D'accord, après la victoire de la Bosnie-Herzégovine en Estonie (0-2) qui la sacrait définitivement deuxième du groupe 5, la rencontre entre la Belgique et la Turquie était subitement dégradée au rang d'une simple joute amicale de prestige. Le coach adverse, Fatih Terim, abondait d'ailleurs en ce sens, au terme des nonante minutes, en arguant que ses joueurs avaient encaissé un coup de massue dès avant le match. Mais il n'empêche que face à un opposant dont les diverses composantes émargent à ce qui se fait de mieux au pays (Galatasaray, Besiktas, Fenerbahçe) ou à l'étranger (Bayern Munich, Borussia Dortmund, Schalke 04), les Diables Rouges ont très agréablement surpris sous la direction de leur nouveau coach, Dick Advocaat.
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D'accord, après la victoire de la Bosnie-Herzégovine en Estonie (0-2) qui la sacrait définitivement deuxième du groupe 5, la rencontre entre la Belgique et la Turquie était subitement dégradée au rang d'une simple joute amicale de prestige. Le coach adverse, Fatih Terim, abondait d'ailleurs en ce sens, au terme des nonante minutes, en arguant que ses joueurs avaient encaissé un coup de massue dès avant le match. Mais il n'empêche que face à un opposant dont les diverses composantes émargent à ce qui se fait de mieux au pays (Galatasaray, Besiktas, Fenerbahçe) ou à l'étranger (Bayern Munich, Borussia Dortmund, Schalke 04), les Diables Rouges ont très agréablement surpris sous la direction de leur nouveau coach, Dick Advocaat. L'espace d'un match, on ne peut pas moins s'en départir de l'impression qu'un vent nouveau souffle sur notre équipe représentative. Pour la première fois, au Heysel, celle-ci n'était d'ailleurs constituée, en début de match, que de joueurs actifs en dehors de nos frontières. D'autre part, le système en 4-3-3, de même que la discipline et l'enthousiasme de tous les instants, contrastaient singulièrement avec les sacro-saintes habitudes du passé. Un petit tour d'horizon. En raison de la non-sélection, sans doute définitive, de Timmy Simons, les Diables ont dû se doter d'un nouveau capitaine. Et c'est sur Thomas Vermaelen que le coach a jeté son dévolu. Normal, dans la mesure où le transfuge d'Arsenal respire la grande forme depuis son arrivée chez les Gunners. Intransigeant derrière, l'ex-Ajacide se double aussi d'un artilleur de choix puisqu'il a déjà scoré à 5 reprises depuis son arrivée à l' Emirates Stadium. La surprise du chef, dans le cas qui nous préoccupe, c'est sa titularisation à la place de back gauche alors qu'il brille dans l'axe en Angleterre. Mais c'est vrai qu'à l'Ajax, il avait déjà rempli ce rôle, tout comme il y avait assumé également, au demeurant, les fonctions de meneur d'hommes auprès de ses partenaires. Les 2 autres faits marquants, en matière de choix, auront été les débuts, d'entrée de jeu, de Logan Bailly dans le but et de Roland Lamah sur les flancs, alors qu'on attendait plutôt Jean-François Gillet et Eden Hazard dans ces secteurs. Pour le premier, aux qualités plus ou moins équivalentes que le portier de Bari, c'est vraisemblablement le facteur jeunesse qui a prévalu (23 ans contre 30). Dans le cas du deuxième, Dickie s'en est remis essentiellement à son feeling. Bien vu, car le Manceau fut à la base du premier but signé par Emile Mpenza. Ici aussi, c'est l'impression laissée pendant les entraînements qui a dicté sa présence dans le onze de base. Scouté à Sion par le bigboss en personne, la mission s'était résumée à un fiasco : le cadet des brothers n'étant monté au jeu qu'en fin de rencontre. Nonobstant les avatars du même joueur en Arménie, Advocaat n'a voulu finalement retenir que ce qu'il avait vu de ses propres yeux lors des quelques séances de préparation dispensées sous ses ordres. Advocaat n'en avait pas fait mystère : face aux Turcs, il comptait jouer en 4-3-3 avec 3,5 éléments offensifs au départ. Contrairement à ses prédécesseurs, toujours habiles lorsqu'il fallait jeter de la poudre aux yeux, il a bel et bien respecté ses dires avec trois hommes en front de bandière ( Kevin Mirallas, Mpenza et Lamah) soutenus par Moussa Dembélé, qui officiait pour la circonstance en numéro 10. Un système pour le moins audacieux s'il en est, et même quasiment surréaliste chez les Diables Rouges quand on songe à la prudence en vigueur précédemment, mais que Dickie a balayé de la main par sa seule faculté de persuasion. Car pour que cette inclination soit rentable, il convient évidemment de disposer dans les couloirs de joueurs capables non seulement de déborder leur adversaire direct mais aussi de le gêner en cas de montée. A cet égard, le Néerlandais a tapé dans le mille avec ses options. Car les trois " Français ", Mirallas et Lamah d'abord, puis Hazard en fin de mach, se seront révélés des plus percutants dans tous leurs face-à-face. Le Lillois fut d'ailleurs à deux doigts de parapher un but après avoir roulé son garde-chiourme Gokhan Gonul complètement dans la farine. En outre, le trio joua à la perfection son rôle d'enquiquineur sur les montées du même Gonul sur le flanc droit et de Hakan Balta à gauche. A diverses reprises, on a pu voir le Stéphanois et le Manceau revenir loin dans leur camp pour soulager leurs coéquipiers. Le seul petit bémol, aux avant-postes, aura été le rendement du 4e homme, Dembélé. On sait que celui-ci n'apprécie rien tant qu'une mission sur l'aile, indépendamment à gauche ou à droite, au lieu d'une mission dans l'axe. Le fer de lance de l'AZ, sans démériter, ne fut pas alimenté à profusion, alors que c'est vers lui, en général, que convergent toujours la plupart des ballons. Dickie en était parfaitement conscient après coup, mais il n'en avait cure. Pour lui, l'intérêt collectif primera toujours l'individuel. Et la discipline passe avant tout. Chez l'entraîneur hollandais, elle ne constitue pas un vain mot. On en a d'ailleurs eu un aperçu dès avant son entrée en fonction, sur le terrain, mardi dernier. Pour avoir eu la langue trop pendue et s'être épanché sur le sort de Stijn Stijnen, l'entraîneur des gardiens, Francky Vandendriessche, a été mis à pied immédiatement sur ordre de Dickie, sans qu'un quelconque comité soit amené à se prononcer sur son cas. Le coach des Diables eût aimé aussi peser de tout son poids dans le dossier concernant Marouane Fellaini et, en définitive, il aura obtenu partiellement gain de cause : si le joueur loupe le déplacement en Estonie suite à l'extraction de ses dents de sagesse, il est normal également, à ses yeux, qu'il fasse l'impasse sur la prochaine rencontre d'Everton et il s'est clairement prononcé en ce sens. L'ex-Rouche ne doit plus redouter, cependant, l'oubli de sa cravate : son port a été aboli par le nouvel homme fort, qui préfère les chemises à col ouvert. Mais gare aux GSM et autres Ipods qui, eux, ne peuvent être utilisés que dans l'intimité des chambres et nulle part ailleurs. Sur le terrain aussi, Advocaat aime que les choses soient claires. Pour lui, à l'encontre de ses devanciers, un 4-3-3 est censé le rester en toutes circonstances. Aussi, quand Dembélé, insuffisamment approvisionné à son goût, se permettait un repli un peu trop prononcé pour quémander le ballon, il était chaque fois rappelé à l'ordre par le coach, qui l'exhortait de rester devant. Idem pour Lamah qui, soucieux de bien faire, avait à c£ur de prêter main forte à la défense sur chaque corner ou coup franc des Turcs. D'un vigoureux geste du bras, le Manceau fut sans cesse prié par le coach de reprendre sa place aux abords de la ligne médiane, au côté de Mpenza. D'un bout à l'autre, le coach hollandais insista aussi pour que ses ouailles offrent toujours une solution à l'un ou l'autre de leurs partenaires, même s'il fallait transiter par l'arrière. Il en résulta des mouvements en triangle, souvent en une touche de balle, où trois, quatre, voire même davantage de joueurs étaient impliqués. Le genre de scène qu'on n'avait plus vu depuis longtemps chez nos internationaux. Des Diables Rouges qui font la fête, à onze, Bailly compris, à Mpenza, après le second but, c'est un autre tableau dont le public belge avait été allégrement privé ces derniers mois. Signe d'un renouveau manifeste à l'échelon de l'ambiance entre les joueurs. Du capitaine à son dauphin, Daniel Van Buyten, en passant par Jan Vertonghen et Nicolas Lombaerts, tous mettaient en exergue, sitôt le match terminé, l'esprit d'entraide qui avait animé tout le monde sur le terrain. La volonté de bien faire provoqua d'ailleurs, de temps en temps, des situations cocasses. Comme ce télescopage, aux environs de la demi-heure de jeu entre Gill Swerts, Van Buyten et Fellaini, qui allaient tous au ballon au même moment. Que dire aussi du travail de sape livré par nos ailiers sur les flancs. Le contraste était saisissant par rapport au dernier match en Arménie. A Erevan, c'était chacun pour soi. Et encore, car quelques-uns n'étaient même plus motivés à l'idée de porter les couleurs nationales. Dickie aura eu le mérite de jouer au grand rassembleur et d'inculquer un spirit qu'on pensait perdu à tout jamais. Les événements auront peut-être joué en notre faveur. D'un côté, chaque Diable avait beaucoup à se faire pardonner et, sous la houlette d'un nouveau sélectionneur, il n'était sans doute pas anormal qu'ils prêchent tous le bon exemple. D'autre part, la Turquie était peut-être aussi l'adversaire idéal pour se remettre en selle, vu qu'elle n'avait plus rien à espérer lors de cette campagne qualificative et que ses éléments jouèrent souvent à un rythme de sénateur. Mais ne boudons pas notre plaisir : tout ça est de bon augure avant le deuxième rendez-vous de l'ère Advocaat à Tallinn.l par bruno govers