C'est un des empêcheurs de tourner en rond du football belge. Après avoir goûté au top belge à Genk, Mohamed Dahmane (26 ans) est retourné avec un goût amer en bouche dans le club qui l'a révélé : Mons. Et là, banco : l'équipe tourne et Momodinho a retrouvé des couleurs en plantant quatre buts en six matches. Quoi de plus normal, dans ces conditions, que de retrouver son statut d'idole locale.
...

C'est un des empêcheurs de tourner en rond du football belge. Après avoir goûté au top belge à Genk, Mohamed Dahmane (26 ans) est retourné avec un goût amer en bouche dans le club qui l'a révélé : Mons. Et là, banco : l'équipe tourne et Momodinho a retrouvé des couleurs en plantant quatre buts en six matches. Quoi de plus normal, dans ces conditions, que de retrouver son statut d'idole locale. Mohamed Dahmane : C'est un club pro avec un esprit familial. Je suis à 19 kilomètres de ma famille et à 1 h 30 de Paris, où se situe le reste de mes proches. Je savais qu'il s'agissait du seul endroit où je pourrais me reconstruire psychologiquement après ce que j'avais vécu à Genk. Vous savez, je viens d'un milieu défavorisé et je me suis construit au milieu des problèmes. Cependant, ceux-ci furent faciles à gérer car j'étais bien entouré. A Genk, j'étais seul face à mes ennuis. Pour évacuer le stress, il n'y a que deux solutions : l'alcool ou parler. Moi, je ne bois pas. Donc, j'ai besoin de discuter. A Genk, je ne pouvais pas. Cela veut dire quoi fouteur de m... ? Pour moi, c'est quelqu'un qui vient pour détruire le groupe, pour instaurer une mauvaise ambiance dans les vestiaires. C'est une insulte de dire cela de moi. Sur le terrain, je me suis toujours donné à 300 %, que ce soit pour le club ou ses supporters. Mais, c'est vrai que je me bats pour garder mon identité et contre une certaine injustice. Là oui. Ça m'a fait mal. Au fil des ans, on essaye de se construire comme une bonne personne et puis tout tombe à l'eau lorsque des gens tiennent ces discours. J'ai du caractère mais je ne suis pas cette pomme pourrie. Un journaliste m'a comparé à Sergio Conceiçao mais moi, je n'ai jamais tacklé par derrière, je n'ai jamais jeté mon maillot à la figure d'un arbitre, je n'ai jamais craché. ( il coupe) mais si je suis teigneux, c'est parce que j'ai envie de réussir. Il n'y a pas de places pour les faibles. On a mis la faute sur Gonzague Vandooren et moi. Je signale quand même que depuis mon départ, Genk a pris six points sur 31. Quinze jours après mon transfert, on licenciait Hugo Broos. Finalement, tous ceux qui m'ont sali ont payé la note par après. Oui mais lui a quand même avoué dans une interview qu'il s'était trompé à mon égard. Les dirigeants de Genk ont essayé de trouver des coupables pour améliorer la situation mais cela n'a fait qu'empirer. D'autres joueurs ont été pointés du doigt. Comme Logan Bailly à qui on a dit qu'il ne serait plus titulaire la saison prochaine. Ou Jean-Philippe Caillet. Jusqu'au moment où on ne savait plus à qui faire porter le chapeau. Et là, les dirigeants se sont regardés dans le miroir. A qui la faute ? Réfléchissons : aux joueurs qui sont sur le terrain ? A l'entraîneur qui ne sait pas les utiliser ? Mais finalement qui a mis ces joueurs à la disposition de l'entraîneur ? C'est la direction. Il ne faut pas être Sherlock Holmes pour découvrir ça. Oui mais depuis il a fait son mea culpa. Cela m'a soulagé. Il y a eu un manque cruel de communication entre lui et moi. Avant mon engagement, il a dit à sa direction - Je le veux pour jouer sur les flancs. Et il est ensuite parti en vacances. La direction, elle, m'a dit - On te veut pour remplacer Kevin Vandenbergh. Et quand j'ai demandé, après plusieurs mois - Quand est-ce que j'allais évoluer devant ?, Broos m'a répondu - Jamais. Pour se relever, il faut déjà tomber. Là, j'ai subi ma première chute et je me suis relevé. Je sais qu'il ne faut pas être aveuglé par l'environnement extérieur d'un club. A Genk, j'ai trop tenu compte du stade, des supporters, du fait qu'il joue le tour préliminaire de la Ligue des Champions. Et je n'ai pas vu le principal : l'entraîneur. Désormais, je n'irai plus dans un club où c'est la direction qui me veut et pas l'entraîneur. Car la direction veut que le joueur progresse financièrement pour attirer d'autres clubs. L'entraîneur vise d'abord la progression sportive. Il veut que tu t'insères dans un collectif. Avec la direction, c'est toujours pareil. Quand ça va, tes chaussures brillent et quand ça ne va pas, toutes les portes sont fermées. Par contre, un entraîneur, que ça aille ou que ça n'aille pas, il est là tous les jours à l'entraînement. Et s'il y a un problème, il tente de le résoudre. Si. On a trouvé une solution : celle de se séparer. Je vais vous raconter une anecdote. Nous étions en stage en Espagne lorsque Willy Reynders vient me voir et me dit - Ecoute, tu verras, tu auras ta chance devant. Mais va voir l'entraîneur et même si tu n'as rien fait, excuse-toi. Ce fut un jour difficile car on me demandait de baisser mon pantalon. Je ne l'ai pas fait et je ne le ferai jamais. Je ne baisserais mon pantalon que pour sauver ma famille. Pas pour sauver ma carrière ! On m'a mis en relation avec le président Vermeersch. Un jour, Jean-Paul Colonval m'appelle et me dit qu'ils ont reçu l'autorisation de Genk pour discuter. Cela m'a heurté car je suis le joueur, je suis au milieu de toute cette affaire et je n'étais au courant de rien. Cela démontrait que dans cette histoire, on se foutait du joueur. Pour un transfert oui. Pas pour un prêt. Moi, je dois gérer ma carrière. Je ne partais pas pour un soir mais pour six mois. Je devais réfléchir. Je ne pouvais pas me permettre de faire une deuxième erreur la même année. De plus, le Brussels se trouvait dans une situation complexe... Oui mais je ne connaissais pas le club. Ni les joueurs. On ne part pas dans l'inconnu quand on est soi-même dans une situation difficile. On m'a raconté beaucoup de choses à son sujet. Qu'il avait fait partie de ceux qui avaient insisté à Mons pour que je m'en aille, que le club devait grandir sans moi, etc. Mais lui, m'a toujours montré beaucoup de respect de visu. Je ne sais donc pas qui il faut croire. De plus, je trouverais bizarre que quelqu'un qui ne m'aime pas me fasse venir au Brussels. Non. J'ai quitté un club sain à tous les niveaux. Il y avait du bonheur dans le vestiaire, des victoires et un bon classement. Quand je suis arrivé, le club était dernier avec neuf points. Certains joueurs étaient touchés. Hocine Ragued. C'était toujours un exemple sur un terrain. Il s'arrache, se donne à fond, est un gagneur. Fadel Brahami aussi. Et là, ils en avaient marre. Ils étaient dégoûtés. Ils n'avaient plus aucune envie. J'allais les voir à chaque match à domicile et je les voyais sombrer petit à petit. Jamais, je ne les pensais capables, un jour, de relever la tête. Il avait la mainmise sur le groupe mais il a trop fait confiance à certains joueurs. Je ne citerai pas de noms. Il les reconnaîtra facilement. C'est trop facile de dire cela. Il a eu de l'autorité. Notamment à mon égard. Mais certains joueurs ont boycotté José Riga. Je leur ai dit, à ces joueurs, que ce qu'ils avaient fait n'était pas correct. Il y en avait au moins six qui n'attendaient qu'une chose : que ça aille mal pour que Riga prenne la porte. Certains joueurs étaient installés dans leur confort. Ils avaient une petite cote ici. C'est comme avec une femme : si elle dit oui à tout, tu finiras par la tromper en pensant qu'elle te le pardonnera. Riga a laissé passer certaines choses en espérant recevoir en retour. Certains joueurs ont oublié qu'il leur avait redonné de la crédibilité, les avait relancés alors qu'ils étaient dans le trou. Certains ont profité de l'humanité du coach. J'ai vite compris quand je suis arrivé à Mons et que j'ai entendu dans le vestiaire, des joueurs dire - Il faut que je me tire d'ici. Il faut que le club descende en D2 pour que je puisse être libéré de mon contrat. Il a pris les joueurs un par un et les a regardés dans les yeux. Il a bien fait comprendre qu'il ne misait que sur ceux qui avaient de l'envie. Il a même dit qu'il était capable de mettre des jeunes. Et cela lui a permis de reprendre le groupe en main. Avec un tel comportement, soit cela allait de mieux en mieux, soit les mecs lui chiaient dans les bottes. Heureusement, ce fut la première solution. Je ne m'attendais pas à être aussi vite dans le coup. Cela faisait six mois que je galérais et j'avais disputé ma dernière rencontre comme attaquant contre Anderlecht, lors du dernier championnat. J'ai été aligné au Brussels aux côtés d'Ali Lukunku que je ne connaissais pas. Mais cela a bien démarré pour moi. Je pense qu'ils m'ont sous-estimé en pensant ne plus avoir besoin de moi cette saison. Mais qui suis-je pour dire que je suis indispensable à cette équipe ? Personne. Comme par hasard, je reviens et la mayonnaise prend. Il fallait simplement quelqu'un de mon profil. Ils ont ciblé pas mal de joueurs mais aucun n'avait mon profil. Ils ont ramené des attaquants mais il faut voir lesquels aussi. François Zoko a reçu sa chance mais il n'a pas su en profiter. Maintenant, il a trouvé sa place dans l'entrejeu. Ilija Stolica s'est retrouvé orphelin. Il m'a dit qu'il savait qu'il recouvrerait son niveau quand il a entendu que je revenais. Le recrutement ne fut pas assez efficace. Je déteste parler argent. J'avais une situation et j'avais tout fait pour y parvenir. Je trouvais dommage de tout perdre. J'ai peut-être bien négocié mais Mons a tout fait pour que je revienne. Je pouvais partir en Chine pour cinq mois et j'y aurais touché 1,1 million d'euros et je ne l'ai pas fait. Je quitterai la Belgique. Car si je reste, je porterai toujours cette étiquette. Celle d'un joueur caractériel. Si mais pour eux, la seule vérité est celle du terrain. Le reste, ils s'en foutent. Bruges et Anderlecht, je m'en fous. Le Standard, c'est différent. Car il y a Michel Preud'homme. J'aimerais connaître cet homme.par stéphane vande velde - photo: reporters/ buissin