À la demande du photographe, les Daerden père et fils montent sur le terrain d'entraînement, un ballon sous le bras. Jos est entraîneur-adjoint de l'équipe première et foule encore chaque jour ce terrain. Koen est tout heureux de pouvoir se mettre à jongler : depuis 2014, il est directeur technique des jeunes mais passe la plupart de son temps dans un bureau.
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À la demande du photographe, les Daerden père et fils montent sur le terrain d'entraînement, un ballon sous le bras. Jos est entraîneur-adjoint de l'équipe première et foule encore chaque jour ce terrain. Koen est tout heureux de pouvoir se mettre à jongler : depuis 2014, il est directeur technique des jeunes mais passe la plupart de son temps dans un bureau. " Un peu trop à mon goût mais c'est comme ça. Je rencontre beaucoup de gens, le responsable du centre de formation me dit que le club a beaucoup évolué au cours des quatre dernières années, que les gens sont devenus plus exigeants. Ils sont approchés par des scouts, des agents... Notre rôle, c'est de leur parler, de les encadrer. " Au cours des prochaines semaines, Genk va disputer la finale de la coupe puis les play-offs 1. Auriez-vous misé là-dessus il y a deux mois ? JOS DAERDEN : Honnêtement ? Oui ! Bien entendu, on n'est jamais sûr de rien mais après le Nouvel An, hormis Gand, aucune équipe n'a signé une belle série. Les écarts étaient donc minimes. Voyez Courtrai, qui est remonté de la dernière à la cinquième place avant de fléchir un peu. C'est un championnat bizarre. Les résultats de Genk ont fini par confirmer qu'il y a du talent dans cette équipe. JOS DAERDEN : N'oubliez pas que nous avons eu de nombreux blessés. Il ne faut pas non plus sous-estimer l'impact des 65 matches joués la saison dernière. Beaucoup de joueurs ont repris sans avoir totalement récupéré : Alejandro Pozuelo, Sander Berge, tous les internationaux en fait. Nous l'avons payé en début de saison et même encore après la trêve. Nous avons aligné des jeunes qui ont certes du talent mais qui, aujourd'hui, ne sont même plus sur le banc. Koen, êtes-vous proche du noyau A ? KOEN DAERDEN : La collaboration a toujours été étroite, surtout avec Albert Stuivenberg. Il était très exigeant avec tout le monde, très accessible aussi. Il venait voir les matches des jeunes au moins une fois tous les quinze jours, des tout petits aux U21. Il était très impliqué. Sur ce point, je regrette qu'on se soit séparé de lui et de Rob Meppelink car il nous ont beaucoup appris. Depuis janvier, j'ai multiplié les échanges avec Philippe Clement aussi, fût-ce de manière plus succincte. Normal, compte tenu de la situation sportive du club, la priorité allait à l'équipe première. Après avoir gagné la coupe, on reprendra à coup sûr nos discussions (il rit).Vous avez beaucoup de contacts avec les jeunes qui passent dans le noyau A ? KOEN DAERDEN : Moins. L'an dernier, c'est Rob qui faisait le lien. À présent, c'est Domenico Olivieri qui s'en charge. Le RC Genk fête ses 30 ans cette année. La coupe, ce serait un beau cadeau. JOS DAERDEN : Nous sommes devenus une équipe de coupe - 4 victoires - et j'espère que nous respecterons la tradition. Genk-Standard, pour le football belge, c'est une belle affiche. Koen a disputé une finale de coupe et nous sommes tous les deux passés par Liège, donc c'est un peu spécial. Je n'ai jamais caché que j'étais supporter du Standard depuis tout petit. Je lui souhaite bonne chance mais pas contre nous. C'est vrai que j'aime aller à Sclessin, où je suis toujours très bien accueilli. J'essaye d'arriver une heure avant le match pour revoir Léon Semmeling, Eric Gerets, Wilfried Van Moer, parfois même Guy Hellers... Nous sommes la dernière génération de joueurs auxquels les supporters peuvent s'identifier. Les autres ne restent pas assez longtemps. Pourquoi Mehdi Carcela est-il le chouchou ? Parce qu'il est de Liège. Et pour vous, Koen ? KOEN DAERDEN : Je ressens les choses différemment. J'y suis resté deux ans mais je n'ai rien gagné. J'ai cependant un contact cordial avec les gens du Standard. Ils ne m'ont jamais vu au mieux de ma forme mais une fois qu'on a porté le maillot du Standard, ça ne s'oublie pas. Wilfried Van Moer a dit que Genk était sûr de gagner la coupe ! JOS DAERDEN : On connaît Wilfried, hein ! Il dit toujours sa façon de penser et il s'y connaît. Il exagère parfois mais il voit que, derrière, au Standard, ça coince. Agbo et Laifis seront suspendus. Laifis et Luyindama s'entendaient bien. Avec Koutroubis , il n'y a pas encore d'automatismes. Nous sommes passés par là aussi. La saison dernière, nous avions une équipe-type, pas cette saison. Donc, Wilfried dit que nous sommes sûrs de gagner mais il faut prendre ça avec des pincettes car, offensivement, le Standard, c'est fort. Même sans Sá ? JOS DAERDEN : Ne soyons pas hypocrites : il va leur manquer. Mais Emond, Cop, Carcela, Edmilson et Mpoku peuvent faire basculer un match. Les attaquants de pointe sont des bosseurs mais sur le flanc, il y a de grosses qualités individuelles. Le Standard et Genk sont-ils concurrents en matière de recrutement de jeunes ? KOEN DAERDEN : Ces dernières années oui mais avec le changement de système au niveau des indemnités de formation, ça va changer. Nous essayons de limiter : l'an dernier, nous avons laissé partir un joueur au Standard et nous en avons transféré un de chez eux. Vous voulez limiter à cause de la langue ? KOEN DAERDEN : Non, à cause de l'école. Nous avons sept francophones au centre de formation. Ils vont à l'école en Wallonie et arrivent toujours en retard au club car ils ont 45 à 50 minutes de trajet. Il est aussi plus difficile de s'entendre avec les écoles. Ils fréquentent cinq établissements différents tandis qu'ici, 85 % des jeunes sont dans la même école. Parlons un peu des transferts : Seck a 28 ans, Ndongala 26, Vukovic 32 : on peut dire que Genk a misé sur l'expérience ? JOS DAERDEN : C'est parfois nécessaire. Nous devons continuer à lancer des jeunes mais nous avons aussi besoin de les encadrer. Seck répondait à un besoin ponctuel car nous avions perdu Sander Berge et Brian Heynen. Il avait l'avantage de déjà connaître le championnat. Il a souffert au début parce qu'il n'est pas parti en stage et ne connaissait Pozuelo ou Malinovskyi qu'en tant qu'adversaires. Mais on voit maintenant qu'il a pris beaucoup d'importance dans l'équipe. Que vous apporte la formation ? JOS DAERDEN : Un bagage technique. Certains ont du physique, comme Rubin Seigers, mais d'autres, comme Paolo Sabak, sont des poids légers. Certains clubs veulent des joueurs grands et forts, Genk aime les joueurs mobiles, habiles, rapides. Ce qui leur manque, mais c'est aussi le cas dans d'autres clubs, c'est la capacité à pouvoir gérer un résultat, à gagner même en jouant mal. Il y a peu, nous avons dominé les espoirs du Standard mais nous avons été arrogants. Les Liégeois se sont rebellés et ont donné des coups. J'aurais fait pareil. Du coup, ils sont revenus à 2-2 alors que cela aurait dû être 1-5 ou 1-6. C'est bien que ça se soit passé comme ça, c'est une bonne leçon. Le dernier pas est toujours le plus difficile à franchir. Ici aussi. JOS DAERDEN : C'est vrai. C'est le problème du championnat espoirs en général. Dans deux ans, si tout va bien, les jeunes joueront dans le championnat amateur et prendront des coups de Bjorn Ruytinx. Actuellement, ils ne sont confrontés à ça que lorsqu'ils arrivent en équipe première. KOEN DAERDEN : Beaucoup de clubs espèrent qu'on va en arriver là. Je sais que ça ne fait pas l'affaire des amateurs mais c'est une bonne chose pour le football. Ça se fait aux Pays-Bas mais les jeunes de l'Ajax percent-ils plus facilement en équipe première ? JOS DAERDEN : Peut-être pas à l'Ajax mais dans d'autres clubs. Ce n'est pas parce qu'un joueur quitte le club qu'il n'a pas été bien formé. On joue au foot ailleurs aussi, hein. KOEN DAERDEN : Nous avons ici deux feuilles A4 remplies de noms de joueurs formés à Genk mais qui jouent ailleurs. Thibaut Courtois, Kevin De Bruyne, Leandro Trossard et Siebe Schrijvers sont les joueurs formés ici les plus connus mais il y en a d'autres. La plus grosse difficulté, dans la formation, c'est le dernier pas. Il faut apprendre à gérer les intimidations, les arbitres, les supporters.... JOS DAERDEN : La presse ! Vous avez tous les deux joué aux Pays-Bas mais ne faut-il pas également regarder ce qui se fait en France en matière de formation ? KOEN DAERDEN : Ils commencent tout de même à abandonner l'idée des centres de formation où on reste du matin au soir, entre l'école et les entraînements. Mais c'est sûr qu'il y a du talent en France. Nous y jouons régulièrement des matches amicaux et des tournois mais nous n'allons pas prendre l'avion pour le sud ou faire cinq heures de bus pour aller à Paris. La semaine dernière, j'ai passé trois jours à Lubin, en Pologne. Pour quoi faire, me direz-vous ? Mais ces gens travaillent très bien et jouent différemment. Vous avez raison : il ne faut pas seulement regarder ce qui se passe à l'Ajax, au PSV ou à l'AZ. Avec les Allemands, bizarrement, c'est plus difficile. Leur championnat dure plus longtemps et il n'est pas facile de trouver des matches ou d'organiser des tournois. Genk a beaucoup gagné ces dernières semaines mais on a moins vu Siebe Schrijvers, qui est un peu la figure de proue du centre de formation. JOS DAERDEN : Je pense qu'il a un peu perdu confiance. C'était après la trêve, au moment où l'équipe se cherchait un peu. Mais quand je le vois jouer en espoirs..., ohlala ! Il se donne, il reste concentré. Il doit sortir de cette phase. Ici, on ne se demande pas si les joueurs sont des figures de proue du centre de formation ou pas : les onze meilleurs jouent. Et parfois... J'ai connu ça aussi quand j'ai repris le Germinal Beerschot. L'équipe s'est mise à tourner alors qu'Ivan Leko était sur le banc. C'était un joueur formidable mais il n'y avait pas de place pour lui parce que le quatuor Haroun, Goor, Wamfor et De Decker fonctionnait très bien. Après la trêve, quelques-uns se sont blessés et, au moment où j'allais faire appel à lui, Ivan est parti à Lokeren. Est-ce que ça fait de lui un mauvais joueur ? Pas du tout ! Il rencontre d'ailleurs la même situation à Bruges avec Refaelov. KOEN DAERDEN : Siebe, c'est le prototype des jeunes que nous formons. Et c'est un Limbourgeois. Nous en avons discuté quelques fois avec Albert : ce sont des braves types, réservés. De bons joueurs, des braves types mais pas assez " tueurs " sur le terrain. Dans le bon sens du terme, évidemment. Ce sont souvent des joueurs difficiles. KOEN DAERDEN : Difficiles... Tout est une question d'approche. Nous ne voulons pas onze enfants de choeur en U14 et en U16. Certains vont rouspéter près de l'arbitre, nous leur laissons une certaine liberté. Qu'ils prennent une carte jaune, ils comprendront... Les tickets pour la finale se sont vendus comme des petits pains. L'équipe s'est-elle réconciliée avec le public ? JOS DAERDEN : Les assistances diminuent un peu partout mais ici, en début de saison, ça ne marchait pas et le public s'en est pris aux joueurs. Ça va un peu mieux mais une finale de coupe, c'est différent. Nous aurions pu vendre des tickets pour un stade entier. Et le Standard aussi, sans doute. Les gens étaient-ils fâchés parce que vous ne parveniez pas à gagner à domicile ? JOS DAERDEN : Oui. À un certain moment, nous étions la plus mauvaise équipe à domicile, avec Lokeren. Difficile à expliquer car en déplacement, nous étions la meilleure. Les joueurs étaient sous pression. On parlait de top 3, voire de titre mais nous n'étions pas capables de battre Waasland-Beveren, Mouscron, Ostende ou Lokeren chez nous... Clement a déclaré récemment que la direction avait commis une erreur en plaçant la barre aussi haut. JOS DAERDEN : Elle s'en est rendu compte. On doit toujours parler de top 6. Après, tout est possible. Mais faire des pronostics sur base de la saison précédente... Il y a quelques mois, certains joueurs étaient au top. Mais qui dit que c'était leur niveau ? Qui dit qu'ils seront meilleurs un an plus tard parce qu'il n'y aura pas de coupe d'Europe ? Ils ont pu s'entraîner davantage, en effet, mais on a vu qu'ils devaient réapprendre certaines choses. C'est bizarre mais, pendant un an, certains n'ont fait que jouer, avec des entraînements de récupération entre les matches. Cette fois, ils ont dû réapprendre à s'entraîner pour trouver la forme. Et je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent que nous n'avons bien joué qu'en PO2 l'an dernier. Nous avons aussi imposé notre jeu dans d'autres matches. Votre meilleur buteur compte cinq buts... Vous en avez plusieurs mais c'est quand même peu. C'est un problème ? JOS DAERDEN : C'est une donnée. Nikos Karelis a été longtemps absent, Marcus Ingvartsen a dû s'adapter, il est arrivé très tard en cours de préparation, il avait du retard, devait découvrir un nouveau championnat... Ce n'est pas le premier qui coince un peu lors de sa première saison. Ally Samata a été absent plusieurs fois. Et puis, il n'y avait pas d'automatismes. Avec Ibra ( Seck, ndlr)dans l'équipe, nous avons retrouvé une certaine dynamique et Ndongala nous apporte des qualités que nous n'avions plus depuis le départ de Boëtius. Je constate aussi que, maintenant que ça va mieux, tout le monde est de retour. Aujourd'hui, nous étions 27 à l'entraînement... C'est l'appel de la finale ! JOS DAERDEN : Exactement. Quand ça va moins bien, ils ont mal partout et se disent qu'ils ne seront pas prêts. Mais maintenant, ils sont là. L'homme est ainsi fait. KOEN DAERDEN : Aujourd'hui, des gars qui étaient titulaires il y a quelques mois sont dans la tribune. Et inversement. Dries Wouters a passé beaucoup de temps dans la tribune et en espoirs. Il a rempilé en se disant qu'on allait le prêter puis Philippe est arrivé et, si ça tombe, la semaine prochaine, il va soulever la coupe... Tout peut aller très vite, dans un sens comme dans l'autre. Tout le monde doit se battre. Certains y arrivent, d'autres pas. Mais on fera l'analyse plus tard. Quelles seront les ambitions de Genk en PO1 ? JOS DAERDEN : Prendre match par match. Avec l'équipe actuelle et l'état d'esprit insufflé par Philippe, nous ne devons craindre personne. Nous devrons être au top chaque semaine mais, à domicile, il sera parfois plus facile d'affronter Bruges ou Anderlecht que Mouscron.