B ertrand Laquait (29 ans) à Marseille, ce fut une des sagas de l'été dernier. L'OM était à la recherche d'un gardien pour remplacer Fabien Barthez pendant sa suspension en début de saison. Laquait était chaud mais les dirigeants marseillais n'avaient pas pu trouver d'accord financier avec Charleroi. Douze mois plus tard, c'est le Standard qui a pensé au Français pour combler le départ de Vedran Runje en Turquie. Dans ce cas aussi, les négociations ont duré. Les Liégeois étaient prêts à débourser la somme réclamée par le Sporting, mais c'est l'impossibilité de trouver un successeur valable à Laquait qui a fait traîner le dossier.
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B ertrand Laquait (29 ans) à Marseille, ce fut une des sagas de l'été dernier. L'OM était à la recherche d'un gardien pour remplacer Fabien Barthez pendant sa suspension en début de saison. Laquait était chaud mais les dirigeants marseillais n'avaient pas pu trouver d'accord financier avec Charleroi. Douze mois plus tard, c'est le Standard qui a pensé au Français pour combler le départ de Vedran Runje en Turquie. Dans ce cas aussi, les négociations ont duré. Les Liégeois étaient prêts à débourser la somme réclamée par le Sporting, mais c'est l'impossibilité de trouver un successeur valable à Laquait qui a fait traîner le dossier. En 2003, à l'occasion des cérémonies du centenaire du Sporting de Charleroi, Daniel Mathy a été élu gardien du siècle. Les votes de la presse avaient eu lieu au moment où Laquait n'avait encore joué que quelques matches avec les Zèbres. Qu'en serait-il si ce référendum se tenait aujourd'hui ? Depuis décembre 2002, Laquait a disputé 113 rencontres (1 but) avec Charleroi et a gagné un nombre incalculable de points. Pourrait-il détrôner le légendaire Mathy ? " Calme, calme, calme ", répond Mathy... " Il lui manque quelque chose pour mériter le titre de gardien du siècle à Charleroi : la durée. Il marque l'histoire du club depuis trois ans et demi, mais c'est trop peu. Les médias m'ont plébiscité parce que j'étais un meuble ici, parce que j'ai accumulé les saisons en équipe Première. Mais c'est clair que si on tient compte des qualités pures, Bertrand c'est vraiment le top. Je lui vois pas mal de points communs avec moi : il est simple, naturel, sympa, il a des contacts avec tout le monde, aussi bien avec les responsables du matériel qu'avec les supporters. Bref, c'est un gars du peuple qui oublie de se prendre au sérieux. Et évidemment, les prestations sont là aussi. Je l'ai encore vu franchir un palier depuis qu'il bosse avec Philippe Vande Walle. Je ne me souviens pas l'avoir vu souvent perdre des points avec Charleroi. Au niveau de la régularité, il me fait penser à Christian Piot. Il aurait sans doute déjà pu partir plus tôt dans un plus grand club, mais pour moi, il a bien fait de rester ici : le king au Sporting, c'est lui. Et c'est toujours mieux d'être dieu à domicile que nobody ailleurs. Il a le droit d'avoir un gros regret : sa nationalité. S'il était belge, il y a longtemps qu'il serait incontournable chez les Diables Rouges. Il serait en bagarre avec Silvio Proto pour la place de titulaire ". Si Bertrand Laquait était finalement parti à Marseille il y a un an, il serait presque certainement dans l'ombre aujourd'hui. Il connaissait les règles du jeu : il n'y aurait assumé qu'un dépannage pendant la suspension de Barthez. Mais quand on voit la saison que le divin chauve vient de réussir, avec la Coupe du Monde en apothéose, Laquait doit se réjouir que le transfert ait finalement capoté. Il est tellement trop bon pour cirer un banc, fût-ce dans un club mythique. " Laquait n'avait pas d'illusions à se faire ", fait remarquer Thierry Muratel, du quotidien La Provence. " Pour nous, ce n'était pas un grand nom et il n'avait aucune chance de prendre la place de Barthez dans la durée. Quand il a été cité à l'OM, nous nous sommes souvenus qu'il avait montré de bonnes choses avec Nancy avant de partir en Belgique. Mais ici, tout le monde le considérait simplement comme une solution de secours. Je suis même presque certain qu'il n'aurait pas joué en équipe Première car la direction le voyait comme un numéro 3, même pas comme un numéro 2. Il se serait enterré chez nous. Je ne veux surtout pas snober le championnat de Belgique, mais Laquait serait rentré en France par la petite porte et tout aurait été très difficile pour lui s'il était venu à l'OM ". Dominique D'Onofrio, le nouveau directeur sportif du Standard, est depuis longtemps sous le charme de Laquait. " Pour moi, les choses sont claires depuis qu'il a débarqué en Belgique : il a toujours figuré dans le Top 3 des gardiens de ce championnat ", lance-t-il. " Sa présence et sa régularité sont impressionnantes. Il ne doit pas lui manquer grand-chose pour s'inscrire dans la lignée des grands keepers du Standard. Je le place sur le même pied qu'un Vedran Runje. Il a l'expérience, la maturité, il prend des points pour son équipe. Bref, il vaut un club comme le Standard. Il était tout à fait normal que notre club se mette sur sa piste, d'autant que nous avions la garantie que son adaptation serait immédiate. Il connaît bien notre championnat. Ce n'est pas le gars qui vient d'arriver et qui aurait tout à découvrir de son nouvel environnement ". Laquait fut deux fois pressenti pour des honneurs de notre foot : le Soulier d'Or et le trophée de Gardien de l'Année. Les deux fois, il est passé à côté de la récompense. Tout aurait-il été plus facile pour lui s'il avait joué dans un plus grand club que Charleroi ? Et aurait-il déjà quitté le Sporting pour une plus grande équipe il y a un an ou deux s'il avait obtenu un de ces prix ? " C'est difficile à dire ", répond D'Onofrio. " Il a sans doute été déçu qu'on ne le plébiscite pas, mais avouez que la concurrence était solide. Rien qu'au niveau des gardiens, il a eu Proto et Runje sur sa route : c'est du costaud. Mais je répète qu'il a toujours figuré dans le Top 3 depuis qu'il est en Belgique : c'est une autre sorte d'exploit, ça veut dire qu'il est parfaitement régulier. Laquait est un gars qui ne doit rien à personne, il n'a jamais pu compter sur des circonstances favorables pour être au niveau où il se trouve aujourd'hui ". Comment estimer la valeur de Laquait sur le marché des transferts ? Tentative de réponse avec un agent de joueurs, Nenad Petrovic : " D'abord, je rappelle que les gardiens ne sont pas un bon business pour les agents. On peut faire des affaires en or avec un bon attaquant, mais les deals sont beaucoup moins juteux avec de bons gardiens. Parce qu'il y en a beaucoup qui se valent, à peu de choses près. On trouve peu de très grands gardiens mais énormément de grands. Alors, les prix se tassent forcément. Sur le marché belge, Laquait doit valoir entre 600 et 700.000 euros, sûrement pas plus. C'est la norme pour un gardien de son niveau qui a encore deux ans de contrat dans son club. La Louvière a vendu Michaël Cordier au Brussels pour 400.000 euros. Proto était parti à Anderlecht pour 750.000 euros. Le Standard a vendu Runje en Turquie pour 1 million, mais la différence s'explique évidemment par le changement de championnat. Un club étranger pourrait aussi offrir 1 million pour Laquait, mais qui est prêt à le faire ? Eventuellement une équipe française, vu qu'il a un passé dans ce pays. Mais ailleurs ? Charleroi a trop peu d'exposition, et surtout, la baisse de niveau de notre championnat a fait chuter les prix de tous les joueurs. Il y aura toujours des exceptions pour quelques stars comme Vincent Kompany. Mais elles sont de plus en plus rares. Si Christian Wilhelmsson avait réussi avec un club français ou italien ce qu'il a fait à Anderlecht, ce n'est pas 3 millions qu'il vaudrait, mais 7 ou 8 fois plus. Auxerre n'a offert que 1,3 million à Mouscron pour Luigi Pieroni alors que c'était notre meilleur buteur : c'est révélateur. Et un Soulier d'Or ne change rien à l'affaire. Laquait ne vaudrait pas plus s'il l'avait gagné. Le meilleur exemple récent, c'est Sergio Conceiçao : il a eu le Soulier d'Or en janvier mais il est toujours au Standard, aucun bon club européen ne s'est intéressé à lui cet été. Pour en revenir à Laquait, la Belgique a aussi perdu sa tradition de très bons gardiens, c'est un autre élément qui joue dans les calculs. On ne vient plus chez nous, comme autrefois, en pensant que la Belgique est une terre de gardiens extraordinaires. Tomislav Butina ne se serait jamais retrouvé à l'Olympiacos s'il n'avait pas été gratuit : ce club a estimé qu'il ne prenait pas de risque vu qu'il n'y avait pas d'indemnité de transfert à payer, mais il n'aurait jamais mis le paquet pour ce gardien. Le prix de Laquait serait différent si Charleroi avait joué en Coupe d'Europe : cette exposition fait directement gonfler les prix. Il ne serait alors plus simplement une bonne valeur belgo-belge mais un vrai gros poisson. A ce moment-là, il aurait pu rêver de l'Angleterre, par exemple, où le niveau moyen des gardiens est très faible. Geert De Vlieger en a profité quand il a signé à Manchester City : qu'un gars de ce niveau signe dans un club aussi prestigieux était révélateur du malaise en Angleterre. Quand on voit que Shaka Hislop a été considéré comme un bon gardien là-bas... Ce gars a deux mains gauches mais il a eu sa place à Newcastle ". PIERRE DANVOYE