" Aucun Belge ne songe à remporter le Tour de Lombardie. Y participer est même de trop, généralement " : c'est ainsi qu'il y a deux ans, un quotidien flamand entamait la présentation de l'épreuve transalpine. Pendant des années, ce fut la teneur des articles, en Belgique, à la veille de cette course qui impose plusieurs ascensions à ses participants.
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" Aucun Belge ne songe à remporter le Tour de Lombardie. Y participer est même de trop, généralement " : c'est ainsi qu'il y a deux ans, un quotidien flamand entamait la présentation de l'épreuve transalpine. Pendant des années, ce fut la teneur des articles, en Belgique, à la veille de cette course qui impose plusieurs ascensions à ses participants. Puis il y a eu Liège-Bastogne-Liège 2009. A vingt kilomètres de l'arrivée, un Wallon de 26 ans roulait seul en tête. C'était la première fois qu'il animait le final d'une classique en côte. Il fut dépassé par Andy Schleck, largué comme un débutant, pour reprendre ses propres termes. Ses propos apportaient de l'eau au moulin de ceux qui pensent encore que Philippe Gilbert possède un trop petit moteur. L'homme qui a été élu Flandrien de l'Année pour la deuxième fois de suite, samedi à Bruxelles, s'est érigé en maître des classiques les plus lourdes, en l'espace d'un an et demi. Si, cette saison, Fabian Cancellara a été invincible sur les pavés, nul n'a été plus rapide en côte que Gilbert. Samedi, dans une Lombardie froide et pluvieuse, le leader d'Omega Pharma-Lotto a coupé les jambes de ses concurrents. Gilbert profite partiellement des opérations menées contre le dopage, opérations qui ont entraîné la suspension de coureurs italiens et espagnols jusque-là omniprésents mais son succès est avant tout celui d'un labeur incessant, quasi vieux jeu. Il s'entraîne comme au temps de son mentor, Dirk De Wolf, en multipliant les très longues séances. Gilbert a adopté, durant ses entraînements, une cadence très élevée, qui lui offre plus de force et de réserves qu'avant à la fin d'une longue classique. Mentalement aussi, Gilbert est un coureur à l'ancienne. Il semble éviter sans le moindre problème l'irrésistible attrait actuel de la décompression, contrairement à Tom Boonen et à Stijn Devolder. Gilbert reste avide de courses et ambitieux toute la saison. Avec deux Paris-Tours, l'Amstel Gold Race ce printemps et les deux dernières éditions du Tour de Lombardie, Gilbert s'est adjugé cinq classiques. Voici quelques semaines, à l'initiative de Sport/Voetbal Magazine, un jury spécialisé l'a mis à la 31e place du top 50 des meilleurs coureurs belges depuis la Seconde Guerre mondiale. Le Liégeois accuse 19 places de retard sur Boonen, qui a déjà été champion de Belgique et du Monde, a remporté des étapes du Tour, le maillot vert et cinq classiques printanières. Gilbert peut améliorer son classement. Nul ne doute qu'il est capable de remporter le Mondial et toutes les classiques, à l'exception peut-être de Paris-Roubaix. L'impulsivité qui lui a coûté la victoire au Championnat de Belgique et au Mondial va se tempérer avec les années et pour s'adjuger la course de ses rêves, la Doyenne, il devra sans doute se défaire de sa résistance à une autre tendance actuelle, la spécialisation, et faire l'impasse sur le Tour des Flandres l'année prochaine. BENEDICT VANCLOOSTER