Si les chiffres du coronavirus continuent de diminuer, la quatrième journée de Jupiler Pro League était probablement la dernière sans public. Le 8 août, le Club Bruges et Charleroi avaient mis fin à cinq mois sans championnat, puisque la 29e journée du dernier exercice, le 7 mars, avait aussi été la dernière... tout court.
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Si les chiffres du coronavirus continuent de diminuer, la quatrième journée de Jupiler Pro League était probablement la dernière sans public. Le 8 août, le Club Bruges et Charleroi avaient mis fin à cinq mois sans championnat, puisque la 29e journée du dernier exercice, le 7 mars, avait aussi été la dernière... tout court. " Il a fallu s'adapter ", admet Bram Van Driessche (35 ans). " Certains facteurs essentiels n'étaient pas présents sur le terrain : le souffle chaud du public, l'intensité, la pression d'un stade plein. Bien entendu, on est suffisamment professionnels pour nous adapter et exécuter nos tâches. On doit tout simplement être bons. Le passé ne compte pas. Tout ce qui se disait s'entendait clairement. C'était un réflexe naturel : on faisait plus attention à ce qu'on disait. Tout le monde devait tenir compte de ces circonstances. Dans un stade plein, il y a tellement de bruit qu'on n'entend pas toujours exactement ce qu'un joueur dit. Ici, on avait plus de temps pour expliquer les choses, il y avait donc moins de protestations. C'est la preuve que les joueurs acceptaient notre autorité et notre personnalité. Notre seule préoccupation reste cependant de prendre la bonne décision. On est souvent suivis par quatorze caméras, plus une flycam. On sait qu'on n'a pas droit à l'erreur, qu'on doit être dans le match. Pour cela, on doit être extrêmement concentrés. Je peux vous garantir qu'on y arrive vite, car on ne manque jamais d'énergie ni de concentration. C'est quelque chose qu'on s'impose, c'est dans notre mentalité. " " Le foot sans public, ça sort de l'ordinaire ", dit Jonathan Lardot (36 ans). " Les sensations étaient différentes, pour nous comme pour les joueurs. Les stades vides ont changé le jeu, l'intensité. L'application, aussi. Ça se voyait au comportement des joueurs. Sans public, l'ambiance était plutôt celle de matches amicaux. Les réactions étaient donc différentes. Attention, je n'ai pas dit que ça rendait la tâche de l'arbitre plus facile. Sans supporter, il y avait moins de pression, c'est sûr. Mais le public, c'est aussi une motivation supplémentaire pour nous. Ça fait monter l'adrénaline. Il faut que ça vive, c'est la base. Elle n'était pas là et, personnellement, je le ressentais. Comme l'arbitrage est leur métier à temps partiel, beaucoup de mes collègues ont très bien préparé leur saison. On se réjouissait tous de retrouver le terrain. On était très motivés et c'était notre priorité. Le premier match, c'est un peu comme un premier jour d'école : un mélange de nervosité positive, des fourmis dans les jambes. Quand on fait son sac pour aller au match, on se sent un peu dans la peau de l'élève qui prépare son cartable. C'est un plaisir de revivre ce sentiment après autant de temps. " " Entendre résonner son coup de sifflet dans un stade vide, c'est très particulier ", dit Lawrence Visser (trente ans). " Il a fallu s'adapter. Le football, ça reste une question d'émotions. On aime aussi diriger des matches où il y a de l'ambiance et de l'enjeu. Ça motive l'arbitre aussi, c'est un défi. Nous aussi, on veut des stades pleins. C'est ce qui fait le charme de notre sport. De toute façon, même sans public, il faut être aussi concentré et les décisions restent les mêmes. C'est différent, mais ce n'est pas pour ça que c'est plus facile. Je n'ai pas non plus dû changer mon coup de sifflet : il est clair et strident. J'ai été surpris par les réactions positives des joueurs. D'une certaine manière, on peut dire qu'ils étaient plus calmes, plus positifs. Ils étaient davantage dans la raison que dans l'émotion, surtout lors des premiers matches amicaux, où ils protestaient moins vigoureusement après une faute. Parfois, ils s'étonnaient même de l'effet de leurs cris, ils se demandaient ce qu'ils faisaient. Il y a quand même une grande différence entre un stade plein et un stade vide. Quand on s'échauffe et qu'on voit les spectateurs affluer dans les tribunes, on sent la pression monter. C'est une pression saine, qu'on s'impose à soi-même. C'est aussi pour ça qu'on fait ça. Pareil au moment du décompte, quand on monte sur le terrain et qu'on s'empare du ballon. Ce sont des moments magiques, on sent l'adrénaline. Lors des premiers matches de la saison, c'était un peu différent : on avait perdu certains paramètres, certains repères. Tout ce qu'on entendait vraiment bien, c'était le nouvel hymne de la Pro League. Mais heureusement, dès le coup d'envoi, les choses rentraient dans l'ordre. "