"Une D1 francophone serait attrayante mais dans un cadre belge ", ont souvent répété nos interlocuteurs. Notre débat constitue pourtant un exercice intellectuel dans une période particulière de la Belgique. La Ligue Pro ne planche-t-elle d'ailleurs pas sur le plan Wijnants (v. Actua) qui s'articule autour d'une D1 comprenant deux séries de 10 clubs professionnels ? D'autre propositions fusent d'un peu partout afin de redynamiser l'élite ou de la... préparer à un changement de donne politique.
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"Une D1 francophone serait attrayante mais dans un cadre belge ", ont souvent répété nos interlocuteurs. Notre débat constitue pourtant un exercice intellectuel dans une période particulière de la Belgique. La Ligue Pro ne planche-t-elle d'ailleurs pas sur le plan Wijnants (v. Actua) qui s'articule autour d'une D1 comprenant deux séries de 10 clubs professionnels ? D'autre propositions fusent d'un peu partout afin de redynamiser l'élite ou de la... préparer à un changement de donne politique. Notre hypothèse théorique (v. cadre Formule du championnat) est un moment de réflexion et constitue aussi un baromètre de la santé du football francophone. Une élite regroupant les clubs francophones de D1 et de D2 peut-elle voler de ses propres ailes car, que faire s'il y a scission ? En gros, le sud du football belge réagit comme la Communauté francophone du pays. On tient à la D1 nationale tout en étant ouvert. Et certaines pistes ont été lancées au fil des interventions. Ce championnat francophone s'appuierait sur une population quasi identique à celle de l'Ecosse avec ses 12 clubs, deux seuls ténors soutenus par leur légende, leur public, leur merchandising, leurs droits de télévisions, leur puissance financière. En Ligue des Champions, les deux cracks de Glasgow ont récemment battu Lyon et Milan ! Et l'équipe au chardon vient de gagner à Paris... Voyons d'abord dans les 12 clubs ! Pierre François, directeur général du Standard " J'ai beaucoup de respect pour Virton, Tournai ou les Francs Borains. Ces gens travaillent pour la bonne cause du football. Mais le Standard s'inscrit dans une autre réalité économique et sportive. Cette D1 francophone tiendrait difficilement la route et ne conviendrait pas. Le Standard est également opposé à la Bénéligue. On verra ce que le plan Wijnants apportera. En cas de scission du pays, je n'hésiterais pas à demander l'autorisation de prendre part au championnat de France. Sclessin recevrait la visite de Marseille, de Bordeaux, du PSG, de Lyon et autres : ce serait quand même plus porteur qu'un derby régional contre une petite équipe de D1 francophone. A la rigueur, je serais même prêt à faire un stage d'un an en L2. Non, une D1 francophone ne serait pas pour nous une source de progrès. Le vrai débat est de donner une dimension performante, sportivement, mais aussi économiquement, à la D1 : il y a urgence ". Alain Lommers, directeur général de Mons " Mons a été récompensé pour la qualité de son travail en profondeur lors de ses deux montées en D1, dit le premier. Il suffit de nous rendre visite afin de mesurer le chemin qui a été parcouru. Une D1 confetti, francophone ou flamande, ne serait pas excitante. Des formules magiques n'ont rien donné en Suisse. A mon avis, l'Ecosse est un cas à part car le football est une religion dans toute la Grande-Bretagne. Mons voulait jouer en D1 pour se mesurer à de grands clubs belges. Si on divise cette offre, le public finira par se lasser. A mon avis, l'image des clubs est plus importante que la région d'où ils proviennent. Une équipe qui joue bien et occupe le haut du tableau attire forcément plus de monde. Genk, par exemple, a une aura positive. Ce club vient du Limbourg mais intéresse le public montois qui sait qu'on y travaille bien. Nous avons besoin d'affiches pour progresser dans tous les domaines. Or, une D1 uniquement francophone nous priverait de quelques grands moments. Gand et le Club Bruges, c'est intéressant aussi, plus que des clubs propulsés en D1 par un tour de passe-passe. La qualité du football baisserait, dit le second. Une D1 francophone n'est pas viable, une D1 flamande non plus. Il y a quelques années, on évoquait la création d'une ligue belgo-néerlandaise. Une D1 francophone constituerait un repli régional. Des playoffs entre les vainqueurs de la D1 du sud et celle du nord pour désigner le champion national ? Non, l'élite actuelle à 18, c'est très bien. Les télévisions n'offriraient même pas 50 % de leur enveloppe actuelle à une D1 francophone. Le gâteau serait plus petit tant au nord qu'au sud du pays. On discrédite souvent la D1 actuelle. Or, j'ai l'impression que les droits de télévision rapporteront de plus en plus. Certains de nos sponsors ont des racines régionales mais veulent être vus dans toute la Belgique. Si cette possibilité s'effaçait, leur apport financier ne serait pas le même. Si la situation politique devait se dramatiser et entraîner la séparation du pays, ma conclusion serait la même : une D1 francophone ne serait pas viable. Comme je suis unitariste, à mon sens, ce qui serait vrai en football le serait aussi pour tout le reste du pays ". Jean-Claude Baudart, président de Namur " Namur attire l'intérêt et j'entretiens de plus en plus de contacts avec des sponsors. C'est quand même la capitale de la Région wallonne. Des sociétés flamandes et étrangères m'ont contacté. Je viens de visiter un stade en Hollande. On me propose des projets très intéressants. J'imagine ce que cela donnera le jour où nous débarquerons en D1... Je souhaite que cela se fasse dans le cadre d'une D1 nationale car je suis fier d'être Belge. Maintenant, si la réalité politique nous imposait une D1 francophone, cela ne m'effrayerait pas du tout. La récolte des sponsors ne serait pas négligeable. Il faut s'adapter à sa réalité économique. En D2, nous détenons le plus petit budget. Cela ne nous empêche pas de réaliser des résultats intéressants. Avoir plus d'argent n'est pas une garantie de succès. On peut aller loin avec moins de moyens, que ce soit en D2 ou en D1. Certains réclament toujours plus mais qu'en font-ils ? En D1 francophone, l'intérêt médiatique pour les débuts régionaux serait énorme. Anderlecht, le Standard, Mons ou Charleroi chez nous : ce seraient des matches de gala. Le niveau de jeu des grands ne piquerait pas du nez. Par contre, ils tireraient les autres vers le haut ". Charles Picqué, ministre Président de la Région de Bruxelles-Capitale et président d'honneur de l'Union Saint-Gilloise " Je vois quatre objections majeures : 1. Ce serait très néfaste d'un point de vue symbolique. Une scission de ce type aurait une visibilité énorme et pourrait être assimilé à un pas de plus vers une rupture nord-sud. 2. On n'aurait aucune garantie en matière de compétitivité, on poursuivrait le nivellement par le bas. Plus qu'aujourd'hui encore, quelques clubs domineraient le championnat, à charge pour les autres d'essayer de survivre. Je n'ose pas imaginer à quelle sauce Anderlecht ou le Standard mangeraient les clubs actuels de D2. Et sur le plan international, plus on est petit, moins on est fort. 3. D'un point de vue commercial, ce serait aussi fort dommageable. Pour qu'une stratégie commerciale soit efficace, il faut qu'elle s'adresse au plus grand nombre possible. Si on limite l'impact au territoire francophone et à une partie de Bruxelles, les sponsors et les chaînes de télévision dépenseront beaucoup moins d'argent. On n'investit massivement que quand la visibilité est à l'avenant. Le Standard a de gros sponsors parce qu'il constitue une vitrine nationale. La preuve, c'est qu' Yves Leterme en est supporter. (Il rigole). 4. Qu'en penserait-on du côté de l'UEFA ? Aucun autre pays n'organise deux championnats distincts. Si la Belgique finit par éclater et qu'on en arrive à une compétition purement francophone, il faudra l'accepter mais l'appauvrissement sera terrible. Cela permettrait peut-être à l'Union de jouer en Coupe d'Europe, mais je crains qu'il faille alors passer par 17 tours préliminaires... " Pierre-Yves Hendrickx secrétaire général du Sporting de Charleroi " Une D1 francophone tiendrait difficilement la distance. Les infrastructures ne sont pas à la hauteur dans les clubs du sud de D2. Les grandes sociétés sont basées à Bruxelles ou dans le nord. Pour le moment, quand elles font un effort, elles entendent être présentes dans les deux parties du pays. Je doute qu'il en soit encore ainsi au profit d'une D1 francophone isolée. Les télévisions ? La RTBF n'a pas de sous. RTL-TVI se contente de la Ligue des Champions. En Flandre, c'est différent car VTM, la VRT et VT4 ont les moyens de surenchérir. Non, je ne crois pas que ce serait positif. Pour nous, l'avenir passe par une D1 nationale à 16 avec des playoffs en fin de saison. Tout le reste est irréaliste comme le plan Wijnants : inventer quelque chose qui n'existerait qu'en Belgique cela revient à tout compliquer quand on peut faire simple ". Julie Taddei, manager général de l'Olympic de Charleroi " Intellectuellement, cette question me dérange. Je ne peux pas y répondre car diviser un sport, c'est diviser un pays. J'ai vécu cela en Côte d'Ivoire où le bonheur a cédé la place à d'immenses problèmes au nord et au sud du pays. Plus rien ne sera jamais comme avant. C'était un pays multiethnique et cette richesse était une bénédiction pour le football, les familles, etc. Tout est à refaire et y parviendra-t-on un jour ? L'Olympic vise la D1 et a un plan de trois ans pour y arriver. Notre coach Danny Ost et son staff technique ( Yves Soudan son T2, Dominique Henin, le préparateur physique) ont déjà le niveau de la D1. Mais il y a un énorme travail à accomplir en ce qui concerne les infrastructures ". Marc Grosjean, entraîneur d'Eupen " Moi, une D1 francophone me semble intéressante. Il y a de la distance entre Eupen, Virton et Tournai. Par contre, l'encombrement de clubs de Liège à Charleroi peut y limiter la recherche des sponsors. Le public répondrait présent en masse dans les petits clubs. Les grands ne seront pas d'accord. Ils perdraient des affiches comme le Club Bruges, Genk, Gand. Avec un budget de trois millions d'euros, on pourrait faire du très bon travail dans une telle série. Dans une région comme Eupen, on est en mesure de relever ce défi économique. De plus, cela nous permettrait de lancer beaucoup de jeunes ". Jean-Claude Stocman, manager du FC Tournai " Pour le moment, nous nous adaptons à la D2 mais je suis persuadé que cette ville peut retrouver un jour l'élite. Sera-t-elle uniquement francophone ou belge ? La réponse ne m'appartient pas mais Tournai peut s'adapter. Dans le cas d'une D1 francophone, nous perdrions des affiches comme le Club Bruges, Zulte Waregem, Roulers, etc. Ces clubs déplacent plus de supporters qu'Eupen ou Virton. Sur le plan de la trésorerie, je ne m'inquiète pas, que ce soit pour un séjour en D1 nationale ou francophone. Cela déclencherait certainement une onde de choc intéressante à travers toute notre région. Beaucoup de Tournaisiens se rendent à Mouscron pour le moment. Ils resteraient chez nous en cas d'accession à une D1. Notre ville est située à deux pas de la France. Pour nous, c'est un immense réservoir de joueurs et Tournai peut intéresser les spectateurs potentiels du nord de la France. Les footballeurs français se sentent bien chez nous ". Gérard Herbignaux, président de Virton " En se repliant sur elle-même, la D1 francophone aurait des airs de château fort. La vie n'est pas facile pour nous en D2 mais il faut mériter une promotion. Il convient de faire ses preuves. La D2 actuelle est un laboratoire intéressant. Une D1 francophone ou flamande réduirait le chemin vers l'élite. A mon avis, quelques clubs n'auraient pas le niveau adéquat afin de garantir un niveau sportif suffisant à ces séries. La qualité du jeu chuterait vite. Pour le moment, Virton rêve de la D1 nationale. C'est un combat. J'ai envie de le gagner et mériter ma place au top. Jouer dans une D1 francophone moins exigeante ou performante m'intéresse moins. Il faut travailler et l'arrivée cette saison de trois clubs francophones en D2 prouve que les clubs du sud ont des arguments nationaux ". Herman Van Holsbeek, manager d'Anderlecht " Pour nous, c'est non. On vit à l'heure de l'Europe et il faut s'appuyer sur des championnats solides, passionnants, populaires, pas sur des D1 n'ayant aucune allure. Economiquement, la D1 francophone n'a aucune chance d'être la rampe de lancement d'un club ayant des ambitions européennes. Cela ne tiendrait pas la route et le football serait perdant à tous les niveaux, tant dans le sud que dans le nord du pays. Il faut chercher d'autres idées pour dynamiser le football belge. Au lieu de diviser, je préfère moderniser. En D1, actuellement, certains petits matches sont suivis par une demi-douzaine de spectateurs en pay per view. C'est dramatique et j'imagine ce que cela donnerait avec des D1 régionales. Il faut de la qualité et des matches haletants. Il y en a en D1. Charleroi a joué crânement sa chance chez nous. Anderlecht a perdu mais le spectacle et l'émotion étaient au rendez-vous. Il faut multiplier les affiches. On ne peut plus continuer à vivre et jouer à la petite semaine. Anderlecht est même prêt à offrir de l'argent aux petits clubs de la D1. Ce serait une bonne chose afin qu'ils puissent se renforcer et hausser le niveau de l'élite. C'est innovateur alors qu'une D1 francophone, et son pendant flamand, seraient réducteurs ". Raymond Langendries, parlementaire européen, bourgmestre de Tubize et président de l'AFC Tubize " Je ne vois pas ce que cela apporterait aux clubs de la D1 actuelle, tandis que les équipes de la D2 d'aujourd'hui rencontreraient de gros problèmes d'infrastructure. Ce n'est pas en deux temps, trois mouvements que des clubs comme Virton ou Tubize pourraient mettre leurs installations aux normes d'une D1. Notre stade ne compte que 4.500 places, dont seulement 3.000 assises : comment voudriez-vous que l'on reçoive prochainement Anderlecht ou le Standard ? En réduisant le championnat à une moitié du territoire, on peut aussi dire adieu aux sponsors nationaux et internationaux. Ils auraient toujours la possibilité de s'afficher à la fois dans le championnat francophone et le championnat néerlandophone, mais l'impact serait différent. Et les droits télé, c'est évidemment la grande question. En admettant qu'il y ait 12 équipes en Wallonie et 12 en Flandre, cela fait 24 clubs à nourrir en droits de télévision. Vous imaginez ce qu'il resterait ? Les sommes offertes par les chaînes ne seraient certainement pas suffisantes pour permettre à autant d'équipes de vivre, voire de survivre. Je suis plus mesuré en ce qui concerne le nombre de spectateurs. Il y a des matches contre des adversaires francophones qui nous assureraient des rentrées intéressantes tandis que des équipes comme le Cercle Bruges ou Saint-Trond ne feraient pas recette. Mais on se prive de pans entiers de l'histoire du football belge si on ne reçoit plus Genk, le Club Bruges ou La Gantoise. S'il faut changer quelque chose à la formule actuelle, je suis plutôt favorable à une D1 nationale et deux D2 régionales : une en Flandre, une en Wallonie ". Benoît Roul, directeur général de l'Excelsior Mouscron " Je suis Français et j'adore la Belgique. C'est le pays du surréalisme et on mesure mieux ce que cela signifie quand on y vit. Une D1 francophone, c'est aussi inutile que ridicule. Sur le plan économique, c'est voué à l'échec. On ne peut pas vivre en vase clos. Vendredi passé, à la Ligue Pro, à l'heure du café, quelqu'un a parlé d'une ligue flamande et d'une autre francophone. Je ne suis pas le seul à penser que c'est débile. On a évoqué le plan de réforme du championnat mais on n'ose pas appeler un chat un chat. Le but n'est pas sportif mais uniquement économique. par pierre bilic et pierre danvoye (avec thomas bricmont et tim baete)