Les arbitres qui officient à Charleroi n'ont rien à craindre: le solide Pol Toletti est là pour veiller à leur sécurité. Le visage rond de cet homme toujours de bonne humeur est incontournable au Sporting. Chaque année, on le retrouve sur la photo d'équipe. Depuis 1985, il passe son temps à régler tous les petits problèmes des entraîneurs et des joueurs.
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Les arbitres qui officient à Charleroi n'ont rien à craindre: le solide Pol Toletti est là pour veiller à leur sécurité. Le visage rond de cet homme toujours de bonne humeur est incontournable au Sporting. Chaque année, on le retrouve sur la photo d'équipe. Depuis 1985, il passe son temps à régler tous les petits problèmes des entraîneurs et des joueurs. "Nounou" a pris un peu de recul suite à deux thromboses qui l'ont frappé en l'espace de trois ans. Il y a toutefois des tâches qu'il ne voudrait abandonner pour rien au monde. Dont la sécurité des referees: "Je les accueille, je les accompagne quand ils montent sur le terrain et je les reconduis à leur voiture après le match. Nous avons prévu tous les scénarios. Si une rencontre dégénérait à cause de l'un d'eux, nous l'aiderions à quitter le stade par une porte dérobée. Mais nous n'avons jamais dû appliquer cette tactique. Tout se passe toujours très bien et j'ai tissé de vrais liens d'amitié avec la plupart des arbitres". Le Sporting rythme la vie de Pol Toletti. Chaque matin, il débarque au stade. Les étrangers du noyau savent ce qu'ils lui doivent: Pol gère tous leurs tracas administratifs (permis de travail, permis de séjour, contacts avec l'ONEM, la mutuelle, les ambassades, les consulats, etc). Il est aussi leur taximan préféré. "Je connais Zaventem comme ma poche", lance-t-il. "J'ai même passé deux heures dans une cellule de l'aéroport: Bertin Tokéné n'avait pas fait ce que je lui avais demandé pour la prolongation de son permis de séjour. Quand il est arrivé à la douane, on n'a pas voulu le laisser passer. Il était carrément en situation irrégulière. On l'a envoyé au cachot. J'ai insisté pour que l'on m'enferme avec lui et tout est finalement rentré dans l'ordre. Un phénomène, ce Bertin. Un gâchis, surtout. Avec son talent, il devrait jouer depuis longtemps en Espagne ou en Italie. Au lieu de cela, il est aujourd'hui chômeur du foot". Impossible de vivre sans les ZèbresLe bon Pol a gardé, de ses deux accidents vasculaires, des difficultés d'élocution qui se manifestent surtout en fin de journée. Mais son optimisme et un traitement médical sérieux l'aident à oublier ses soucis. "Je porte un masque à oxygène durant toute la nuit. Une fois réveillé, je sens que mon cerveau a bien été réalimenté et c'est un plaisir de prendre ma voiture pour filer au stade. J'ai envisagé d'arrêter après ma deuxième thrombose, il y a trois mois. Mais je crois que j'aurais fait la plus grosse gaffe de ma vie. Vivre sans les Zèbres, j'en serais incapable. Monsieur Bayat, Lucien Gallinella et Pierre-Yves Hendrickx m'ont convaincu de rester. Ils m'ont expliqué qu'ils auraient toujours besoin de moi mais que je pouvais travailler à mon rythme. Enzo Scifo m'a aussi fait comprendre que ma bonne humeur communicative était indispensable. Je pense que, si j'avais quitté le club, les conséquences sur ma santé auraient été plus dramatiques que les suites d'une troisième attaque! Et je suis déjà assez handicapé comme cela. J'ai rédigé des milliers de courriers pour le Sporting: en français, en anglais, en néerlandais, en allemand. Aujourd'hui, je ne suis plus capable d'écrire et je ne peux m'empêcher de chialer chaque fois que je dois dicter une lettre... C'est terrible de dépendre d'un tas de gens pour des gestes courants. Même si ce n'est pas désagréable de devoir travailler avec le personnel féminin du Sporting: ah, le sourire de Marjorie, de Christelle et de Véronique..." Pol Toletti est une légende vivante au Mambourg. Il est un des plus anciens de la bande des années 80. Seul Raymond Hens (numéro 1 de l'école des jeunes) et la famille Dal Mut (responsable de tout ce qui touche au matériel) lui contestent le droit d'aînesse. Le frère de Waseige"En 17 ans ici, j'ai forcément vu défiler pas mal de monde. Avec chaque entraîneur, j'ai noué des liens d'amitié très forts. Quand il y en a un qui quitte le club, mon estomac se noue. Et je touche du bois pour qu'il réussisse ailleurs. Heureusement, je continue à les voir. Que ce soit Aimé Anthuenis, Georges Leekens, Georges Heylens, Luka Peruzovic ou Manu Ferrera, ils me font encore tous la bise. C'est une très grande fierté pour moi. Quand Anthuenis m'aperçoit, il quitte son banc et vient m'embrasser. Vous connaissez beaucoup d'autres personnes pour lesquelles il fait ça? Avec Robert Waseige, l'amitié est encore plus forte. Lui, ce n'est pas un ami mais carrément un frère. Il est parrain de mon fils de 16 ans. Il y a quelques années, quand Emmanuël disait à l'école qu'il avait Waseige comme parrain, personne ne voulait le croire. Aujourd'hui, ses copains lui demandent continuellement des posters ou des dédicaces. Mon amitié avec Robert est née à l'époque où il était encore à Liège. Le courant est directement passé et j'étais heureux comme un gosse quand il m'a annoncé qu'il venait à Charleroi. Il m'invite aux matches des Diables Rouges et vient parfois à la maison. Après la défaite à Zagreb, il m'a présenté à Alain Courtois en disant: -Voilà mon frérot. Vous pensez si j'étais fier..." Il y a le frère Robert, mais aussi tous ces (ex-)Zèbres que Pol Toletti considère comme ses petits-enfants. "Avec des garçons comme Jean-Jacques Missé Missé, Olivier Suray ou Alex Teklak, le contact est toujours aussi chaleureux qu'à l'époque où ils jouaient ici. Je suis le confident des joueurs. Ils me parlent de leurs problèmes privés et professionnels. Ils me disent des choses qu'ils n'avoueraient jamais à l'entraîneur. Depuis l'arrivée d'Enzo au poste de coach, je constate une évolution positive des mentalités. On retrouve petit à petit la chaleur et la proximité qui régnaient ici il y a dix ans. Enzo met l'accent sur la vie en groupe, sur la complicité entre tous les joueurs. Au cours des dernières années, les liens s'étaient sérieusement détendus. Après les entraînements et les matches, on voyait défiler les sacs dans le couloir du vestiaire et tout le monde voulait rentrer chez lui le plus vite possible. Aujourd'hui, ils cherchent de nouveau à passer plus de temps ensemble. C'est le mérite d'Enzo, mais c'est aussi dû au fait que Monsieur Bayat privilégie des contrats de longue durée. Presque tous les joueurs savent qu'ils seront encore ici dans deux ou trois ans. Ils se disent dès lors qu'il est préférable d'avoir de bons rapports avec leurs coéquipiers. Les femmes viennent à la réception après les matches et on a l'impression d'assister à une grande réunion de famille. C'est primordial pour l'ambiance dans l'équipe". Y a-t-il plus que le foot?Pol Toletti se demande si sa passion pour le Sporting n'est pas en partie responsable de ses problèmes de santé. "Je prends mon boulot tellement à coeur qu'il est peut-être pour quelque chose dans ma première thrombose. Quand le Sporting gagne, je suis le plus heureux des hommes. Quand il perd, je ne vais pas bien du tout, mon caractère change, je deviens plus renfermé et je rentre à la maison avec mes problèmes. Ma compagne a beau me dire que la vie continue, qu'il n'y a pas que le foot; c'est plus fort que moi. Je ne compte plus le nombre de fois où le Sporting m'a fait pleurer. La dernière, c'était après l'égalisation de Beveren, chez nous, à la 93e minute. Je suis peut-être trop émotif..." Le manque d'ambiance lors de certains matches à domicile attriste Nounou. "Je ne comprends pas qu'on ne retrouve plus la passion d'il y a dix ou quinze ans. Quand le Sporting est remonté en D1, en battant le RC Malines dans le tour final, il y avait 18.000 spectateurs. Des gens étaient debout au bord du terrain. A certains moments, les juges de ligne se trouvaient carrément dans la surface de jeu. Pourquoi ne parvient-on plus à créer une atmosphère pareille? Nous avons un stade magnifique, mais je me demande s'il ne contribue pas à casser l'ambiance. Il est peut-être trop grand, trop beau. Les supporters de Charleroi étaient peut-être plus heureux quand ils venaient dans un bâtiment plus modeste et plus intime. A l'époque, tout le monde participait à la fête. Aujourd'hui, plus personne ne bouge à part les spectateurs de la Tribune 4, derrière un but. Là-bas, c'est chaud. Mais ailleurs, on voit des gens tranquillement assis qui se contentent d'observer les événements. Il ne faut pas s'étonner que les grandes équipes belges n'aient plus peur de venir chez nous". Pol Toletti est partisan d'une ambiance chaude mais positive. "J'ai envie de bondir quand j'entends des supporters insulter l'adversaire. Est-il bien nécessaire de traiter le gardien d'enc... chaque fois qu'il dégage le ballon? Le respect de l'équipe adverse s'est perdu, et c'est bien triste. Je suis aussi désolé que le Sporting ne mobilise plus toute la région comme c'était le cas autrefois. Il y a quinze ans, les supporters venaient en masse au dernier entraînement de la semaine en espérant deviner la composition de l'équipe pour le match du lendemain. Aujourd'hui, on ne voit plus qu'une dizaine de personnes à Marcinelle, dont quelques petits vieux qui s'y déplacent avant tout pour que leur chien puisse se promener sans être ennuyé par les voitures..."Pierre Danvoye