Le ciel change comme les maillots. Il paraît que c'est de saison. Parce que les premiers jours de l'été sont aussi ceux du mercato, on ne s'étonne presque pas de croiser à nouveau Frank Boya, cinq jours et cinquante kilomètres plus loin. Du soleil à la pluie et du rouge au jaune. Devenu Canari, le Camerounais troque la pelouse d'entraînement qui jouxte le Bosuil contre une visite amicale à Neerpede, où un Saint-Trond déjà bien rôdé affronte un Anderlecht toujours à ses premières foulées. Les nuages coulent comme s'ils tordaient une serpillère, et les tonnelles censées abriter les deux staffs du soleil tombent à point nommé pour se transformer en parapluies démesurés. D'un côté, les hommes de confiance de Bernd Hollerbach oscillent entre la sérénité de l'équipe rodée et les sursauts de colère d'un staff qui rêve d'une victoire pour oublier une entame de préparation compliquée. Quelques mètres plus loin, Felice Mazzù prend encore ses repères, sous l'oeil de dirigeants restés à leur fenêtre pour profiter du spectacle sans les désagréments météorologiques.
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Le ciel change comme les maillots. Il paraît que c'est de saison. Parce que les premiers jours de l'été sont aussi ceux du mercato, on ne s'étonne presque pas de croiser à nouveau Frank Boya, cinq jours et cinquante kilomètres plus loin. Du soleil à la pluie et du rouge au jaune. Devenu Canari, le Camerounais troque la pelouse d'entraînement qui jouxte le Bosuil contre une visite amicale à Neerpede, où un Saint-Trond déjà bien rôdé affronte un Anderlecht toujours à ses premières foulées. Les nuages coulent comme s'ils tordaient une serpillère, et les tonnelles censées abriter les deux staffs du soleil tombent à point nommé pour se transformer en parapluies démesurés. D'un côté, les hommes de confiance de Bernd Hollerbach oscillent entre la sérénité de l'équipe rodée et les sursauts de colère d'un staff qui rêve d'une victoire pour oublier une entame de préparation compliquée. Quelques mètres plus loin, Felice Mazzù prend encore ses repères, sous l'oeil de dirigeants restés à leur fenêtre pour profiter du spectacle sans les désagréments météorologiques. À ses côtés, le nouveau mentor des Mauves peut compter sur un entourage concocté aux petits oignons. Une nécessité pour celui qui s'était retrouvé presque seul lors de son malheureux épisode dans le Limbourg, seulement épaulé par un Sandro Salamone qui l'a ensuite accompagné dans ses deux aventures bruxelloises. Auréolé d'une inattendue course au titre à la tête de l'Union qui l'a placé haut dans l'estime de Wouter Vandenhaute, le Carolo a pu poser ses exigences sur la table des négociations. L'arrivée de Samba Diawara, d'abord, qu'il aurait déjà aimé emmener à Genk sans jamais avoir poussé l'audace jusqu'à poser la question à un Mehdi Bayat qui ne l'aurait sans doute pas accueillie avec le sourire. Arrivé dans le Pays Noir au début de l'année 2018, à l'initiative du directeur du centre de formation zébré Alain Decuyper, le Malien s'était installé sur la pointe des pieds dans le staff bien rôdé de Mazzù, qui avait lui aussi tenté de placer l'un de ses hommes de confiance dans le rôle hybride de T3/coach U21 que recherchaient alors les Carolos. Un an et demi plus tard, c'est finalement avec regret que le coach sambrien n'avait pas pu convaincre Diawara de découvrir la Ligue des Champions en sa compagnie. Séduit par les qualités de l'ancien défenseur, amoureux déclaré du travail avec les jeunes - Samba aurait d'ailleurs dû prendre les rênes de la formation zébrée s'il n'avait pas relevé le défi anderlechtois - Mazzù a retenté sa chance une fois l'opportunité mauve au bout des doigts. Avec, cette fois, une issue positive. Monté en grade en changeant de Sporting, Diawara ne débarque pas dans l'inconnu. À deux chaises de lui, autour d'un Mazzù qui s'époumone pour activer ses troupes à la récupération du ballon, Guillaume Gillet entame sa nouvelle vie, lui qui côtoyait encore Samba sur les pelouses d'entraînement de Marcinelle quelques mois plus tôt. Mis à l'écart d'un club carolo où ses qualités collaient mal au football d'Edward Still, l'ancien milieu de terrain a mis à profit le sprint final de sa carrière pour entamer des cours d'entraîneur express offerts par la Fédération aux représentants de la génération dorée. Une classe souvent virtuelle de 23 élèves, ayant tous en commun d'avoir fait un jour partie d'une sélection de Roberto MartÍnez. Tous, sauf Gillet, visiblement capable de slalomer entre les pré-requis pour profiter de l'opportunité et sortir Major de la promo avec les compliments du sélectionneur et s'ouvrir plus vite que prévu les portes d'une deuxième carrière. L'aventure commence par une défaite, concédée suite à un but contre son camp du jeune Amando Lapage, petit-fils de Paul Van Himst. Le match s'arrête, pas la pluie, qui accompagne encore les premiers virages de Peter Verbeke, parti s'engouffrer dans sa voiture dès le coup de sifflet final. Il y a déjà un peu plus de 24 heures que le ciel s'agite. Une façon de se moquer de l'arrosage automatique du Kuipje, devenu dérisoire quand les gouttes déferlent pour claquer sur le toit de la tribune principale. De retour au sein de l'élite, Westerlo s'échauffe en accueillant les Buffalos pour deux fois soixante minutes riches en buts. Étonnamment jeune pour un vendredi en fin de matinée, l'assistance se rassemble naturellement aux abords du terrain d'entraînement, où Hein Vanhaezebrouck et Jonas De Roeck échangent quelques mots pendant que leurs joueurs font grimper les pulsations. La pluie s'intensifie en même temps que l'échauffement, et la tribune 1 se remplit entre supporters anonymes, agents ou intimes des joueurs. Certains sont même un peu les deux. Au retour des vestiaires, Nico Vaesen, ancien gardien devenu intermédiaire au sein de la puissante agence belge SportPlus, voit en effet monter au jeu son fils Kyan. Au cas où son imposant mètre nonante ne suffisait pas à le rendre immanquable, le rejeton dépose sa carte de visite avec un triplé pour faire grimper l'addition locale jusqu'à un 6-2 bien tassé et transformer la victoire du promu en avertissement: comme Malines, le Beerschot, OHL ou l'Union avant eux, les Campinois ne sont pas remontés pour faire de la figuration. Il faut dire que le club familial d'Herman Wijnants a bien changé. Si le fauteuil de CEO est occupé par un Wim Van Hove toujours capable d'activer ses connexions locales, c'est plutôt Hasan Cetinkaya qui fait la loi au Kuipje. Le vice-président est l'homme de confiance du sulfureux propriétaire turc Oktay Ercan, qui a notamment fait fortune dans la vente de matérial militaire. Surtout, il a longtemps été le monsieur mercato de Fenerbahçe, attirant sur les rives du Bosphore des joueurs du calibre de Robin van Persie ou Dirk Kuyt. Pas encore de nom ronflant à recenser en Campine, mais une connexion stambouliote incarnée par la gestion sereine du milieu de terrain par le jeune Oguz Güçtekin, symbole de la domination locale dans une première période où Hugo Cuypers semble bien seul pour animer les idées gantoises dans un onze complété par de nombreux jeunes. Nouveau visage rafraichissant de l'une des équipes les plus âgées de l'élite lors de la saison écoulée, l'attaquant venu du KaVé a convaincu les Buffalos de revenir à la charge pour s'offrir ses services, après de premiers contacts noués en janvier mais rapidement refroidis par le montant réclamé par les Malinois. Bien plus convaincus que par un Thomas Henry pourtant meilleur dans le costume du target-man dont ils raffolent, les dirigeants gantois ont rapidement bouclé le dossier au coup de sifflet final de la saison, afin de préparer au mieux un exercice qu'ils attendent comme celui qui doit confirmer leur retour parmi les places fortes du football belge. Un jour avant la pluie, c'est une chaleur excessive qui mouille les maillots. À Genk, le chemin qui mène du parking de la Jos Vaessen Academy au terrain numéro 5 est déjà un exercice physique en soi, surtout quand le soleil est au zénith et les zones d'ombre inexistantes le long de cette grande plaine parsemée de pelouses impeccables, qu'elles soient naturelles ou synthétiques. Sans doute parce que les curieux du début de semaine ont laissé la place aux supporters les plus assidus ou pointilleux, l'assistance est clairsemée. La pelouse aussi. Divisé en deux groupes pour la journée et encore orphelin de ses internationaux, le noyau de Wouter Vrancken ne compte que huit unités pour la séance du matin. Tout de noir vêtu, le nouveau coach des Limbourgeois replace méticuleusement les ballons et les mannequins pendant que Luca Oyen, Mike Trésor et les autres bouclent leur mise en jambes. Comme s'ils étaient continuellement à la recherche de l'alchimie de leurs succès passés, les dirigeants limbourgeois se sont naturellement dirigés vers Vrancken. Un ancien joueur de la maison, devenu coach en vogue après avoir patiemment fait ses gammes, puis spectaculairement fait ses preuves en déployant un football offensif dans une équipe plus modeste de l'élite. Toute ressemblance avec Philippe Clement n'est certainement pas fortuite. Sur la pelouse, immortalisée par une caméra qui tourne depuis un véhicule qui semble plutôt destiné aux déménagements qu'à la prise de vue, le nouvel homme fort du jeu de la Cegeka Arena s'anime avec vigueur et en trois langues. Un peu de français pour Trésor, du néerlandais pour les autres, et de l'anglais pour l'idée forte du jour: "In the pocket". La pocket zone, c'est l'une des clés du jeu de Vrancken. L'espace entre le flanc et l'axe, à l'entrée de la surface adverse, duquel le coach à succès du Malinwa veut voir partir l'avant-dernière passe vers le dos de ces quatre mannequins qui servent de défenseurs de fortune. La profondeur se travaille sous toutes ses formes, avec des consignes pointues sur la puissance de la passe ou le timing de l'appel. Entre les coups, le match à quatre contre quatre auquel s'invitent Maarten Vandevoordt et Tobe Leysen ressemble presque à une façon de se vider la tête en activant les jambes. Dans le Limbourg, on croit dur comme fer à la réussite qui doit découler de cette nouvelle stratégie sportive. Contrairement à Bernd Storck, qui n'est jamais vraiment parvenu à trouver l'harmonie dans son vestiaire ou en dehors, le profil de Vrancken fait de longue date l'unanimité à Genk. Le timing est différent, la ferveur populaire aussi. Coincés entre le point d'eau rectangulaire qui sublime l'esplanade du Bosuil et les grillages qui protègent l'irréprochable pelouse, les fans du Great Old sont en nombre au rendez-vous du premier entraînement de Mark van Bommel. "Hier zijn de echte supporters", glisse l'un de ceux qui s'est présenté bien à l'avance, siège pliable sous le bras, pour s'installer confortablement au premier rang d'un bord de terrain inondé de soleil. Fixé à 14h30, le bain de foule prend presque un quart d'heure de retard. En queue de peloton, comme pour réserver l'attention et l'ovation à un volumineux groupe de joueurs emmené par Radja Nainggolan et Ritchie De Laet, le nouvel entraîneur débarque avec un salut timide à la main et d'indémodables Copa Mundial aux pieds. Longtemps, il laisse la main à des adjoints qui ne peuvent pas cacher des voix aux accents bataves, avant de prendre le contrôle des derniers instants de la séance. Pendant la mise en jambes, l'ancien international néerlandais avait traversé la pelouse pour se rendre aux côtés d'un trio posé contre le grillage qui sépare la pelouse de ces appartements dont les terrasses offrent un panorama de choix. Parmi eux, on remarque Joachim Vercaigne, débauché à Courtrai à l'automne dernier pour prendre la tête de la cellule de scouting du matricule 1. Un poste qu'il occupait déjà chez les Kerels, après s'être fait les dents au sein du département recrutement du Club de Bruges, et qu'il a doré d'une flatteuse réputation depuis qu'il a permis au stade des Éperons d'or de réaliser l'un des meilleurs coups des dernières saisons avec le transfert de Terem Moffi. Déniché en Lituanie et acheté pour seulement 150.000 euros, le Nigérian avait rejoint la France neuf mois plus tard contre huit millions d'euros. Un coup d'accélérateur monumental pour la carrière de Vercaigne, désormais chargé de dénicher des talents pour le compte d'un Great Old qui commence à se structurer pour viser le moyen terme. Pour l'immédiateté, c'est à côté de lui qu'il faut regarder. Chemise bleu ciel glissée sous la ceinture, Marc Overmars a l'allure déterminée de ceux qui n'ont pas le temps de tergiverser. Sa première recrue de renom, Vincent Janssen, n'est pas encore arrivée pour la reprise des entraînements, mais ne doit surtout pas rester un coup isolé dans le carnet d'adresses XXL de l'ancien ailier, chargé de faire accélérer l'Antwerp sur la route du titre. Un pari audacieux, compte tenu des circonstances de son départ de l'Ajax - licencié pour harcèlement sexuel - tenté à l'initiative d'Omar Souidi, célèbre avocat anversois et fan de la première heure du matricule 1 qui s'était transformé, depuis le départ de Lucien D'Onofrio, en conseiller sportif officieux du clan Gheysens. C'est à son initiative, déjà, que Nainggolan était revenu dans la cité portuaire. Ce sera lui aussi qui soufflera à Paul et Michael Gheysens le nom d'Overmars. Suiveur assidu des Ajacides, désireux de s'impliquer dans un football qui le passionne, l'avocat a définitivement franchi le pas en créant un bureau de management en compagnie de son ancien client Jelle Van Damme. Dans les rues de Deurne, la poursuite de Bruges a pris un virage éthiquement contesté, exclusivement tourné vers l'intérêt sportif. Tant pis si certains sponsors quittent le navire: le flou réglementaire qui encadre les augmentations de capital depuis la crise du Covid permet à Paul Gheysens de régulièrement alimenter son club en millions. Chez le champion en titre, l'ambiance est plus feutrée. Le grandiloquent centre d'entraînement du Club, sorte d'invitation à voyager dans le futur, ne s'écoute qu'au son des arrosoirs qui inondent les pelouses et des crampons qui claquent sur les sentiers. Dans un huis clos assuré par des palissades dignes d'une cité médiévale, Bruges accueille le Lierse pour un match que les pensionnaires de D1B n'ont pas l'air d'envisager comme amical. Les Pailletiers ouvrent même le score face à un Club très expérimental et peu expérimenté, sans parvenir à troubler la quiétude de Carl Hoefkens. Assis sur le banc avec son staff, pendant que les remplaçants sont alignés sur une interminable rangée de chaises en plastique, le nouvel homme fort du triple champion semble s'inspirer de la posture de son prédécesseur. Comme Alfred Schreuder, l'ancien défenseur n'élève ni la voix ni le corps, conservant une posture d'observation tandis que son T2, Rik de Mil, harangue les troupes. En optant pour Hoefkens, les dirigeants brugeois ont misé sur la continuité, comme s'ils avaient tiré les enseignements de la révolution avortée initiée par Schreuder en janvier dernier. Débarqué avec des idées et des certitudes, le Néerlandais avait voulu modifier le jeu bleu et noir de fond en comble, avant de revenir aux bases locales dans le sprint final. Bien moins révolutionnaire, l'ancien T2 semble s'appuyer sur ses cadres et un 3-5-2 qu'ils maîtrisent sur le bout des doigts. En seconde période, Clinton Mata donne de la voix pour diriger la manoeuvre, Antonio Nusa multiplie les exploits individuels avec une impressionnante vitesse de démarrage, et Ruud Vormer se charge finalement d'éviter la défaite. En début de rencontre, le nouveau venu Ferran Jutglà s'était ménagé quelques opportunités de déverrouiller le marquoir, forçant parfois un peu trop ses tentatives au détriment du collectif. En vain. Si ses qualités sont indéniables, l'ancien buteur du Barça B n'a pas encore convaincu tout le vestiaire qu'il pouvait être l'homme qui permettra enfin à Bruges de passer l'hiver européen par la grande porte. Dans la Venise du Nord, la recherche d'un attaquant ne s'est d'ailleurs pas arrêtée après l'arrivée de l'Espagnol. Depuis la période brugeoise de Michel Preud'homme et le transfert d'un Wesley alors présenté comme le prototype de l'attaquant de demain, Vincent Mannaert et ses équipes n'ont jamais cessé leur recherche de la perle rare, un target man qui enfile les duels gagnés et les buts. Deux ans après avoir longtemps pisté le colosse argentin Adolfo Gaich, puis s'être rabattu sur le décevant Michael Krmencik, le Club a encore tenté Bas Dost, mais l'ancien dévoreur de caviars de KDB a rapidement lassé staff et équipiers par son manque d'utilité hors de la surface adverse. "À un moment, si l'objectif est vraiment de jouer la phase finale de la Ligue des Champions, il faudra en faire plus et aller chercher un attaquant à dix ou quinze millions", glisse-t-on depuis le vestiaire brugeois. Une heure de route plus loin, le stade d'Ingelmunster accueille une foule qui invite à la nostalgie. L'ancien giant killer de la Coupe de Belgique, reparti d'en bas et calfeutré dans les hautes sphères de la troisième provinciale, accueille un match de gala entre Zulte Waregem, son club partenaire, et Charleroi. Les Zèbres sont, eux aussi, un peu à domicile, à en croire les panneaux de l'agence immobilière Zebra qui pullulent sur les chemins de ce coin intimiste de Flandre Occidentale. Ryota Morioka se sent en tout cas comme chez lui, ouvrant le score dans la foulée du coup d'envoi tandis que Mbaye Leye n'a pas encore eu le temps d'enlever ses lunettes de soleil. Copieuse en nouvelles têtes, visiblement détachée de son créneau "recruter des anciennes gloires de Pro League", la préparation estivale du Essevee permet de découvrir le routinier Borja López au coeur de la charnière centrale ou le dynamique Mamadou Sangaré, prêté par le réseau Red Bull et tout droit sorti de l'académie malienne de Frédéric Kanouté d'où était déjà issu Moussa Djenepo, ancien animateur des flancs de Sclessin. Dans le public, pourtant, on aurait surtout voulu voir à l'oeuvre Charly Musonda Junior, attraction du début d'été au stade arc-en-ciel. L'ancien joyau de Neerpede, de retour aux affaires suite à une longue blessure, est cependant à nouveau à l'infirmerie à cause d'un corps qui semble décidément digérer difficilement les exigences physiques du jeu. Face aux automatismes déjà bien rôdés mis en place par Mbaye Leye, offrant aux spectateurs l'image d'une équipe "locale" qui semble bien réciter ses chemins vers la surface adverse, Charleroi lance tous ses jeunes en seconde période, chauffés à blanc par un échauffement vitaminé aux cris de Rudi Cossey. L'éternel adjoint, troisième membre du trio à succès complété par Edward Still et Ivan Leko à Bruges puis à l'Antwerp, a intégré le staff carolo avec son exigence du haut niveau et son expérience des sommets nationaux. Dans le Pays Noir, on se félicite d'avoir renforcé l'équipe de Still avec un adjoint qui "sait comment gagner" et ose prendre ses responsabilités à l'heure de donner son avis. Plus fort sur le banc, le Sporting zébré se cherche encore de l'autre côté de la ligne blanche. Devant, la vente de Vakoun Bayo à Watford a laissé des traces. Quelques semaines après avoir levé l'option d'achat de son nouveau buteur ivoirien, Mehdi Bayat a pourtant dû se résoudre à le laisser filer pour remettre les finances carolos dans le vert. D'autres pistes ont été envisagées pour retrouver un bilan comptable positif à l'horizon du 30 juin, et faire ainsi figure d'exception dans un paysage footballistique belge teinté de rouge, mais Mogi Bayat, mis aux rênes du dossier, n'a pas déniché d'offres pour des joueurs considérés plus vendables et l'intérêt manifeste de Bruges pour Anass Zaroury n'a finalement pas abouti. Si l'administrateur-délégué du Sporting a longuement envisagé de conserver Bayo au détriment de la couleur de son bilan, son entourage lui a finalement rappelé que le business plan zébré ne devait pas souffrir d'une si périlleuse exception. Vu la difficile quête d'un remplaçant capable d'assurer aux Carolos une somme suffisante de buts, Edward Still semble confier les premiers pas offensifs de sa deuxième saison au jeune Anthony Descotte. Après le coup de sifflet final qui sanctionne un partage à un but partout, le coach passe de longues minutes avec son attaquant aux abords du rond central, mouvements de bras et orientations du corps à l'appui, pour tenter de l'aider à franchir ce palier qui pourrait en faire un véritable neuf de D1. La mue se poursuivra lors du stage aux Pays-Bas, prévu dans les derniers hectomètres de la préparation pour se conformer au souhait de Still de peaufiner les détails tactiques à l'abri des regards. De l'autre côté de la frontière, c'est le Standard qui précède les Zèbres dans le Gelderland. Le jour où les pavés sont au menu du Tour de France, le peloton rouche arrive aussi clairsemé qu'au bout d'une étape de montagne aux abords d'une pelouse où les joueurs des Go Ahead Eagles, adversaires du jour, prennent déjà leurs repères. Sur la piste cyclable qui mène de l'hôtel au vestiaire, chacun a en tout cas sa méthode: Nicolas Raskin s'est installé sur le porte-bagages d'un Cihan Canak dont les cuisses sont plus sollicitées que prévu, et Joachim Van Damme ferme la marche à trois quarts d'heure du coup d'envoi, une main sur le guidon et l'autre vissée à son gobelet de café. Pendant que le nouvel adjoint Efraín Juárez rassemble les Rouches en cercle à quelques instants du coup d'envoi, Selim Amallah s'installe, casquette posée sur le sommet du crâne, au coeur d'une délégation liégeoise rejointe pour l'occasion par Pierre Locht et Réginal Goreux, gestionnaires de la destinée sportive du club en attendant l'arrivée en bords de Meuse de Fergal Harkin, prévue pour le début du mois d'août. C'est seulement après le premier coup de sifflet que la voix de Ronny Deila se met à dominer celle des autres. Le coach norvégien affûte son pressing à coups de "Stay Up", et ses hommes se regroupent comme les nuages dans un ciel plutôt chargé pour la saison. C'est surtout après la pause, mise à profit par le préparateur physique pour faire suer les organismes des titulaires de la première mi-temps lors d'un exercice dominé par Nicolas Raskin, que le marquoir décolle. Très actif sur le front de l'attaque, Denis Dragus ne marque pas, mais est l'homme le plus en vue de ce Standard qui passe de 1-1 à 1-5 en 45 minutes et permet aux jeunes Lucas Noubi et Brahim Ghalidi de se mettre en évidence. Très vocal à la manoeuvre de cette deuxième équipe rouche, Van Damme affiche le tempérament qui avait convaincu Bruno Venanzi, en quête de "Flamands à la bonne mentalité", de l'attirer dans la Principauté en janvier dernier. L'état d'esprit semble être le cheval de bataille de ce Standard encore au début de son chantier d'été. Recrue prometteuse de l'hiver, Mathieu Cafaro a ainsi été écarté par le coach Deila, qui lui avait pourtant demandé quelques heures plus tôt d'en faire plus lors des séances d'entraînement pour devenir dans les faits le joueur-clé qu'il était potentiellement dans ce nouveau projet. En parallèle, les agents du Français expriment pourtant la possibilité d'un départ lors d'une rencontre avec Pierre Locht. Déçu par le niveau de l'équipe, fatigué par les trajets depuis Reims faute d'avoir trouvé un logement à sa convenance depuis son arrivée et dans l'expectative face à l'état actuel du noyau malgré les promesses de changement venues d'en haut, l'ancien de Reims n'a pas trouvé à Liège le tremplin qu'il espérait pour donner un nouvel élan à sa carrière, pas plus que le sentiment d'affection dont il a besoin pour être performant, selon ses proches. Ses envies d'ailleurs l'ont rapidement envoyé au rayon des indésirables. Le diagnostic des dirigeants principautaires relève bien trop de joueurs qui n'ont plus envie d'être là, et c'est sans eux que le club compte construire son avenir, à l'image de Samuel Bastien ou Jackson Muleka qui ont déjà trouvé leur nouveau point de chute. L'oreille soudée à leur téléphone à chaque moment d'accalmie, puis en grande discussion avec Ronny Deila à la mi-temps, Pierre Locht et Réginal Goreux y travaillent avec la collaboration de Johannes Spors, la figure sportive centrale du groupe 777. Le Standard de demain se prépare au compte-gouttes, à l'image d'un ciel qui égrène la pluie avec une indulgente parcimonie. Le ciel ne change pas toujours aussi vite que prévu. Les maillots non plus.