Soulier d'Or et Footballeur Pro de l'Année : de prime abord, on aurait plutôt tendance à croire que 2004 aura été marqué d'une pierre blanche pour ArunaDindane (24 ans). Mais l'attaquant ivoirien d'Anderlecht a également broyé du noir durant ces 12 mois : méforme, transfert avorté, bronca du public et même, comme triste point d'orgue, la mort de l'une de ses s£urs, Damata.
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Soulier d'Or et Footballeur Pro de l'Année : de prime abord, on aurait plutôt tendance à croire que 2004 aura été marqué d'une pierre blanche pour ArunaDindane (24 ans). Mais l'attaquant ivoirien d'Anderlecht a également broyé du noir durant ces 12 mois : méforme, transfert avorté, bronca du public et même, comme triste point d'orgue, la mort de l'une de ses s£urs, Damata. De l'hiver dernier au présent automne, nous avons épinglé, saison après saison, les temps forts et les temps faibles de cette période en lui demandant de les assortir de ses commentaires. Un exercice auquel il s'est plié avec beaucoup de franchise même si certains souvenirs se seront révélés très douloureux. Mais, comme il le dit lui-même : " Le bonheur et le malheur, c'est la vie ". Aruna Dindane gagne haut la main le 50e trophée du Soulier d'Or décerné par nos confrères du quotidien néerlandophone Het Laatste Nieuws. Le vote tourne même au plébiscite pour lui, puisqu'il l'emporte avec 494 voix, soit 378 de plus que son coéquipier Walter Baseggio, qui termine deuxième. L'Ivoirien est le premier joueur africain qui se voit décerner le prix. Une quinzaine de jours plus tard, le 27 janvier très exactement, il fait à nouveau la une des journaux mais pour des motifs nettement moins reluisants cette fois : pour avoir voulu payer avec un faux billet de 500 euros, ce dont il était loin de se douter, l'Anderlechtois est menotté et emmené au commissariat, où il ne sera libéré qu'après un interrogatoire de plusieurs heures. Dans la foulée, un autre problème surgit : son fils, Aboubacar, présente des symptômes de déshydratation et est hospitalisé en soins intensifs pendant deux semaines. Aruna, qui veille plusieurs nuits blanches à ses côtés, n'est évidemment plus lui-même sur le terrain et passe à côté de ses matches. Aruna Dindane : " En l'espace de quelques jours à peine, j'aurai d'abord été porté au pinacle avant d'être cloué au pilori. On dit parfois qu'après la pluie vient le beau temps, mais le contraire est tout aussi vrai, évidemment. Quand je resonge à cette période, je me fais souvent la réflexion que la vérité d'un jour n'est pas nécessairement celle du lendemain. Ainsi, lors de mon petit laïus à l'occasion de la remise du Soulier d'Or, je me rappelle avoir affirmé que cette distinction était la preuve, pour moi, que les Belges ne sont pas racistes, contrairement à ce que certains pensent parfois. Mais voilà qu'un peu plus tard, au Westland Shopping Center d'Anderlecht, c'est à une tout autre réalité que j'ai soudain été confronté. Je n'ai nullement l'impression, en tout cas, que la malencontreuse affaire à laquelle j'ai été mêlé aurait pris la même dimension si j'avais eu la peau blanche. Ou si les forces de l'ordre m'avaient reconnu, tout simplement, puisque je me trouvais tout de même sur le territoire de la commune où je m'exprime, balle au pied. Cette fois-là, j'ai clairement ressenti comment un homme de couleur pouvait être parfois considéré et traité. Et j'ai pleinement mesuré aussi que si des portes s'étaient quelquefois ouvertes pour moi, sous prétexte que je m'appelle Aruna Dindane, elles auraient fort bien pu, pour le même prix, rester hermétiquement fermées si je n'avais pas eu la chance de porter ces mêmes nom et prénom. Une situation que vivent, bien sûr, bon nombre de mes frères de couleur. C'est dingue. Il y a des tas de trucs qui dépassent l'entendement dans ce pays. Comment expliquer, sinon, que ceux qui encouragent mes compatriotes à Beveren votent aussi de manière soutenue pour le Vlaams Belang ? Et pourquoi tous ces cris de la jungle destinés à l'adversaire alors que toutes les équipes de l'élite, sans exception, regorgent d'Africains ? C'est incompréhensible. A cet égard, je n'en ai pas moins le sentiment d'être un privilégié. Car hormis une scène pénible, je n'ai jamais eu affaire à la xénophobie ici. Au contraire, j'ai toujours eu l'impression d'être apprécié. Surtout après le Soulier d'Or. Les sollicitations ont afflué à cette époque. Le lendemain de ma désignation, pas moins de 62 demandes d'interviews m'avaient été adressées. Comme je ne sais pas dire non, je les ai quasi toutes honorées. Toutes ces contraintes, qui se sont greffées sur les ennuis de santé de mon fils, ont probablement influé sur mes performances. A un moment donné, en tout cas, je me suis senti complètement cuit. Vidé. En outre, notre avance subs-tantielle au classement n'incitait pas, non plus, à une remise en question. De huit points à la trêve, l'écart sur le Standard avait pour ainsi dire doublé en un mois à peine, alors que nous-mêmes étions à la recherche de nos meilleures sensations. Dans ces conditions, il me paraît normal de ne plus être tout à fait concentré sur son sujet ". Les premiers bourgeons marquent également le renouveau d'Aruna Dindane qui, après une longue hibernation, retrouve subitement toute sa superbe face à Heusden-Zolder, étrillé 6-0, signant au passage son premier hat-trick depuis son arrivée au RSCA en l'an 2000. Du coup, la machine ivoirienne est lancée. Le 16 avril, trois semaines après le rendez-vous face au Limbourgeois, l'attaquant africain réalise sans nul doute le but de la saison pour ses couleurs face à l'AEC Mons : après avoir récupéré le ballon dans son camp, il dépose son opposant direct, Muhamet Yoldas, sur place avant de placer le cuir dans les buts de Kris Van de Putte par le biais d'une pichenette. Au total, il termine la saison avec 14 buts et 9 passes décisives. Sans oublier le titre avec son club, évidemment. Le 10 mai, Aruna Dindane est sacré Footballeur Pro de l'Année par ses pairs, totalisant 448 points. Au classement, il largue à distance très respectable son coéquipier Vincent Kompany (233) et le Mouscronnois Luigi Pieroni (195). Conscient d'avoir tout gagné en Belgique, tant sur le plan collectif que personnel, il émet le désir de partir. Mais Anderlecht ne l'entend pas de cette oreille et tient à ce que sa perle honore son contrat, qui court jusqu'en 2006. Aruna Dindane : " J'avais l'impression d'avoir fait le tour du propriétaire à ce moment-là. Non seulement, j'avais été impliqué au premier degré dans la conquête du 27e titre du club, ce qui ne s'était pas produit pour le précédent, en 2001, à une époque où j'étais encore réserviste plus souvent qu'à mon tour, mais, surtout, j'avait fait ample moisson aussi de distinctions individuelles : le Soulier d'Ebène d'abord, puis le Soulier d'Or et, enfin, le Footballeur Pro de l'Année. Hormis une victoire en Coupe de Belgique, j'avais tout vécu et c'est pourquoi j'aspirais à autre chose. La direction avait une autre idée en tête : frapper un grand coup en Ligue des Champions en 2004-05 et, pour ce faire, elle voulait m'associer à Mbo Mpenza. Cette intention était louable car, avec le concours de l'aîné des frères, tout portait à croire que le Sporting allait disposer de l'arme qui lui avait manqué pour s'inscrire dans la durée sur la scène européenne. D'un côté, j'avais mes arguments. Mais, d'autre part, je pouvais comprendre les responsables sportifs du club également, qui désiraient passer l'hiver européen au chaud avec une formation aussi compétitive que possible. En définitive, je n'ai plus fait d'un départ ma priorité à ce moment. J'ai préféré me concentrer sur les matches qu'il me faudrait livrer avec les Eléphants, la sélection représentative de Côte-d'Ivoire. Et notamment un déplacement au Cameroun, qui ne s'annonçait franchement pas de tout repos. Mon avenir, je l'avais mis en veilleuse à ce moment. Jusqu'à preuve du contraire, il était de toute façon tracé à Anderlecht ". Sous l'impulsion d'un Aruna Dindane particulièrement en verve, Anderlecht se qualifie au détriment de Benfica pour la phase finale de la Ligue des Champions. Auteur de deux buts lors de la manche décisive au Parc Astrid, l'Ivoirien dribble une fois de plus tout son monde en réitérant, dans la foulée, son désir de partir. Quand il apprend que Ki-Hyeon Seol a obtenu un transfert à Wolverhampton grâce à une clause libératoire dans son contrat, il vide son armoire et menace de ne plus jouer. Le 28 août, il brille par son absence, sur le terrain, contre La Gantoise et s'envole deux jours plus tard à destination d'Abidjan, où il est appelé à livrer un match avec la sélection A de son pays contre le Soudan. Une délégation formée du manager du RSCA, Herman Van Holsbeeck, et du secrétaire général du club, Philippe Collin, le rejoint sur place afin d'arrondir les angles. Le jeudi 9 septembre, à l'occasion d'une conférence de presse, le joueur fait part à la fois de ses regrets et de sa réconciliation avec la grande famille du Sporting. Aruna Dindane : " Bon nombre de clubs s'étaient intéressés à moi durant la période des transferts d'été : Lyon, l'Olympique de Marseille et le PSG en France, Portsmouth et West Bromwich Albion en Angleterre. L'offre de ce dernier club, surtout, était très alléchante, et Anderlecht y aurait trouvé son compte aussi, puisque les insulaires étaient disposés à payer 7 millions d'euros en échange de mes services. Mais le RSCA s'est montré inflexible, arguant qu'il n'avait plus la possibilité de trouver une solution de rechange pour moi, à ce moment. Les dirigeants me firent comprendre aussi que West Brom ne constituait pas, non plus, un point de chute idéal. C'est vrai que j'avais été courtisé, dans le passé, par Manchester United et que cette entité présente d'autres lettres de noblesse. Il n'empêche, je n'aurais été nullement réfractaire à la perspective de poursuivre ma carrière à Albion, quitte à franchir un autre palier plus tard. Dans l'état actuel des choses, je me rends parfaitement compte qu'un club du top, aux Iles, n'est pas encore de mon ressort. En revanche, je m'imaginais déjà progresser sur place, l'espace de l'une ou l'autre saisons, avant de tenter le grand saut vers un club de pointe. Finalement, ce doux rêve m'a été refusé. Tout comme une possibilité de me recaser au Deportivo La Corogne, venu aux nouvelles pour moi le dernier jour de la campagne des transferts. C'est Régis Laguesse qui avait été contacté en ce sens et, vu mon envie de partir, j'aurais été prêt à répondre de manière affirmative. Cela dit, que les choses soient claires : Serge Trimpont est et restera toujours mon manager. Je lui dois énormément et je n'ai jamais eu l'intention de lui faire un enfant dans le dos. Mais, au moment des faits, j'étais tellement obnubilé par un départ que j'aurais emboîté le pas de tout autre homme de confiance, pour peu qu'un terrain d'entente soit ensuite trouvé avec celui qui m'a amené en Belgique et à qui je dois tout, ici. Certains n'ont pas compris qu'après avoir contribué à la qualification d'Anderlecht en phase finale de la Ligue des Champions, je tenais toujours à partir, malgré tout. A mes yeux, c'était l'opportunité idéale pour quitter le club par la grande porte. De là mon acharnement. Mais à partir du moment où cette aspiration est devenue caduque, je me suis à nouveau concentré sur le Sporting. Ceux qui prétendent que j'avais toujours mes idées ailleurs font fausse route. Pour moi, cette affaire était tout simplement classée, jusqu'à nouvel ordre, et je n'avais plus d'autre préoccupation que mon club. Même si mes débuts, ainsi que ceux de l'équipe en championnat, auront été laborieux ". Anderlecht ne convainc personne en championnat, même si l'écart qui le sépare du Club Bruges est ramené à quatre points. Le Sporting fait pitié en Europe aussi, avec son 0 sur 18 en Ligue des Champions. Aruna Dindane n'échappe pas à la tourmente et, face au Werder Brême, au Parc Astrid, il doit composer pour la première fois avec la bronca des supporters mauve et blanc. Un malheur ne venant jamais seul, il a la douleur de perdre aussi, durant cette sombre période, sa s£ur Damata dans son pays natal, rongé à ce moment-là par des conflits ethniques. Touché au plus profond de son âme, il décrète pour toute défense un silenzio stampa, ne sortant de son mutisme qu'à la mi-novembre, après avoir digéré les événements pendant trois semaines. Malgré son effacement sur la scène européenne, avec aucun but à son compteur, il n'en demeure pas moins courtisé, par l'Ajax Amsterdam et le Celtic Glasgow notamment. Aruna Dindane : " Ces sifflets de mon public, c'est le pire affront que j'aie jamais enduré. Pourquoi cette conduite de Grenoble envers moi, qui m'étais toujours donné à fond pour mes couleurs jusque-là ? C'était vraiment trop injuste. Au lieu de réagir à chaud et de crier à l'injustice, j'ai heureusement préféré me taire et réfléchir à mon sort. J'en ai conclu que je m'étais sans doute fragilisé auprès des sympathisants du club en proclamant que je voulais partir. Dans ces conditions, pour peu que les résultats ne répondent pas à l'attente, un bouc émissaire est vite trouvé. Journellement, je ruminais ma déception quand j'étais au Sporting. Mais dès que je quittais le stade, c'était oublié. A cet égard, je sais faire la part des choses et séparer le travail et la famille. Même si, de ce côté-là, je n'ai pas été gâté par les événements non plus, suite au décès de l'une de mes s£urs. Certains m'ont demandé, au sein même de la direction, pourquoi je ne m'étais pas exprimé à ce sujet. De la sorte, disaient-ils, les gens auraient compris ma mauvaise passe à la fin du mois de septembre. Mais il valait mieux que je garde tout ça pour moi. Si j'avais divulgué la nouvelle, on m'aurait interrogé ou confronté tant et plus à ce propos et j'aurais été beaucoup plus perturbé encore. Je ne voulais pas, non plus, me dédouaner sur base de ces aléas. Tout le monde est confronté à des problèmes. Cela a été le cas, chez nous, pour Tristan Peersman notamment. Il faut pouvoir assumer. Moi, je ne voulais pas me servir de la mort de ma s£ur comme excuse. Dès l'instant où je réponds présent sur le terrain, c'est que je suis prêt, physiquement et mentalement. Je pense être bien revenu dans le parcours. En championnat, du moins, où j'ai quand même rang de meilleur réalisateur du club, pour le moment, ce qui n'était nullement le cas à mes débuts. A l'échelon européen, il n'y a pas de quoi pavoiser, évidemment. J'ai conscience d'être passé à côté de mon sujet cette saison, à part ma bonne tenue contre Benfica au Parc Astrid. Mais de là à dire, comme quelques-uns s'y sont plu, que j'avais affiché mes limites à ce niveau, il y a un pas que je ne franchirai pas. J'ai quand même prouvé, dans le passé, que j'étais capable de trouver l'ouverture également sur la scène européenne. J'y suis même parvenu à deux reprises face au Real Madrid, c'est tout dire. Dès lors, je mets ces mauvaises prestations sur le compte d'une moindre période à la fois individuelle et collective. Ce n'est jamais une hirondelle qui fait le printemps. Si nous avions disputé tous nos matches comme celui que nous venons de livrer face à Bruges, nous n'aurions jamais terminé avec zéro point en Ligue des Champions. Et nous mènerions allégrement le bal en championnat. Avec quatre points de retard, tous les espoirs nous sont à nouveau permis. Il faut croire résolument en un 28e titre. Avec moi ? C'est fort possible. J'ai toujours soutenu que j'étais bien ici. Mais je n'exclus rien. Pas même l'Ajax ou le Celtic, qui ont été mis en rapport avec moi. Ces clubs se retrouvent eux aussi, chaque année, en Ligue des Champions. C'est le max pour un joueur. Pourquoi les snoberais-je dans ces conditions ? Je ne l'ai jamais dit, en tout cas, même si mon rêve absolu demeure la Premier League. Une chose est absolument sûre : Anderlecht-Bruges n'aura pas été mon dernier sommet en Belgique. Il reste, effectivement, une revanche contre ce même Club le 22 décembre prochain au Parc Astrid. Et je parie tout ce que vous voulez que je serai toujours là à ce moment ". (il rit). Bruno Govers et Jan Hauspie" Il faut croire résolument en un 28e titre. AVEC MOI ? C'EST FORT POSSIBLE mais je n'exclus rien " " JE ME SUIS FRAGILISÉ auprès du public "