Dans le football contemporain, qui place l'accent sur le pressing, le rythme et la VO2max, Raphael Holzhauser (27 ans) fait figure d'anomalie. La fabuleuse technique de son pied gauche, alliée à une lecture du jeu innée, lui permet d'arrêter le temps chaque fois qu'il touche le ballon. Malgré, ou plutôt grâce à, son style de jeu classique et atypique, le distributeur autrichien du Beerschot n'a pas raté son entrée en Jupiler Pro League : après quatre journées, il en est déjà à trois buts et deux assists.
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Dans le football contemporain, qui place l'accent sur le pressing, le rythme et la VO2max, Raphael Holzhauser (27 ans) fait figure d'anomalie. La fabuleuse technique de son pied gauche, alliée à une lecture du jeu innée, lui permet d'arrêter le temps chaque fois qu'il touche le ballon. Malgré, ou plutôt grâce à, son style de jeu classique et atypique, le distributeur autrichien du Beerschot n'a pas raté son entrée en Jupiler Pro League : après quatre journées, il en est déjà à trois buts et deux assists. Il est d'ailleurs bizarre qu'il n'ait pas été convoqué en équipe nationale d'Autriche, alors que Peter Zulj, qui signe un début de saison plutôt anonyme à Anderlecht, a été invité. Ils se ressemblent, comme le précise Holzhauser. Ils ont le même âge, sont tous deux milieux, gauchers et actifs en Belgique. " Notre profil est assez similaire. On a fait connaissance en championnat d'Autriche et je suis copain avec son frère Robert, qui se produit actuellement pour Bochum. Peter et moi avons pris l'avion ensemble de Vienne à Bruxelles à quelques reprises, mais notre relation s'arrête là. Je lui accorde sa sélection. Il ne faut pas oublier que l'Autriche possède un entrejeu très solide : David Alaba du Bayern, Julian Baumgartlinger de Leverkusen, Marcel Sabitzer et Konrad Leimar de Leipzig. Il n'empêche : je rêve de l'équipe nationale. J'ai joué en U21, j'ai même été capitaine, mais je n'ai pas encore été repris en équipe première. Ma chance finira par se présenter si je conserve mon niveau actuel. " D'après tes coéquipiers, tu as besoin de te sentir important pour livrer le meilleur de toi-même. Tu as ce sentiment au Beerschot ? RAPHAEL HOLZHAUSER : Je suis heureux que mes coéquipiers acceptent mon rôle de distributeur. Ils sont conscients que mon jeu de passes constitue ma principale qualité, mais je ne suis rien sans les joueurs qui se chargent du sale boulot derrière moi ou des avants qui se démarquent. Chacun a un rôle à jouer au sein d'une équipe. Et une des principales qualités de cette formation est qu'elle reconnaît la valeur de chacun. C'est grâce à cette camaraderie que nous sommes montés. Tu as des liens étroits avec Denis Prychynenko. Vous êtes vraiment amis ? HOLZHAUSER : Bien sûr. D'abord parce qu'on parle la même langue. Ensuite, il est au club depuis plus longtemps que moi et il m'a guidé durant mes premières semaines. On va manger ensemble presque tous les jours. On joue au basket ou on va à la salle après l'entraînement. Denis est une vraie machine, il m'incite à travailler mon corps. Sur le terrain, c'est un guerrier, mais en dehors, c'est un garçon très agréable. Manger avec toi n'est pas évident : tu es tellement superstitieux que tu veux toujours aller au même restaurant quand vous gagnez. Tu n'as donc pas souvent changé d'adresse l'année passée ? HOLZHAUSER : Non, en effet. Mais on a perdu contre le Standard, on peut donc essayer un nouveau resto. ( Rires) La vie en dehors du terrain est très importante quand tu choisis un club, m'a-t-on dit. HOLZHAUSER : J'ai joué à Stuttgart, Vienne, Zurich et maintenant, je vis à Anvers. Je suis convaincu qu'on ne peut être performant que si on est bien entouré et qu'on se sent chez soi. Je ne suis pas vraiment citadin, pourtant. J'ai grandi dans la périphérie de Vienne et c'est là que j'ai fait construire. Tu as fait tatouer le slogan Living the good life sur ton dos. Qu'entends-tu par the good life ? HOLZHAUSER : Les petites choses. Un dîner convivial avec des amis, la famille, ma femme. De temps en temps, une excursion. Aller à Ibiza en été, par exemple. Ça doit être possible quand on travaille dur. Tu as passé le confinement seul dans un appartement, dans un pays étranger. Comment est-ce que tu as occupé tes journées ? HOLZHAUSER : Jan Vorogovski et Denis m'ont tenu compagnie. On habite tout près les uns des autres. On est allés courir ensemble, on a joué au basket ou fait des exercices de muscu en plein air. Je dois dire que je ne suis pas sorti affaibli de cette période. Je me sens même plus fort qu'avant. L'année passée, tu as déclaré que la D1A te conviendrait mieux que la D1B. Que voulais-tu dire par là ? HOLZHAUSER : En D1B, on était favoris à chaque match et la plupart de nos adversaires se repliaient très bas. Trouver des ouvertures était parfois difficile. Maintenant, on affronte des équipes qui attaquent et qui laissent plus d'espaces. Hernán Losada te confie-t-il d'autres tâches tactiques ? HOLZHAUSER : Ça varie en fonction des matches. J'étais un rien plus haut à droite contre le Club Bruges, par exemple. Hernán a toujours un plan tactique très clair, au sein duquel chacun reçoit des tâches défensives spécifiques. Mais sur le plan offensif, il m'octroie une grande liberté. Il t'a placé sur le banc dès son premier match comme T1, la saison passée. Qu'as-tu pensé ? HOLZHAUSER : Oh, une fois entré au jeu, j'ai marqué sur penalty. Mais bon, je n'étais sans doute pas en super forme et on avait raté la première période. Je n'étais pas fâché. Si d'autres joueurs sont meilleurs, ils méritent leur place. Une carrière n'est jamais linéaire. Il faut apprendre à faire avec. Pourquoi l'équipe a-t-elle trouvé ses marques avec Losada, la saison passée ? HOLZHAUSER : Losada a appliqué une autre tactique, avec cinq hommes en défense. On a ainsi formé un bloc soudé et on a commencé à construire le jeu depuis cette ligne. C'est la première fois que j'évolue dans ce système, mais il me convient. Ta technique de frappe du gauche constitue ton principal atout. C'est un cadeau du ciel ou le fruit de ton travail ? HOLZHAUSER : Les deux. La touche de balle est innée, mais je l'ai beaucoup travaillée, dès mon plus jeune âge, avec mon grand-père, dans le jardin. Après l'entraînement, je reste souvent sur le terrain pour botter des corners, des coups francs ou faire des transversales. Tu es venu au Beerschot convaincu de jouer en D1A, mais finalement, c'est Malines qui a été promu, pas vous. Tu t'es senti floué ? HOLZHAUSER : Ça a été difficile à digérer, mais comme pour tous ceux qui sont liés au Beerschot. J'ai tourné la page dès que le championnat de D1B a débuté. Il le fallait bien. Finalement, on a vécu une magnifique saison, qui a renforcé notre cohésion. Je n'ai pas dû consentir de sacrifice financier, car mon contrat n'a pas été modifié. Tu as signé pour deux ans. L'été prochain, tu seras en fin de contrat. Tu as déjà une idée de l'évolution de ta situation ? HOLZHAUSER : Non. Je vis dans le présent. Je m'amuse ici, sur le terrain comme en dehors, mais je n'ai pas de plan de carrière. Je suis ouvert à toutes les options. Tu as entamé ta carrière à Stuttgart, quel regard portes-tu sur cette période ? HOLZHAUSER : J'ai rejoint Stuttgart à quinze ans. Ce n'était pas évident, certainement pas pour mes parents, car je suis enfant unique, mais je conserve d'excellents souvenirs de cette époque. J'ai joué avec l'équipe B en D3 et j'ai effectué mes débuts en Bundesliga avec ce club. J'ai parfois joué devant 50.000 personnes, dans des stades bouillants. J'ai ensuite été loué à Augsbourg et ça s'est bien passé jusqu'à ce que je m'occasionne une déchirure musculaire qui m'a coûté trois mois. J'étais en fin de contrat et j'ai reçu une offre de l'Austria Vienne. J'y ai passé trois magnifiques saisons sous la direction de Thorsten Fink. Le courant passait vraiment bien entre nous. On a joué contre l'AC Milan et l'AS Rome en Europa League, j'ai été capitaine et j'habitais près de ma famille. Pourquoi le club t'a-t-il laissé partir gratuitement après une période aussi fructueuse ? HOLZHAUSER : La dernière saison s'est moins bien déroulée et l'entraîneur a été remplacé. Personnellement, j'ai réalisé une bonne saison, avec treize goals et douze assists, mais j'étais en fin de contrat et on s'était tout dit. Thorsten Fink a été embauché par le Grasshopper Zurich et m'a demandé de le rejoindre. Après quatre ans à Vienne, j'étais content de changer d'air. Après tout, un footballeur a envie de vivre des expériences différentes. Ça a été décevant. Vous avez été relégués... HOLZHAUSER : J'ai réalisé là-bas à quelle vitesse tout pouvait changer en football. Le club avait un beau projet, mais les résultats n'ont pas suivi et il a eu des problèmes. Fink a été remercié, le club a voulu rajeunir l'équipe et on a trouvé un accord financier pour me libérer. Et tu t'es dit : je vais jouer en Belgique ? HOLZHAUSER : J'avais des offres de Grèce, de Turquie et de Belgique. Le Beerschot me paraissait être le meilleur choix. Je ne m'en plains pas. Tu t'es même fait tatouer le logo du Beerschot. HOLZHAUSER : J'ai aussi le tatouage de Stuttgart, de l'Austria Vienne et de Zurich. Est-ce dangereux ? Non. Même quand ça va moins bien, comme en Suisse, je trouve que c'est une bonne expérience. Les contrecoups font partie de la vie.