On attend encore de nouveaux grands noms dans le vestiaire de Neerpede. Le mercato mauve est jusqu'ici frileux, comme celui de la plupart de nos équipes. Le club a décidé de reconstruire en commençant par le sommet de sa pyramide. Que faut-il attendre de cette grande révolution ? Tentatives de réponses.
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On attend encore de nouveaux grands noms dans le vestiaire de Neerpede. Le mercato mauve est jusqu'ici frileux, comme celui de la plupart de nos équipes. Le club a décidé de reconstruire en commençant par le sommet de sa pyramide. Que faut-il attendre de cette grande révolution ? Tentatives de réponses. Dans les interviews qu'il a accordées depuis son entrée en fonction comme CEO, Karel Van Eetvelt utilise le terme " stabilité " à toutes les sauces. Et clairement, il est temps que le club se pose. Marc Coucke a déjà tout essayé : des entraîneurs, des directeurs sportifs, des personnes dont on n'a jamais vraiment compris le rôle ( Pär Zetterberg, Frank Arnesen). On ne compte plus les C4 qu'il a distribués depuis son rachat. Et ça lui a coûté un pont. On parle de 700.000 euros pour Hein Vanhaezebrouck, près de 1,7 million pour Herman Van Holsbeeck, 400.000 pour Luc Devroe, 600.000 pour Arnesen, 340.000 pour Zetterberg - publiquement qualifié d'erreur de casting. Dans le magazine flamand Humo, Coucke a avoué : " Depuis que je suis à Anderlecht, j'ai dû virer plus de gens que depuis mes débuts dans le monde entrepreneurial. " On a aujourd'hui l'impression, avec les trois nouvelles têtes, qu'il y a enfin une vraie structure. Le président Wouter Vandenhaute, le CEO Karel Van Eetvelt, le directeur sportif Peter Verbeke. " Dans l'ancienne structure, on voyait que tout le monde faisait un peu de tout et aussi des gens qui ne faisaient pas grand-chose ", nous explique un insider du Sporting. " Dans les recrutements que Coucke a faits au début, il y en a qui s'expliquaient par son inexpérience, son manque de connaissance du foot. Faire venir Devroe et lui demander de faire à Anderlecht ce qu'il avait fait à Ostende, c'était un mauvais casting. Après ça, il y a eu des recrutements bling-bling, pour calmer les gens. On n'a jamais su ce que Zetterberg était censé faire. Et Arnesen était en fin de parcours, son carnet d'adresses ne ressemblait plus à grand-chose. Aujourd'hui, ça semble quand même beaucoup plus pro. Il ne faut pas en raconter à Vandenhaute, il connaît le monde du foot. Van Eetvelt vient du monde de l'entreprise, il évoluait à un très haut niveau. Et Peter Verbeke est le coming man dans le domaine du recrutement de bons joueurs. Il faut simplement voir si un bon scout peut subitement devenir un directeur sportif efficace. " Le même observateur a toutefois l'une ou l'autre réserve. " Coucke a fait un pas de côté, officiellement. Mais est-ce qu'il s'est vraiment retiré de la gestion ? Il risque de dire qu'en tant que propriétaire, il a toujours son mot à dire au moment de prendre les grandes décisions. Et puis il y a toujours les questions autour de Vincent Kompany. Lui aussi, comme Coucke, a voulu tout faire. Qu'est-ce qu'on lui a laissé comme responsabilités entre-temps ? " Une question pertinente quand on constate que, depuis sa nouvelle indisponibilité, Kompany a recommencé à coacher l'équipe en matches de préparation. Dans la bagarre entre Wouter Vandenhaute et Paul Gheysens d'un côté, Marc Coucke de l'autre, pour racheter Anderlecht aux Vanden Stock, Michael Verschueren avait choisi son camp : celui de Coucke. L'arrivée de Vandenhaute, il y a quelques mois, ce n'était pas bon pour lui. On peut voir dans son soutien à Coucke, en 2017, les germes de sa mise sur une voie de garage. Une bête inimitié entre personnes. Mais il n'y a pas que ça. Si Mister Michael n'a plus qu'un rôle très secondaire aujourd'hui, c'est sans doute aussi et surtout parce qu'il n'a pas fait mieux que Luc Devroe au niveau du recrutement. Faire venir des bons joueurs pas trop chers, ça ne lui a pas réussi. Faire partir des joueurs moyens qui coûtent bonbon, ça n'a pas trop marché non plus. Out : Michael Verschueren. In : Peter Verbeke. La scène remonte au mois de mai 2011. Margarita Louis-Dreyfus veut vendre les 70% de parts qu'elle détient au Standard. Lucien D'Onofrio, qui a 20%, est incapable de les racheter, il décide donc qu'il quittera le club dès que la veuve de Robert aura finalisé sa vente. Il n'a pas l'intention de rester en n'ayant plus rien à décider. On enquête, un soir de match à Sclessin, pour tenter de connaître l'identité de celui qui enlèvera le morceau. Dans la salle de réception, on pose quelques questions à Pierre François, associé de D'Onofrio à la tête du Standard. Il nous met, plus ou moins innocemment, sur une piste : " Passe quand même un coup de fil à Wouter Vandenhaute. " Renseignements pris, l'homme n'est pas intéressé. Quelques années plus tard, il est contacté par Michel Preud'homme, à la recherche de nouveaux actionnaires pour redresser les finances du Standard. Là encore, Wouter Vandenhaute décline. Tout ça parce qu'il n'y a qu'un club belge qui l'a fait rêver : Anderlecht. Il échoue dans son rachat, en association avec Paul Gheysens, en fin d'année 2017. Mais il continue à tenir le Sporting à l'oeil. Ainsi, en 2018, alors qu'il n'a toujours aucun lien officiel avec les Mauves, il rédige un rapport sur le thème d'un nouveau mode de fonctionnement de son Anderlecht. Le dernier exercice comptable a révélé une perte d'exploitation de 27 millions. L'année précédente, c'était 6,3 millions. Et Marc Coucke a déboursé 80 millions pour acheter le club. Au niveau des rentrées, les prévisions pour la saison à venir ne sont pas enthousiasmantes. Les revenus du ticketing (loges et business seats inclus) représentent entre 25 et 30% du budget, et on ne sait pas quand les spectateurs pourront retourner dans les stades. Il n'y aura pas non plus de rentrées européennes. Au moment où il est arrivé, Wouter Vandenhaute s'est déclaré " choqué par la situation financière. " Van Eetvelt parle d'un " résultat dramatique " quand il évoque la dernière année comptable. C'est tenable aussi longtemps que les investisseurs privés ne réclament pas leurs billes. Il a donc fallu trouver des solutions. Une augmentation de capital de trente millions a eu lieu il y a un an et demi, une autre a été programmée entre-temps. Vandenhaute et Kompany ont injecté chacun trois millions. La suite, c'est un boulot pour Verbeke et Van Eetvelt. Le premier a pour mission de dégraisser au plus vite le noyau XXL, il devrait encore faire partir une quinzaine de contrats pros. Le second s'affaire pour revenir à une certaine sagesse au niveau des montants de transferts et des salaires. Il a prévenu qu'il n'était plus question de lâcher huit millions pour acquérir un nouveau joueur (comme pour Michel Vlap) et de consacrer trois millions annuels à un Mauve (comme pour Adrien Trebel). Il signale qu'il essaie aujourd'hui de corriger les grosses erreurs du passé. " Les bons joueurs continueront à être bien payés à Anderlecht, mais ce sera moins qu'avant ", a-t-il déclaré dans Knack. Et il résume dans Het Laatste Nieuws : " Le premier souci est de rendre le club sain financièrement. L'alternative, c'est la faillite. " Concrètement, les négociations avec les agents obéissent dorénavant à un cadre très strict. Le club dit combien il peut donner, et si l'agent veut plus, la négociation s'arrête sur-le-champ. Van Eetvelt, qui arrive du secteur bancaire, signale qu'il a une trentaine d'années d'expérience dans la négociation avec le monde politique et les syndicats, et que ça lui est bien utile dans sa nouvelle fonction. Le nouveau CEO décrit le système des transferts comme une forme de traite d'êtres humains et le football comme un des derniers milieux où on autorise la vente de personnes. Il s'explique à ce propos dans Het Laatste Nieuws : " L'arrêt Bosman a été un premier avertissement, mais le milieu s'est adapté et a mis en place un système encore pire. Mais je ne suis pas naïf, je sais que dans le business model d'aujourd'hui, un club est déficitaire s'il ne réalise pas des plus-values sur des joueurs qu'il a formés ou achetés. Si vous ne voulez pas jouer ce jeu-là, vous avez besoin d'un cheikh très riche. Mais le fair-play financier ne l'autorise même plus. C'est marrant de constater que les bonnes intentions du fair-play financier nous obligent à faire une traite d'êtres humains réglementée pour pouvoir nous en sortir. Donc, on continue, nous aussi, mais ça ne doit pas empêcher le monde du football de réfléchir à d'autres solutions. Aux États-Unis, il n'y a pas de transferts payants. C'est donc la preuve que ça peut fonctionner. La finalité du sport professionnel américain est de gagner de l'argent en vendant un spectacle. La finalité du football européen est de gagner de l'argent en commercialisant des chameaux. " Et puis il s'interroge sur l'origine des fonds de certains clubs, ajoutant que dans le secteur bancaire où il était encore actif tout récemment, l'image du football belge est catastrophique. Il plaide pour une plus grande transparence. Il est prêt à s'engager dans ce combat au sein de la Pro League, c'est un de ses objectifs à plus long terme, dès qu'il aura remis Anderlecht sur les bons rails. Dries Belaen est inconnu du grand public. Mais son passage récent à Anderlecht est un signal. Il était responsable du scouting pour l'académie du Club Bruges. Peter Verbeke est allé le débaucher là-bas. Chez les Mauves, il travaillera directement pour le noyau pro, au sein de la cellule de scouting. Ce n'est sans doute pas un hasard si le Sporting a puisé chez un rival historique pour se renforcer. Le nouveau trio d'hommes forts du club s'est mis en tête de réduire l'avance prise par le Club ces dernières années. Et c'est parfois tendu. Au début de la crise du coronavirus, Anderlecht avait demandé une répartition, entre les différentes équipes belges, d'une partie des bénéfices de la Ligue des Champions. Bruges était directement concerné. Vincent Mannaert avait réagi publiquement, dénonçant la demande d'aumône des Bruxellois. Et au sommet des deux pyramides, on a deux hommes qui entretiennent une vieille rancoeur. Quand il envisageait la construction d'un gigantesque complexe commercial à Bruxelles, Bart Verhaeghe avait été contré par l'Unizo, l'union des entrepreneurs indépendants. Dont l'administrateur délégué était Karel Van Eetvelt. " À l'époque, Verhaeghe m'a visé personnellement ", dit Van Eetvelt à Het Laatste Nieuws. " Il avait beaucoup à perdre et c'est un gars émotionnel. Il fait du bon boulot à Bruges. Mais on va lui mettre le feu aux fesses, avec grand plaisir. "