chiffre rond pour mettre fin aux souffrances. Avant le match de Bruges, le pari de Herzog est remonté à la surface. On a commencé à se dire que si on suivait le Standard régulièrement en Belgique, il serait champion comme Lotte Eisner n'était pas morte dans cet hôpital parisien. On s'est investi à fond, lisant Foot Mag, Le Soir (volé tous les lundis à la Gare du Nord de Paris) et La Dernière Heure, surfant sur Internet. On a juste du mal à se rendre aux matchs du Standard car les journaux français ont du mal à s'intéresser au championnat de Belgique. Il n'y en a plus que pour la Liga et la Premiership, le Calcio existe à peine désormais. Pendant ce temps-là, le Standard s'est envolé et le FC Bruges s'est écroulé. Les Mauves se sont accrochés et quelque chose nous dit qu'il n'aurait pas fallu qu'ils infligent au Standard leur première défaite l'autre dimanche à Sclessin. Les spectres du passé n'auraient pas manqué de réapparaître mais quelque part deux scribouillards français, un cinéaste allemand et un astre haut perché veillaient sur le sort des Rouches. Le Standard de Liège a donc décroché une neuvième timbale... RICO RIZZITELLI (SO FOOT)