Excel Mouscon

Sachant que Mircea Rednic ne resterait pas après la fin de la saison, la direction de Mouscron l'avait dégommé dès le mois de février pour installer Frank Defays. Le but était qu'il prenne ses marques pour sa première expérience en D1. On lui avait notamment demandé d'apprendre très vite des rudiments d'anglais, vu le grand nombre de joueurs ne parlant pas français. Il ne l'a pas fait et cela lui a été reproché au moment où le club l'a limogé, fin août. La communication était parfois difficile.
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Sachant que Mircea Rednic ne resterait pas après la fin de la saison, la direction de Mouscron l'avait dégommé dès le mois de février pour installer Frank Defays. Le but était qu'il prenne ses marques pour sa première expérience en D1. On lui avait notamment demandé d'apprendre très vite des rudiments d'anglais, vu le grand nombre de joueurs ne parlant pas français. Il ne l'a pas fait et cela lui a été reproché au moment où le club l'a limogé, fin août. La communication était parfois difficile. Le principal changement, avec Bernd Storck, touche l'aspect disciplinaire. Il est toujours sur le dos de ses joueurs, il ne laisse rien passer, il interrompt très fréquemment les entraînements, qui sont systématiquement précédés d'une séance vidéo, dans une salle du stade. Là, il explique en un quart d'heure ce qu'il attend lors de l'entraînement qui va venir. À part ça, il passe aussi beaucoup de temps dans des entretiens individuels. L'Allemand a débarqué quand l'équipe n'avait pas un seul point (après six matches). Aujourd'hui, Mouscron est toujours dans le dur mais prend régulièrement des points, et surtout, ne paraît pas plus faible que les autres candidats au maintien. " Je connais Storck comme ma poche, il a longtemps été mon adjoint ", nous explique le directeur sportif Jürgen Röber. " Autant je pouvais fonctionner à l'instinct, autant il est structuré. Il a horreur de l'improvisation. Ça se voit dans le jeu. Mouscron encaisse relativement peu. Ce qu'il manque pour décoller, c'est une plus grande efficacité offensive. " Courtrai l'a limogé à la mi-novembre. Da manière inattendue. Si l'équipe était irrégulière, après une préparation peu orthodoxe et un début de calendrier très ardu, elle occupait une confortable onzième place, avec six points d'avance sur le Royal Excel Mouscron et le Sporting Lokeren et il n'y avait donc aucune raison de paniquer. En outre, GlenDe Boeck avait été brillant la saison précédente, en points comme en niveau de jeu. Ses frictions avec la direction, à propos de son nouveau contrat, de la non-prolongation de celui de son bras droit LorenzoStaelens et des conditions d'entraînement, ont laissé des traces. Quand Vanderhaeghe a été viré par Gand et a paru intéressé par un retour au club où avait débuté sa carrière d'entraîneur, Courtrai n'a pas voulu courir le risque qu'il signe ailleurs. Il a présenté l'ancien médian comme un coach et une personnalité qui reflétaient bien mieux que de Boeck l'identité et les valeurs du club. Vanderhaeghe a gagné plus de points que De Boeck face aux mêmes équipes, avec un style de jeu plus prudent, plus de souplesse tactique et d'autres footballeurs. Il a notamment opté pour Rolland afin de conférer de la force à l'entrejeu. L'équipe encaisse beaucoup moins de buts : quatre en six matches de championnat contre 24 en quinze parties sous De Boeck. Courtrai n'a pas encore perdu, alors qu'il a rencontré trois équipes du top six, dont les deux premières. Sous la direction de De Boeck, Courtrai n'a triomphé à domicile qu'à une seule reprise alors qu'il vient d'enlever trois de ses quatre matches sur ses terres. Un bémol : la défaite 3-0 en quarts de finale de la coupe à Malines, une défaite qui a permis de déceler les mêmes lacunes que sous De Boeck. Par exemple la fragilité défensive de Courtrai sans Kumordzi. Le club a toutefois achevé l'année en beauté, muant un retard de deux buts en victoire 4-2 dans le derby flandrien contre Zulte Waregem. À la télévision, Yannick Ferrera a qualifié son limogeage d'acte de panique. Il a eu lieu à la fin du premier tour, après une troisième défaite en quatre matches. L'équipe n'est pas parvenue à gagner plus d'un match, à Mouscron. Les cinq nuls à domicile (sur huit) démontrent que l'équipe était un bloc difficile à démanteler mais aussi qu'elle recelait trop peu de qualités. Autant changer d'entraîneur, donc. Adnan Custovic a prôné les mêmes principes que son prédécesseur : on ne pouvait reprocher un quelconque manque de travail à Ferrera. L'ancien attaquant s'y prend autrement avec les joueurs, plus humainement, avec plus de convivialité, même s'il a dû remanier ses pions, comme Ferrera. Les Waeslandiens ont un noyau étoffé mais très jeune et trop similaire. Dans un premier temps, Custovic a essayé d'améliorer l'efficacité devant le but en plaçant des accents plus offensifs. Il a fait appel à un autre avant, Forte, et a remanié l'entrejeu dans l'espoir de trouver le bon mix. Sans succès car en fait, il s'est essayé à ce que Ferrera avait déjà jugé insuffisant. Contre le Club Bruges et l'Antwerp, Waasland s'est surtout appuyé sur son organisation en essayant de gicler très vite. Manifestement, allier Verstraete à Bizimana au centre de l'équipe était la clef de tout. Le groupe a repris confiance. Les faux-pas des Buffalos contre le Club Bruges (0-4) et surtout la démonstration du RC Genk, candidat au titre (1-5) à la Ghelamco Arena ont été les gouttes de trop. En un an, Yves Vanderhaeghe a conduit Gand d'une triste 14e place à la quatrième, synonyme de qualification pour les PO1, mais jamais l'entraîneur flandrien n'a bénéficié de la même confiance que son prédécesseur, HeinVanhaezebrouck, qui a conduit Gand au titre. Vanderhaeghe travaille en suivant son intuition, il est un bon people manager qui insuffle confiance à ses joueurs et qui s'appuie sur les éclairs de classe de ses piliers. Son joker, David, a d'ailleurs souvent offert la victoire à Gand. L'approche scientifique de l'analyste Thorup est radicalement différente. Le Danois collecte les données physiques et médicales, les analyse et les interprète. L'ancien attaquant, qui a travaillé avec les jeunes de la fédération du Danemark, en étroite collaboration avec le sélectionneur MortenOlsen, a immédiatement passé en revue son noyau. Il a ensuite donné du temps de jeu au jeune dribbleur Koita, il a déplacé le racé Tshakvetadze du centre vers le flanc gauche et a puni Limbombe, mal entré au jeu, en le renvoyant en espoirs le temps de quelques matches. On a vite compris que le Scandinave préférait, en plus de l'indispensable stratège Odjidja - déterminant une fois rétabli-, un Esiti combatif à un meilleur footballeur comme le Diable Rouge Verstraete. Malgré de nombreux entretiens avec Yaremtchouk, sur base des images vidéos, Thorup n'a pas réussi à lui insuffler confiance. L'avant-centre ukrainien n'est pas suffisamment productif. Le problème a été masqué par l'efficacité de l'équipe sur les phases arrêtées, un aspect auquel les Nordiques attachent traditionnellement beaucoup d'importance. Thorup a même fait engager un assistant supplémentaire, Mölby, pour que l'entraîneur, champion avec Midtjylland, puisse aussi faire la différence grâce à un spécialistes des remises en touche. Le sceau de Thorup est devenu plus net ces dernières semaines. Il veut développer un football plus dominant et use de ficelles pyschologiques pour arriver à ses fins, comme la diffusion d'un speech issu du film Any Given Sunday avec Al Pacino. Il exige un pressing élevé dans le camp adverse, pressing qui contraint toute l'équipe à coulisser, pour bien serrer les lignes. Les extérieurs ont une grosse responsabilité : ils sont chargés d'approvisionner les éléments offensifs, lesquels doivent plonger dans le rectangle. Las, les joueurs ne parviennent à maintenir ce rythme qu'une mi-temps. Thorup est partisan d'un football de mouvement. Il va donc porter une attention particulière à l'aspect physique pendant le stage en Espagne. Les joueurs stressaient sous le joug de PeterMaes, qui les haranguait sans relâche de la touche et les provoquait dans l'espoir d'accroître leur agressivité. L'ancien gardien limbourgeois a fini par fâcher ses joueurs, sans qu'ils se manifestent ouvertement, à l'exception du plus chevronné Tirpan, qui a pété les plombs sans en subir de conséquences bien lourdes. Indépendamment du malaise sportif, déclenché par une euphorie mal placée suite à de bons PO2 et une campagne de transferts catastrophique, l'entraîneur avait manifestement pressé le citron. Fin août, le club avait aussi pris congé du directeur technique WillyReynders, fidèle collaborateur depuis quinze ans. Avec l'entraîneur, c'est lui qui était le principal interlocuteur du président Lambrecht. La nuit passée en cellule dans le cadre de l'opération Mains Propres n'a pas non plus joué en faveur de Maes, lié au manager Veljkovic. Sollied est l'extrême opposé de Maes. L'expérimenté Norvégien, qui n'a jamais été relégué, ne se défait jamais de son sang-froid, de son calme, de sa raison. Il n'a qu'une règle de conduite : le règlement interne ne doit pas être trop strict. Il mise en fait sur l'autodiscipline de ses professionnels et se fait l'apôtre de la simplicité. Sollied ne soumet pas à ses footballeurs de nombreuses tâches. À son embauche, le Scandinave a parlé d'un groupe trop gentil, qui manquait de crapules. Le professeur de football a rapidement fait surface pour constater que son noyau ne comptait pas de buteur. Malgré l'embauche de Saroka, un Biélorusse qui ne pipe pas un mot d'anglais et la présence du jeune Serbe Jovanovic, il a été contraint de convertir l'ailier Miric en avant-centre. Un autre problème s'est présenté en défense : le costaud Diaby, qui palliait la blessure de Filipovic, a commis des fautes, malgré le soutien de Deschacht. Le jeune gardien De Wolf a aussi payé cash l'une ou l'autre erreur, bien qu'il soit prometteur. Sollied a mis en place son habituel 4-3-3, qui permet à Lokeren de développer un football de combinaisons soigné et d'égaler ses adversaires, même réputés. Il a haussé le rendement individuel en alignant les joueurs à leur meilleur poste. Seuls les résultats font encore défaut. L'entraîneur continue à s'appuyer sur sa propre force, il constate que l'équipe se crée plus d'occasions grâce à la mise en place d'automatismes et il tente d'aligner la même équipe le plus souvent possible. Maintenant, il compte fermement sur le président pour effectuer l'indispensable injection de qualité. Il a demandé quatre transferts. C'est la condition sine qua non à une bonne organisation et à des victoires, indispensables pour éviter la dernière place. 2018 a été tout sauf un grand cru pour les Mauves. KarimBelhocine est malgré tout parvenu à achever l'année sur une note positive. Sa première mission contre le Royal Excel Mouscron a tourné à la catastrophe mais cinq jours plus tard, tous les nez étaient dans la même direction, ce que HeinVanhaezebrouck ne parvenait plus à obtenir en fin de mandat. L'entraîneur franco-algérien a réussi à transmettre à ses joueurs son feu et sa passion. Comment jouer sans frein ? Cette question a interpellé Belhocine. Il a raconté à Morioka qu'il devait faire ce qui lui passait par la tête. Ces derniers mois, beaucoup de footballeurs étaient crispés, ployant sous le poids d'informations théoriques qu'ils ne parvenaient pas à assimiler. Le point de départ a donc changé. Sous la férule de HVH, les joueurs pensaient surtout à leurs tâches alors que Belhocine souhaite qu'ils se reposent aussi sur leur instinct. Moins de règles, plus d'autonomie, en résumé. Tout le monde avait besoin de ce caretaker. Belhocine a immédiatement pris contact avec Sas, le nouveau patron du département médical, pour tout mettre au point. Belhocine est aussi un crack en matière de communication, surtout quand il s'adresse à son groupe. Il est en contact direct avec beaucoup de joueurs, y compris les réserves et les joueurs qui ont souvent été dans la tribune. Car il sait qu'un joueur laissé de côté est en proie au doute. En étant proche des joueurs, Belhocine sait donc exactement ce qui leur trotte en tête. Le vestiaire apprécie beaucoup cette attitude. Le coach a piqué au vif Bornauw à l'entraînement, quand le défenseur central a échoué, une fois de plus, à marquer un but. Contre Waasland-Beveren, le talent de 19 ans a enfin trouve le chemin des filets. Il a filé embrasser Belhocine, avec ostentation.