Que doit penser Slavo Muslin ? Après son départ, et malgré deux matches abordables à domicile, le Standard n'a pris qu'un point sur douze. Il doit être convaincu de n'être pas la cause des mauvais résultats : les problèmes sont beaucoup plus profonds.
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Que doit penser Slavo Muslin ? Après son départ, et malgré deux matches abordables à domicile, le Standard n'a pris qu'un point sur douze. Il doit être convaincu de n'être pas la cause des mauvais résultats : les problèmes sont beaucoup plus profonds. A quelle conclusion la direction du Standard parvient-elle, elle qui a cédé aux plaintes d'une série de joueurs qui trouvaient les entraînements de Muslin trop durs ? Evidemment, tous les footballeurs détestent ça. Ils préfèrent jouer des petits matches. Un dirigeant doit le savoir. Yannick Ferrera a-t-il déjà regretté d'avoir quitté Saint-Trond ? Là, il développait un football frais et esthétique dans un stade moderne, le STVV était la révélation du championnat et il n'avait qu'à poursuivre sur sa lancée pour avoir l'embarras du choix, en fin de saison. Son ambition l'a poussé en avant. Trop tôt ? Il y a dix jours, suite au revers 4-1 du Standard à La Gantoise, Yannick Ferrera affirmait ne pas se faire de souci quant à l'avenir. Avec cette mentalité, tout allait bien se dérouler. Après le 2-2 contre OHL, il a évoqué un problème de mentalité et dit que les footballeurs devaient faire preuve du même engagement que les ouvriers. Sereinement, il a démoli son équipe. Il a cité des noms, ce qui est très inhabituel et non sans danger pour un entraîneur, mais Ferrera se sait soutenu par la direction. Il a annoncé que des choses devaient changer. Pourtant, il a déjà écarté son transfert le plus cher, MohamedYattara, et placé le deuxième, Ivan Santini, sur le banc. Il a remplacé Christian Brüls, annoncé comme un maître-achat juste avant la clôture des transferts, celui-ci n'exécutant pas ses tâches. Peu après, il a également retiré Anthony Knockaert. Parce que le Français, aussi bon joueur soit-il, ne fonctionne pas en groupe. Furieux, Knockaert est rentré chez lui. Son attitude montre que beaucoup de joueurs du Standard se surestiment lourdement. Certains ont une telle image d'eux-mêmes qu'ils se pensent trop bons pour le club. C'est le principal chantier de Ferrera : ramener les footballeurs les pieds sur terre. Il y est parvenu en deuxième mi-temps, contre OHL : les Rouches se sont battus avec enthousiasme pour revenir. Mais vont-ils afficher la même résolution chaque semaine ? Et jusqu'où iront-ils ainsi ? Ces dernières années, le Standard est maître ès contrastes. Il y a six ans, après un second titre consécutif, les Rouches semblaient avoir reconquis définitivement le pouvoir en Belgique. Ils alignaient une jeune formation bourrée de talent, leur patron, Luciano D'Onofrio, connaissait le football et avait un carnet d'adresses bien rempli. Il y a moins d'un an et demi, le Standard était encore l'équipe qui développait le meilleur football du pays. Il s'estimait souvent désavantagé par l'arbitrage, il fonctionnait à la rage mais dans les play-offs, il avait finalement manqué de force de frappe, ratant un nombre incroyable d'occasions. Des titulaires de l'époque, il ne reste plus que Jelle Van Damme. Pire même : 24 des joueurs formant le noyau actuel n'étaient pas encore au Standard. Ce chiffre à lui seul souligne le manque de stabilité du club à tous les niveaux. Mais cela changera-t-il un jour dans cet environnement bouillonnant ? Roland Duchâtelet a été la cible de toutes les critiques pendant trois ans. Maintenant, le nouveau président, Bruno Venanzi, s'est fait de la pub par quelques déclarations malheureuses, avant de se faire oublier. Néanmoins, c'est surtout la qualité du noyau actuel qui cause des soucis. Si Yannick Ferrera parvient à les mouler dans un bloc solide, il aura un bel avenir. Heureusement pour lui, il peut compter sur un public qui ravale vite sa déception : dès que le Standard a réduit l'écart contre OHL, il a de nouveau pleinement soutenu son équipe. C'est aussi cette solidarité qui rend ce club si spécial. PAR JACQUES SYSYannick Ferrera doit remettre pas mal de joueurs les pieds sur terre.