Cette fois, il ne sera pas question de facebook, twitter, ni de playstation, de hip-hop ou de RnB, de fringues Dolce&Gabbana, ni de communication verrouillée ou de (pseudo)star-system. Cette fois, il sera question de rires gras, des cigarettes AJJA, de bière, beaucoup de bière, du rock, des BoudinsNoirs, des " oufti " en veux-tu en voilà, de Roger Laboureur, une fanfare, un vélodrome, l'émission Match 1, la Coupe UEFA, la discothèque l'Alhambra, traineeur Waseige déguisé en curé, une belote, et de bien d'autres choses encore. Des termes, des images qui sont sans doute obsolètes pour certains, ceux d'une autre époque, celle du milieu des années 80 au début des années 90.
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Cette fois, il ne sera pas question de facebook, twitter, ni de playstation, de hip-hop ou de RnB, de fringues Dolce&Gabbana, ni de communication verrouillée ou de (pseudo)star-system. Cette fois, il sera question de rires gras, des cigarettes AJJA, de bière, beaucoup de bière, du rock, des BoudinsNoirs, des " oufti " en veux-tu en voilà, de Roger Laboureur, une fanfare, un vélodrome, l'émission Match 1, la Coupe UEFA, la discothèque l'Alhambra, traineeur Waseige déguisé en curé, une belote, et de bien d'autres choses encore. Des termes, des images qui sont sans doute obsolètes pour certains, ceux d'une autre époque, celle du milieu des années 80 au début des années 90. Si aujourd'hui, le RFC Liège joue la tête en promotion, il y a environ 30 ans, les Sang et Marine faisaient régulièrement la nique aux plus grands du royaume, décrochaient la Coupe de Belgique et atteignaient par deux fois les quarts de finale en Coupe d'Europe ; un exploit désormais jugé fantasque pour n'importe quel club belge. Liège a peut-être sombré sportivement mais a gardé son âme, ses supporters et ses fidèles anciens. Parmi ceux-ci, Pierre Drouguet, Luc Ernès, Moreno Giusto, Raphael Qaranta et Fred Waseige, des enfants de Rocourt restés attachés de manière indéfectible à leurs couleurs. Cinq potes aussi, ou surtout, qui nous font revivre une période où le foot allait moins vite, les images étaient moins limpides mais où " le footballeur n'oubliait pas qu'il n'était qu'un homme " dixit Fred Waseige, où ça se prenait beaucoup moins au sérieux. Réunis dans le café du petit village d'Hodeige, dans la commune de Remicourt, en province de Liège, ils nous racontent à coups de fous rires, d'humour potache, leur période inoubliable au sein du matricule 4. Pierre Drouguet : Oui, même si à Malines, j'ai été champion et gagné la Coupe d'Europe. A Liège, l'ambiance était exceptionnelle. Se retrouver à cinq, trente ans après, c'est unique. A titre de comparaison, à Malines, j'étais le deuxième gardien derrière Michel Preud'homme, j'ai aussi été son confident, son garde du corps, j'ai fait des choses inimaginables pour lui et aujourd'hui, c'est comme si je n'existais pas à ses yeux. A Malines, l'ambiance était bonne mais le noyau était bien plus hétéroclite. A Liège, il n'était quasiment composé que de Liégeois. Il n'y avait pas une semaine où on n'allait pas boire un verre où manger un bout ensemble. Frederic Waseige : Pour moi, ça a été un peu douloureux pendant mes deux premières années en équipe première parce que j'étais le fils " de ". Raphael Quaranta : J'ai dû le prendre sous mon aile, le petit. Luc Ernès : T'as même essayé de le mettre dans ton groupe de musique (ndlr, les Boudins Noirs, voir photo). Raphael Quaranta : Quand j'ai vu qu'il n'était pas capable de... Je me suis dit qu'il serait peut-être mieux dans la musique... Frédéric Waseige : Le surréalisme de ce vestiaire, c'est que toute la semaine on s'amusait, les entraînements n'étaient qu'une succession de blagues sur blagues. Mais le jour du match, pendant 90 minutes, boum ! Quaranta : C'était la guerre ! Le foot était beaucoup plus dur qu'aujourd'hui où le moindre tackle est décortiqué, où l'on ne peut plus aller au contact. Tu donnes, tu ramasses et après tu donnes. Aujourd'hui, ça n'existe plus tout ça. Et, sur la scène européenne, on n'existe plus car on est trop gentils. Mes premiers matches de Coupe d'Europe, je ne les oublierai jamais. C'était contre des Italiens qui m'ont matraqué tout le match : le coude dans le nez, les tackles par derrière, le petit coup dans le mollet alors que la balle est au loin pour boîter tout le match, tout y est passé mais c'est comme ça que tu apprends. Aujourd'hui tu t'appuies sur l'épaule et c'est le drame. La beauté du football, c'est aussi le combat....Waseige : Contre Hibernian, en Ecosse, je me retrouve à terre après un duel, deux Ecossais bien costauds oublient de m'enjamber et me marchent l'un après l'autre sur le corps. Une façon d'apprendre son métier. Waseige : On avait tous le même nom de famille pendant 90 minutes. Notre leitmotiv, c'était de se défoncer, de ne surtout pas se prendre au sérieux, de se marrer et sur le terrain ça fonctionnait. Quaranta : Et puis quand il y avait un objectif précis, on était capables de se mobiliser et de l'atteindre. Ernès : Avec Liège, j'ai quand même fait 24 matches de Coupe d'Europe et deux quarts de finale. Et on ne jouait pas contre des clampins. C'était la Juve de Roberto Baggio, de Rui Barros ou Thomas Hassler. On était une bonne bande de copains qui savaient boire un coup, s'amuser. Mais on n'était pas des carotteurs, on était rarement blessés. Il arrivait qu'on ait mal à la tête à l'entraînement, mais on était là. Et puis, on s'entraînait dans d'autres conditions qu'aujourd'hui... Oufti ! Dans la cuvette, il n'y avait de l'herbe que de juillet à fin août. Drouguet : Après chaque entraînement dans la cuvette, le Docteur Legros m'obligeait à boire un litre de lait, comme les mineurs, pour éliminer toutes les poussières... Ernès : Et moi, on m'obligeait à fumer un paquet de cigarette quand on a eu Ajja comme sponsor (il rit). Ernès : On l'a toujours respecté même s'il pouvait être très dur. Drouguet : Il m'a fait pleurer dans les vestiaires et pas qu'une fois. Il pouvait être très méchant dans son analyse. Le but était de te piquer. Je n'ai pas peur de dire qu'il a fait de moi un homme. Quaranta : Il savait être très caustique pour retirer le maximum du joueur. Je me rappelle la première année où il arrive à Liège, on a été à moment mal embarqué. C'est là qu'il m'appelle dans son bureau et me demande ce qu'on doit faire ? Je lui réponds : faut être plus dur. Et il l'a été, avec tout le monde, mais on s'est sauvé et puis c'était parti. Ernès : Quand tu devais passer devant son vestiaire après avoir été battu, tu ne faisais pas le malin. Dix ans plus tard, quand je me suis retrouvé à Charleroi où il était coach, c'était toujours la même chose, la même crainte. Drouguet : Avant qu'il ne soit opéré d'une hernie discale, Robert Waseige avait insisté pour nous accompagner dans le car pour un long déplacement à Waregem, match qu'on a finalement perdu. Au retour, l'ambiance était terrible. Personne ne mouftait alors que le car faisait du 50 km/h tout au long du trajet. Ça me semblait être une éternité, le coach était, lui, allongé au fond du car sur les banquettes. Après son opération, il avait donné sa théorie d'avant-match de sa chambre d'hôpital. C'était un gagneur doublé d'un grand professionnel. Quaranta : Au-delà de ses qualités humaines, c'était quelqu'un d'extrêmement compétent, toujours à la page, c'était un littéraire, qui s'intéressait à tout, qui s'imprégnait des dernières nouveautés dans le monde du foot : la sophrologie, le stretching, il était avant-gardiste sur tous ces points. Waseige : Sa force, c'était aussi de ne nous faire comprendre qu'on avait intérêt à ne pas perdre. Car en cas de défaite, on savait qu'on allait passer une semaine infernale. Je me rappelle d'un entraînement après un match au Standard où l'on prend 4-0. Il y avait 30 cm de neige : il a demandé qu'on retire nos gants, nos bonnets et on a fait de pompes, des abdos pendant deux heures. Quaranta : Tu ferais ça maintenant avec les jeunes joueurs, ils t'enverraient péter. Ernès : Oufti, t'oses même pas les mettre à terre. Moreno Giusto passe la porte du café. " Vla Nagui ", lui assène Luc Ernès. L'homme aux " cent costards " salue l'assemblée. " Bonjour, Moreno Giusto : stopper. " Quaranta : Et dire que je les ai connus tous à leur début, vers 18 ans. J'étais leur grand-frère. Surtout pour Moré qui n'était pas voué à faire une carrière de footballeur et pourtant il a joué dix ans en D1. Waseige : Quand on a remporté la Coupe de Belgique en 1990, Moré avait envoyé son maillot à un supporter en tribune. Et celui-ci le lui a renvoyé en retour ! Giusto : Personne ne me voulait ; je le dis avant qu'ils ne le disent. Enfin si, j'ai eu deux contacts, au Standard et au FC Bruges. Une fois pour m'occuper de la cafeteria et l'autre pour être magasinier. Mais Liège, sportivement parlant, fut la meilleure période de ma vie... vu que je n'ai connu que ce club. Plus sérieusement, je retiens par-dessus tout une chose : l'esprit de camaraderie qui nous animait. Drouguet : Je suis quasi persuadé que cette ambiance, cette amitié est unique dans le monde du foot pro en Belgique.. Waseige : Quand on allait jouer à Anderlecht, on allait boire des coups en face du stade, avec les supporters adverses. La première fois, tout le café nous a dévisagés dès notre entrée. Mais ça se passait très bien. Un supporter mauve m'a dit " Ça fait 20 ans que je suis abonné, c'est la première fois que je bois un verre avec un joueur. " Pour nous, c'était une habitude. Sauf au Standard... Drouguet : On entrait dans n'importe quel café, que l'on gagne ou qu'on perde. Et les supporters nous offraient les verres. Ernès : Vous ne parlez que de guindaille ! (ndlr, Ernès, prend l'enregistreur et gueule " hein coach ! " -Éclat de rire). Nous étions de gais lurons mais pas des alcooliques. On savait s'amuser après avoir fait le boulot. Le problème, c'est qu'on ne se cachait pas. Mais, avant un match, j'ai fait énormément de sacrifices. Giusto : On aurait préféré que tu les fasses pendant les matches ! Ernès : Le moment que je n'oublierai jamais, c'est le retour de la finale de la Coupe de Belgique victorieuse. Il y avait 10.000 personnes sur la chaussée de Tongres et on a effectué le trajet sur le toit du bus. On a tout jeté vers nos supporters, même nos pompes. Je me suis retrouvé sur le car en slip. Le monde, ce jour-là, je ne l'oublierai jamais. Waseige : Le départ à la finale était mémorable : tous les ponts vers Bruxelles étaient recouverts de messages de supporters ; il y avait aussi une centaine de voitures qui nous " escortaient " vers le stade comme des petits poissons autour d'un requin. C'est pour ça qu'on perd notre première finale face à Malines. On n'était pas prêts pour ça, pour un tel engouement. Giusto : J'ai aussi en mémoire ce match chez un club flamand dont je tairai le nom. La rencontre avait lieu vers la fin de saison et était décisive pour l'Europe. Lors de l'échauffement, notre moitié de terrain était plongée dans le noir alors que de l'autre côté tout était parfaitement éclairé. C'était évidemment volontaire, le but étant de nous déstabiliser, et ça nous faisait bien chier. J'ai alors demandé à tous les joueurs de m'entourer autour du rond central, puis j'ai baissé mon training et j'ai fait un " pastillo-lasagne " (sic) en plein milieu du rond-central ! (éclat de rire général) Quand l'arbitre est arrivé pout déposer le ballon du match sur le rond central, et siffler le début de la rencontre, je l'ai entendu jurer en néerlandais, il a appelé le délégué de Beveren qui a dû venir brosser, évacuer la chose. Et finalement ce match, on le gagne ! Waseige : Avec Moré, on avait pour habitude de fêter son anniversaire la veille d'un entraînement supposé relaxe. Sauf qu'un lendemain de fête, après avoir dormi maximum deux heures, le coach est mal luné et nous envoie multiplier les sprints sur la largeur. Après une longueur, je n'en pouvais déjà plus. Je vois Moré un peu plus loin qui n'arrête pas de sprinter alors qu'il avait bu dix fois plus que nous tous, 15 Irish coffees après ses 18 bières. On aurait dit Jérôme dans Bob et Bobette. Je me suis dit que ce mec-là était tombé dans la marmite. C'était inouï. Giusto : J'aimais bien les entraînements, la seule chose qui m'ennuyait c'était d'avoir un ballon (il rit). Quand il y avait la passe à dix, le coach me criait : " Va courir ! ". Et je lui répondais : " Merci traineeeur. " Waseige : La pire insulte de ma vie, je l'ai reçue à Anderlecht. Ce soir-là, je joue contre le Grand Enzo Scifo. Et je lui rentre dedans pendant tout le match. A l'heure de jeu, je lui envoie un tackle bien appuyé, il se relève et me balance : -Waseige, espèce de petit Giusto !Giusto : Et tu ne me l'as pas dit ? Waseige : Je ne voulais pas que tu le casses. Les grands joueurs, il faut les embêter mais pas les casser. Ernès : Lors d'un stage en Tunisie, ce fut la java pendant dix jours. Au retour, après dix heures de voyage, on rentre tous crevés. Le car nous ramène de Zaventem au club. Et là, normalement c'est : Au revoir tout le monde et à demain. Là le coach nous dit : " Personne ne part, dans le vestiaire tout le monde !" On reçoit un entraînement punitif pour nos excès du stage. Quand on partait à l'étranger, c'était souvent épique. Comme la fois où l'on s'était rendu à un tournoi en Roumanie peu après la chute de Ceaucescu. Un soir, toutes les équipes invitées prirent place dans un resto. La soirée se déroule normalement jusqu'à ce que mon orange se retrouve, par maladresse, dans l'assiette d'un joueur de l'équipe écossaise. Le suite se transforme en combat de bouffe entre toutes les équipes. On a enchaîné la nuit en discothèque, en prenant au préalable un bus public en otage, qui nous a conduits jusqu'à la soirée. Waseige : Il y avait aussi ces nombreux déplacements européens inoubliables comme en Islande où un semi-remorque était converti en tribune officielle, avec un ramasseur de balle qui allait chercher la balle dans l'océan. Quaranta : L'histoire n'est qu'un éternel recommencement à Liège. Quel que soit le président, il voit trop grand. Mais un club, ça se gère, il lui faut une structure. Et ça n'a jamais été le cas. Quand j'étais coach en D2 et qu'on a failli monter en D1, on n'était plus payé depuis six mois. Je reste toutefois persuadé que si Liège retrouve un stade, son propre stade, il reviendra en Division 1. Waseige : Pendant quelques années, on a réussi à inverser la tendance alors que nous étions les petits et ce, depuis les affrontements en jeunes. Si tu voulais pouvoir marcher en ville la tête haute, il fallait gagner le derby ou alors tu devais mettre un bonnet. On a eu la chance de connaître une période où on les massacrait régulièrement. Quaranta : Tous ceux autour de la table, et il en manque, nous étions, à cette époque, les Rois Vikings ! ?PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: BELGAIMAGE" J'ai demandé aux joueurs de m'entourer autour du rond central, puis j'ai baissé mon training et j'ai fait un " pastillo-lasagne " en plein milieu du rond-central ! " Moreno Giusto