Il n'aura finalement pas fallu grand-chose aux Carolos pour que le thriller de la Coupe de Belgique débouche sur un happy end. Mais en n'arrivant pas à éliminer Mouscron, Charleroi a vu le film de sa saison s'arrêter net. Les joueurs et le staff tenteront de faire illusion en martelant qu'il reste encore quelques rencontres de championnat pour s'ancrer dans la colonne de gauche. Pourtant, le rideau est bel et bien tombé.
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Il n'aura finalement pas fallu grand-chose aux Carolos pour que le thriller de la Coupe de Belgique débouche sur un happy end. Mais en n'arrivant pas à éliminer Mouscron, Charleroi a vu le film de sa saison s'arrêter net. Les joueurs et le staff tenteront de faire illusion en martelant qu'il reste encore quelques rencontres de championnat pour s'ancrer dans la colonne de gauche. Pourtant, le rideau est bel et bien tombé. Un bilan peut déjà être tiré. Le Charleroi 2005-2006 mérite-t-il d'arracher un Oscar ou au contraire doit-il repartir avec un Raspberry Award, ces distinctions que l'on fourgue aux plus mauvais films de l'année ? La réponse se situe sans doute entre ces deux extrêmes. Les Zèbres ont alterné le bon et le moins bon. Les chiffres. Si on s'en tient aux statistiques, les Zèbres n'ont jamais réussi à approcher le train d'enfer qu'ils avaient mené la saison passée. Ils se maintiennent péniblement dans la colonne de gauche et n'ont jamais été mêlés à la lutte pour les places européennes. En décembre, le groupe a même cru devoir se battre pour le maintien. Ce qui se serait sans doute passé sans une victoire en clôture d'année 2005 au Germinal Beerschot, annonciatrice de lendemains plus enchanteurs et d'un début de deuxième tour réussi. Certains ont peut-être rêvé à un destin plus noble. Abbas Bayat avait d'ailleurs lancé, lors de la présentation de la saison, que son équipe allait viser... le titre. Certes, cela relevait sans doute de la boutade mais cela démontre qu'à l'entame du championnat, les ambitions du club étaient élevées. Les chiffres. Pourtant, il convient de nuancer ce maigre bilan. Avant le miracle de 2005, le club sortait de deux saisons très difficiles. Le groupe, inchangé, avait certes accumulé de l'expérience et du moral mais gardait certainement dans un coin de sa tête les parcours laborieux des derniers exercices. L'année dernière, tout tournait en faveur du Sporting et il ne fallait pas être devin pour savoir que les Zèbres allaient quelque peu rentrer dans le rang. Dans ces conditions, on peut affirmer que les hommes de Jacky Mathijssen ont confirmé leur regain de forme. Ils ont montré qu'il n'y avait pas que le hasard derrière leur parcours 2005 et ils se sont repositionnés comme adversaire difficile à battre et très difficile à manier. La Coupe. En quart de finale la saison passée, en demi cette année. Depuis l'arrivée de Mathijssen, le Sporting a inscrit la Coupe de Belgique parmi ses objectifs prioritaires, conscient qu'il s'agit du chemin le plus court pour arracher un ticket européen. En un an, il a franchi un palier. Mais peut-on parler de progrès ? Eliminer le VG Ostende, Oud-Heverlee, Saint-Trond et tomber face à Mouscron ne relève pas de l'exploit. " Quand on arrive en demi-finales, on veut aller jusqu'au bout. On peut donc parler d'échec ", explique Toni Brogno. Entre la Coupe et le championnat, Mathijssen n'a jamais voulu trancher. L'année passée, le Sporting n'était pas encore assez mûr pour mener de front les deux compétitions. Et cette saison ? " Si tu veux être dans le rythme en Coupe, il faut rester dans le coup en championnat. C'est pour cette raison que l'on n'a rien lâché contre le Standard et Anderlecht. C'est vrai que sur une semaine, on a eu trois ren- contres importantes (Lokeren, la demi-finale aller et le Standard) et qu'on a raté le rendez-vous le plus important. Cependant, on ne pourra pas nous reprocher d'avoir abordé cette demi-finale sans préparation. On était parti en mise au vert et on voulait réussir un truc. Mais c'est vrai que certains joueurs n'ont pas supporté la pression ". Le parcours des Zèbres reste excellent mais il faudra apprendre désormais à ne pas mettre la charrue avant les b£ufs. " Quand on est si proche du but, on en parle beaucoup. Peut-être même trop ", concède le capitaine Frank Defays. " Je pense qu'avant de parler de la finale, il faut se concentrer sur les demi-finales ". Ce qu'a très bien compris Mouscron, qui a rejeté toute la pression sur son rival avant de le prendre à la gorge. Le jeu. Le Sporting s'est découvert, cette saison, des aptitudes offensives mais cela a quelque peu bouleversé la philosophie de jeu. Pendant un an, Mathijssen avait tissé une toile d'araignée dans le milieu de terrain. Chaque adversaire venait s'engluer dans ce piège tendu par cinq Carolos. Dernièrement, les Zèbres ont souvent évolué avec trois attaquants spécifiques, attirés par le but. Cela laisse des trous au centre et on a vu parfois un entrejeu carolo dépassé par son vis-à-vis comme ce fut le cas lors de la demi-finale aller contre Mouscron ou lors de la première mi-temps contre Anderlecht. Quelque peu isolés, les médians courent et oublient donc complètement leur rôle de soutien des attaquants. C'est bien d'aligner trois attaquants, encore faut-il qu'ils soient correctement approvisionnés. " Le schéma n'a pas changé. On évolue toujours avec un triangle médian, parfois composé de deux milieux récupérateurs, parfois d'un seul. Cela dépend des circonstances ", explique Toni Brogno. " Mais, c'est vrai que nous étions sans doute plus sur nos gardes l'année dernière. Après notre cinquième place, on savait qu'on avait des qualités et on a voulu les exploiter en allant davantage vers l'avant. Et du coup, on s'est parfois fait surprendre. Pendant un an, on nous a reproché notre position d'attente mais beaucoup de formations étaient dans le même cas. Désormais, on éprouve encore certaines difficultés à faire le jeu car c'est beaucoup plus facile d'attendre que de construire. Cela demande un temps d'adaptation de passer d'une vision défensive à une offensive mais on s'applique ". Le jeu. On reprochait à Mathijssen son jeu défensif. Or, les prestations du deuxième tour ont montré un Charleroi offensif. Le retour d' Izzet Akgül, l'éclosion de François Sterchele et de Joseph Akpala (nouveau petit prodige) ainsi que la confirmation du talent d' Orlando permettent à l'entraîneur limbourgeois de pouvoir faire naître le danger dans la surface de réparation. Petit à petit, les Zèbres ont compris qu'ils devaient aller de l'avant pour remporter une victoire. Il y a un an, Mathijssen déclarait dans les colonnes de Sport/Foot Magazine : " L'objectif est de mettre sur pied un schéma dans lequel tous mes joueurs peuvent jouer en fonction de leurs propres qualités. On pense encore trop à ce que l'adversaire va faire. On doit pouvoir changer d'approche plus souvent ". Cet objectif n'est pas encore totalement réalisé mais on sent une envie de passer à cette vision. Le chemin est encore long. Lors de la manche retour de demi-finale à Mouscron, Charleroi a tenté de prendre le match à son compte mais on a encore senti un manque d'habitude à le faire. Et l'entraîneur de Mouscron, Gil Vandenbrouck, résumait très bien la situation : " On a poussé Charleroi à prendre des initiatives et on sait qu'il n'aime pas cela ". François Sterchele. Un an après le coup Akgül, la cellule de recrutement du Sporting a remis le couvert en mettant le grappin sur le buteur d'Oud-Heverlee. Et François Sterchele pourrait faire mieux que le Belgo-Turc. Akgül avait inscrit neuf buts pour sa première saison en D1, Sterchele est déjà arrivé à ce total à quatre journées de la fin. François Sterchele. On loue partout l'opportunisme du Liégeois mais ses occasions manquées ont pesé lourd dans la balance. Contre le Standard, Anderlecht et Mouscron, Sterchele a chaque fois galvaudé une possibilité trois étoiles. A droite, il pèse moins que dans l'axe. Pour s'en rendre compte, il suffit de pointer sa prestation à Mouscron. Invisible pendant 70 minutes, il a commencé à se rendre utile, une fois recentré. De plus, il a tendance à perdre beaucoup d'influx en se frottant aux arbitres et en cherchant constamment ses adversaires. La discrétion de certains. Les années se suivent mais ne se ressemblent pas pour plusieurs joueurs. Bertrand Laquait reste un gardien sûr mais il n'a pas autant brillé que la saison dernière. Il en arrive même à commettre des erreurs (le but égalisateur de Westerlo) dont on ne le croyait pas capable. Badou Kere a grandi mais son absence sur le but anderlechtois et son mauvais timing sur l'ouverture du score à Mouscron démontrent qu'il commet encore des bourdes qui coûtent cher. Akgül n'a toujours pas retrouvé le mordant de ses débuts. Il peut même parfois se montrer particulièrement invisible. Certains rétorqueront qu'il reste fidèle à son style. Il se fait oublier, avant de placer une ou deux banderilles. A Westerlo, c'est lui qui marque, et à Mouscron, c'est lui qui amène les deux buts (l'officiel et l'annulé). Cependant, on en attendait davantage. Enfin, encensé à ses débuts, Sergei Serebrennikov a du mal à trouver son second souffle. Il rate peu de passes mais il perd de plus en plus de ballons. Comme quoi, succéder à Sébastien Chabaud n'est pas si aisé. L'avenir. Les contrats de Sterchele et Fabien Camus ont été prolongés. Les discussions avec Toni Brogno ont débuté et vont sans doute aboutir. Les dirigeants tentent donc de bétonner leur noyau. Mais pour avancer, il faudra certainement délier les cordons de la bourse. " Pour le moment, il y a déjà pas mal de saine concurrence en attaque. Moins en défense ", analyse Brogno. Defays : " Le but de chaque équipe est de se renforcer et si les dirigeants ont pointé certains manquements, il faudra veiller à les résoudre ". STÉPHANE VANDE VELDE