"Oui, nous sommes très fiers de ces gamins ", affirme le garçon du Caruso, un restaurant de Droixhe, pas loin du Pont Atlas, où Christian Benteke et son agent, Kismet Eris, nous ont fixé rendez-vous. " Christian et Mehdi Carcela sont de formidables ambassadeurs de notre quartier. Ils prouvent qu'on peut parler de nous en termes très positifs... " L'endroit où se déroule l'entretien rappelle Enrico Caruso (1873-1921), le plus grand chanteur d'opéra de tous les temps, qui a grandi à Naples dans une famille pauvre de sept enfants.
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"Oui, nous sommes très fiers de ces gamins ", affirme le garçon du Caruso, un restaurant de Droixhe, pas loin du Pont Atlas, où Christian Benteke et son agent, Kismet Eris, nous ont fixé rendez-vous. " Christian et Mehdi Carcela sont de formidables ambassadeurs de notre quartier. Ils prouvent qu'on peut parler de nous en termes très positifs... " L'endroit où se déroule l'entretien rappelle Enrico Caruso (1873-1921), le plus grand chanteur d'opéra de tous les temps, qui a grandi à Naples dans une famille pauvre de sept enfants. Benteke puise aussi sa force dans une jeunesse où trois sous constituaient une fortune. Le colosse noir ne peut cacher sa timidité, son incertitude face au succès : " Quand on me reconnaît, je ne me sens pas à l'aise. " Son agent confirme : " Cela va mieux maintenant mais il y a peu, à Genk, Christian préférait manger dans sa voiture qu'avec ses équipiers tant il était timide. "Le menu de sa vie de tous les jours a changé : championnat en fanfare à Courtrai, qualification pour les play-offs 1, convocation pour l'équipe nationale, intérêt de clubs étrangers, retour à Sclessin par la grande porte, etc. Christian Benteke : Non... Des visas comme celui-là, je veux bien les collectionner. Leekens m'a annoncé la nouvelle 24 heures avant que la presse apprenne la liste de ceux qui étaient retenus pour affronter la Bulgarie. Oui, je ne le cache pas, j'étais ému et content. Même si j'ai réalisé un bon championnat et que je suis international Espoirs, je ne m'y attendais pas du tout. Je n'ai pas décollé dans ma tête mais j'ai pensé à ma famille, à Droixhe, au Père Paul qui m'a beaucoup aidé et motivé durant mon enfance, à mes amis Mehdi Carcela et Andrea Mutombo, à Kismet Eris, etc. J'avais des projets de voyages avec Mehdi et Andrea : Mexique, Espagne, Turquie, Maroc. Je m'apprêtais à faire le tour des agences quand le coach m'a demandé de retarder mes projets de quelques jours. Leekens m'a dit que cette première sélection constituait la juste récompense de mon travail. Il n'y a pas eu de discours spécial. Je n'inscris pas ma fierté dans ce genre de considérations. On ne termine pas une aussi belle saison sur de l'amertume. Je suis heureux et c'est ce qui compte. Maintenant, pour y arriver, j'ai dû mordre sur ma chique. Il y a eu l'un ou l'autre moment pénible et mon agent m'a beaucoup parlé, m'a parfaitement expliqué le comment et le pourquoi des choses. Je me suis relancé à Courtrai... Je ne vois pas les choses de façon aussi tranchée. Je retrouve le Standard et tout recommencera à la reprise des entraînements le 21 juin. Je suis prêt, ce qui n'était peut-être pas tout à fait le cas quand je suis arrivé de Genk. Maintenant, tout est en place, je l'ai dit à mon manager. J'ai acquis du métier et de l'envie à Courtrai. Je pressentais et je savais que je pouvais y arriver. Je l'ai prouvé. Mais je ne me grise pas du tout. Une carrière, c'est fragile... Si cela ne marche pas au Standard ? Je suis confiant. Mais si c'est nécessaire, on fera le point avant la fin de la période des transferts. Moi, je suis prêt pour le Standard ou même pour l'étranger s'il le faut... Oui, j'envisage tous les cas de figure. Même pour l'étranger s'il le faut. Mais à 19 ans, je pense d'abord à mon club : le Standard. Mon agent m'a parlé de cet intérêt anglais. On dit que je détiens des atouts qui conviennent à la Premier League. ( Rires) Je préfère Arsenal... Ces supputations anglaises, cela fait plaisir à entendre. Pour le moment, cela ne dépasse pas ce cadre-là. Retrouver le Standard où j'ai un bon contrat, voilà ce qui importe. Je peux maintenant justifier ma présence au Standard avant de penser à autre chose. Il y aura toujours de la concurrence au Standard. Je n'ai pas peur. Je ne me pose pas de questions. Je suis confiant. J'ai acquis et mérité quelque chose à Courtrai. Cela doit être un départ, pas le grand objectif de ma carrière. La glace est rompue, le reste doit suivre à force volonté. Je suis international, cela demande des confirmations, d'autres progrès au quotidien. Oui, tout de suite. Il m'a envoyé un SMS. Non. Le temps ne presse pas. Mehdi, je le connais depuis toujours. C'est mon meilleur ami. Nous sommes des enfants des quartiers, de Droixhe où je venais jouer avec lui. J'en suis fier, je porte toujours ces quartiers dans mon c£ur. J'ai été champion du monde à Droixhe... Les jeunes organisaient leur World Cup au milieu de la plaine. Il y avait 16 équipes. Nous avons battu l'Arménie en finale. Ce sont des souvenirs inoubliables. Quand ma famille est venue du Congo, c'est ici qu'elle a pu refaire sa vie. Les miens sont fiers de moi. Je porte leurs espérances ; mes progrès sont les leurs. Si j'avance, c'est pour eux, grâce à mes parents qui m'ont offert un soutien et une éducation. Sans cet encadrement familial, c'était foutu. Je ne le cache pas : mes parents gèrent mes économies. Bonjour en... lingala, une des grandes langues du Congo. Ma mère nous parle encore en lingala. Nous avons toujours de la famille à Kinshasa. Nous l'aidons. Mais je n'ai jamais été contacté par la fédération de football du Congo... On verra, mais nous pouvons être très complémentaires. Romelu adore plonger dans les espaces, émerger dans le grand rectangle. Moi, j'aime bien remonter le ballon, jouer court avec la ligne médiane s'il le faut. Non, en effet. Quand j'ai été renvoyé dans le noyau B au Standard, j'ai personnellement opté pour une location. J'ai donné le feu vert à Kismet qui a déblayé le terrain, pris des contacts, etc. Même si j'étais confiant, je mesurais que le moment était quand même délicat pour la suite de ma carrière. Mon agent me connaît parfaitement. Lui aussi a grandi à Droixhe. Nous sommes très croyants. Dieu a voulu que j'aille à Courtrai. Et Kismet était certain que nous avions fait le bon choix en optant pour Leekens... Pour les deux, évidemment, mais c'est la présence de Leekens à Courtrai qui nous incita à opter pour ce club. Mon manager avait limité le choix à deux personnes : Leekens et Francky Dury. Tous les deux ont l'habitude de travailler avec des joueurs en situation de défi ou de relance. C'était mon cas. De plus, ces deux coaches connaissent parfaitement la mentalité africaine. Leekens est peut-être un peu plus cool ou communicatif. Et Dury plus sévère. Kismet m'a rappelé qu'il avait lancé les frères Mpenza, sauvé la carrière de Mbark Boussoufa, transformé Olufade, etc. Cela signifie qu'il a l'expertise et que la D1 n'a, bien entendu, aucun secret pour lui. Le succès n'était pas garanti car cela dépendait d'abord de moi mais les chances de réussite étaient plus élevées qu'ailleurs. Et je n'ai pas été le seul dans le cas... Les travaux ont été vite terminés. Leekens est un homme de métier : nous savions qu'il ferait du bon travail. Moi, je n'ai pas été retenu tout de suite dans l'équipe de base. Courtrai misait sur le duo d'attaquants Ebrahima Ibou-Léon Benko ou Léon seul en pointe. En été, je me suis farci trois préparations : une avec l'effectif de la première à Sclessin, une autre avec les jeunes et, enfin, celle de Courtrai. Leekens avait entendu dire, à tort, que j'étais un tire-au-flanc. Il a peut-être cru que je n'étais pas prêt. J'étais cuit et j'ai forcément dû digérer ces trois préparations avant de trouver le rythme... Cela m'a pris un petit mois durant lequel Leekens a été généreux : il m'a offert sa confiance. Et je n'ai pas été le seul à bénéficier de cette générosité et de sa franchise. Laurent Ciman est aussi devenu international grâce à lui... Oui, je l'ai déjà dit : les remarques de Bölöni par rapport à mon ardeur au travail m'ont touché car cela remettait tout en doute, que ce soit mes acquis ou même les valeurs de mon éducation. Leekens a bien joué avec les affirmations de Bölöni pour m'inciter à répondre sur le terrain. Leekens touche et rassemble ses joueurs avec les mots justes. Il sait mettre les joueurs face à leurs responsabilités en les libérant. Je savais pourquoi j'étais à Courtrai. Leekens m'a calmement demandé de prouver à ceux qui doutaient de moi qu'ils avaient tort. Il en était convaincu et m'a répété que j'allais y arriver. Je suis assez réservé de nature et j'avais besoin de cette importance du dialogue pour m'intégrer. A Courtrai, l'effectif était une grande famille. Les obligations y sont forcément moins pesantes qu'au top. A Sclessin, un match nul, c'est deux points perdus. A Courtrai, un point est toujours bon à prendre. Leekens disait souvent : -On ne doit pas gagner, on veut gagner. Au Standard, on est obligé de gagner. La différence est considérable. Avec ce que je viens de vivre, me retremper dans la tension liégeoise ne devrait pas me poser de problème. J'ai désormais de l'expérience et cela m'aidera à affronter la pression, de ne pas lui permettre d'avoir un impact négatif sur mon jeu. Et, au contraire, elle doit me stimuler. Ibou m'a beaucoup soutenu lors de mon arrivée. Je logeais à l'hôtel, ce n'était pas évident. Ibou parle couramment quatre langues et il m'a aidé dans la vie de tous les jours. Davy De Beule m'a impressionné par son professionnalisme : toujours le premier à bosser à fond. Alors que j'attendais ma chance en début de saison, Davy me disait parfois : -Ton tour viendra, sois prêt. Il avait raison... Il y avait beaucoup de joueurs de l'ombre à Courtrai : ils ont remis les pendules à l'heure. Je songe à Glenn Verbauwhede, Jimmy Hempte, Ciman, David Vandenbroeck, Karim Belhocine, Ibou, Sven Kums, Nebojsa Pavlovic, Brecht Capon, etc. Ils ont tous du caractère à revendre. Si j'étais resté au Standard, j'aurais peut-être arraché le droit de jouer les play-offs 1. On ne refera pas le monde. J'avais besoin de temps de jeu, je l'ai trouvé à Courtrai où j'ai marqué 14 buts. J'ai démontré que ma fraîcheur était intacte en fin de championnat. Cette saison m'a permis d'étoffer ma production, d'être un buteur mais sans oublier de décrocher et de prendre part au jeu. Je suis plus lucide pour prendre des décisions sur le terrain. Ce n'est pas cela qui importe. J'ai grandi et mûri dans mon jeu, voilà ce qui compte. Je suis rentré dans mes objectifs et ce passage à Courtrai a fait de moi un vrai professionnel. Cette saison-là fera la différence. J'ai dû me gérer. Avant, je me laissais parfois aller, je ne disais pas non, j'allais voir mes amis, etc. Il y a eu une prise de conscience avec Leekens. J'étais obligé de penser foot, foot, foot... par pierre bilicJ'ai acquis du métier et de l'envie à Courtrai.