Au hit-parade de la bronca, Geoffrey Mujangi Bia et Pelé Mboyo se partagent sans conteste les deux premières places de notre championnat. Si la situation a évolué favorablement pour le Standardman, son cousin, Pelé, a connu l'enfer cette saison à la Cristal Arena (du moins jusqu'en janvier ; une blessure l'écartant des terrains depuis). Malgré des stats impressionnantes, les deux Bruxellois ont régulièrement été pris à partie par leur propre public. La faute à qui ? Au club ? A leur comportement ? Ou à une communication trop souvent défaillante ? Réunis à l'avenue Louise dans les bureaux de leur nouveau conseiller, Fouad Ben Kouider (voir portrait), ils ont décidé de mettre les choses au point et de tout raconter.
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Au hit-parade de la bronca, Geoffrey Mujangi Bia et Pelé Mboyo se partagent sans conteste les deux premières places de notre championnat. Si la situation a évolué favorablement pour le Standardman, son cousin, Pelé, a connu l'enfer cette saison à la Cristal Arena (du moins jusqu'en janvier ; une blessure l'écartant des terrains depuis). Malgré des stats impressionnantes, les deux Bruxellois ont régulièrement été pris à partie par leur propre public. La faute à qui ? Au club ? A leur comportement ? Ou à une communication trop souvent défaillante ? Réunis à l'avenue Louise dans les bureaux de leur nouveau conseiller, Fouad Ben Kouider (voir portrait), ils ont décidé de mettre les choses au point et de tout raconter. Pelé Mboyo : Ça fait neuf ans que je suis dans le foot pro, j'ai donc rencontré pas mal d'agents. Ici, je sens que c'est différent. Fouad (Ben Kouider) est un peu comme nous, il vient de Bruxelles, il est d'origine africaine, on a eu un peu la même histoire. Il y a eu une certaine affinité qui est impossible avec d'autres agents. Il nous comprend, il est intelligent et peut mieux nous conseiller. Surtout par rapport aux médias et notre gros problème d'image. Geoffrey Mujangi Bia : Je pense que c'était le bon moment pour moi. La rencontre avec Fouad, les événements qui se sont passés au club, m'ont permis de me rendre compte de l'importance de la communication. Avant d'en arriver là, j'ai vécu une situation qui a dégénéré avec les supporters. Et il fallait y remédier. Geoffrey Mujangi Bia : J'ai pris moi-même l'initiative de les rencontrer, j'étais un peu seul. Mais comme je suis quelqu'un de vrai, de franc, je voulais les rencontrer. Pelé Mboyo : Bien sûr mais notre problème, c'est que les histoires du passé sont très tôt venues bousiller notre image. Geoffrey Mujangi Bia : Avant que je n'arrive en D1, on avait déjà balancé tous mes ennuis à Anderlecht en jeunes. Et le problème, c'est que la première image est souvent celle qui reste. Geoffrey Mujangi Bia : Au contraire. A mes débuts, Charleroi a voulu soi-disant me protéger. Les dirigeants avaient sûrement leurs raisons. Mais j'avais besoin plutôt de m'exprimer, de m'expliquer par rapport à certains faits. Fouad Ben Kouider : Ils ne sont pas contre la communication mais ils veulent que celle-ci soit en phase avec leur image. La communication, à partir du moment où elle est cadrée, et qu'il y a une passerelle avec le lecteur ou le supporter, ça ne pose pas de problème. Mais à mon grand étonnement, les clubs belges sont souvent dépassés sur cette question. Pelé Mboyo : Il y a une certaine presse qui est délibérément contre moi. On a par exemple écrit que j'avais tapé le T2, Hans Visser. J'ai demandé au club de me dire pourquoi notre T2 ne faisait pas une déclaration dans la presse pour dire que ce qui avait été écrit était totalement faux. Le T2 m'a même dit le lendemain de l'article que ça n'avait pas de sens ce qui avait été publié et que c'était grave. Mais personne n'a pris le soin de s'exprimer publiquement. Pelé Mboyo : Je ne veux même pas répondre à ça. Je me dis quand même que c'est un club pro qui n'a pas intérêt à réfléchir de cette manière. Geoffrey Mujangi Bia : Les clubs belges ont peur de leurs supporters. Le club n'ose jamais se mouiller pour défendre son joueur. Quand on regarde ce qui s'est passé avec Pelé, c'est l'inverse de ce qui aurait dû être fait. Genk aurait dû défendre Pelé et être le médiateur. J'ai vécu plus ou moins la même chose au Standard. Personne ne s'est mouillé pour essayer de régler le différend. Geoffrey Mujangi Bia : Oui, seul. J'en ai parlé à Mehdi Carcela et lui a appelé un supporter du Standard qu'il connaît bien et un rendez-vous a pu avoir lieu. Le club n'était même pas au courant de cette réunion. A Anderlecht, quand ils ont transféré Defour, le public a sorti des banderoles qui s'opposaient à sa venue. Mais comme c'était un gros investissement, le club a pris position pour le joueur en s'opposant aux " anti-Defour ". Et au final, tout s'est arrangé entre les supporters et le joueur. Le but d'un club doit quand même être de rassembler joueurs et supporters non ? Parfois, on dirait qu'il y a la guerre entre le joueur et les supporters, c'est ridicule. J'ai été voir les ultras et le problème fut vite réglé. Pelé Mboyo : C'est comme cette histoire du Carré. Le club savait très bien que j'étais blessé pour un mois, que j'avais un programme individuel à suivre. Toute l'équipe d'Anderlecht est également sortie au Carré ce soir-là. Mais c'est moi qui ai ramassé pour tout le monde alors qu'Anderlecht avait un 16e de finale de l'Europa League quelques jours plus tard. Mais Anderlecht a bien géré cette affaire en interne. Geoffrey Mujangi Bia : Après 60 minutes, les Anderlechtois étaient pourtant morts à Moscou. Pelé Mboyo : Genk a préféré me mettre sur la place publique puisque les résultats étaient mauvais. Ok c'est pas terrible de sortir en boîte mais je pense quand même que c'était moins grave dans mon cas que dans celui des joueurs d'Anderlecht. D'ailleurs si j'avais fait quelque chose de grave, j'aurais été puni. Je l'ai même dit au Président : si j'ai fauté, qu'on me sanctionne. Mais on ne m'a rien donné alors que dans la presse, le club avait pourtant déclaré que j'allais être lourdement pénalisé. C'était simplement un moyen de communiquer pour masquer les véritables problèmes. Plusieurs fois, j'ai demandé au club d'organiser un rendez-vous avec les supporters. Ça n'a jamais eu lieu. Même à la fin du match, quand j'essayais de me rendre seul vers les supporters, on me bloquait. Un mois avant la fin du championnat, il y a eu un repas dans un bowling avec les fans. Le délégué est passé dans le vestiaire pour demander à tout le monde ce qu'il allait manger lors de ce repas. Moi, on m'ignore. Je dis alors que je mangerai ça et ça car je savais très bien que si je n'étais pas présent à ce repas, on allait encore me mettre ça sur le dos. Le jour qui précède le dîner, le coach m'appelle et me dit qu'il est préférable que je ne vienne pas car on ne sait pas comment ça va se dérouler avec les supporters. J'ai dit ok mais qu'alors c'était au coach d'assumer ce choix. Le lendemain de la soirée, je vois dans le BelangvanLimburg un grand article qui m'accuse de ne pas être venu. J'ai appelé le coach qui m'a dit qu'il allait expliquer publiquement la situation. Il ne l'a jamais fait alors que j'avais le sentiment qu'il avait la volonté de le faire. Mais je ne sais pas ce qui se trame derrière... Geoffrey Mujangi Bia : Au Standard, un dirigeant m' a dit qu'on ne pourrait jamais régler mon cas avec les supporters. Pelé Mboyo : Alors que les supporters ne demandent pas mieux de s'expliquer avec les joueurs. Geoffrey Mujangi Bia : Le club n'a jamais rien fait pour que ma situation change. On pourrait même porter plainte pour préjudice moral (il rit). Je rigole mais je suis sérieux. Dans un contrat, le club a aussi des obligations. Geoffrey Mujangi Bia : C'est devenu grave à un moment. Avant même que je ne touche la balle, on me sifflait. Même quand un équipier me faisait une mauvaise passe, c'est moi qui prenais. Pelé Mboyo : Je suis le plus grand transfert de l'histoire du club et il est donc normal que les attentes soient élevées. Je comprends parfaitement que les supporters en espéraient davantage de moi. Faut savoir aussi que quand je suis revenu de blessure la saison dernière, je suis rentré dans un club qui était K.-O., qui avait perdu 4-5 matches d'affilée et restait sur une dizaine de matches sans victoire. Quand je suis revenu, ça n'a pas été mieux, Dirk Degraen a sauté, Gunther Jacob aussi. Il fallait donc trouver un autre coupable. Et j'étais la bonne personne pour ça. Et ça a marché. On est arrivé à un point de non-retour. A tous les matches, le public chantait " who the fuck is Mboyo ". Geoffrey Mujangi Bia : Le problème, c'est qu'il n y a aucune réaction. Le joueur ne s'exprime pas et le club n'ose pas défendre son joueur. On a peut-être aussi une certaine attitude que d'autres n'ont pas. On est " vrais ". Certains joueurs veulent parler, se faire aimer. Certains joueurs font des choses que je ne cautionne pas mais c'est leur problème. Geoffrey Mujangi Bia : Je ne sais pas vraiment. On m'a dit que c'était peut-être parce que j'étais passé par Anderlecht et Charleroi. Après on m'a dit que j'avais une attitude nonchalante et que je ne courais pas. Certains disaient que je ne célébrais pas mes buts, d'autres que je ne me battais pas quand je perdais la balle. Chacun avait sa propre raison... Pelé Mboyo : Ce n'est qu'une impression. Un supporter n'attend qu'une chose : que tu te défonces sur le terrain. Mais tu ne peux pas demander à quelqu'un de réservé, d'être expansif. Je n'ai jamais signé dans le club ennemi, j'ai toujours respecté Genk, il suffit de reprendre toutes mes déclarations. Nous, on parle en stats. Je ne joue plus depuis janvier mais je suis toujours le meilleur buteur et meilleur passeur du club. Est-ce qu'ils se rendent compte qu'on ne peut pas avoir les mêmes attentes qu'au sein d'une bonne équipe ? Car l'équipe, elle n'est pas bonne. Personne n'a amélioré mes chiffres en six mois, c'est quand même grave. Quand j'ai disparu de la circulation, le club était cinquième avec un match de retard sur le sixième et trois points d'avance. Genk a fini par se retrouver en PO2. On peut me reprocher mes blessures mais elles sont indépendantes de ma volonté. Et je me soigne. Mais il faut se demander si on me soigne bien. Pelé Mboyo : Bien sûr. On se dit les choses en face. Ça fait longtemps que je dis à Geoffrey de s'ouvrir davantage, de parler à la presse. On est quand même assez lucides pour savoir ce qu'on doit faire. Mais le monde extérieur nous prend pour des cons. Geoffrey Mujangi Bia : Un jour, je sors du stade et une dame demande des autographes aux joueurs mais pas à moi. Je lui demande pourquoi ? Elle me dit : Je pensais que vous ne voudriez pas. Alors que j'étais là à attendre. Les gens se font des films sur nous. Pelé Mboyo : Et surtout si les supporters savaient la vérité sur pas mal de joueurs de foot... Beaucoup seraient déçus Geoffrey Mujangi Bia : J'ai toujours été un peu la tête de Turc au Standard. Mais Luzon et Vukomanovic m'ont protégé. Si j'étais un peu moins bien dans mon match, ils me laissaient au jeu, ils avaient confiance en moi. José Riga, lui, dès qu'il est arrivé, m'a plusieurs fois sorti à l'heure de jeu et j'essuyais une bronca. Je ne sais pas ce qui se cachait derrière mais je trouvais ça bizarre. Geoffrey Mujangi Bia : C'est possible en tout cas, ce n'était pas logique. On m'a sorti trois fois d'affilée à la 60e pour qu'on me siffle. Quel est le message que l'on voulait faire passer ? Je faisais des passes décisives, je marquais mais on me faisait sortir. Pelé Mboyo : En tout cas, je n'ai jamais eu l'impression d'avoir été le plus gros investissement de Genk. A Gand, quand j'ai connu des problèmes avec les supporters, Ivan Dewitte n'en dormait pas. Il voulait arranger la situation car le foot est un business, il voulait me vendre, il voulait que ça s'arrange avec les supporters. Il a géré ça parfaitement. A Genk, vu que j'ai coûté cher, que j'ai un gros contrat, l'idéal aurait été d'arranger la situation. Car mon prix est en chute aujourd'hui. Je me demande comment ça va se terminer. Mais c'est dommage... Pelé Mboyo : J'ai eu comme entraîneurs, Hein Vanhaezebrouck, qui aujourd'hui encore m'aime bien, Franky Dury, Bob Peeters, Trond Sollied, John Collins, ils m'ont tous fait jouer. Si j'avais un caractère difficile, Genk n'aurait jamais pris le risque de me transférer pour 4 millions. Pourquoi je serais dans le conseil des joueurs de Genk ? Pourquoi j'étais capitaine de Gand ? Quand Victor Fernandez est arrivé à Gand, il m'a demandé de continuer à porter le brassard - alors que je ne voulais pas - car j'étais le seul joueur à rassembler. Et malgré tout ça, on continue à noircir le tableau. J'ai pris conscience qu'une image est très difficile à changer. Même chose pour Anthony (Vanden Borre). Malgré tous les efforts qu'il a faits, on lui est tombé dessus lors de cette minute de silence pour Gregory Mertens en disant qu'il s'en foutait de la mort de ce petit, alors qu'on connaît mieux Gregory que beaucoup de monde. Quand Anthony est parti courir les 20 km de Bruxelles pour une association, certains se sont dit : il a peut-être un grand coeur. Mais si jamais il refait ses lacets dans deux jours, on va à nouveau lui retomber dessus. Pelé Mboyo : En tout cas, je ne vais jamais être déprimé. La situation peut me toucher mais je relativise. Si ça devait s'arrêter demain, je serais fier de mon parcours. Peut-être que je n'aurais jamais dû me retrouver là où je suis aujourd'hui, j'ai donc appris à dire merci. Et quand j'entends mes coéquipiers ou mon coach dire que je manque au groupe, c'est cette reconnaissance qui me touche. J'ai demandé en janvier, au coach, de me mettre sur le banc car je commençais à péter un plomb. J'ai répondu aux supporters en mettant mon doigt devant ma bouche, je sais que ce n'est pas bien, j'ai des défauts mais je suis sincère. Je ne peux pas embrasser l'écusson d'Anderlecht et puis signer au Standard. Et je pense que ceux qui le font sont vite démasqués comme étant des gens faux. Moi si je n'embrasse pas l'écusson, c'est parce que je ne veux pas manquer de respect au club. On ne sait pas ce qui se passera dans le futur. Quand j'aime les gens, je ne les trahis pas. Je suis quelqu'un qui va toujours vers les supporters, qui n'a pas peur d'aller à leur contact même quand ça chauffe. Souvent ce sont des gens qui viennent de milieux populaires. Et je comprends parfaitement leurs attentes. On a certaines valeurs qu'on ne changera pas. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS : BELGAIMAGE / STOCKMAN" Si les supporters savaient la vérité sur pas mal de joueurs de foot... Beaucoup seraient déçus. " Pelé Mboyo " Le Standard n'a jamais rien fait pour que ma situation change avec les supporters. " Geoffrey Mujangi Bia " Si je n'embrasse pas l'écusson de Genk, c'est parce que je ne veux pas manquer de respect au club. " Pelé Mboyo