Nissa la bella s'éveille à peine. La Promenade des Anglais, qui longe la Méditerranée sur des kilomètres, n'est pas encore envahie par les touristes en tout genre. Seuls les joggeurs les plus courageux peuplent l'un des bords de mer les plus prisés du pays. Un septuagénaire crapote son cigare. L'homme n'a d'yeux que pour la houle. A quelques pas de là, des drapeaux britanniques, italiens, espagnols et russes, plus présents que les français, sont frappés par un faible vent. Le soleil, qui sort évidemment d'un ciel azur, ne tarde pas à les mettre en lumière.
...

Nissa la bella s'éveille à peine. La Promenade des Anglais, qui longe la Méditerranée sur des kilomètres, n'est pas encore envahie par les touristes en tout genre. Seuls les joggeurs les plus courageux peuplent l'un des bords de mer les plus prisés du pays. Un septuagénaire crapote son cigare. L'homme n'a d'yeux que pour la houle. A quelques pas de là, des drapeaux britanniques, italiens, espagnols et russes, plus présents que les français, sont frappés par un faible vent. Le soleil, qui sort évidemment d'un ciel azur, ne tarde pas à les mettre en lumière. Coincé entre un McDo, le Casino Ruhl et à quelques pas de la magnificence de l'hôtel Negresco, Anne Gilet prêche pour sa paroisse depuis l'office du tourisme en travaux : " La Promenade des Anglais est un grand classique. Le mieux est de la faire à vélo. Vous vous promenez le long de la mer, c'est magnifique. On va bientôt poser une candidature pour qu'elle soit reconnue au patrimoine mondial de l'UNESCO. Elle fait partie de cet héritage que l'on a reçu des Anglais. Historiquement, les premiers touristes à Nice étaient issus des bourgeoisies britannique et russe. " Ce qui explique, entre autres, la présence de la cathédrale Saint-Nicolas un peu plus au nord de la ville, un des édifices orthodoxes les plus importants hors de la Russie, ainsi que la forte propension d'anglophones dans le coin. Grand personnage de la ville et ancien maire de 1966 à 90, exilé en Uruguay - où il décède en 1998 - pour éviter la prison en France, Jacques Médecin est à l'origine de pas mal de ces espaces verts en plein centre. Le loubard n'a pas oublié de le rappeler sur quelques plaques à son effigie. Au pied d'un arc en bronze, la vue s'apprécie, des vapeurs d'eau jaillissent du sol jusqu'aux premiers monts et vallées au loin, qui semblent border les maisons d'un ton jaune et rouge. La boutique de l'OGC Nice, située sur la place Masséna, remémore les exploits du club en plusieurs dates. Le vendeur permet d'en appréhender un nouveau : " On est en rupture de stocks de maillots. On n'a presque plus que des floqués et des grandes tailles. Tout le monde est venu se procurer celui de Ben Arfa. " Sur le Cours Saleya, la principale voie piétonne du Vieux-Nice, se tient l'un des marchés aux fleurs les plus renommés du pays, voire d'Europe. Non seulement toutes les espèces bourgeonnent sous des tentes multicolores, mais le marché est également le paradis de toutes sortes de produits et de souvenirs locaux, des savons aux tomates séchées, en passant par le classique pan bagnat. En clair, ça sent bon la mer, le fromage et l'huile d'olive. Un artiste de rue peint avec les doigts au bout des exposants. " Il ne faut jamais avoir peur de rajouter du noir ", lance-t-il avec un bel accent hispanique. " La première couche, elle arrache toujours. " En voilà un qui sait de quoi il parle. En effet, la ville inspire avant tout les peintres. Ses recoins qui méritent l'attention s'accompagnent constamment d'une peinture les représentant. En tête, Marc Chagall et Henri Matisse, grand rival de Picasso, jalousé par AndyWarhol et enterré à Nice. Anne Gilet : " Matisse parlait beaucoup de la lumière, de la mer, de ces couleurs propres à notre ville. Ce qu'on ressent quand on se balade à Nice, on le retrouve dans ses peintures. " Et aussi dans plus de 20 musées de la cité niçoise, sans compter les galeries. Posté sur une colline, à 93 mètres d'altitude, l'ancien château de Nice donne ses lettres de noblesse à la Côte d'Azur. Du genre où les toilettes publiques surplombent le port, construit de l'autre côté du centre-ville. " Quel bel endroit pour être perdu ", s'amuse le leader d'une troupe d'Américains du troisième âge, tandis qu'un couple s'enlace puis répète une chorégraphie sur du Bob Marley. Le jardin d'enfants et les espaces verts et boisés ont remplacé les fastes du château, réduit en quelques ruines et sites archéologiques. Là, le calme s'apprécie. Un homme joue de la flûte, pendant que des bambins italiens tentent des contrôles à la Matthieu Dossevi. On se croirait presque de l'autre côté des Alpes. Malheur... " N'allez jamais dire à un Niçois qu'il est italien ", s'esclaffe Anne Gilet. " On a notre propre langue, même si elle se perd un peu. On essaye de l'enseigner à l'école. Un de nos jurons favoris, c'est : 'M'en bati, sieù nissart' (Je m'en tape, je suis niçois, ndlr). Le Niçois est très fier d'être Niçois, de sa ville, qu'il défend et dont il parle avec passion. " Nice, c'est donc un art de vivre. Ou de se laisser vivre, dans une ville qui est la cinquième de France, mine de rien. A l'ombre, derrière le port, Fernand observe ses voisins claquer les boules. " Ça aussi, ça fait partie de la culture niçoise ", dit-il. " On est là pour passer le temps, ne pas rester à la maison. " Le 22 juin, les Diables essaieront de ne pas y rentrer. Reste à savoir si, pour se défaire des Suédois, il faudra qu'ils tirent ou qu'ils pointent...PAR NICOLAS TAIANA - PHOTOS BELGAIMAGE