G uy, un ami arbitre, m'a posé une colle l'autre jour : " Quand un attaquant file au but sur un contre et qu'il est descendu par le libero, le libero est exclu en tant que dernier homme, n'est-ce pas ?" J'ai bien dû répondre oui. " Et quand un attaquant se présente seul devant le gardien et qu'il est descendu par le gardien, le gardien est exclu en tant que dernier homme, n'est-ce pas ?" J'ai de nouveau dû dire oui. " Alors, dans le premier des deux cas, le libero n'était pas le dernier homme ! ", a jubilé Guy... Sur le coup, je n'ai pu qu'acquiescer sur ce qui n'était jamais qu'un nouvel exemple de l'approximation des règles : et j'ai suggéré bêtement qu'on donne alors DEUX cartes rouges au gardien si l'on en brandissait déjà une au nez du libero !

Puis le soir, avant que Morphée me saisisse, j'ai saisi celui qui est mon livre de chevet û comme il est le vôtre û depuis des années. Pas la Bible, ni l'histoire du copain Sutra, mais le sacro-saint texte des Lois du Jeu de football ! J'ai religieusement décrypté la Loi 12, où sont énoncées les 7 fautes passibles d'exclusion : la 5e sanctionne le joueur qui " anéantit une occasion de but manifeste d'un adversaire se dirigeant vers son but " : et il n'est nulle part écrit " dernier homme " !

Guy a sans doute trop lu les directives de notre CCA à ses arbitres, qui déconcertent... au moins autant qu'elles explicitent les lois elles-mêmes ! En fait, tout le problème réside en un seul mot : quand donc une occasion de but est-elle manifeste ?... Le fait est que ce questionnement peut angoisser les plus intellos de nos arbitres ! Alors, mère poule rassérénant ses petits, notre CCA facilite la tâche de ses ouailles en citant les deux cas principaux : lorsque l'attaquant part seul au but, et lorsqu'il se présente seul devant le gardien.

D'accord, l'occasion est forcément deux fois moins manifeste si tu as deux mecs plutôt qu'un entre le but et toi, mais faut pas chicaner ! Sinon, j'ajouterais bien que si c'est un sous-doué du face-à-face qui part tout seul vers OliverKahn ou un autre king du keeping, même s'il a tout son temps et personne au derrière, l'occasion n'aura de toute manière rien de manifeste !...

Ah, les règles du foot, ce qu'on croit en savoir et ce qu'il en est, quel grand roman d'aventures et d'action ! Tenez, autre exemple, les dimensions du terrain : demandez-les à cent footeux ou à cent drogués du Trivial Pursuit, nonante vous répondrons 45/90m de largeur et 90/120m de longueur. Et " la longueur doit être supérieure à la largeur " préciseront les plus érudits. Eh bien, c'est faux en pratique, c'est théorique et préhistorique ! Je le sais depuis le 3 mars 1999 lorsque Guy Roux, sur TF1 à l'occasion d'une soirée de Ligue des Champions, a repris de volée Pascal Praud qui parlait de " grand " terrain je ne sais plus où.

" Vous devriez savoir que, désormais, tous les terrains font 105m sur 68m ", avait lâché le roi d'Auxerre qu'on ne contredit pas ! Et effectivement, la Loi 1 impose des dimensions de 100m/110m sur 64m/75m pour les compétitions internationales : si bien qu'est né un consensus pour adopter les moyennes arithmétiques des dimensions d'origine, ainsi arrive-t-on partout au 105/68 du roi Roux !

Il faut donc le savoir : aucun match de football sur la Terre ne se dispute sur un terrain de 120m sur 90m,... c'est triste mais c'est comme ça ! En Belgique, l'URBSFA impose 105/110 sur 64/75 en D1, 100/110 sur 60/75 dans les autres divisions nationales, et 100/110 sur 55/75 en divisions inférieures. Cela signifie que, quand on descend dans la hiérarchie, on rencontre bien plus souvent des terrains moins larges que des terrains moins longs : comme si les moins doués avaient moins besoin d'espace pour écarter leur jeu ?

Faudra que je trouve quelqu'un, à l'URBSFA, pour m'expliquer le fondement idéologique de tout ça : quelqu'un qui aura forcément de la largeur d'esprit.

par Bernard Jeunejean

" Ah, les règles du foot, quel grand roman d'aventures et d'action ! "

G uy, un ami arbitre, m'a posé une colle l'autre jour : " Quand un attaquant file au but sur un contre et qu'il est descendu par le libero, le libero est exclu en tant que dernier homme, n'est-ce pas ?" J'ai bien dû répondre oui. " Et quand un attaquant se présente seul devant le gardien et qu'il est descendu par le gardien, le gardien est exclu en tant que dernier homme, n'est-ce pas ?" J'ai de nouveau dû dire oui. " Alors, dans le premier des deux cas, le libero n'était pas le dernier homme ! ", a jubilé Guy... Sur le coup, je n'ai pu qu'acquiescer sur ce qui n'était jamais qu'un nouvel exemple de l'approximation des règles : et j'ai suggéré bêtement qu'on donne alors DEUX cartes rouges au gardien si l'on en brandissait déjà une au nez du libero ! Puis le soir, avant que Morphée me saisisse, j'ai saisi celui qui est mon livre de chevet û comme il est le vôtre û depuis des années. Pas la Bible, ni l'histoire du copain Sutra, mais le sacro-saint texte des Lois du Jeu de football ! J'ai religieusement décrypté la Loi 12, où sont énoncées les 7 fautes passibles d'exclusion : la 5e sanctionne le joueur qui " anéantit une occasion de but manifeste d'un adversaire se dirigeant vers son but " : et il n'est nulle part écrit " dernier homme " ! Guy a sans doute trop lu les directives de notre CCA à ses arbitres, qui déconcertent... au moins autant qu'elles explicitent les lois elles-mêmes ! En fait, tout le problème réside en un seul mot : quand donc une occasion de but est-elle manifeste ?... Le fait est que ce questionnement peut angoisser les plus intellos de nos arbitres ! Alors, mère poule rassérénant ses petits, notre CCA facilite la tâche de ses ouailles en citant les deux cas principaux : lorsque l'attaquant part seul au but, et lorsqu'il se présente seul devant le gardien. D'accord, l'occasion est forcément deux fois moins manifeste si tu as deux mecs plutôt qu'un entre le but et toi, mais faut pas chicaner ! Sinon, j'ajouterais bien que si c'est un sous-doué du face-à-face qui part tout seul vers OliverKahn ou un autre king du keeping, même s'il a tout son temps et personne au derrière, l'occasion n'aura de toute manière rien de manifeste !... Ah, les règles du foot, ce qu'on croit en savoir et ce qu'il en est, quel grand roman d'aventures et d'action ! Tenez, autre exemple, les dimensions du terrain : demandez-les à cent footeux ou à cent drogués du Trivial Pursuit, nonante vous répondrons 45/90m de largeur et 90/120m de longueur. Et " la longueur doit être supérieure à la largeur " préciseront les plus érudits. Eh bien, c'est faux en pratique, c'est théorique et préhistorique ! Je le sais depuis le 3 mars 1999 lorsque Guy Roux, sur TF1 à l'occasion d'une soirée de Ligue des Champions, a repris de volée Pascal Praud qui parlait de " grand " terrain je ne sais plus où. " Vous devriez savoir que, désormais, tous les terrains font 105m sur 68m ", avait lâché le roi d'Auxerre qu'on ne contredit pas ! Et effectivement, la Loi 1 impose des dimensions de 100m/110m sur 64m/75m pour les compétitions internationales : si bien qu'est né un consensus pour adopter les moyennes arithmétiques des dimensions d'origine, ainsi arrive-t-on partout au 105/68 du roi Roux ! Il faut donc le savoir : aucun match de football sur la Terre ne se dispute sur un terrain de 120m sur 90m,... c'est triste mais c'est comme ça ! En Belgique, l'URBSFA impose 105/110 sur 64/75 en D1, 100/110 sur 60/75 dans les autres divisions nationales, et 100/110 sur 55/75 en divisions inférieures. Cela signifie que, quand on descend dans la hiérarchie, on rencontre bien plus souvent des terrains moins larges que des terrains moins longs : comme si les moins doués avaient moins besoin d'espace pour écarter leur jeu ? Faudra que je trouve quelqu'un, à l'URBSFA, pour m'expliquer le fondement idéologique de tout ça : quelqu'un qui aura forcément de la largeur d'esprit. par Bernard Jeunejean" Ah, les règles du foot, quel grand roman d'aventures et d'action ! "