Les footballeurs ne sont pas toujours capables de s'autoévaluer. Quand Johan Boskamp entraînait Anderlecht, il avait divisé son noyau en deux catégories car, disait-il, il y avait des joueurs-clefs et des porteurs d'eau. Un joueur avait levé le doigt pour demander à quelle catégorie il appartenait.
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Les footballeurs ne sont pas toujours capables de s'autoévaluer. Quand Johan Boskamp entraînait Anderlecht, il avait divisé son noyau en deux catégories car, disait-il, il y avait des joueurs-clefs et des porteurs d'eau. Un joueur avait levé le doigt pour demander à quelle catégorie il appartenait. Les Diables Rouges qui veulent occuper un rôle central ne manquent pas. L'entrejeu fourmille de talents. Mais la tâche se complique quand des serviteurs doivent se muer en leaders. Le constat n'est pas neuf : il est difficile de se passer d'Eden Hazard et surtout de Kevin De Bruyne. Parce que Hazard démantèle les défenses par ses actions et que De Bruyne assure une circulation rapide du ballon. C'est surtout ce qui a fait défaut contre les Grecs. Rejeter la faute sur le mauvais état du terrain est très facile. En première mi-temps surtout, les Diables rouges ont été stériles et ennuyeux. Ils ont trop porté le ballon, ils manquaient d'inspiration, de rythme. On a souvent relevé les difficultés éprouvées par l'équipe nationale contre des adversaires qui se retranchent dans leur camp mais elle avait rarement été aussi brouillonne que contre la Grèce. Ce qui est étrange, c'est que les mêmes maux réapparaissent sans cesse. Cette équipe piétinait sous Marc Wilmots et continue sous les ordres de Roberto Martinez. Avec Marouane Fellaini dans l'entrejeu, cette ligne a manqué de bagage footballistique alors que c'est une condition sine qua non pour venir à bout d'une muraille. C'est pour ça qu'on peut s'étonner que Mousa Dembélé soit resté si longtemps sur le banc. Dès que le médian de Tottenham est apparu au jeu, il a insufflé plus de pression. Certains joueurs étaient complètement perdus alors que les Grecs, très compacts, s'avéraient les rois de la défense. Ce n'était pas beau à voir mais c'était efficace. In extremis, le but de grande classe de Romelu Lukaku a évité une défaite à l'équipe. Jusqu'alors, notre avant n'avait pas trouvé un millimètre d'espace et s'était parfois laissé sombrer dans l'irritation, symbole d'un match frustrant. Ensuite, on a déclaré qu'il fallait tirer des leçons de ce genre de matches mais on peut se demander combien de temps cet apprentissage va encore durer, puisque les mêmes erreurs reviennent constamment. Autre fait à épingler, le manque de direction sur le terrain. Un Vincent Kompany en bonne santé reste un pilier de cette équipe, de ce point de vue. Le week-end prochain, la Jupiler Pro League entre dans une phase décisive. Avec peut-être un duel entre Anderlecht et le Club Bruges, à moins que Gand ne se lance dans la lutte pour le titre. Dimanche, les Buffalos en découdront avec le Club, qui a rechargé ses batteries à Marbella. Il y a un an, au début des PO1, Michel Preud'homme avait déjà fustigé le manque de mentalité de son équipe. Il a répété cette analyse ces dernières semaines. Mais dans les moments cruciaux, le Club a formé un bloc solide et développé un football mûr et bien organisé. Dans quel état Anderlecht est-il sorti de cette pause ? René Weiler a annoncé, à la surprise générale, qu'il n'accorderait plus d'interview le reste de la saison. Fait encore plus étrange, la direction n'a pas rectifié le tir alors que les entraîneurs sont des porte-paroles de leur club. Mais bon, le Suisse aime la discrétion et il n'a pas non plus oublié la façon dont certains l'avaient démoli avant la trêve hivernale. Gérer la critique de manière adulte fait pourtant partie du métier d'entraîneur. De ce point de vue, Weiler devra grandir. La saison passée, il travaillait encore pour le FC Nuremberg, en deuxième Bundesliga. Les années précédentes, il entraînait au pays, au FC Schaffhausen et au FC Aarau. D'autres mondes que le RSC Anderlecht. PAR JACQUES SYSRejeter toutes les fautes sur l'état du terrain, c'est facile.