Quand un grand tour débute sans qu' Alberto Contador y participe, comme c'est le cas du Giro samedi, le siège de favori reste vide et un coureur comme Cadel Evans passe du statut d'outsider à celui de prétendant au trône. Le champion du monde s'est déjà trouvé à maintes reprises dans une situation idéale à la veille d'un grand tour mais jamais il n'a pu traduire cette chance en podium. Jamais il n'a figuré parmi les trois premiers. Chaque fois, Evans s'est battu pendant ...

Quand un grand tour débute sans qu' Alberto Contador y participe, comme c'est le cas du Giro samedi, le siège de favori reste vide et un coureur comme Cadel Evans passe du statut d'outsider à celui de prétendant au trône. Le champion du monde s'est déjà trouvé à maintes reprises dans une situation idéale à la veille d'un grand tour mais jamais il n'a pu traduire cette chance en podium. Jamais il n'a figuré parmi les trois premiers. Chaque fois, Evans s'est battu pendant trois semaines, attribuant toujours son échec à un moment fatal. Evans est frustré d'avoir toujours fait de la corde raide entre victoire et défaite. La dernière Vuelta illustre bien sa poisse. Un pneu crevé lui a sans doute coûté la victoire finale, confirmant l'Australien dans son idée que jamais il ne s'adjugerait un grand tour. Il a toujours considéré les autres comme une menace, comme en témoigne le coup de boule décoché à un cameraman au Tour, et il a fini par inclure son équipe dans le rang de ses ennemis. A peine un mois après son sacre mondial à Mendrisio, l'Australien a d'ailleurs claqué la porte de Silence-Lotto. Evans veut être le premier depuis Greg LeMond au Tour 1990 à remporter un grand tour sous le maillot arc-en-ciel. Une victoire au Tour, au Giro ou à la Vuelta est devenue une obsession et le stress qui l'accable en ces occasions le paralyse, comme on l'a vu au dernier Tour. Le sacre mondial a peut-être modifié ses états d'âme et lui permettra cette année de muer son obsession en rêve sain. La patience avec laquelle il a roulé la Flèche Wallonne a révélé une grande assurance, en tout cas. Pourtant, le Tour d'Italie est jonché d'obstacles. BMC, son équipe, constituera un sérieux handicap pour Evans. Jusqu'à présent, elle a été pour le moins médiocre et le dopage lui a fait perdre un précieux trio, dont Alessandro Ballan. En outre, où Evans va-t-il faire la différence dans ce Giro qui ne compte que 23 kilomètres de contre-la-montre sur le plat ? Il devra aussi résister à la terrible troisième semaine, dans les Dolomites. Le champion du monde ne supporte pas les changements de rythme en côte et ce n'est pas à 33 ans que l'Australien aura progressé en montagne. D'un autre côté, ce Giro pourrait se muer en tour des vétérans. Il suffit de parcourir la liste des principaux candidats à la victoire. L'ancien vainqueur du Tour, Carlos Sastre, a 35 ans et le redoutable duo de Liquigas, Ivan Basso et Franco Pellizotti, en a 32. Même Bradley Wiggins, qui prépare le Tour en Italie, est trentenaire. Cependant, avec une épouse d'origine italienne et un entraîneur transalpin qui lutte contre une tumeur au cerveau, Evans ne manquera pas de stimuli.