L'heure H approche. Dimanche prochain, Leif Hoste aura une nouvelle chance d'expulser ses frustrations. La plus belle course flamande se mue pour certains en cauchemar. Hoste a déjà terminé trois fois à une ingrate deuxième place. " Comme on dit chez nous, c'est à se taper la tête contre le mur ". Pourtant, cela ne fait pas rire Leif Hoste.
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L'heure H approche. Dimanche prochain, Leif Hoste aura une nouvelle chance d'expulser ses frustrations. La plus belle course flamande se mue pour certains en cauchemar. Hoste a déjà terminé trois fois à une ingrate deuxième place. " Comme on dit chez nous, c'est à se taper la tête contre le mur ". Pourtant, cela ne fait pas rire Leif Hoste. Il est marqué au fer rouge de la déception. " Ces deuxièmes places m'ont déçu mais pas autant que l'accessit de la dernière édition. Ce qui s'est produit dans les derniers mètres a vraiment été terrible. Je sais que cela ne doit pas devenir une obsession mais cela me trotte encore en tête. Je regretterai cette finale toute ma vie. Plus le Ronde approche, plus ce sentiment croît en moi ". Cette claque aurait pu avoir des répercussions mentales. Hoste avait abattu l'essentiel du travail : les favoris, TomBoonen et FabianCancellara, étaient largués. Alessandro Ballan, son compagnon d'échappée, avait remporté les Trois Jours de La Panne mais il ne s'était pas encore adjugé de grande classique. Il n'avait pas encore humé le parfum de la victoire à Meerbeke, contrairement à Hoste. Cette expérience ne fut d'aucune utilité au Flandrien. L'Italien fut un rien plus fort au terme d'un sprint âprement disputé. Pour la troisième fois, Hoste échouait à quelques centimètres. Mais ça ne l'a pas incité à travailler son sprint final de manière spécifique : " Ce n'est pas là que le bât blessait lors de l'édition précédente ", juge le coureur de 30 ans. " J'ai commis une petite erreur durant le sprint mais ce jour-là, je me suis aussi frotté à un coureur fantastique, qui tenait la grande forme. Au début de l'assaut final, j'ai pris trois longueurs d'avance. Sur 50 coureurs, peut-être en trouverez-vous trois qui auront assez de ressources mentales pour se battre et revenir. Ballan est de cette trempe. J'éprouve un profond respect pour le caractère qu'il a affiché. Je ne dois pas me reprocher ce sprint ". Il s'est ensuite effondré contre une barrière Nadar, devant toutes les caméras. Le public flamand raffole de pareil engagement. Hoste a conquis les c£urs ce jour-là et a sans doute acquis plus de renommée que le vainqueur. Malgré l'échec de l'année dernière, Silence-Lotto croit fermement dans les chances de Leif Hoste. " Normalement, il devrait être meilleur que l'année dernière ", affirme le manager, Marc Sergeant. " Il n'a pas connu de césure dans sa préparation, cette année. Leif a suivi le programme que nous lui avons concocté. Il roule avec beaucoup de souplesse ". Hoste enchaîne : " Cet hiver a été nettement meilleur que le précédent. N'oubliez pas que, durant la préparation 2007, j'avais lourdement chuté à deux reprises. Je n'ai jamais cherché d'excuses car un leader n'en a pas le droit. Cela a contrarié ma préparation mais finalement 2007 s'est bien passé même si j'espère avoir plus de réserves cette saison ". Silence-Lotto n'a pas encore impressionné en tant qu'équipe. Hoste s'est retrouvé seul dans la finale du Circuit Het Volk comme dans celle de Kuurne-Bruxelles- Kuurne. Il ne s'est pourtant pas fâché, dans le bus de l'équipe. " Cela n'était peut-être pas visible, j'avais bénéficié d'un excellent soutien de l'équipe jusque-là.. Je n'ai pas couru un mètre dans le vent jusqu'à la zone de vérité. Je m'estime heureux de pouvoir compter sur une équipe pareille. Mes coéquipiers connaissent les courses flamandes comme moi et ils savent exactement ce qu'ils doivent faire à chaque moment. Dans ces conditions, il est facile d'être leader. Les critiques qui ont fusé après le week-end d'ouverture étaient injustifiées. L'équipe a accompli un travail fantastique au Volk comme à Kuurne. Le seul inconvénient est que nous étions privés d'un autre pilier, Greg Van Avermaet ". Marc Sergeant : " Ce problème devrait être résolu puisque les derniers doutes quant à la santé de Greg se sont dissipés. Il a roulé un beau Milan-Sanremo. Nous sommes convaincus qu'il tiendra sa place, dans des limites réalistes, bien sûr. Je répète ce que je disais pendant l'intersaison : nous ne pouvons pas encore attendre de Greg qu'il remporte le Tour des Flandres. Il est encore trop jeune et il vient de connaître des problèmes de santé. J'attends de Greg qu'il roule attentivement, qu'il aide Leif aussi longtemps qu'il le peut et pour le reste, qu'il apprenne. Il doit investir ". Parlons des favoris du Ronde. Hoste figure en tête de liste, avec trois deuxièmes places en quatre ans. Le citoyen de Maldegem préfère écarter la suggestion : " Sur base de leurs derniers résultats, d'autres coureurs sont en droit de revendiquer ce statut. Laissez les Cancellara prendre la course en mains. Tant que je roule en tête en fin de course, peu m'importe qui est bombardé grandissime favori. Je pense que ce sera une lutte entre les noms habituels : Boonen, Ballan, Cancellara... De telles classiques ménagent peu de surprises ". Etrangement, Boonen semble susciter des interrogations. Dans les pronostics, son nom apparaît moins fréquemment que l'année dernière. " Je le constate comme vous ", remarque Hoste. " Beaucoup de gens ont apparemment l'impression que Tom est moins fort que la saison passée. Je n'en crois rien, franchement. D'accord, il n'a pas décroché la moindre victoire à Tirreno-Adriatico mais qu'est-ce que cela prouve ? Comme moi, il a roulé intelligemment. Pourquoi faudrait-il toujours assumer des risques dans les courses que nous ne devons pas vraiment gagner ? J'ai tiré des leçons de mes deux chutes l'année dernière : pendant la préparation, ce n'est pas plus mal de rouler prudemment. Je me suis défait de mon côté fougueux ". A quoi ressemblerait la course idéale pour Hoste ? " Elle serait identique à celle de la saison passée, à l'exception des derniers mètres ", répond-il avec un large sourire. " En fait, j'ai roulé le Ronde idéal en 2007. C'est étrange de le constater après coup. Il ne s'est rien passé pendant la course, ce qui n'est pas évident sur un parcours pareil. L'équipe a développé un bon train et m'a parfaitement placé au pied du Mur de Grammont. Il s'en est fallu d'un rien ". Ne rêve-t-il pas d'une longue échappée en solitaire ? " Ce serait merveilleux mais on ne peut jamais programmer pareil scénario, certainement pas au Tour des Flandres ". Stijn Devolder vient d'effectuer une déclaration intéressante. A l'en croire, nul n'a un tel naturel, une telle élégance sur les pavés que son ancien coéquipier, Leif Hoste. C'est un beau compliment de la part d'un coureur comme Devolder. Selon Hoste, quelle est l'arme secrète d'un spécialiste des pavés ? " Il faut rouler de la manière la moins inconfortable possible. C'est quelque chose qu'on doit sentir, je ne pense pas qu'on puisse s'exercer. Il faut estimer le parcours en un clin d'£il et se laisser guider par le vélo. C'est un peu comparable aux portions boueuses du cyclocross. Il faut posséder un certain instinct pour s'en sortir le plus vite possible. Celui qui s'entête à y rouler vole dehors. C'est une question d'assurance et d'audace. Je me sens bien sur les pavés, même s'ils sont en mauvais état ". Marc Sergeant opine. " C'est inné chez Leif. De ce point de vue, je le compare à Johan Museeuw. Il était aussi capable de rouler comme si son vélo était dirigé par une commande à distance ". Hoste doit être enchanté que le Koppenberg ait réintégré le parcours, après une absence d'un an : " Je ne veux pas surestimer l'importance du Koppenberg. Selon moi, la météo jouera un rôle bien plus crucial. Savez-vous que je n'ai encore jamais couru le Tour des Flandres sous une pluie battante ? Et que se passera-t-il s'il neige, comme la semaine dernière ?"Enfin, la question la plus importante : à quel point Hoste a-t-il envie de gagner le Tour des Flandres ? " Cela ne tourne pas à l'obsession mais je n'en suis pas loin. Néanmoins, ce jour-là, je me tiens différemment sur le vélo. Je n'ai pas la même énergie pour Milan -Sanremo, même si c'est une course merveilleuse aussi. Je serais frustré si je ne remporte jamais le Ronde à cause de mes nombreux accessits mais je ne veux pas que ça devienne une fixation. La saison ne se limite pas au Tour des Flandres. Je vais m'y livrer à 100 % mais si j'échoue, Paris-Roubaix peut constituer une belle compensation ". l par jef van baelen