Mercredi, au stade Vanden Stock, nul ne savait qui Anderlecht affronterait en seizièmes de finales de la Coupe. Ariel Jacobs ne l'a découvert que tard le soir. Il avait la tête ailleurs. La blessure de Marcin Wasilewski a provoqué un séisme dont Anderlecht se remet difficilement. C'est cru à dire, car l'entraîneur avait déjà tiré ses conclusions. Pour lui, cela devait arriver tôt ou tard....
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Mercredi, au stade Vanden Stock, nul ne savait qui Anderlecht affronterait en seizièmes de finales de la Coupe. Ariel Jacobs ne l'a découvert que tard le soir. Il avait la tête ailleurs. La blessure de Marcin Wasilewski a provoqué un séisme dont Anderlecht se remet difficilement. C'est cru à dire, car l'entraîneur avait déjà tiré ses conclusions. Pour lui, cela devait arriver tôt ou tard.... Ariël Jacobs : Oui et depuis longtemps. Ce match ne m'a pas ouvert les yeux, il m'a confronté encore un peu plus avec la réalité. La passion est la base de tout. Un gamin shote dans quelque chose qui traîne. Plus tard, cela devient une passion. Mais celle-ci est foulée presque tous les jours aux pieds, jusqu'à disparaître. Il y a quelques années. Quand les mauvais souvenirs sont aussi nombreux que les bons ou prennent le pas sur ceux-ci, vous devez vous interroger. Je suis heureux d'avoir 56 ans car tout cela va empirer. Je plains ceux qui ont encore devant eux une carrière de vingt ans en football. L'escalade va se poursuivre jusqu'à ce que tout soit permis. Tout le monde ne parle que de respect, mais nul n'en témoigne plus. Vous signez un contrat dans le club A ; trois mois plus tard, on vous offre cinq euros de plus dans le club B et vous voulez partir. Où est le respect ? C'est la loi du football. L'entraîneur est souvent limogé mais quand il part de lui-même, une fois sur dix, le club parle d'un manque de respect. Sans parler de la façon dont les dirigeants se démolissent, et pas seulement ceux du Standard et d'Anderlecht. C'est une voie sans issue. A Genk, peut-être. J'ai revêtu différents postes dans le football. J'ai été directeur technique de Genk et j'ai alors découvert une face cachée du football, un aspect où il se passe des choses criminelles dont le public ignore tout. Je parle des pratiques de transfert des joueurs par des managers mais aussi des clubs. Jos Vaessen a déclaré, une fois : - Dans le monde des affaires, où toutes les sociétés sont concurrentes, une personne mafieuse se retrouve immédiatement à la rue et ne retrouve plus d'emploi. En football, on peut avoir besoin d'elle tôt ou tard. Alors, on la reprend. J'ai abouti dans un milieu où je suis impuissant. Vous êtes d'accord avec un joueur sur tous les aspects de son contrat - je parle ici de Klukowski - et d'un coup, un autre club entre dans la partie et tout ce que vous avez négocié est balayé. Vous avez travaillé trois ans avec ce joueur, pourtant. C'est la jungle, tout est permis. Comment encore faire confiance à quelqu'un ? Ce n'est pas mon milieu. J'ai regretté mon départ de Genk. J'appréciais mon entourage mais c'était plus fort que moi. J'ai pris ma décision en sachant que je revenais dans un poste où on est plus vite évincé que celui de directeur technique... Je déplore qu'il ait fallu un incident comme celui dont Wasilewski a été victime pour que le public en prenne conscience. C'est délicat mais je comparerais la situation actuelle avec la Marche Blanche. Tout le monde était empreint de colère et d'impuissance, alors. Combien de personnes ne sont-elles pas descendues en rue ? Quelques jours plus tard, c'est déjà oublié. La Justice fonctionne-t-elle mieux depuis ? Les gens sont volatiles, y compris en football. Je doute donc que ça aille mieux. Non. Il y a ce cliché insensé : la vie continue. C'est le sentiment qui m'empreint chaque fois qu'on observe une minute de silence avant un match. On pense au disparu mais après cette minute, tout le monde se déchaîne à nouveau. La vie continue. La question, c'est :- Comment ? Que nous a-t-on reproché contre Lyon ? De nous être comportés en agneaux. Nous n'avons pas pris une seule carte en France. Mais chacun doit réapprendre à connaître les limites à ne pas franchir. Mettre le pied implique de connaître ces limites. J'ai moi-même été attaquant. J'ai reçu beaucoup de coups. Je ne me laissais pas faire mais durant toute ma carrière, je n'ai pris que quatre ou cinq cartes jaunes, dont trois pour protestations. J'en ai récemment parlé avec Boskamp. Il disait la même chose : - J'ai rendu tous les coups mais jamais avec l'intention de blesser quelqu'un. Alors, il n'y a qu'une conclusion possible : c'est la jungle et tout est permis. Dans 90 % des cas, il s'agit d'actes excessifs mais pas intentionnels. Le football est un sport de contacts. Celui qui demanderait à son groupe de veiller à ne blesser personne passerait pour un naïf. Que diraient ses joueurs si, une demi-heure plus tard, un coéquipier était évacué avec une fracture de la jambe ? Par contre, il faut éviter d'appeler à l'agressivité pour l'agressivité. Je l'ai dit à la mi-temps du match contre le Standard. Sinon, ça finit en guerre, ce qui ne constitue pas une solution. J'ai toujours trouvé cette expression étrange, même si elle a un sens : vous avez un adversaire, vous développez une stratégie pour gagner. Entre-temps, on en arrive vraiment à la guerre. Celui qui se rend à Anderlecht-Standard a l'impression, des heures avant le coup d'envoi, d'aller au front. On ferme des sorties d'autoroute, le joueur coupable est escorté par la police à l'Union belge. Avec quels sentiments le père qui a assisté au match avec son gamin rentre-t-il à la maison ? Chacun. C'est l'origine de ce cercle vicieux. Nul ne sait comment en sortir. C'est une remarque personnelle, mais pourquoi devrions-nous jouer le match retour au Standard ? Imaginez que tout soit mis en £uvre, d'ici là, pour changer le climat. Il y a deux possibilités : chacun se retient et cela devient un match absurde ou les émotions se déchaînent au premier incident. L'impuissance. Donc, les points sont l'essentiel. La fin justifie les moyens. Il en ira d'ailleurs ainsi. Rien ne changera. Jusqu'à la première phase de jeu litigieuse. La partie désavantagée montera l'incident en épingle et l'autre répondra : - Non, c'est un fait de jeu. Croyez-vous que la presse annoncera le match de la réconciliation ? C'est ainsi. Deux choses me posent problème : que, dimanche, on ait passé si facilement les bornes et qu'en Belgique, quand il y a coup de coude, cela ne peut être que Wasilewski. Moi, je ne vois rien d'autre. Les coups de coude sont entrés dans les habitudes, ils sont une partie du jeu, au point que je pense qu'on les entraîne délibérément. Nous avons beaucoup parlé à Wasyl l'année dernière. Il a rechuté mais il s'est globalement assagi. C'est un succès pour lui, comme pour nous. On parle toujours de ce match de barrage au Standard mais qui portait un bandage après cinq minutes ? Wasilewski ! Il s'est quand même passé quelque chose ? Hasard ou pas, l'auteur de la faute était celui qui, dimanche dernier, aurait dû recevoir deux cartes jaunes en l'espace de vingt minutes. Oui. Il va vers Van Damme sans un regard pour le ballon. Nul n'en a reparlé. Idem pour Collet. J'ai sauté en l'air sur la phase mais le quatrième arbitre m'a aboyé de rester sur mon banc. Sans parler de la carte que Marcos aurait dû recevoir. Boussoufa a poursuivi l'attaque, qui échoue. J'ai cru que l'arbitre allait sortir sa carte mais non. Vous n'imaginez pas ce que cela fait aux joueurs. La violence devient la norme. Pendant ce temps, on répète que les joueurs doivent rester calmes et bien élevés. Si je gaffe cinq fois de suite, je suis remercié. Un arbitre est un être humain, on dit aussi que s'il siffle toutes les fautes, il casse le match. Si demain, j'organise un petit match durant lequel je demande à mes joueurs de se concentrer sur la possession du ballon et que l'un d'eux effectue une passe risquée, j'interromps la partie. Chaque fois, jusqu'à ce que ça n'arrive plus. Je casse le match jusqu'à ce que je voie ce que je veux et les joueurs finissent pas atteindre le résultat visé. Mais les arbitres ne peuvent soi-disant pas casser le match. Le dernier Clasico ne l'a pas été, sans doute ? On part trop du principe qu'un arbitre qui siffle peu tient bien les joueurs. Celui qui ne donne pas de cartes contrôle les événements. Ce n'est pas toujours le cas. Oui, pour Boussoufa. On ne peut pas provoquer l'adversaire mais il a accroché la clôture face à nos supporters après notre but et a été averti. Dois-je demander à mes joueurs de danser devant le camp adverse, comme Mbokani après son but ? Il n'a pas eu de carte. Wasyl bien pour une faute imaginaire et Van Damme, que de Camargo avait plaqué au sol. C'était penalty mais nous avons reçu une carte et à la fin, Defour a décoché un coup en toute impunité. Où sont les normes ? Si ces agressions avaient été commises par Anderlecht ; nous devrions nous barricader. En partie. Chaque équipe aligne un tel joueur. Beaucoup de footballeurs se lancent dans les duels les deux pieds en avant. Quelle est la différence avec Wasilewski ? Je n'excuse pas ses fautes, il les évoque lui-même. Quand je l'ai tancé pour sa rechute, les deux coups de coude à Courtrai, il a presque pleuré. Il progresse. Ce qui incite d'aucuns à dire qu'il l'a mérité. Ceux-là n'ont rien dans la tête. Comment en finir si la presse permet à de telles personnes de réagir ainsi ? J'en suis convaincu, cela ne finira jamais, malgré la bonne volonté, qui passera vite pour de la naïveté. Celui qui donnera le bon exemple en sera victime car on attend de voir un combat sur le terrain et en dehors. La guerre entre les deux clubs ! Je pourrais. Ma décision remonte à dix mois, à décembre dernier. Elle n'a pas de cause réelle. Nous étions premiers avec quatre unités d'avance. Je ne l'ai pas prise sous le coup d'une émotion. Si je pars, je serai en paix avec moi-même mais la situation ne changera pas pour autant. Le football est pourri et le restera. Car il me reste un peu de passion. Je dis gérer cette dualité entre la réalité et ce que je devrais faire. Sans oublier mon engagement vis-à-vis du club, naturellement. Je n'endosserai pas l'habit de Don Quichotte. On en appelle à la création de toutes sortes de commissions mais sans moi. Je ne vais pas contribuer à l'érection de moulins à vent. Non. Lors de la dernière réunion des coaches et des arbitres à l'UB, c'était tout le monde est beau, tout le monde est gentil. On s'insulte la semaine avant et la semaine suivante mais là, on conclut la journée par un dîner convivial - encore qu'il y a mieux dans le genre... Au moment où, à trois minutes du terme du match de barrage au Standard, il s'est levé et est venu pour me serrer la main, mais le match n'était pas fini ! Cela ne se fait pas. C'était ridicule. Vous comprenez que je me demande comment sauver le football belge ? Je suis simplement heureux de n'être pas ainsi. L'incident en dit davantage sur lui que sur moi. J'ai dépassé ce stade depuis longtemps. Je ne lui ai même pas tendu la main. Pour moi, c'était un ridicule fait divers. Je n'en avais même jamais parlé. J'ai pensé : -Abrège ! Encore un peu et ça allait devenir la faute de Wasilewski ! Les arbitres ne peuvent pas casser un match. Celui-là ne l'était pas, sans doute ?