Les Émirats Arabes Unis accueillent deux des sélections des plus prometteuses chez les jeunes. Des habituées de la gloire dans les catégories d'âge. Le Nigeria et le Mexique se rencontrent en finale du Mondial U17, à Abu Dhabi. L'affrontement en poules avait tourné à la déculottée avec une victoire 6-1 des Flying Eagles et un triplé de Kelechi Iheanacho, l'ancien de Manchester City, actuel buteur de Leicester. Et l'avantage psychologique a raison des espoirs d'El Tri. Iheanacho frappe encore pour un succès 3-0 des siens. Sur le pré, il partage le front de l'attaque avec un certain Taiwo Awoniyi. En face, Omar Govea tente comme il peut d'éviter le naufrage.
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Les Émirats Arabes Unis accueillent deux des sélections des plus prometteuses chez les jeunes. Des habituées de la gloire dans les catégories d'âge. Le Nigeria et le Mexique se rencontrent en finale du Mondial U17, à Abu Dhabi. L'affrontement en poules avait tourné à la déculottée avec une victoire 6-1 des Flying Eagles et un triplé de Kelechi Iheanacho, l'ancien de Manchester City, actuel buteur de Leicester. Et l'avantage psychologique a raison des espoirs d'El Tri. Iheanacho frappe encore pour un succès 3-0 des siens. Sur le pré, il partage le front de l'attaque avec un certain Taiwo Awoniyi. En face, Omar Govea tente comme il peut d'éviter le naufrage. Quatre ans plus tard, à la faveur du mercato estival, des connexions zahaviennes et hurlues, mais aussi de carrières déjà un peu bosselées, les deux espoirs se retrouvent au Canonnier. Awoniyi débarque dans les derniers jours d'août quand, en juillet, Govea affiche fièrement son appareil dentaire avec son nouveau maillot en main. Comme quoi, la vie surprend toujours. " Omar a été convaincu par notre projet ", pose le DG de l'Excel, Paul Allaerts. " On veut lui donner une vraie chance de progresser et la garantie de jouer en étant l'un de nos joueurs principaux. Il savait qu'il allait avoir un maximum de temps de jeu. Il savait aussi que Mouscron est une étape nécessaire s'il veut devenir un très bon joueur des grands championnats européens. " Mouscron devance l'Antwerp pour accrocher le Mexicain en prêt avec option et aujourd'hui, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le REM s'invite sur le podium, Govea est sa plaque tournante : neuf matches, neuf titularisations, 787 minutes de jeu, trois buts, un assist. Révélation de ce début de saison, le natif de San Luis Potosí, où bouillonnent presque 2,5 millions d'habitants, achève de surprendre son monde le 23 septembre dernier. Contre Eupen, à domicile, il inscrit un coup franc aux abords de la surface. Un véritable golazo qui rallie Mexico City depuis la Wallonie picarde. " Les Mexicains veulent voir leurs jeunes talents évoluer en Europe. Peu importe le club, peu importe le championnat. Quand le prêt à Mouscron a été annoncé, la plupart des gens étaient sceptiques ", glisse Eric Gomez, journaliste pour ESPN au Mexique. " La plupart des fans de foot le connaissent, les autres assez peu, parce qu'il est parti tôt et qu'ils n'ont pas eu l'occasion de le voir jouer. Donc les attentes étaient vraiment basses. Aujourd'hui, tout le monde le découvre et est assez surpris. " ESPN, qui avait décidé de diffuser la Pro League pour observer à la louche son joyau néo-rouche Memo Ochoa, se frotte évidemment les mains. Elle donne aussi à son peuple la possibilité d'assister la naissance d'un tireur d'élite du cru. En 2015, Govea rallie le noyau B de Porto, qui évolue en deuxième division portugaise. Mais les Dragoes ne s'emballent pas, préférant d'abord l'intégrer sous forme de prêt en provenance d'América, la plus grosse écurie du pays. Dans une saison pleine de promesses, de douceurs, de caramels et d'un titre de champion, Omar confirme. Porto aligne deux millions pour s'offrir ses services. Il signe jusqu'en 2020. " C'est le joueur le plus talentueux que j'ai vu dans l'équipe. Il est très, très, très au-dessus ", martèle Joris Kayembe, actuellement en convalescence à Nantes et qui le côtoie lors du dernier exercice. " Mais il n'y avait pas vraiment d'espace pour lui en équipe première. C'est une grosse écurie. Mais ce n'est pas parce qu'on joue dans l'équipe B qu'on n'est pas fort non plus. Il y a beaucoup de joueurs qui ont le niveau pour jouer en France ou ailleurs. Et quand Porto vient te chercher, ça montre que tu as un gros potentiel. Ils ne vont pas chercher n'importe qui. " L'ex-international espoir voit déjà Govea s'avaler des séances supplémentaires de coups de pieds arrêtés. Le nettoyage de lucarnes devient sa spécialité. " Je lui ai dit de bosser encore plus ses coups francs à l'entraînement, d'aller chercher le mur pour les travailler ", assure pourtant Jürgen Röber, directeur sportif de l'Excel, qui ne regrette pas son investissement. " Avant Eupen, on a fait un pari tous les deux. S'il marquait un coup franc, je lui donnais 100 euros. S'il n'en marquait pas, il m'en donnait 10. J'ai perdu, mais on ne peut pas dire que je puisse vraiment le regretter... " En mai 2016, il dispute l'International Premier League avec les U23 de Porto. La compétition amicale regroupe des cadors comme Wolfsburg ou Liverpool, Mamadou Sakho compris. En finale, les jeunes dragons l'emportent 5-0 contre Sunderland. Avec un but, Joris Kayembe participe à la manita. " Omar a joué tous les matches, il était vraiment super important dans l'équipe. Il contrôlait terriblement le jeu. J'étais choqué qu'il signe à Mouscron, mais j'étais content pour lui. " Quand le président nantais, Waldemar Kita, lui demande quel profil pourrait raviver la flamme du jeu canari, l'ancien de l'Académie RLD répond " Govea ", instinctivement. " Je pense qu'il le suit toujours. On s'entendait super bien, on combinait beaucoup. C'est pour ça que je voulais le voir à Nantes avec moi. " En deux ans, Govea prend le temps d'apprendre le portugais et d'échanger quelques mots de français avec Kayembe ou Tony Djim, autre Belge du noyau. Dès son arrivée à Mouscron actée, il part se balader à Amsterdam, Paris ou Cologne et manifeste sa volonté d'apprendre la langue. " C'est quelqu'un de très sympa et de très ouvert. Il a un très bon état d'esprit, il sait ce qu'il doit faire et comment il doit vivre en tant que professionnel. C'est déjà un leader dans l'équipe. Il prend ses responsabilités, c'est rare à son âge ", se félicite encore Röber. " On en avait besoin pour remplacer David Hubert. Et il le fait plutôt bien ", ajoute Allaerts, pas peu fier d'avoir trouvé un métronome au talent brut pour un Excel qui semble à des années-lumière de ce qu'il produisait l'année passée. Eric Gomez se souvient d'une discussion avec Alfredo Tena, légende de l'América qui s'occupe des équipes de jeunes quand Govea sévit en U17. " Il m'a assuré qu'il allait devenir l'un des meilleurs joueurs du pays. Tena ne se trompe presque jamais. Pour être franc, je ne savais même pas qui c'était. Aujourd'hui, je dois dire qu'il avait encore une fois raison... " D'entrée, Govea veut être le poumon et le coeur du jeu. Il veut contrôler, dicter le tempo, créer des opportunités. Bref, jouer dans un fauteuil. Le poste de milieu défensif, voire de relayeur, lui permet désormais d'asseoir son rythme au Canonnier. Malgré son physique peu imposant (1,76m), il gratte aussi beaucoup de ballons. Röber tempère : " Il a besoin de travailler davantage sa vitesse. Parfois, il est trop lent. J'ai demandé à notre préparateur physique de l'aider à devenir meilleur sur cet aspect. " Une qualité plus qu'un défaut pour Kayembe, complètement sous le charme de son ex-partenaire. " Il garde parfois trop le ballon, il peut tarder à faire la passe, c'est vrai. Mais pour moi, c'est une qualité quand on voit comment il oriente le jeu. Il prend toutes les informations nécessaires. " Quoi qu'il en soit, Govea n'a pas le temps. Dans la foulée du succès sur Bruges (2-1), il participe brièvement à la fête des siens dans le vestiaire hurlu et file se changer. Il sait très bien que le plus dur reste à faire. " Il sait ce qu'il va faire avec le ballon avant même de l'avoir ", reprend Gomez, qui ne tarit pas non plus d'éloges. " En équipe nationale, il pourrait apprendre d'Hector Herrera ou Andres Guardado. Mais il me rappelle plutôt Rafa Marquez quand il jouait milieu défensif au Barça. Ils ont le même calme, la même intelligence. " En sélection, Herrera et Guardado sont indiscutables. Derrière eux, les places pour le Mondial russe sont chères. Et s'il en rêve, Omar Govea ne fait pas partie de la sélection qui affrontait Trinité-et-Tobago le 7 octobre dernier, chez lui, à San Luis Potosí. Mais le 10 novembre prochain, El Tri rencontre les Diables et cela ressemble à l'occasion parfaite pour lui de rejoindre les A. Juan Carlos Osorio, le sélectionneur, pourrait faire tourner. Après une impasse sur les JO de Rio en 2014, Govea participe au Tournoi de Toulon version 2016. Il y rencontre notamment la France d'Abdou Diallo (ex-Zulte), Jonathan Bamba (ex-Saint-Trond) et Dylan Batubinsika (Antwerp). Une bonne manière de se faire les dents au sein d'une grosse génération. " Il a besoin de faire une très, très grosse saison et essayer de participer à plusieurs amicaux. Celui contre la Belgique semble parfait. Le Mexique n'aura rien à jouer et ça représente un tout petit voyage pour Omar. Mais pour la Coupe du Monde, ça me semble compliqué. Je vois moins de 50 % de chances de le voir en Russie. " Et pour qu'il évolue à Mouscron, on était à combien ? PAR NICOLAS TAIANA - PHOTO BELGAIMAGE" Avant Eupen, on a fait un pari. S'il marquait un coup franc, je lui donnais 100 euros. A défaut, il m'en donnait 10. J'ai perdu, mais on ne peut pas dire que je le regrette vraiment. " - Jürgen Röber, directeur sportif de l'Excel