Il ne parle aucune de nos deux (grandes) langues nationales, même s'il dit comprendre le français, et pourtant Roberto Martinez est un communicateur hors-pair. Ce 17 octobre dernier, il entre dans nos bureaux avec le sourire avant de repartir trois heures plus tard avec cette même expression. Et quand un journaliste d'un autre magazine du groupe lui tend, un brin provocateur, un Sport/Foot Magazine avec Radja Nainggolan en couverture et lui demande une signature, le sélectionneur a le mot juste et garde le sourire charmeur.
...

Il ne parle aucune de nos deux (grandes) langues nationales, même s'il dit comprendre le français, et pourtant Roberto Martinez est un communicateur hors-pair. Ce 17 octobre dernier, il entre dans nos bureaux avec le sourire avant de repartir trois heures plus tard avec cette même expression. Et quand un journaliste d'un autre magazine du groupe lui tend, un brin provocateur, un Sport/Foot Magazine avec Radja Nainggolan en couverture et lui demande une signature, le sélectionneur a le mot juste et garde le sourire charmeur. Notre entrevue a lieu sur le coup de midi. Le soir, il sera installé dans l'Etihad Stadium pour suivre Manchester City-Naples avant d'enchaîner par Chelsea-Roma et... Mouscron-Standard. L'homme aime apparemment les grands écarts. Mais pas question par contre de dévier de ses principes, son verre de vin restera vide tout au long du repas. " À 16 ans, on m'a proposé un contrat à Saragosse. Mon père m'a dit : tu dois suivre ce que ton coeur te dit de faire. Mais si tu vas là-bas, tu vas commencer à boire, tu vas arrêter tes études, et deux-trois ans plus tard, tu seras dans une situation compliquée si tu n'arrives pas à faire ton trou. Je lui alors promis que je ne boirai jamais, que je décrocherai mon diplôme, et qu'on verra ce qui se passera dans le foot. " ROBERTO MARTINEZ : Je ne sais pas si Radja boit beaucoup. Les gens confondent boire et souffler car la majorité des joueurs pensent que c'est en buvant un coup qu'ils vont se relaxer. MARTINEZ : En regardant du foot, en observant les coaches au bord du terrain. Je sais que ça semble bizarre mais le foot a un effet thérapeutique chez moi. MARTINEZ : Je regarde tous les matches des joueurs que nous suivons, ça m'oblige à regarder du foot tous les jours. Je regarde les matches en entier mais nous avons un programme qui ne montre que quand le ballon est en jeu, c'est à dire entre 23 et 28 minutes. MARTINEZ : Quand tu coaches une sélection, tu dois te concentrer sur la méthode utilisée et le message que tu adresses aux joueurs doit être très clair. Car tu ne peux pas concurrencer le travail réalisé au jour le jour dans un club. À l'âge de 44 ans, on préfère habituellement coacher un club au quotidien, mais si je me suis lancé dans cette aventure, c'est parce qu'ici l'attente est très élevée et que cette sélection est composée de joueurs très talentueux qui aiment jouer pour leur équipe nationale. J'ai même été surpris de l'amour que mes joueurs portent à l'équipe nationale. Prenez ce match en Bosnie, ils l'ont remporté alors qu'ils étaient qualifiés, que le terrain était mauvais ; ils ne cherchent pas d'excuse. Ils sont partis pour le gagner : point. MARTINEZ : On s'y rapproche. Les joueurs espagnols, par exemple, ont l'habitude de gagner des tournois internationaux depuis qu'ils ont 17 ans. Ils se disent logiquement : pourquoi s'arrêterait-on de gagner en arrivant en équipe A ? Le point de départ est simple : il faut croire en quelque chose si tu veux l'atteindre. Nous sommes devenus une équipe qui gagne alors pourquoi ne pourrions-nous pas remporter un tournoi important ? MARTINEZ : J'étais sur place pendant toute la durée du tournoi, tant en Afrique du Sud qu'au Brésil, et j'ai retenu deux choses : les joueurs qui évoluent dans des grands championnats débarquent sur un tournoi éprouvés, pas tellement physiquement mais plutôt mentalement. Donc il faut faire en sorte qu'ils soient frais mentalement. MARTINEZ : C'est vrai mais heureusement qu'ils ont été au bout car rappelez-vous les critiques après les deux premiers matches. Mais au moment d'entrer dans la phase décisive, ils étaient frais. MARTINEZ : Il faut des périodes de concentration maximale, sans aucune distraction autour, et des moments libres avec la famille. Il ne faut pas arriver à une situation où les familles occupent le même bâtiment mais elles ne doivent pas non plus être installées à 6 h de vol. On a 77 % de chances de rester à Moscou, et le camp de base que nous avons choisi à Moscou est grand, spacieux, j'en suis très heureux. MARTINEZ : Il faut que les joueurs soient capables de gérer la pression et les espoirs de 11 millions de personnes. Quand tu observes les Sud-Américains lors d'une Coupe du Monde, c'est comme s'ils célébraient la vie. Il y a de la musique, ils partagent leur chambre à trois à quatre, ils prennent du plaisir. Pour certains pays européens, c'est très différent : les joueurs marchent dans l'hôtel avec leurs écouteurs, ils sont seuls dans leur chambre, ils ne veulent rien savoir. Ce sont deux extrêmes. MARTINEZ : J'ai essayé de tirer certaines informations. Mais c'est quasiment impossible d'expliquer les vraies raisons car c'est toujours une combinaison d'éléments. Je crois surtout que l'expérience accumulée à la Coupe du Monde et à l'EURO va être essentielle en Russie. Et je veux surtout que mes joueurs profitent d'un break à la fin du championnat afin de leur permettre de souffler, de se rafraîchir les idées. C'est très important de faire le switch pendant quelques jours. Et on démarrera la préparation à Tubize, il n'y aura donc pas de stage à l'étranger. MARTINEZ : Je l'espère. J'aimerais qu'on soit capables de maintenir l'intensité de nos 20 premières minutes pendant la totalité de la rencontre, de lutter d'égal à égal au niveau de la possession car si c'est le cas, nous avons les joueurs pour leur faire mal. Je suis persuadé que nous avons progressé mais l'Espagne aussi s'est améliorée depuis. Si on se base sur les qualifications, l'Espagne est la meilleure équipe européenne avec l'Allemagne et nous. MARTINEZ : Oui, même s'il faut aussi considérer la France MARTINEZ : Après cette campagne de qualification, on doit désormais se tester à un niveau supérieur. Et ce n'est qu'après les trois premiers matches de poule qu'on pourra juger notre état de forme. Seules les nations qui ont au préalable gagné la Coupe du Monde peuvent être considérées comme favorites. Nous ne savons pas ce que c'est d'aller à une Coupe du Monde et de la gagner, d'autres ont ces certitudes. MARTINEZ : On ne va évidemment pas attaquer de la même façon face à Gibraltar que face à l'Espagne. La question est plutôt : a-t-on différentes options pour jouer de différentes manières ? Oui. On peut évoluer avec deux six, un six et un 8, on peut jouer à trois au milieu, avec un 4 arrière, avec un faux numéro 9. On a déjà joué 3-4-3, 3-5-2, 3-4-1-1 et 4-2-3-1 en seconde mi-temps en Bosnie. Et est-ce que cette équipe a la faculté de s'adapter à différents systèmes ? La réponse est oui. Et va-t-on être ambitieux et prendre des risques ? Oui, car nous avons les joueurs pour. Beaucoup d'entre eux évoluent en Premier League où l'on imprime un rythme et une transition comme nulle part ailleurs. Et avec le flair et le tempo dont on dispose, la Belgique est très puissante. MARTINEZ : La Grèce l'a très bien fait contre nous à Bruxelles. Ils ont réussi à emmener ce match là où on ne le voulait pas, en tuant le rythme de la rencontre. Et la plus grande erreur que l'on a commise ce soir-là fut de concéder un but qui résultait d'un manque de concentration. Car face à une équipe qui nous laisse le ballon, on doit pouvoir garder le zéro. Et sur ce point-là, on a progressé. Je pense qu'on a assez d'expérience pour gérer les situations où l'adversaire casse le rythme du match. MARTINEZ : Ce serait stupide de le faire avec des joueurs comme De Bruyne, Hazard, Lukaku ou Mertens. Évidemment qu'on doit apprendre à mieux défendre mais je serais réellement inquiet si seulement quatre joueurs ne pensaient qu'à défendre en perte de balle mais ils sont onze à vouloir le faire. On peut encore améliorer les automatismes défensifs mais le désir de bien faire est bien là. Le match face à Chypre a été un bon exercice en ce sens, puisque l'adversaire tentait de sortir le ballon de derrière. Et j'ai énormément apprécié l'implication des trois offensifs, soutenus par Tielemans qui évoluait un peu plus haut que Witsel. Le groupe défendait rapidement et haut. MARTINEZ : Je me rends bien compte que Radja est quelqu'un de très populaire. Mais je dois prendre des décisions en fonction de l'équilibre de l'équipe. Je crois pouvoir dire qu'aux deux postes de numéro 10, Dries Mertens et Eden Hazard ont été les meilleurs jusqu'à présent. Quant à Radja, il est à son meilleur à la Roma quand il évolue comme numéro 10 avec de la liberté derrière Dzeko. On n'a pas vraiment de poste similaire en sélection. Et quand on l'a essayé là, ça n'a pas vraiment fonctionné. MARTINEZ : Sa plus grande influence, c'est quand il peut aller dans le rectangle ou quand il peut armer sa frappe à distance. On l'a essayé en 10 en Russie, ou face à la République tchèque, ou contre la Grèce, ça n'a jamais été des réussites. Et pourtant, je sais que Radja est un joueur avec un énorme potentiel. Mais ce n'est pas un joueur que l'on met 15 ou 16e homme. Il doit avoir un rôle important dans une équipe. MARTINEZ : Je pense que ça ne convient pas à son statut. Certains joueurs peuvent se satisfaire d'être réserviste et d'attendre leur chance. MARTINEZ : Je ne pense pas qu'une place sur le banc soit le rôle de ce type de joueurs. Et Radja en fait partie. Dans chaque pays, vous trouvez des éléments dont on ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas repris. Pourquoi Cesc Fabregas n'est plus sélectionné avec l'Espagne par exemple ? Le plus difficile pour un sélectionneur, c'est de trouver le meilleur équilibre. MARTINEZ : Le premier facteur est d'analyser comment le joueur performe sur le terrain. Et quand tu vois que ça fonctionne dans le jeu, tu te poses alors la question de savoir comment il va fonctionner en dehors des terrains. Ce paramètre n'a pas encore été envisagé. Pour l'instant, je ne réfléchis qu'à ce que je vois sur le terrain et à l'équilibre. Les joueurs doivent être capables d'attirer mon attention. Ça a été le cas pour Tielemans en Bosnie comme pour Dendoncker qui est monté au jeu au milieu d'une mi-temps sur un mauvais terrain, alors que Michy a marqué son but dans un match difficile. Thorgan Hazard a aussi fait le boulot contre Chypre. Mon but est de réunir la meilleure équipe possible et pour ça, je dois recevoir des signaux des joueurs qui vont influencer ma sélection. MARTINEZ : Aucun des deux n'était présent lors du match à domicile face à la Grèce et on a pu voir leur importance. Le match de De Bruyne face à Stoke, c'était masterclass, un match référence en Angleterre. Ce n'est pas seulement une question de technique mais Kevin a cette faculté d'être précis tout en jouant vite. Eden est différent car il aime la provocation, les un contre un. MARTINEZ : Oui. Je pense qu'Eden peut jouer un peu partout mais s'il est collé à son côté gauche, ça devient plus facile pour ses adversaires de défendre sur lui grâce à une prise à deux. En revanche, s'il a la liberté d'aller vers l'axe, ça devient bien plus compliqué. Quant à Kevin, il doit avoir un impact sur le jeu, il doit être au ballon. Mais ne vous en faites pas, les équipes vont apprendre à contrer De Bruyne. MARTINEZ : En l'empêchant de jouer vers l'avant. Mais comment y arriver, c'est autre chose (il rit). Il lui faut au moins deux joueurs car il est dynamique, il a cette intensité dans son jeu et cette manière de bouger. Je ne suis pas impressionné par le niveau de jeu qu'il a atteint mais davantage par la constance de ses performances. MARTINEZ : Non et je ne sais pas vraiment d'où elles viennent. Tout ce que je vois chez Romelu, c'est son obsession d'être le meilleur. Et ce qu'il arrive à réaliser à son âge, c'est prodigieux. Les gens voudraient voir le joueur parfait mais c'est impossible. Chacun peut avoir son avis, évidemment, mais je serais d'accord de le critiquer si son attitude à l'entraînement n'était pas la bonne ou qu'il ne travaillait pas assez. Mais c'est tout le contraire. par Thomas Bricmont, Guillaume Gautier et Peter T'Kint - photos Belgaimage - Laurie Dieffembacq" Ce serait stupide d'être attentiste avec des joueurs comme De Bruyne, Hazard, Lukaku ou Mertens. " - Roberto Martinez " Nainggolan n'est pas un joueur que l'on met 15 ou 16e homme. Il doit avoir un rôle important dans une équipe. " - Roberto Martinez