"A mon arrivée, les gens m'interpellaient ", se souvient encore Hassan El Mouataz. qui vient tout juste d'avoir 25 ans " Même les Marocains de Belgique me demandaient si j'étais le nouvel attaquant. Apparemment, ils n'avaient encore jamais vu de Marocain noir car même eux me prenaient pour un Nigérian, un Ghanéen ou même un Brésilien. Je les ai rapidement rassurés : je suis un footballeur marocain... Mais j'aime faire croire que j'ai la vitesse et la technique d'un Sud-Américain ".
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"A mon arrivée, les gens m'interpellaient ", se souvient encore Hassan El Mouataz. qui vient tout juste d'avoir 25 ans " Même les Marocains de Belgique me demandaient si j'étais le nouvel attaquant. Apparemment, ils n'avaient encore jamais vu de Marocain noir car même eux me prenaient pour un Nigérian, un Ghanéen ou même un Brésilien. Je les ai rapidement rassurés : je suis un footballeur marocain... Mais j'aime faire croire que j'ai la vitesse et la technique d'un Sud-Américain ". Trop sympa, Hassan explique que c'est sa première interview en français : " Je vais faire de mon mieux, même si cela me demande un sérieux effort ". " Je suis le seul de la famille à avoir eu la chance de pratiquer du sport de haut niveau, au FAR Rabat, le club de l'armée. On m'a envoyé dans son centre de formation. Réussir était un devoir. Une fois qu'on réussit, on est tranquille pour le reste de sa vie. Quand on y a acquis un certain statut, on voit tous ses problèmes réglés ". Car tout ne fut pas toujours facile pour sa famille : " Ma mère s'occupait de mes trois s£urs aînées et de mon frère cadet. Pour nouer les deux bouts, mon père s'est même exilé un certain temps en Libye, où il a travaillé comme réceptionniste dans un hôtel ". Dès ses six ans, El Mouataz a commencé à jouer avec les copains de son quartier, dans la rue. Le FAR Rabat l'a intégré à son académie de jeunes un an plus tard. " Nous vivions en internat et combinions école et football ", relève El Mouataz. " Au début, c'était pénible. Je souffrais de la solitude. Roberto Baggio était mon idole. Chaque Marocain est un dribbleur de nature, quelqu'un qui aime montrer ses trucs techniques. L'attaque prime. Il ne pense à la défense qu'en second lieu ". Ce ne sont pas les principes de base que le FAR Rabat lui a inculqués, pourtant : le club insistait sur la discipline et le respect mutuel, suite à l'influence française. " Mon premier entraîneur a été Monsieur Cluzeau, qui a été sélectionneur national dans les années 60 et 70. Un homme correct mais extrêmement sévère. Nous devions tout maîtriser dans les moindres détails, devenir de purs perfectionnistes ", se souvient-il. " J'étais un des plus petits. On m'a placé au milieu offensif, en numéro dix à l'ancienne, comme Mohamed Timoumi, le Footballeur Africain de l'Année 1985, qui n'habitait pas loin de chez nous. Je devais créer des ouvertures, plonger dans les brèches grâce à ma vitesse et marquer. C'était fantastique car je pouvais me livrer à fond ". En Juniors, il est devenu arrière gauche. Une mutation qui n'est pas passée inaperçue. Il a été entraîné trois ans par Alain Giresse et par l'actuel sélectionneur, Mhamed Fakhir. Il a obtenu sa chance en sélection olympique. El Mouataz est devenu une valeur sûre de l'équipe, à gauche du 3-5-2, en défense ou dans l'entrejeu : " Surtout grâce à ma vitesse et à mon passing mais aussi parce que je conserve bien la vision du jeu. J'ai besoin d'espaces et de nombreux contacts avec le ballon. Sinon, je suis malheureux. Giresse me parlait beaucoup, il me prédisait un bel avenir mais il voulait que je devienne plus combatif, que je lutte pour chaque ballon, que j'ose tacler. Trop longtemps, j'ai été un joueur trop propre, qui reculait dans les duels. J'ai saisi le message ". A 19 ans, Hassan El Mouataz a effectué un stage de deux semaines aux Emirats Arabes Unis. En vain car le FAR Rabat n'était pas disposé à le libérer de son contrat. Le joueur n'a pas relégué son rêve aux oubliettes. Il l'a concrétisé fin août 2005. Comme Ali Bouabe, son coéquipier défenseur aux FAR, il a rompu unilatéralement le contrat qui le liait au multiple champion du Maroc, et ils sont arrivés à Lokeren. " Tout le monde n'en a pas été heureux, j'en suis conscient, mais nous devions agir car la direction n'avait pas rempli ses devoirs financiers, qu'il s'agisse de notre salaire ou des crimes à la signature. Je me suis plaint à quatre reprises, sans être pris au sérieux. J'étais démoralisé, la coupe était pleine. Je ne supporte pas l'injustice. J'essaie d'être correct en toutes circonstances. Je souhaitais retrouver ma liberté. Mon c£ur saignait mais j'étais obligé de rompre ce contrat ". Il a eu un premier contact avec le FC Brussels mais Lokeren a embauché le duo jusqu'en 2009. Le FAR Rabat a déposé plainte auprès de la FIFA, exigeant une indemnité et a obtenu gain de cause mais le Sporting s'est pourvu en appel. Le jugement définitif sera prononcé en novembre. " Je suis très reconnaissant à l'égard de Monsieur WillyVerhoost, qui a réglé tous les problèmes, et du président RogerLambrecht ", commente El Mouataz. " Au lieu de sombrer dans le football amateur, je suis arrivé dans un vrai club pro. Nous sommes enfin rémunérés comme de vrais sportifs. Le FAR me versait une coquette indemnité mais ce n'était pas Byzance. Disons que c'était un contrat de jeunes amélioré. En tant qu'anciens élèves de l'académie, nous étions aussi employés comme entraîneurs des jeunes. Nous devions transmettre nos connaissances à nos cadets. C'est une expérience très enrichissante mais je voulais tenter ma chance comme professionnel ". El Mouataz qui n'a pu effectuer ses débuts à Lokeren que l'hiver dernier, face au RC Genk, a été un flop. Il a provoqué un penalty et a souffert face à Mirsad Beslija : " Tactiquement, j'en ai vu de toutes les couleurs. La vitesse d'exécution est nettement supérieure en Belgique mais en plus, j'ai dû assimiler les trajectoires de course et soigner mon jeu de position. J'ai vraiment dû serrer les dents durant les premiers mois ". Cette saison, sous la direction d' Ariel Jacobs, il est titulaire à l'arrière gauche. Le Marocain est très critique envers lui-même. " Je dois faire mieux. Comme l'équipe, je ne suis encore qu'à 80 % de mes possibilités. D'un point de vue strictement défensif, ça va mais je dois mieux exploiter ma vitesse sur le flanc. Je délivre trop peu de bonnes passes. Mon jeu de tête est perfectible également. Heureusement, le ramadan est achevé. A la fin, j'avais les jambes lourdes. Je manquais de force, j'étais fatigué ". Il ne trouve pas assez Predrag Filipovic, le milieu de terrain. " En effet, nous devons prendre davantage d'initiatives, laisser plus libre cours à nos qualités offensives et jouer en profondeur. Je parle beaucoup avec Besnik Hasi et Filip Filipovic. C'est un processus collectif car beaucoup de joueurs ne parviennent pas encore à exploiter leurs véritables qualités. Notre potentiel devrait pourtant nous permettre de nous arrimer confortablement dans le ventre mou. Nous devons patienter et tenter de résoudre le problème tous ensemble ". FRÉDÉRIC VANHEULE